Bonjour ! Hé, on tien le bon bout ! Deux fois de suite que je poste un chapitre à une semaine d'intervalle. Et d'ailleurs, le suivant est déjà prêt. J'espère que je vais pouvoir garder ce rythme… Je vous laisse sans plus tarder avec l'arrivée d'une nouveau personnage… Enjoy !
Clarke : Bon courage pour ta journée Lexa. N'hésite pas à m'appeler ou à m'envoyer un message si tu as besoin de soutien. Même si je pense que c'est Alie qui en aura le plus besoin (ça me fait toujours autant bizarre d'appeler la patronne par son prénom…) Bisous !
Je relis le message adorable de Clarke avant de m'engouffrer dans le métro pour rejoindre la gare. En effet, le stress d'Alie est beaucoup plus présent que le mien. Même si une certaine m'angoisse m'assaille. Ce n'est que la deuxième fois que je me rends sur la tombe de Costia sans me cacher sous les traits de « Heda ». La première fois Clarke m'accompagnait et ça n'avait pas manqué, nous avions croisé Finn, le frère de Costia. Sur qui allions-nous tomber aujourd'hui ? C'est la seule pensée qui m'angoisse. Pour le reste, j'ai l'habitude. Quant à Alie, il y aurait Charmaine avec moi pour l'aider en cas de besoin. En revanche, je m'étais promis de ne plus retourner dans ce cimetière pour but de voir Costia. La tombe de Costia ne devrait être qu'un « détour ». Mais je dois le faire pour mes amies.
Lorsque j'arrive dans le hall, le couple est déjà là. Alie a une mine affreuse. Elle ne devrait pas se mettre dans des états pareils. Charmaine est accrochée à elle.
— Coucou…
— Salut Lexa ! s'enthousiasme Charmaine. Tu vas bien ?
— Bien écoute, et vous… ?
Nos regards se tournent vers Alie qui tente d'esquisser un sourire.
— Ça va, ça va, je vais m'en sortir…
— Tout va bien se passer Alie, dis-je en lui caressant le dos, le train est un mauvais moment à passer, mais une fois dans le cimetière tu iras mieux. Alors, dit ainsi on pourrait croire que je suis folle, mais je te promets que ce n'est pas si difficile. Et surtout, tu te sentiras tellement mieux après !
Charmaine attrape son visage pour l'embrasser doucement.
— Bon, on prend racine ! s'exclame Alie avec un ton faussement autoritaire. On y va ?
— Je rêve ! rigole son amante en secouant la tête.
Nous prenons la direction du quai. A bord du train, nous sommes dans un carré. La quatrième place restera vide jusqu'à notre arrêt. Pour essayer de passer le temps et de tromper le stress nous abordons des souvenirs communs. L'ambiance est assez étrange. Nous parlons de Costia comme si elle était encore parmi nous, alors même que nous essayons d'oublier l'ombre d'un instant que nous nous rendons sur sa sépulture. Plus le temps passe, plus je sens Alie tendue. Je tente alors le tout pour le tout afin de détendre l'atmosphère, c'est quitte ou double :
— Les filles ?
Je leur demande de se pencher vers moi pour qu'on ne nous entende pas autour. Le couple s'exécute en me regardant, l'air surpris.
— Il y a quelque chose qu'on ne vous a jamais avoué avec Costia…
— Quoi ?! Vous dealiez de la drogue ?!
— N'importe quoi Charmaine haha ! Non… Comment dire ça… On… eum… de notre chambre, Costia et moi… on vous entendait faire l'amour…
L'effet est immédiat, je réprime un sourire en coin. Alie se redresse violemment et son dos butte contre le dossier de son siège. Elle écarquille d'abord grand les yeux avant de partir dans un fou-rire inarrêtable. Je vois Charmaine la suivre. Leur réaction me semble bien disproportionnée et ne me fait donc pas rire, elle m'interroge.
— C'est drôle à ce point ?
— Non… c'est pas ça… s'étouffe Alie entre deux rires. C'est que… nous aussi… nous aussi pendant… toutes ces années… on vous entendait faire l'amour…
Logique. Je finis par rire avec elles. La situation est trop cocasse. Les quatre personnes installées sur le carré d'à côté nous lancent des regards intrigués, mais ils n'ont pas l'air dérangé par nos rires, plutôt amusés. Nous n'arrivons pas à nous calmer. Le fou-rire dure, dure, un temps infini, infiniment bon. J'en ai mal aux côtes. J'ai envie de m'asseoir par terre pour mieux supporter les soubresauts que mon corps me fait subir. Ce n'est que la voix du chef de train annonçant notre arrêt qui nous fait redescendre. Nous nous calmons pour rassembler nos affaires et sortir de la rame. Le wagon entier nous dévisage à notre passage.
En touchant terre, Alie retrouve tout son état anxieux. Charmaine et moi le ressentons comme un coup de fouet glacé. C'est fou comme cette femme peut changer d'émotion en un rien de temps, elle est incapable de dissimuler quelque chose. Charmaine glisse sa main dans la sienne, je décide de faire de même de l'autre côté.
— On va acheter les fleurs ? proposé-je pour détendre tout le monde.
Alie acquiesce et je les mène vers ma fleuriste habituelle. Elle ne semble toujours pas avoir fait le lien entre « Heda » et moi. J'oriente Alie vers un bouquet de roses blanches. Elle achète le plus gros et nous prenons la direction du cimetière. En passant par la cour de l'hôpital, je leur dis que c'est ici que je suis née. Charmaine semble très émue. Alie se cache derrière ses fleurs. Quant à moi, je scrute les alentours, de peur de retomber sur Finn, ou pire…
Nous arrivons enfin devant les grandes grilles. Alie a un mouvement de recule. Je m'avance pour ouvrir, Charmaine tire sa moitié avant de refermer derrière elle. Sixième rangée, huitième stèle. Un bouquet de lys blancs est déposé sur la tombe. Finn est passé il n'y a pas longtemps.
— Tu peux les déposer.
Je fais signe à Alie à propos de ses roses. Elle s'avance tout doucement et se penche pour coucher le bouquet à côté du pot de lys. Un silence s'installe. Depuis ma dernière visite avec Clarke, depuis que j'avais décidé de tourner la page « Costia », il n'était plus question que je lui adresse la parole à voix haute face à sa tombe. Je ne sais donc pas comment rompre le silence. Heureusement, c'est Charmaine qui s'y colle.
— Tu aurais pu éviter de mourir si jeune quand même… Ok, je n'étais pas pour au début, mais je suis sûre que tu aurais rayonnée aux côtés de Lexa chez Les Filles de Sappho. Après tout, c'est vous deux qui l'avez inspirée à se lancer pour l'œuvre de sa vie… Merde…
Sa voix se bloque, en tournant mon visage vers elle je vois des larmes couler. Elle les essuie aussitôt d'un revers de manche et reprend :
— Pardon, je ne voulais pas dire de vulgarités. C'est que… Jusqu'à il y a encore quelques jours, je ne savais pas que tu… nous avais quittée. Je pensais que tu vivais ta vie de jeune femme épanouie. Avec ou sans Lexa. Avec ou sans Alie. Je ne savais pas… Enfin, Lexa m'a tout raconté. Je pourrais lui en vouloir, mais je lui fais confiance. C'était un accident, et peut-être que tu l'avais cherché au fond. Je ne sais pas. Je ne veux pas insulter ta mémoire. La seule chose dont je suis sûre Costia, c'est que je tenais énormément à toi, que je te considérais comme ma petite sœur et que je ne le t'ai jamais dit. Alors où que tu sois maintenant, j'espère que tu m'entends. Je t'aime.
Aucune nouvelle larme ne vient ternir sa déclaration. Charmaine ne pleure plus, elle tourne la page, la tête haute. Elle se retourne ensuite vers Alie.
— Je ne suis pas capable de faire ça moi…
— Tu n'es pas obligée de lui parler mon cœur. Chacun sa méthode, personnellement j'en avais besoin. Mais toi tu as sûrement besoin d'autre chose.
Ma patronne semble réfléchir intensément. Soudain sans prévenir personne, elle se met à hurler. Le buste en avant, les bras en arrière, les yeux fermés, elle crie, à en réveiller les morts. Elle crie si fort que mes tympans bourdonnent et que mon cœur se serre. J'ai envie qu'elle arrête et en même temps son cri me libère moi aussi. Les larmes de Charmaine reviennent, celles d'Alie se mettent à couler. Son cri cesse. Elle reprend son souffle et fond en larmes. Son désarroi la force à s'accroupir face à la tombe. Charmaine se précipite sur elle pour la soutenir. Les deux amantes se jettent dans les bras l'une de l'autre pour pleurer et se consoler. J'observe la scène qui me semble irréelle. Cela fait des années qu'elle aurait dû se produire. Le jour de l'enterrement. C'est insensé. J'en veux d'un coup à Alie de ne pas avoir été là pour moi pendant tout ce temps. En plus, elle ne savait pas que la mort de Costia était de ma faute à l'époque. Elle aurait dû être là pour moi et elle m'avait totalement laissé tomber. Me reviennent en tête les images de mon corps nu enlacé à celui d'Alie après un pauvre orgasme post tournage. Je ne sais même plus combien de fois nous avions fini par baiser ensemble pour combler le manque, pour moi de Costia, pour Alie de Charmaine. Mais c'était ces parties de jambes en l'air médiocres qui avaient cassé notre amitié. Quel regret. Toutes ces années perdues. Ce vide dans la vie d'Alie, incapable de faire son deuil. Et aujourd'hui, nous étions là, toutes les trois. Non, toutes les quatre.
— C'est fini, m'exclamé-je. Costia est morte. Il est temps de tourner la page. C'est la dernière fois que je mets les pieds devant cette tombe. Costia n'a plus besoin de moi. N'a plus besoin de vous.
Puisque me dire que la tombe de Costia ne serait qu'un détour n'avait pas fonctionné, il faut que je sois plus radical. Sans attendre leur réaction, je fais demi-tour en direction de la sortie. J'arrive devant la grille ouverte. Il m'avait semblé voir Charmaine la refermer. Quelqu'un a donc forcément entendu Alie crier. Bah, au moins, ça lui fera un truc à raconter à sa famille au dîner. Je m'apprête à sortir quand une main se pose sur mon épaule. Je me retourne, la peur au ventre.
— Lexa…
Je reconnaîtrais ses yeux entre milles. Callie, ma meilleure amie de l'époque.
— Je savais bien que je t'avais reconnue. Je vous ai suivi jusqu'ici. Qu'est-ce que tu fais là ? Ah, je sais, tu viens sur la tombe de Costia. Je ne savais pas que tu venais…
— Désolée Callie…
— Pourquoi tu t'excuses ?
— Il y a sept ans, je suis partie sans te dire au revoir, et je n'ai jamais cherché à te contacter.
— Costia et toi vous avez disparu. Mais tu sais, on a vite compris. Personne n'a fait l'effort d'aller à votre poursuite, parce qu'on savait tous que vous méritiez mieux que ce bled pourri.
— Peut-être qu'elle ne serait pas morte si elle était restée dans ce bled pourri comme tu dis.
— Lexa, je ne t'ai pas suivie pour parler de Costia.
Il y a un petit silence pendant lequel je la sens réfléchir. Le temps pour Alie et Charmaine de nous rejoindre. Elles ont l'air étonné de me voir parler à quelqu'un, mais ne disent rien.
— Je suis infirmière maintenant. Ton père a été admis aux urgences psychiatriques il y a quelques jours pour tentative de suicide. Franchement, je pensais qu'il n'y avait aucun espoir pour lui. Jamais je n'avais imaginé que tu reviendrais. Quand je t'ai aperçue à la gare tout à l'heure, j'étais obligée de te suivre. Il a besoin de toi Lexa. Je sais que c'est à cause de lui, entre autre, que tu es partie, mais tu es la seule famille qui lui reste.
Finn m'avait déjà tenu informé de l'état de mon père, cependant je n'avais pas imaginé que c'était à ce point. Une tentative de suicide ? Pourquoi maintenant alors qu'il aurait pu le faire il y a des années après la mort de ma mère, ou même juste après mon départ ? Ce lâche n'a rien trouvé de mieux pour attirer l'attention ?
— Comment veux-tu que je l'aide Callie ? Il m'a oubliée.
— On n'oublie jamais son enfant unique. Je connais tout ton passé Lexa, le temps n'a effacé aucune miette de nos conversations, vautrées sur mon lit, mais c'est un fait, il a toujours pris soin de toi.
— Jusqu'à ce qu'il découvre mon homosexualité.
— Tu ne lui as pas laissé la chance qu'il te comprenne.
— Callie ! Il m'a virée de chez lui ! Et ce jour-là, tu n'y étais pas. Tu ne peux pas savoir ce que j'ai ressenti à ce moment précis. Il m'a reniée, à tout jamais. Il n'a pas besoin de moi.
Je tourne le dos à mon ancienne amie et je fais signe à Alie et Charmaine pour que nous partions. Mais Callie me retient en courant à mes côtés et en me barrant la route.
— On fait tous des erreurs Lexa. Tu ne peux pas le laisser mourir. Si tu ne le fais pas pour lui, fais-le pour Finn.
— Pour Finn ? Qu'est-ce qu'il vient faire là-dedans ?
— Depuis que ton père a sombré c'est lui qui s'en occupe.
— Comment ça ?
Encore une fois, Finn ne m'avait pas tout dit. Il m'avait bien raconté qu'il le croisait de temps en temps et qu'il avait l'air mal en point, mais sans plus.
— Après votre départ, Finn était le plus dévasté d'entre nous. Il avait perdu sa sœur et une amie. Il a été le premier à frapper à ta porte pour demander des explications, pour avoir la version de l'histoire du côté de sa famille. Quand ton père a commencé à délirer et qu'il en a perdu son job, Finn a tout de suite été là pour lui. Je n'ai jamais compris pourquoi, ni l'intérêt qu'il y trouvait. Il n'en a jamais voulu à ses parents, il n'en a jamais voulu à ton père. On dirait qu'il a voulu leur pardonner à votre place. Finn fait les courses pour ton père depuis qu'il a perdu son autonomie, il lui prépare à manger quand ce ne sont pas le service de livraisons de repas auquel Finn l'a inscrit qui lui apporte à déjeuner. Il l'amène chez le coiffeur, chez le médecin, une fois de temps en temps il va lui montrer un film ou lui faire faire un tour en bateau.
Je reste bouche bée. Pourquoi Finn ne m'avait-il pas dit tout cela ? Cette pensée m'énerve. S'il aimait autant sa sœur, pourquoi il s'était mis à pactiser avec le diable ?!
— Eh bien si Finn est si parfait, pourquoi ce n'est pas lui qui va s'occuper de mon père à l'hosto ?!
— Pendant toutes ces années, oui c'est Finn qui s'est occupé de lui, mais tu vois, ça ne l'a pas empêché d'en arriver à désirer la mort. Ce n'est pas d'un fils de substitution dont il a besoin, mais de son propre enfant. Je ne dis pas qu'il t'a pardonné, je ne dis pas qu'il sera heureux de te voir, mais je fais mon métier, et je suis convaincue que toi seule peut le sauver.
A nouveau, je ne sais pas quoi répondre. Je ne comprends toujours pas le mensonge par omission de Finn, ni l'état aussi dégradé de mon père qui avait toujours eu une santé de fer. C'était le remord d'avoir banni sa fille qui l'avait mis dans un état pareil ? Je ne sais plus quoi faire. J'avais fini par faire une croix sur mon père, je ne l'avais jamais vraiment apprécié et avec les événements j'avais presque rayés tous les moments joyeux passés en sa compagnie.
C'est la main de Charmaine dans mon dos qui me ramène à la réalité.
— Tu ne penses pas qu'après toutes ces années il est enfin temps de lui pardonner ? Évidemment, ce qu'il a fait semble impardonnable, mais vous n'en avez jamais discuté. C'est peut-être l'occasion. Si sa vie est en danger, c'est ta dernière chance d'être au clair avec toi-même et de tourner une page Lexa.
— Mais quoi, tu veux que j'y aille maintenant ? On a un train à prendre.
— Tu sais que ce n'est pas un problème ça, me dit Alie, je te paye un autre billet retour quand tu veux.
— Oui enfin je ne vais pas dormir là non plus, m'énervé-je, je ne vis plus ici je vous rappelle.
— Je peux t'accueillir chez moi, me propose Callie.
Je n'ai plus d'argument pour refuser.
— Et si je n'ai tout simplement pas envie ?
— Parfois nous sommes forcés de faire des choses qu'on ne désir pas forcément, me rassure Charmaine, et pourtant il faut les faire pour ne pas regretter plus tard.
— Vous avez réponse à tout hein ? Raaah !
Je commence à faire les cents pas autour du petit groupe récemment formé. Je réfléchis. Elles ont raison, cela reste mon père et je lui dois à moitié la vie. Mais d'un autre côté, j'ai tiré un trait sur lui. Et Costia a toujours souhaité que je le recontacte un jour, sauf que Costia est morte. Et Clarke, que penserait-elle Clarke ?
Prise d'une lubie soudaine, je sors mon téléphone de ma poche et tape sur le numéro de Clarke. Après trois sonneries elle répond :
— Lexa ?
— J'ai besoin de ton aide…
Je lui explique l'entièreté de la situation. Notre échange dure au moins une demi-heure mais aucune des trois femmes proches de moi ne semble s'impatienter. Elles attendent sagement, dans le froid, que je prenne une décision. Elles doivent être folles.
— Tu me demandes mon avis Lexa, mais tu sais déjà ce que je vais te conseiller. Tu cherches juste mon approbation, n'est-ce pas ? Ou bien tu espérais que j'aille dans ton sens pour te conforter dans ta peur de ne pas y aller ?
Sa réponse me fait mal, car c'est la pure vérité. Je lui avoue qu'elle a raison.
— Alors vas-y.
— Je n'y arriverai pas seule… Viens…
— Tu n'es pas seule Lexa, regarde autour de toi.
Callie, Alie et Charmaine me regardent, dans l'expectative. Elles ont toutes les trois ce regard bienveillant empreint de l'amour qu'elles me portent. Même Callie que j'ai laissé tomber il y a longtemps.
— D'accord… Je vais y aller… Mais si ça se passe mal-
— Appelle-moi et je viendrais te chercher, me coupe Clarke.
— Merci…
— C'est normal Lexa. Je raccroche ? Tu vas y arriver ?
— Je vais faire de mon mieux…
— Je t'aime Lexa, je crois en toi.
— Moi aussi… A plus tard.
Elle raccroche avant moi.
— Tu m'emmènes le voir Callie ?
— Bien sûr, répond-elle avec un grand sourire.
— Vous pouvez rentrer les filles, je vais me débrouiller. Enfin, sauf si vous voulez rester. Après tout, on était venues pour Costia.
— Ne t'en fais pas, me rassure Alie, on a pu lui dire au revoir. Maintenant c'est à ton tour de tourner une page pour en ouvrir une autre. Mais on peut rester si tu le souhaites. On prendra un hôtel. Enfin moi, Charmaine travaille mais…
— Non, c'est bon, merci, vous devriez rentrer. Vous avez besoin de vous retrouver un peu seules.
Charmaine s'approche pour me prendre dans ses bras. Alie s'ajoute à l'étreinte et dépose un baiser sur ma joue. Nous marchons toutes les quatre jusqu'à l'hôpital. Dans la cour, nos chemins se séparent. Je suis Callie vers l'aile réservée à la psychiatrie.
Nous ne parlons pas. Maintenant que je suis seule avec elle je n'ai aucune idée de ce que je pourrais lui dire. Je me souviens d'elle comme si je lui avais dit au-revoir la veille, mais justement, elle avait dû énormément changé depuis tout ce temps. A part infirmière, qu'est-elle devenue ? A-t-elle un copain, une copine, un chien, peut-être même un enfant ? Vit-elle toujours chez ses parents ? Il y a tellement de possibilités. Elle n'a, en plus, sûrement pas la moindre idée du fait que je sois devenue actrice porno. D'ailleurs, personne ici ne doit le savoir, et personne ne devrait le savoir. La folie de mon père est-elle due à ma carrière du X ? J'en serais mortifiée. Si tel est le cas, j'en voudrais à toutes ces femmes m'ayant poussée à aller lui parler.
— Finn ne t'a pas dit qu'il m'avait croisé au cimetière à la fin de l'année dernière ?
— Je ne savais pas.
— Il aime garder les secrets…
— On a fait un pacte lui et moi. On ne parle pas des choses qui fâchent, on n'aborde pas un sujet avec l'autre si l'on n'est pas complètement à l'aise avec. Et surtout, on ne se force jamais à révéler des faits qui pourraient attrister l'autre.
— Un pacte, mais, vous êtes si proches tous les deux ?
Machinalement, elle se met à triturer un anneau autour de son annulaire.
— On s'est mariés il y a trois ans lui et moi.
— Wow, j'en ai raté des choses…
— Après ton départ, j'étais seule… Lui aussi, on s'est bien trouvés lui et moi.
— C'est pour ça que tu sais autant de choses sur sa relation avec mon père.
— En effet. Il fait ça assez discrètement. Je suis une des rares à savoir tout ce qu'il a accompli pour lui.
— Pourquoi il ne t'a pas dit qu'il m'avait vu ?
— Il savait que cela me ferait du mal. Et il a bien fait de ne pas m'en parler. Je t'en aurais voulu. D'ailleurs, là, je t'en veux. Tu es venue et tu n'as pas pensé à venir me voir.
— Callie… Je viens tous les ans depuis la mort de Costia… Mais je n'avais pas la force de revoir les personnes de ma vie d'avant.
— On reparlera de tout ça plus tard Lexa. D'abord tu dois t'occuper de ton père.
Elle pousse une porte vitrée qui ouvre sur un hall tout en carrelage, du sol aux murs. L'ambiance austère me donne froid dans le dos. Si mon père a fini dans cet endroit, n'est-ce pas mérité ? Après tout, il m'avait sorti de sa vie comme une moins que rien. Je déglutis avec difficulté, la boule au ventre. Je n'ai pas envie de le revoir.
La grande confrontation arrive… Je vous préviens, je me suis complètement laissée emporter par le chapitre qui va suivre… Et qui arrive d'ailleurs la semaine prochaine ! Lundi, je l'espère. Prenez soin de vous et passez une bonne semaine !
