Chapitre 9

Le lendemain, je me réveillai, soudain gênée par la lumière du jour. J'avais dormi sur le canapé, enveloppée dans une couverture, sûrement déposée sur mes épaules par Ron. Je regardai la fenêtre admirant les fins rayons du soleil mais impossible de deviner l'heure qu'il pouvait être. Je m'assis avant de tourner la tête en direction de la cuisine. Weasley était accoudé au comptoir, le journal du jour posé sur le plan de travail, une tasse de café fumante en face de lui. Il m'observait, un air malicieux sur le visage.

« Bien dormi ? interrogea-t-il.

— Pas trop mal, acquiesçai-je en m'étirant. Ton canapé est plutôt confortable.

— Café ?

— Thé, souris-je. Avec un peu de lait, s'il-te-plait. »

Ses yeux bleus pétillèrent.

« So British, plaisanta-t-il en s'emparant d'une tasse.

— Toujours, répondis-je, délaissant mon cocon. »

Il fit apparaître de l'eau chaude dans le mug avant d'ajouter une boule de thé. L'eau prit bientôt une teinte ambrée. Il vint verser un peu de lait chaud dans la tasse et j'en bus une gorgée en soupirant de plaisir et en le remerciant. Un thé, sans sucre, comme je les aimais. J'en profitai pour jeter un œil au roux.

Il portait son pantalon d'Auror ainsi qu'un t-shirt noir en coton sur lequel il enfilerait sûrement son plastron de protection. Il s'était lavé et il sentait bon. Ses plaies au visage s'étaient refermées mais étaient encore rouges. Il faudrait sûrement encore quelques heures avant qu'elles ne soient plus visibles.

Je fronçai les sourcils.

« Tu ne comptes pas aller travailler aujourd'hui j'espère, lançai-je. »

Ses yeux m'indiquèrent qu'il s'était préparé à cette question et il haussa les épaules.

« Si, Mediator, fit-il simplement. »

Je ne pus m'empêcher de grogner. Ce n'était vraiment pas sérieux de sa part. Il revenait à moitié mort la veille et il voulait désormais retourner traquer les criminels. Je secouai la tête dépitée.

« Je t'ordonne de ne pas bouger d'ici, lâchai-je avec mécontentement. »

Ses yeux s'agrandirent sous la surprise avant qu'il n'explose de rire.

« Sérieusement ? interrogea-t-il. Tu penses que ça marche ?

— Non, mais au moins j'aurai essayé, répondis-je froidement. »

Il me scruta pendant de longues secondes mais je ne cillai pas un seul instant, l'expression aussi sombre que mes pensées.

« Tu es en colère contre moi, remarqua-t-il. »

Je soupirai de fatigue. Est-ce que j'avais vraiment besoin d'expliquer d les raisons pour lesquelles je trouvais idiot qu'il retourne à son poste ? Ce rouquin me rendait folle.

« Je ne suis pas en colère, je te trouve stupide, répliquai-je. Qu'est-ce que tu dirais si je rentrais à moitié morte chez moi et que le lendemain, je repartais au boulot comme si de rien n'était ? énonçai-je.

— Je te demanderais si tu sens capable d'y aller, répondit-il avec calme. »

Sa réponse me surprit. Est-ce que j'avais pensé une seule fois à ce qu'il était capable d'endurer ? Il était Auror, les duels et les blessures faisaient partie de son quotidien. Il avait dû en voir d'autres. Pourtant, un tel traitement et une telle violence ne pouvaient pas avoir zéro impact sur lui. Et ça ne devait pas être la première fois qu'il rentrait aussi amoché après une mission. Il ne garderait pas un kit de soins aussi important sinon.

« Weasley, il faut que tu arrêtes de compter sur les potions pour te remettre sur pieds, fis-je. Aussi puissantes qu'elles aient l'air, elles ne peuvent pas effacer totalement les traumatismes infligés à ton corps. Il ne peut pas supporter autant de doses magiques et…

— Hey, me coupa-t-il en déposant sa main sur mes cheveux. »

Son pouce vint effleurer mon oreille.

« Je vais bien, ok ? Ne t'en fais pas. »

On aurait dit que ma cage thoracique refusait de fonctionner correctement.

« Je vais bien, répéta-t-il doucement. »

Des centaines de taches de rousseur couvraient son visage. Je n'avais jamais vu des yeux bleus aussi limpides. Comme si un ciel sans nuage avait pris possession de son regard. Et c'était dangereux de s'y plonger. Ronald Weasley dégageait réellement un charme fou. Pourquoi diable les filles à Poudlard s'étaient-elles jetées aux pieds de Potter, alors que son meilleur ami n'avait rien à lui envier ?

Je revoyais ce jeune homme maladroit toujours aux côtés de l'Elu et d'Hermione Granger. Nos chemins s'étaient croisés et éloignés et je n'en retenais que le souvenir d'un étranger, un Gryffondor aux cheveux flamboyants, doué au Quidditch et tellement effacé par la présence de Potter. Cette dernière décennie avait changé ce garçon-là.

J'avais désormais en face de moi un homme intelligent, drôle et droit. J'aimais ce que je voyais et je crois qu'il aimait aussi ce que j'étais devenue. Mais je n'étais pas prête à me rouvrir à quelqu'un d'autre, à me bercer d'illusions et de faux espoirs. J'avais mis du temps pour me reconstruire et je ne savais pas si j'étais capable de m'attacher à quelqu'un d'aussi brûlant que lui. J'avais l'impression qu'il pouvait disparaître à chaque instant et devenir une parenthèse dans ma nouvelle vie new-yorkaise. Une énième.

Je m'éloignai de lui en acquiesçant.

« Si tu as la moindre douleur, promet-moi d'aller voir directement un Médicomage.

— Promis, sourit-il. »

Il s'étira et je levai les yeux au ciel face à son corps athlétique. Je suis sûre qu'il nous narguait, mes faibles capacités physiques et moi-même. Après tout, peut-être que ça avait du bon d'être aussi grand et aussi bien bâti. Du moins pour un type qui faisait un métier si dangereux.

« J'ai reçu des lettres d'un certain Drago Malefoy, informa-t-il. Et également une note de Zabini, rajouta le roux sur un ton léger. »

Je crus que j'allais m'étouffer avec mon thé.

« Quoi ?! »

Oh non… Ils n'avaient pas osé tout de même…

J'en déduisis au sourire amusé de Weasley que si, ils avaient osé. J'avais envie de prendre le premier vol pour Londres, de les retrouver et de leur arracher les tripes avant de leur faire bouffer. La colère me faisait toujours tenir des propos un tantinet violents. Mais elle finissait toujours par très vite retomber.

« Qu'est-ce qu'ils ont encore écrit ces deux abrutis ? Me révoltai-je.

— Oh pas grand-chose, rit-il. Ils se sont montrés clairs et on ne peut plus précis.

— Ronald… »

Ses yeux pétillèrent.

« Ils ont juste précisé que s'il t'arrivait le moindre mal, ils s'assureraient qu'il n'y ait plus jamais un seul Weasley sur terre. Peu leur importe qu'ils puissent finir à Azkaban. Quelque chose dans le genre. »

Ces mecs étaient irrécupérables. Je ne comptais plus le nombre de fois où ils m'avaient mise dans l'embarra. Mon premier petit copain devait encore s'en souvenir d'ailleurs. J'avais beau être fille unique, je n'avais jamais eu la sensation d'être seule ou isolée. Blaise et Drago étaient mes frères de cœur et j'aurais donné ma vie pour eux.

Je poussai un long grognement.

« Euh, tout va bien ?

— Oui, marmonnai-je. Je me prépare à retourner à mon enquête. »

J'avais le temps de rentrer chez moi, prendre une douche et enfiler des vêtements propres. Il fallait que je rejoigne mon équipe au MACUSA. On avait envoyé au laboratoire sorcier des échantillons venant de la scène du crime et de la maison de Nicole. J'espérais que les maîtres de potion avaient pu trouver quelque chose.

Je me souvins soudain d'un léger détail dans mon enquête.

« J'ai trouvé un parchemin chez Nicole, énonçai-je. Il y a une liste de noms dessus et le mien y est inscrit également. »

Le visage de Ron se ferma.

« Pourquoi tu ne le dis que maintenant ? »

Ça ressemblait à un reproche. J'haussai les épaules.

« J'étais plutôt occupée à te sauver la vie et tu n'étais pas en état de faire quoi que ce soit hier soir. »

Il poussa un soupir avant d'aller chercher sa cape et de l'enfiler. Il prit un étui en cuir qu'il attacha autour de sa cuisse avant de venir y glisser sa baguette magique.

« Je t'amène chez toi, décida-t-il. Et pendant que tu te prépares, je vais lancer des sorts de protection à ton appart. Aucun sorcier mal intentionné ne pourra y rentrer. »

Il vint s'emparer de ma main avant de nous faire transplaner. Il afficha une expression perplexe quand la porte de mon appartement nous fit face.

« J'étais persuadé que j'arriverais à rentrer directement dans ton salon, admit-il avec confusion. »

Je fis claquer ma langue contre mon palais avant de me dégager de son emprise et de poser les mains sur les hanches.

« Qu'est-ce que tu croyais, Weasley ? lançai-je avec agacement. Que je n'aurais pas déjà pris mes précautions ? C'est mal me connaître ! »

Je sortis ma clé de la poche avant d'ouvrir la porte.

« Ton appart est déjà enchanté, c'est ça ? demanda-t-il.

— Bien deviné, Einstein, répondis-je. Personne ne peut entrer chez moi sans mon consentement. J'ai préparé des dizaines de potions pour me protéger. »

Et j'avais la chance d'avoir un ami talentueux en potion, peut-être même le plus brillant depuis Severus Rogue. Drago m'avait envoyé des colis remplis de potions au cas où je me retrouverais sans défense. Il fallait dire que je n'avais pas réfléchi à deux fois avant de vaporiser tout mon espace à vivre. Tout le bâtiment était immunisé contre la magie noire. Je ne voulais pas que mes voisins aient la mauvaise surprise de se retrouver face à face avec des mecs dangereux et pas nets. Surtout s'ils en avaient contre le Mediator du MACUSA.

Un mince sourire s'étira sur les lèvres de Ron.

« Je n'en attendais pas moins de toi, avoua-t-il. »

Je répondis à son sourire. Bien sûr que j'avais réfléchi aux conséquences de ma nouvelle « vie » après avoir accepté le job le plus dangereux des Etats-Unis. J'allais dans ma chambre, le laissant s'asseoir sur mon canapé. Il fallait que je prenne une douche et que je me change en vitesse. Dix minutes plus tard, j'étais fin prête à entamer cette journée.

« Euh Parkinson ? l'entendis-je soudain m'appeler. Tu as un visiteur. »

Surprise, je sortis de la chambre avant d'apercevoir un homme grand, élancé et aux cheveux blond platine retenus en arrière. Il portait des lunettes de soleil, un perfecto en cuir et une chemise blanche. A ses pieds se trouvait une valise et un sac de voyage. Les mains dans les poches et son air détaché donnaient l'impression qu'il occupait les lieux depuis toujours. Il venait de transplaner dans un appart pourtant protégé à 1000% par mes soins.

« Qu'est-ce que tu fous ici, Weasley ? clama-t-il calmement. »

Nom de Merlin… Mais qu'est-ce que Drago Malefoy faisait chez moi ?! Il devait se faire de sacrés films dans sa tête. Et je vous avoue que l'attitude désinvolte du roux dans la pièce n'arrangeait pas les choses. J'eu envie de tuer Weasley quand sa seule réponse fut :

« On couche ensemble avec Pansy. »

Drago ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n'en sortit.

« QUOI ?! beuglai-je en me tournant vers l'Auror. »

Il affichait un air amusé. Si j'avais encore eu de la magie en moi, ce type aurait été mort et enterré.

« Je rigole, c'était pour voir sa tête, corrigea-t-il. Reconnais qu'elle vaut le détour. »

En effet, si je n'avais pas été aussi mortifiée, j'aurais pu rire à grands éclats devant l'expression médusée de Drago. Lui qui ne révélait pas souvent ses émotions en public était à cet instant aussi lisible qu'un livre ouvert. Quelques secondes plus tard, il reprit un air neutre même si son petit sourire en coin montrait qu'il était heureux de me voir.

Mon cœur bondit de joie dans ma poitrine et je vins me jeter dans ses bras, manquant de faire tomber ses lunettes de soleil par terre. Il me rendit mon étreinte en poussant un petit rire amusé.

« Comment t'as fait pour transplaner chez moi ? demandai-je le nez dans sa chemise. »

Il sentait son subtil parfum musqué.

« C'est moi qui t'aie donné les potions pour te protéger de tout danger, répondit-il. Je n'en suis pas un, alors je peux entrer et partir à ma guise. »

Je poussai un grognement de protestation avant de me détacher de lui.

« Je ne savais pas que tu venais me rendre visite, commentai-je. Tu aurais pu prévenir, j'aurais fait le ménage.

— Je viens vous aider dans votre enquête, avoua-t-il l'expression soudain très sérieuse. Apparemment vos maîtres de potion ont du mal à percer les secrets d'une de vos trouvailles. »

Je fis une mine dubitative. Notre mission était classée top secret, seuls certains hauts placés du MACUSA et mon équipe en connaissaient les détails.

« Qui t'a parlé de ça ?

— Moi, déclara soudain Ron en se levant. »

Je les observai, choquée de voir mon meilleur ami hocher la tête en signe d'affirmation. Il s'approcha pour venir serrer la main de l'Auror.

« Et les potions ? s'enquit-il.

— On ne peut faire plus efficace, Malefoy, répondit le roux avec un petit sourire. Elles m'ont sauvé la vie hier soir.

— Pour changer, convint le blond d'un air moqueur. »

J'eus un éclair de lucidité.

« Attends… Quoi ?! compris-je. »

Je tournai la tête vers Drago.

« C'est toi qui le fournis en potion de guérison ? interrogeai-je ébahie.

— Oui, accorda le sorcier. »

Je fis une moue dubitative avant de regarder Ron, comme si j'attendais sa confirmation à lui.

« Hum… Malefoy m'approvisionne en potion depuis des années maintenant, concéda-t-il. Je n'en trouve pas d'aussi puissantes que les siennes. »

Voilà qui expliquait pourquoi il ne ressentait pas l'envie d'aller à l'hôpital à chaque fois qu'il rentrait à moitié mort. Je crois que j'étais vexée d'apprendre que mon meilleur ami échangeait avec Ron Weasley. J'avais pensé avoir un petit quelque chose de spécial, un traitement de faveur de la part d'un ancien ennemi d'école. Savoir que Drago y avait droit aussi me serrait le cœur et je ne comprenais pas vraiment pourquoi.

Soudain, je reconnus cette sensation. J'étais jalouse.

Nom de Merlin, j'étais jalouse de mon meilleur pote. Alors qu'il était marié depuis des années, qu'il n'était pas gay et qu'il n'en avait sûrement rien à faire des roux aux yeux bleus. Mon côté possessif me faisait imaginer des choses totalement improbables et je dus faire un grand effort pour calmer mes battements de cœur affolés.

« Mais… vous vous entendez bien ? Réussis-je à demander.

— Nos relations sont purement professionnelles, Pansy, affirma Drago. Nous ne sommes pas proches comme toi et Londubat, si c'est ça que tu demandes. »

Ron se leva du canapé.

« Il faut que j'y aille, annonça-t-il. J'ai une urgence au MACUSA et Sam demande que je le rejoigne au plus tôt.

— Dois-je venir avec toi ? m'enquis-je.

— Non, objecta le roux. Ta priorité c'est la potion. Emmène Malefoy avec toi au laboratoire. Il faut savoir ce que notre suspect prépare. »

Il me fit un signe de main avant de passer de nouveau la porte d'entrée. Nous l'entendîmes transplaner. A peine eut-il disparu que je sentis le regard du blond à mes côtés me transpercer.

« Toi, murmura-t-il. Tu en pinces pour Weasley. »

Je soupirai avant de lui faire face.

« Je n'en pince pas pour Ron, me défendis-je.

— Mais tu l'appelles Ron, observa-t-il.

— C'est son prénom, répliquai-je. »

Il soupira.

« Pansy, tu le regardes d'une drôle de façon. Fais attention à toi, rajouta-t-il.

— On travaille ensemble Drago ! On s'entend bien et il n'y a rien de plus. »

Bon sang, j'avais vingt-huit ans, j'étais parfaitement capable de gérer ma vie sentimentale. Même si ce que je ressentais était confus dans ma tête. Ron me voyait comme une collègue et une ancienne camarade d'école. Pas de quoi s'affoler.

Je retournai dans ma chambre pour prendre mon manteau.

« Allez viens blondinet, lançai-je en enfilant le vêtement. Tu as la chance d'assister le Mediator dans sa première mission. Bon courage à toi. »

Il allait en avoir besoin.


Dès que nous mîmes le pieds au MACUSA, ce fut comme si nous venions de lâcher une bombe dans le hall d'entrée. D'habitude, personne ne faisait attention à moi. Il fallait croire que la présence du blond à mes côtés changeait soudainement la donne.

« Tout le monde me fixe, grommelai-je.

— Ce n'est pas toi qu'ils regardent, répondit calmement Drago. »

Je serrai son bras un peu plus fort avant de l'entraîner vers l'ascenseur magique. Ça m'étonnait toujours de voir à quel point les sorciers éprouvaient de l'intérêt pour la vie de mon meilleur ami. Son nom était comme gravé sur sa figure. Je ne savais pas comment il faisait pour garder son calme et ne pas les envoyer paître. Je suppose que s'il se révoltait, la situation serait pire.

« Comment va mon adorable filleul ? Fis-je pour détendre l'atmosphère. »

Il afficha un mince sourire avant de darder ses yeux gris sur moi.

« Il va bien, m'apprit-il. Il est calme et il parle beaucoup. Blaise est fou de lui.

— Torie doit être heureuse de l'avoir dans les pattes celui-là, me moquai-je. »

Il rit.

« Blaise occupe Scorpius, ça lui laisse le temps de faire pleins de choses à côté, admit le blond. Elle est un peu fatiguée ces derniers temps. »

J'hochai la tête.

Astoria avait une santé fragile. Elle subissait les affres d'une ancienne malédiction et Drago faisait son possible pour trouver un remède à sa maladie. C'était la femme la plus intéressante que je connaissais. Elle était née dans une bonne famille sorcière, les Greengrass, et avait une sœur plus âgée qu'elle : Daphnée. Personnellement, je n'avais jamais eu de bonnes relations avec cette dernière parce que je la trouvais égoïste et égocentrique. Peut-être avait-elle la même opinion sur moi-même. En tout cas, les deux sœurs étaient aussi différentes que la nuit et le jour.

Daphnée était aussi blonde qu'Astoria était brune. L'ainée avait été répartie à Serpentard lors de son entrée à Poudlard tandis que la future épouse de Drago avait plutôt opté pour Serdaigle. Astoria était très cultivée, optimiste, bouillonnante de vie et très drôle. J'avais cru à une blague lorsque mon meilleur ami nous avait avoué qu'il était attiré par elle. Tout le monde l'aurait plutôt imaginé sortir avec Daphnée. Mais Astoria apportait quelque chose que Drago avait perdu : l'espoir d'un monde meilleur.

Pourtant, c'était loin d'être gagné entre eux deux. Elle avait longtemps refusé ses avances parce qu'elle le trouvait arrogant et désagréable. Bon… Torie n'avait pas tort. Mais elle avait fini par capituler, sûrement pour avoir la paix et s'en débarrasser une fois pour toute… Ouais, peu concluant : ça faisait six ans qu'ils étaient ensemble.

J'étais heureuse pour Drago. Il avait réussi à trouver un équilibre et à obtenir un quotidien plus simple et paisible. Les médias sorciers ne l'épargnaient pas mais il avait l'air de s'en moquer. Les journalistes évitaient de s'attaquer à son enfant et je crois que Potter y était un peu pour quelque chose. Les deux ne voulaient pas qu'on parle de leur vie familiale. Une loi était passée, interdisant les journaux sorciers de s'en prendre à des sorciers mineurs. On pouvait remercier Hermione Granger pour son intervention au Ministère de la Magie. Ça avait du bon de côtoyer des avocats comme elle.

L'ascenseur nous mena jusqu'au laboratoire du MACUSA. De nombreux sorciers s'affairaient autour de chaudrons, de potions et de grimoires. Mais à l'inverse des personnes à l'entrée du bâtiment, peu de gens détournèrent leur attention pour nous observer passer Drago et moi. Ils étaient bien trop occupés par ce qu'ils faisaient.

Je portai l'insigne du MACUSA sur ma veste et personne ne me demanda ce qu'on pouvait bien venir faire ici. Je reconnus les silhouettes de Tim et de Quincy au loin. En temps normal, aucun Non-Maj' n'avait le droit de rentrer dans le Woolworth Building. Mais Quincy James était sous les ordres du Mediator. Et croyez-moi : j'en avais rien à carrer des règles stupides de sorciers conservateurs. Le président du Congrès n'avait pas l'air de s'en offusquer de toute façon.

Mes collègues étaient en train de parler avec un sorcier vêtu d'une robe de sorcier colorée. Il était habillé d'une façon un peu incongrue, voire totalement loufoque. Je ne le connaissais pas et j'en déduisis qu'il s'agissait d'une des personnes travaillant sur notre fameuse potion. Luna aurait adoré son style.

Penser à elle me fit sourire.

« Messieurs, saluai-je en venant me poster à leurs côtés. »

Quincy m'adressa un clin d'œil et Tim me retourna le bonjour. Ils tournèrent ensuite des yeux intrigués vers le sorcier derrière moi.

« Quincy, Tim, voici Drago Malefoy, maître de potion et accessoirement mon meilleur ami, présentai-je en montrant le blond à mes côtés. Il arrive tout droit de Londres pour nous prêter main forte. »

S'ils connaissaient le passé tourmenté et sombre de la famille Malefoy, ils eurent la délicatesse de ne rien en montrer et s'empressèrent de lui serrer la main.

« Bienvenu Mr. Malefoy, fit Tim. Ravi de vous rencontrer.

— Moi de même, répondit Drago avec politesse. »

Ce qu'il y avait de bien avec lui, c'était qu'il était drôlement bien élevé (enfin… Astoria était passée par là. Parce qu'entre nous, l'éducation de Lucius et Narcissa était foireuse au possible). Drago arrivait à s'adapter à n'importe quelle situation. La première fois qu'il avait pris le métro avec moi, on aurait dit qu'il avait fait ça toute sa vie. Il pouvait évoluer au milieu des Moldus et passer pour l'un d'entre eux sans problème. J'en avais fait un scandale. C'était injuste d'avoir un sens de l'adaptation aussi inné alors que moi j'éprouvais toujours du mal à prendre l'avion pour retourner à Londres.

« Pansy, Mr. Malefoy, voici le maître de potion Allan Lloyd, indiqua Quincy en introduisant le sorcier à la robe bleu électrique. »

Le vieil homme s'inclina devant nous.

« Mediator, c'est un plaisir de faire votre connaissance, affirma-t-il avec bonne humeur. Et vous Mr. Drago Malefoy… Je suis heureux de rencontrer l'un des meilleurs potionnistes de sa génération. J'ai assisté à votre examen de maître de potion au Ministère de la Magie.

— Je m'en souviens maître Lloyd, sourit Drago. Vous portiez exactement la même robe de sorcier qu'aujourd'hui. Vous êtes le potionniste le plus brillant des Etats-Unis. »

L'homme sembla réjoui de savoir ce détail et rit de bon cœur.

« Je dois avouer qu'aujourd'hui, un peu d'aide de votre part jeune homme me serait la bienvenue, annonça-t-il avec un peu plus de sérieux.

— Montrez-moi donc cette potion, quémanda le blond. »

Et ce fut comme si nous n'existions plus. Les deux sorciers partirent dans une longue discussion alors qu'ils se dirigeaient vers le bureau du maître de potion.

« Euh… d'accord, réussis-je à dire en tournant les yeux vers mes compères. Maintenant je comprends mieux les nanas de Poudlard quand Drago passait devant elles en les ignorant superbement. »

Tim haussa les épaules.

« Des passionnés de potions, on ne doit pas en trouver à tous les coins de rue, commenta-t-il.

— On peut les laisser-là, déclarai-je. Vu notre inexpérience en potion, on ne pourra rien faire pour les avancer. Il faut plutôt qu'on analyse la liste de noms que j'ai trouvé hier sur un des parchemins. »

Nous ne mîmes pas longtemps à trouver une salle de réunion libre dans laquelle nous installâmes tous nos documents. Je me promis de demander un quartier général à Samuel Quahog. Le Mediator pouvait bien avoir quelques commodités, non ?

« Dorothy Tamler, lut Quincy. Il me semble que c'était une camarade d'école de ma sœur…

— Tu as son contact ? s'enquit notre collègue sorcier. »

Il secoua la tête.

« Non, déplora le policier. Et même si je l'avais, ça ne nous servirait pas à grand-chose : Dorothy est décédée il y a deux ans. »

Je soupirai de lassitude tout comme Tim.

« Mais pourquoi toutes les personnes pouvant nous guider dans cette enquête clapsent quand on en a besoin ? Se plaignit-il en s'avachissant sur son fauteuil.

— Je me pose la même question, soupirai-je. Comme si… »

Je me stoppai.

« Comme s'il y avait un lien entre vous, comprit le sorcier à mes côtés. »

Il me fixa quelques secondes.

« Pansy, ton cerveau est aussi parfait que le mien, souffla-t-il comme s'il me révélait un secret.

— Euh… merci ? »

Était-ce un compliment ?

« J'ai trouvé ! s'exclama Quincy nous coupant tout à coup. »

Il avait l'air excité comme une puce, tous les sens en éveil. Nous en avions un qui avait sûrement plus de jugeote et de raisonnement que no deux cerveaux apparemment. Le policier s'était mis à rouvrir des tas de dossiers et à écrire sur la table en verre des noms et des situations. Un grand foutoir dans sa tête. Après quelques minutes, il se tourna vers nous, fier de lui.

« Tu… tu nous expliques ? osa demander Tim. Je comprends rien à ce que t'as écrit. »

Merci Tim, je n'étais pas la seule.

Sans s'en offusquer, notre collègue nous montra les différents noms inscrits par ses soins.

« Tyler Hunter, indiqua-t-il, était magico-physicien au département des relations internationales scientifiques du MACUSA. Il est décédé il y a un an des suites d'une maladie. »

Il indiqua un autre endroit sur la table.

« Jean Mallard est l'ancien entraîneur de Quidditch de l'équipe nationale de France. Il est l'un des chercheurs qui a contribué aux innovations majeures en termes de balais magiques. Le Nimbus 2000 est une des créations auxquelles il a offert son expertise. »

Le nom Mallard me semblait familier. Peut-être ce Jean était-il le père de Mathilde Mallard, la célèbre Poursuiveuse ? Elle faisait encore partie de l'équipe de France lors de la Coupe du Monde de Quidditch en 2006. C'était l'une des rare joueuses à avoir eu une carrière exceptionnellement longue. Les Français étaient arrivés jusqu'en finale mais ils avaient perdu contre le Burkina Faso de 80 points. J'en avais été fortement attristée sachant que ma mère française supportait cette équipe avec acharnement. Mon père avait dû vivre avec sa mauvaise humeur pendant une semaine.

Comment Diable mon collègue savait tout ça sur le monde magique ? Un véritable mystère.

« Concepción De La Cruz ? enchaîna Quincy. Elle est la chanteuse du groupe Las brujas de Acapulco.

— Le groupe de rock mexicain ? comprit Tim avec des yeux pleins les étoiles.

— Lui-même, répondit-il. Ils ont fini premiers dans les ventes de disques sorciers en Amérique du Nord.

— J'ai tous leurs albums, avoua l'Auror en me jetant un regard entendu. »

Je lui offris un sourire forcé. Je ne pouvais décemment pas lui révéler que je ne connaissais pas du tout ce groupe. Quincy tapota un quatrième nom.

« Et enfin, termina-t-il, Xin Jiang. Lui, il est journaliste reporter pour le quotidien sorcier de Chine.

— Mais putain, comment tu sais tout ça ? demandai-je ébahie. »

Il haussa les épaules, comme si c'était normal.

« Je travaille pour la NYPD et le MACUSA, dit-il.

— Moi aussi. Ça n'explique rien, fis-je remarquer.

— J'aime bien suivre de près les missions du monde magique, continua Quincy. Ma sœur me donne toujours ses quotidiens sorciers. Elle fait ça depuis qu'elle a appris qu'elle était une sorcière. »

Il se tut quelque seconde avant de soupirer avec regret :

« Dès fois, je regrette d'être né Non-Maj'. J'aurais eu totalement ma place dans le monde sorcier. »

Il y avait une réelle douleur derrière ses paroles. Je posai une main sur son épaule.

« Hey, être né sorcier ne fait pas tout, rappelai-je avec douceur. Regarde-moi. Je suis sorcière… »

Petit moment d'hésitation.

« Enfin de base… Mais je connais beaucoup moins de choses que toi sur les crimes des sorciers. »

Et shame on me.

« Tu sais jongler entre deux univers sans jamais être pris de court, poursuivis-je. Tu es incroyable Quincy James. »

Le policier me sourit gentiment puis posa de nouveau les yeux sur la table où étaient posés tous les documents de notre enquête.

« Donc, tu sembles avoir trouvé un lien entre toutes ces personnes, non ? l'interrogeai-je.

— Tu fais également partie de la liste, Mediator, me rappela-t-il. »

Oui, malheureusement, petit détail qui avait son importance.

« Qu'est-ce que vous pouvez bien avoir en commun ? marmonna Tim en observant les noms.

— Vous étiez tous présents à la Conférence Internationale de l'Innovation Magique en 2004, déclara Quincy. »

Je levai la tête pour fixer mes collègues. C'était le jour où j'avais perdu tous mes pouvoirs. La bonne partie des sorciers à cette réunion mondiale étaient morts sous la déflagration de magie.

« Tous ces gens sur la liste y étaient ?

— Il faut croire oui, acquiesça Quincy. Et comme toi ils ont survécu.

— Ce qui veut dire que notre enquête est liée à l'accident de Copenhague, conclut Tim. »

On n'était pas sorti de la bouse de dragon si vous vouliez mon avis.