Le jour où on a chié dans le salon :

Chapitre 21 : Couches :

Des couches… Dabi était de corvée de couches et se devait de revenir avec un paquet plein pour la petite. D'un pas traînant, peu désireux de rentrer et envieux de la petite liberté que lui donnait sa course, il prit le temps d'observer la ville pour une fois et de se poser un instant. Avec un demi sourire caché par son masque et des yeux brillants d'apaisement derrière ses lunettes de soleil, le brun se laissait aller à l'enthousiasme procuré par un petit temps de paix. Par le soleil, le vent doux et les rires des passants. La ville lui semblait plus belle depuis qu'il avait la petite, depuis que le monde tournait à nouveau avec lui. Ou presque. Après tout, avec la commission au cul, il n'était pas encore vraiment sortit d'affaire.

Il eut un soupire en reprenant la marche, pensant à la paix des ruelles éblouies par le beau temps. Il aurait aimé prendre plus de temps. Mais si la commission le voyait ici tout seul alors elle le forcerait à rentrer et ferait passer à lui ainsi qu'à Hawks une bonne batterie de questions. Autant dire qu'il n'en avait nullement envie. Donc, il rejoignit sa niche, la tête basse. Le chien errant avait maintenant une maison, il n'y avait plus de place pour le sirop de la rue.

Le temps de paix ne dura pas bien longtemps. En effet, à peine reprit-il sa marche qu'une voix rocailleuse le stoppa d'un coup net.

« Tient. Si c'est une surprise. Dabi. Tu ne changes jamais de déguisement à ce que je vois. »

Shigaraki… Que faisait-il là bon sang ? Après avoir frissonné et avalé sa salive, le faux brun se retourna avec lenteur, méfiant, pour se retrouver face à face avec le chef de l'actuelle Alliance. Dans une position sûre, Shigaraki l'observait de haut en bas avec dédain, ses mains se crispant dans l'air pour doucement se relâcher. Il fit un pas vers le porteur de l'alter de feu, puis un autre, et enfin, il se posa face à lui quelques centimètres à peine de moins qui les séparaient. Comprenant la menace, Dabi ne fit rien et se contenta de se cramponner à son sac plastique blanc que le chef observa avec attention. Soudain, ses yeux s'arrondirent et avec un rictus moqueur et suffisant qu'il avait sûrement volé au brun, le bleu délavé s'exprima une nouvelle fois.

« Je peux savoir ce que tu fous avec des couches ? Attends. Me dis pas que tu es père maintenant ? »

Bon, il était vrai que pour son image de vilain, le coup du papa de famille qui va acheter des couches n'est pas forcément top, ni même conseillé. Mais il n'avait pas vraiment le choix. C'était sois les couches, soit une boule puante à la maison. Et il n'aimait pas les boules puantes.

Shigaraki eut un rire mesquin alors qu'il fixait le paquet de couche, demandant à voix haute à savoir qui était l'heureuse élue, la mère de cette petite merveille toute desséchée que devait être l'enfant de Dabi. Évidemment, il n'obtint aucune réponse, ni même l'adresse de l'ex-vilain qui ne voyait pas en quoi tout ceci le regardait et d'ailleurs, il en fit la réflexion.

« Eh bien … Plus je vois ta sale tronche, et moins j'ai envie de te répondre. J'habite un lieu avec un enfant de bas âge qui se trouve être le miens, oui. Et tout ça ne te regarde en rien. Je me demandes même ce que tu fiches ici devant moi à m'empêcher de tracer ma route tranquillement. Tu me veux quoi à la fin ?

-Excellente question dont je te laisse deviner la réponse. Détailla-t-il en écartant les bras, les paumes bien visibles dans une menace. Devine un peu de pourquoi je te cherche Dabi.

-Car j'ai quitté l'alliance ?

-Tout à fait, mais pas que… Allons, réfléchis. Pourquoi je voudrais te poursuivre ?

-Parce que je connais certains secrets de l'Alliance. Affirma alors le brun.

-Parfaitement. Et vois-tu, ça m'embête beaucoup. Gronda le chef en avançant un peu plus, faisant se reculer Dabi qui se protégea immédiatement de ses bras, prêt à l'enflammer d'un coup. Allons Dabi. Ne reste pas sur la défensive, ça ne sert à rien. De toute façon, si je voulais te tuer, pour sûr que je ne pourrais pas te rater.

-Tu attends quoi, dans ce cas. Le provoqua Dabi tout en tournant autour de Shigaraki, tel un félin, afin de trouver le bon angle pour sois attaquer, sois s'enfuir. Viens. Viens me tuer, Shigaraki. Sourit le brun qui savait très bien que le bleu voulait encore causer.

-Dabi… Je ne te conseille pas de me provoquer. Pense à ta nouvelle petite famille un peu. Comment réagiraient-ils tous, si tu ne revenais pas ? Tu te tends ? Bien. Qui aurait cru que le grand je m'en foutiste que tu es se prendrait un jour d'affection pour un petit être tout joufflu. Mais tu as raison, assez discuté. »

Rugit soudainement Shigaraki alors qu'il abattait sa main au sol. Souple, le brun sauta pour atterrir un peu plus loin, éloigné de la zone dangereuse. Ce petit numéro dura quelques instants avant que le portable de Dabi ne se mette à sonner. Pâle, le brun, vit le bleu délavé sourire vicieusement et lui faire signe de décrocher. Et si Dabi se battit au départ pour ne pas le faire, il finit tout de même par répondre suite à trois autres appels de la même personne. À la cinquième sonnerie, Dabi craqua.

« Que se passe-t-il Natsuo ?! Tenko ? Non. Non, je connais pas. Comment ça ? Hein ? Nat's ? Nat's ?! Mais c'est qui Shimura ? »

Avec une moue déstabilisée, le brun se tourna vivement vers son attaquant qui venait de s'appuyer sur un mur afin de se donner contenance. Chose qui aurait pu marcher et même impressionner certains, si au final, Dabi n'était pas Dabi et que Shigaraki ne paraissait pas si soudainement, de venir de se prendre une épingle, droit dans le cul. Peut-être y avait-il une visse dans le mur après tout. Enfin. En position de défense, le faux brun attendit que l'autre attaque à nouveau et hoqueta de surprise sous le signe de reddition de l'autre.

Redressé, le porteur de l'alter de feu le fixa sans vraiment comprendre ce qui se passait réellement. Shigaraki n'avait d'un coup plus envie de se battre. Les bras croisés, il s'éloigna encore. Et tout en partant, il lui fit un grand geste de la main, signe qu'il s'en allait.

« Je m'en vais. Comme je suis bon seigneur, je te laisse la vie sauve, en reconnaissance pour tous les cassages de burnes que tu as provoqué autour de toi par la seule présence de ta sale tronche. Et au fait, j'adore tes nouveaux accessoires. Pas mal les couches. »

Sans un mot supplémentaire, les deux hommes se séparèrent et sans vouloir plus se faire attendre, le brun fila jusque chez lui avec entrain et envie. Il voulait revoir sa chérie et la bisouiller de partout tout en faisant croire que ce n'était en rien de la gâtification.

Une fois arrivé, il jeta le paquet de couches sur la table de la salle à mangée et retira ses chaussures pour les poser sur le côté de l'entrée. Ensuite, content d'être encore vivant, il fila dans le salon et fit au tout début abstraction de la mauvaise moue d'Hawks qui se tenait les bras croisés sur le canapé devant une télé éteinte. À la place, il s'empara de ses lèvres mais se fit bien rapidement repousser. Surpris, le brun se releva et replongea de nouveau sur ses lèvres, mais le blond se décala une nouvelle fois, lui laissant l'honneur d'embrasser le canapé. Avec un grognement de rage, il se retrouva face à un nouvel échec. Bien. Qu'avait son homme-oiseau encore ?

« Tu en as mis du temps pour acheter des couches. Je peux savoir où tu es passé ? »

Et merde. Shigaraki faisait vraiment chier.