« Il pouvait à peine se tenir debout il y a un instant, où est-ce qu'il a bien pu passer, bordel ? » Grogna Raph en pausant dans ses recherches, son inquiétude se manifestant sous la forme d'un grognement.

Don sortit de la salle de bain qu'il avait déjà vérifiée trois fois pour voir Raph debout à côté du canapé et ayant l'air frustré. Mikey était avec lui, et il se grattait l'arrière du crâne tout en soulevant les couvertures comme si Leo aurait pu se trouver en dessous.

« On a regardé partout. Il n'est pas là. Ce qui veut dire… » Don tourna la tête vers la porte menant à l'escalier qui permettait d'accéder au magasin.

Le magasin était sombre et froid, et pas très accueillant. Cela semblait stupide de penser que Leo, qui avait déjà froid, se serait rendu là. Mais là encore, le magasin était sombre et silencieux, il n'y faisait pas gelé mais frisquet, et ressemblait davantage à un endroit de brumation naturel que les autres pièces. Leo n'avait pas vraiment été lui-même, tout à l'heure, alors il n'y avait aucun moyen de savoir ce qui lui passait par la tête. Il ne pensait pas clairement. Ne pensait probablement pas du tout, et se contentait de suivre son instinct. Ce n'était pas bon, mais Don ne pouvait pas nier que ce n'était pas intéressant, qu'ils aient un instinct qui puisse totalement prendre le contrôle. Il était curieux, voulait savoir ce qui, exactement, avait provoqué cela, s'ils pouvaient réellement entrer en brumation – mais la situation étouffait très efficacement cette curiosité. Le bien-être de Leo était plus important que le fait de trouver des réponses.

Ne voulant pas gâcher plus de temps, ils commencèrent leur recherche au rez-de-chaussée.

Le magasin était aussi froid que dans leurs souvenirs, et les tortues à sang-froid ne purent s'empêcher de frissonner. Don leva une main pour allumer la lumière avant d'hésiter. Ils ne voudraient pas attirer l'attention sur le magasin à présent qu'il était censé être fermé, alors il laissa sa main retomber et plissa les yeux dans la faible lumière provenant des escaliers. Quand leurs yeux se furent habitués à la pénombre, les tortues soupirèrent. Le magasin amélioré n'était pas qu'une simple pièce ; il y avait plusieurs pièces supplémentaires servant de dépôt, pleines d'objets non-déballés, d'emballages, de cartons et divers autres choses. La pièce principale avait de nombreux placards et meubles qui permettraient de se cacher facilement.

« Je le frapperais une fois qu'on l'aura trouvé, » Grommela Raph, mais la menace était vide. Il s'approcha des cartons les plus proches et ne trouva que de la poussière derrière eux. Il laissa retomber le carton qu'il avait soulevé et un nuage de poussière remplit la pièce, ce qui fit tousser et jurer la tortue. Dans sa frustration, il donna un coup de pied dans le carton, ce qui lui valut un regard d'avertissement de la part de Don.

« Arrête de lâcher et de frapper les objets, Raph, » Le réprimanda Don en s'enfonçant davantage dans le magasin. « Tu vas casser quelque chose, et ce sont les affaires d'April. »

Mikey s'était dirigé vers l'une des réserves lorsqu'il remarqua une couverture sur le sol. Il s'en approcha, et en se baissant pour l'attraper, il vit le bord d'une autre couverture dépassant de derrière une pile de cartons.

« Je crois que je l'ai trouvé, » Appela Mikey en poussant prudemment les cartons sur le côté pour trouver une pile de couvertures derrière eux. « Il est là ! »

Don et Raph arrivèrent en un instant, juste au moment où Mikey soulevait les couvertures pour révéler la forme endormie de Leo. Au moins, grâce à la couverture que Leo avait laissée derrière, ils ne l'avaient pas cherché longtemps.

« De tous les endroits possibles… » Marmonna Raph en détaillant le coin poussiéreux caché derrière les cartons. Mikey céda sa place à Don, et celui-ci vérifia à nouveau le pouls de Leo d'une main prudente, découvrant que son pouls n'avait pas eu le temps de ralentir beaucoup. Pas encore.

« Les tortues peuvent entrer en brumation sous l'eau, mais d'habitude, elles le font sous des berges, des troncs creux et des rochers. Vu qu'il n'avait rien de tout ça, je suppose que cet endroit était son second choix, » Expliqua Don d'une voix distante tandis qu'il extirpait doucement Leo de derrière les cartons. Raph s'agenouilla à côté d'eux, offrant silencieusement de porter Leo. Don jeta un regard au bras de Raph, mais décida de laisser Raph le porter. Il remarqua malgré tout la façon dont Raph serra les dents lorsqu'il dut supporter le poids de Leo, et il sut qu'il devrait quand même garder un œil sur la blessure de Raph.

Une fois que Leonardo fut convenablement situé dans les bras de Raphael, Donatello s'assura que les couvertures étaient toujours bien enroulées autour de lui. Ils étaient soulagés de quitter la pièce froide, mais Leonardo était à présent endormi, et l'heure tournait encore.

Ils amenèrent Leo dans la chambre, et une fois qu'il fut allongé dans un lit chaud au lieu d'un sol froid et sous les couvertures, tous les regards se tournèrent vers Don.

« Alors… qu'est-ce qu'on peut faire ? » Demanda Raph en croisant les bras.

« Ouais, comment est-ce qu'on dit à son corps d'arrêter de faire quelque chose ? » Ajouta Mikey, et tous fixaient à présent Leo.

Don ne put que hausser les épaules. « La chaleur est toujours la clé. Ça devrait faire comprendre à son corps qu'il n'a pas besoin d'entrer en brumation. Mais… il fait chaud, depuis pas mal de temps. Il ne devrait pas avoir été suffisamment froid pour entrer en brumation. »

« Peut-être que c'est un truc de mutant, » Dit Mikey en haussant les épaules avant de poser une main sur l'épaule de Don. Il était clair que Don était sous pression, puisqu'ils comptaient tous sur lui pour ce qui était de ce genre de choses, mais personne n'en voulait à Don. À part Don lui-même. « Genre, peut-être qu'on entre en hibernation avec un petit délai, tu sais ? »

« En brumation, » Le corrigea Don. « Et ça n'a... ça n'a pas de sens, s'il fait suffisamment chaud, une tortue en brumation devrait se réveiller. » Et il faisait suffisamment chaud, plus qu'assez, même ! Si ce que disait Mikey était vrai, alors comment étaient-ils censés savoir quoi faire, s'il s'agissait de quelque chose que seul leur… espèce ferait ? Ce n'était pas comme s'ils pouvaient simplement aller à la bibliothèque et y prendre un livre sur les tortues mutantes. C'était quelque chose qu'ils devraient comprendre seuls. Quelque chose que Don devait comprendre.

« Peut-être que lorsque le corps est dans son état normal, sain et reposé, il pourrait y parvenir, » Dit Don en posant une main sur la joue de Leo et en le regardant tristement. « Mais Leo a été très malade, et il ne s'en est pas encore remis. Son corps ne peut pas supporter une telle épreuve, en ce moment. Son corps n'a montré rien d'autre que des mauvais signes – il va s'éreinter, à ce rythme. »

« Pourquoi son corps ferait quelque chose qui le blesserait ? Notre système n'essaie pas d'habitude, genre, de nous protéger et tout ? » Demanda Mikey en fouillant dans sa mémoire pour se souvenir de ce que Don lui avait dit à propos des fièvres et d'autres choses. « Genre, avoir de la fièvre n'est pas bon signe, mais c'est notre corps qui essaie de nous soigner à sa façon, pas vrai ? Alors c'est quoi, le but de ça ? »

Don regarda la forme inerte de Leo, observant sa poitrine se soulever et s'abaisser lentement. « Je n'en sais vraiment rien, » Finit-il par dire. « Ce n'est pas comme si nos corps ne pouvaient pas faire d'erreurs. Les changements soudains de température, le froid mordant… tout ça a dû perturber quelque chose. » Don savait qu'un temps inhabituel pouvait perturber l'horloge interne des animaux, les faisant se réveiller de leur hibernation trop tôt, ou créant de la confusion chez les oiseaux migrateurs – il était étrange de faire une telle comparaison, mais ça avait du sens. D'une certaine façon. Don fronça les sourcils, se rappelant à nouveau à quel point il avait besoin de son laboratoire.

« Et comme tu l'as dit, Mikey, » Soupira Don, « c'est assez difficile de dire à nos corps qu'ils se trompent. » Comment pouvaient-ils combattre ou réprimer un instinct ? C'était encore la même situation ; ils avaient laissé Leo échapper à leur surveillance, et maintenant, il était de nouveau inconscient. À quel point sera-t-il difficile de le réveiller, cette fois ? À quel point sera-t-il difficile de le garder éveillé, alors que ça avait déjà été si compliqué tout à l'heure ? De plus, le réveiller avait prouvé n'être qu'une solution temporaire. Don hésita. La meilleure option était-elle de le réveiller aussitôt que possible, ou bien de le réveiller après qu'ils aient trouvés une meilleure solution pour le garder conscient ? Quelle option aiderait Leo à garder ses forces – et quelle option l'empêcherait de franchir les limites de son épuisement ?

Était-ce seulement une bonne chose d'essayer de combattre cet instinct, ou cela faisait-il plus de mal que de bien ?

Don retira sa main sans quitter Leo des yeux. Le garder éveillé n'avait fait que le vider du peu de forces qu'il lui restait, mais si cela s'avérait être un sommeil dont Leo ne se réveillerait jamais – comment Don pourrait-il jamais se le pardonner ? Cette simple pensée le rendit malade, lui fit empoigner brutalement les couvertures. Lui fit prendre une décision.

« D'accord, Leo, » Dit Don en faisant de son mieux pour ne pas avoir l'air trop abattu. « Il est temps de se réveiller. »


« J'aimerais que ce soit l'été, » Marmonna Michelangelo en caressant doucement le bras de Leonardo tout en maintenant sa tête sur ses genoux. « Vous vous souvenez d'à quel point les toits sont chauds après que le soleil les a chauffés toute la journée ? Et ensuite, la nuit, ils commencent à se refroidir et ils sont juste assez chauds. C'est la meilleure sensation du monde, pas vrai ? »

Leurs tentatives pour réveiller Leonardo avaient, pour le dire simplement, échoué. Leonardo était toujours endormi, inerte dans les bras de Michelangelo tandis que le cadet lui parlait de tout ce qui lui venait à l'esprit en espérant, d'une manière ou d'une autre, que sa voix l'atteigne et le fasse se réveiller. Le plus jeune caressa d'un doigt l'ecchymose qui s'étalait sur la joue de Leo, le regard plein de tristesse. La marque était la preuve qu'ils avaient vraiment fait de leur mieux pour tenter de le réveiller. Voir l'hématome qu'ils avaient créé avait fini par les faire s'arrêter ; cela ne servait à rien. Leur méthode de tout à l'heure pour le réveiller ne marchait plus ; le malmener ne faisait que causer des souffrances inutiles au meneur.

Ce n'était pas comme si Leo semblait le sentir, à présent, mais cela ne les aidait pas à supporter la vision de ce qu'ils avaient fait. Ils se donnaient constamment des bleus, c'était inévitable pendant leurs entraînements, mais à présent, la situation était tellement différente. Leo n'était pas là pour se défendre ou même pour riposter – il était juste… il n'était pas là du tout.

Et ils n'avaient aucune idée de comment le ramener.

« Quand la neige aura fondu, on pourrait aller à la maison de campagne pour prendre un peu le soleil, pas vrai ? » Mikey continuait de parler sans jamais recevoir de réponses.

Don était assis devant son ordinateur au bout du lit et faisait des recherches sur la brumation des tortues. Si Leo ne pouvait pas être réveillé par quelque chose d'extérieur, alors cela devrait venir de l'intérieur. Le corps de Leo devait réaliser qu'il devait se réveiller. Raph s'assit à ses côtés et commença à lire par-dessus l'épaule de Don.

« Rien de tout ça n'a l'air très utile, » Commenta Raph avec impatience. Après qu'ils aient réalisé qu'ils ne pouvaient vraiment pas réveiller Leo, Mikey était devenu réservé, se contentant de parler de tout et de rien à Leo, et Raph était sur les nerfs. Ils faisaient tous de leur mieux pour garder leur calme, mais la situation était loin d'être bonne, et du coin de l'œil, Don remarqua que Raph avait agrippé le manche de son Saï. « Ça ne parle que de tortues normales. »

« Oh ? Est-ce que je devrais rechercher "hibernation des tortues mutantes" sur Google, alors ? » Demanda Don d'une voix toute aussi impatiente. Raph n'était pas le seul à être frustré par la situation.

« Désolé, » Dit Raph en serrant toujours les dents, et Don soupira. Ils ne pouvaient pas commencer à péter les plombs, pas maintenant.

« Non, c'est moi qui suis désolé. Regarde ça, » Dit Don en pointant son écran avant de lire tout haut. « Ajoutez des sources de lumière supplémentaires. Vous devez placer votre animal de compagnie dans un endroit où il pourra recevoir beaucoup de lumière naturelle. »

Raph grimaça au mot animal de compagnie, mais il ne s'y attarda pas. « Alors… on a besoin de lampes ? » Il avait l'air incertain.

« La chaleur devrait être plus efficace, mais vu que ce n'est clairement pas le cas, peut-être qu'on a besoin de lumière. Ça… ça vaut le coup d'essayer, au moins. À ce stade, tout l'est. » L'appartement était resté sombre la plupart du temps. Peut-être que la lumière additionnée à la chaleur fera l'affaire. Don regarda l'écran de son ordinateur sans le voir. L'état de Leo ne s'améliorait pas, et la solution était des lampes ? Il se passa une main sur le visage.

« Oh, » Souffla Raph en continuant à lire sur l'écran. Don baissa sa main et se reconcentra sur l'écran, suivant le regard de Raph vers le texte qu'il lisait.

« De plus, vous ne devriez pas laisser votre animal de compagnie s'il est malade ou s'il a des problèmes de santé, » Disait le site.

« Eh bien, c'est exactement ce que j'avais besoin d'entendre, » Murmura Don. L'information était évidente, mais la lire dans cette situation était une véritable gifle.

« Ca s'améliore de plus en plus, dis donc, » Marmonna Raph en se levant du lit, ne voulant pas lire d'autres mauvaises nouvelles accidentellement.

« Des lampes normales ne lui apporteront pas assez de chaleur pour faire quoi que ce soit, » Dit Don en se levant à son tour. « Mais c'est de la lumière qu'il nous faut. Je vais aller vérifier au magasin, je crois avoir vu quelques lampes là-bas. Est-ce que tu peux vérifier les autres pièces ? Prends les lampes de chevet et regarde si tu peux trouver quoi que ce soit d'autre qu'on pourrait utiliser. »

Raph hocha la tête. Il n'avait manifestement toujours pas grande confiance dans ce plan, mais il se dirigea malgré tout vers la chambre. Avant de descendre au magasin, Don jeta un dernier coup d'œil à l'écran, et il sentit tout le poids de la situation lorsqu'il atteignit la fin de la page internet.

« Si vous réveillez une tortue en hibernation, vous ne devez pas la laisser se rendormir. Si l'animal utilise trop d'énergie pendant son hibernation, il pourrait ne plus avoir la force de se réveiller. »


« C'est lumineux, » Dit Mikey en protégeant ses yeux de la lumière. « Très lumineux. »

« C'est bien, » Dit Don en plaçant ses mains sur ses hanches tout en observant les lampes qui entouraient à présent le lit. Il n'y en avait pas tellement, quelques lampes de chevet, et quelque chose qu'il avait trouvé au magasin, mais une des lampes était très lumineuse et était plus efficace que toutes les autres combinées.

« Alors ça va aider ? » Demanda Mikey avec espoir en baissant le regard vers Leo, qui était toujours allongé sur ses genoux. Le silence et l'immobilité de Leo depuis qu'ils l'avaient trouvé dans le magasin était troublante, mais au moins, sa température ne baissait plus. Son corps ne produisait plus de chaleur, mais tant que quelqu'un le gardait chaud, son état ne s'empirait pas. Son pouls était toujours stable. Ses signes vitaux ne s'effondraient pas ; il était coincé entre les deux, ne s'enfonçant pas d'avantage dans son sommeil, mais incapable des se réveiller.

« J'espère que oui. J'aimerais que les lampes produisent aussi de la chaleur, mais… » Don se frotta la nuque. « Nous n'avons pas de lampes à chaleur ou ce genre de choses. »

« Mais on a de la chaleur corporelle ! » Dit Mikey en remuant légèrement pour pouvoir mieux entourer Leo de ses bras. « Allez, Leo, ressent cette chaleur ! Regarde, le soleil est même levé ! »

Mikey rapprocha une des lampes, mais Leo resta aussi inerte qu'avant, sa poitrine bougeant dans un rythme constant sous les couvertures.

« N'y a-t-il pas quoi que ce soit d'autre qu'on puisse faire ? » Demanda Raph d'une voix toujours aussi impatiente qu'avant en alternant le regard entre les lampes et Don.

« Je- »

Le vent hurla si fort que le bruit noya les paroles de Don. Les lampes clignotèrent une fois, deux fois, mais elles restèrent allumées. Une autre rafale de vent fit trembler la fenêtre, et l'appartement fut plongé dans le noir.

Il leur fallut un moment pour comprendre que la lumière ne reviendrait pas.

« Génial ! Absolument fantastique ! » Gémit Raph en levant les bras en l'air – bien que personne ne puisse le voir dans l'obscurité. « C'est comme si tout était contre nous. On venait de rassembler les lampes, et voilà que ça arrive. »

« Ne t'inquiète pas, Leo, c'est juste un peu nuageux, » Mikey chuchota à l'intention de Leo en le serrant dans ses bras.

« On devrait… on devrait au moins utiliser les lampes torches, » Dit Don en essayant de cacher sa déception tandis qu'il trébuchait nerveusement dans la pièce. La vérité, c'était que le désespoir commençait à le rattraper – la dernière fois que Leo avait dormi, il ne lui avait fallu que quelques heures pour que sa respiration ne ralentisse, et combien de fois le corps de Leo pourrait-il supporter ces changements drastiques ? Son corps récupérait encore de sa maladie, et il ne lui serait pas facile de continuer à alterner les allures changeantes de ses signes vitaux. On ne pouvait pas simplement ralentir son pouls pour ensuite le faire accélérer, et ce encore et encore. Don avait commencé à compter sur les lampes, se disant qu'elles pourraient vraiment être la solution, mais à présent, ce n'était plus possible. Ils avaient soit besoin des lampes, soit d'une autre solution. Se contenter d'attendre n'était pas une option.

À la lueur des lampes de poche, Don vérifia le pouls de Leo. Il était stable, mais comme il s'y attendait, il ralentissait lentement. Pendant un moment, il ne fit que fixer son visage pâle, espérant voir ses yeux s'ouvrir, ou même n'importe quel mouvement. Leo avait auparavant été capable de se réveiller tout seul, mais à présent, il n'y avait rien.

« Tiens ça près de lui, » Dit Don en tendant la lampe de poche à Mikey. « Ça ne fera probablement pas grand-chose, mais… c'est mieux que pas de lumière du tout… »

« Peut-être qu'on a besoin d'un son très fort, » Suggéra Mikey. Il inspira profondément, et Don se couvrit rapidement les oreilles. « LEOOO ! REVEILLE-TOI ! »

Rien. Don ne s'était pas vraiment attendu à ce que ça aide, mais Mikey fit la moue.

« Peut-être que si on tapait sur des poêles et des casseroles- »

Michelangelo commença à remuer pour se lever afin d'aller chercher des poêles, mais Donatello posa une main sur son épaule.

« Non, contente-toi de lui tenir chaud, » Lui ordonna rapidement Don, ne voulant pas que leur ouïe soit détruite. Si le contact physique n'avait pas réveillé Leo, Don doutait qu'aucun son n'en soit capable.

« T'as de la chance que le vent soit aussi bruyant, » Grogna Raph en revenant dans la chambre. « Autrement, tout le voisinage t'aurais entendu hurler. »

Dans la faible lumière, ils pouvaient voir que Raph était allé chercher un verre d'eau, et lorsqu'il le positionna au-dessus du visage de Leo, ni Mikey ni Don ne dirent quoi que ce soit. La marque sur la joue de Leo était principalement l'œuvre de Raph, ses tentatives pour réveiller Leo s'étant presque transformées en coups de poings tout à l'heure, et maintenant il essayait de le réveiller avec de l'eau ? Les deux autres restèrent silencieux, osant presque espérer. Peut-être que le verre d'eau s'avérerait être leur coup de chance. Peut-être que la solution pourrait être aussi simple, pour une fois. Ils restèrent immobiles tandis que Raph penchait le verre – ils désespéraient que quelque chose marche.

L'eau éclaboussa le visage de Leo, et Mikey glapit lorsqu'un peu du liquide froid l'atteignit également. Leo ne tressaillit même pas. Raph grogna, ses poings se serrant. Sa frustration finit par déborder. Ses jeunes frères virent les signes, et la douleur masquée en colère qui passa dans les yeux de Raph en un éclair, mais ils furent trop lents pour l'arrêter. Le poing de Raph entra en contact avec le côté du visage de Leo, beaucoup plus violemment que n'importe lequel des coups qu'il lui avait déjà donnés. Le craquement que produisit la mâchoire de Leo résonna douloureusement dans la pièce autrement silencieuse. Mikey glapit à nouveau, essayant de se pencher par-dessus Leo pour le protéger de Raph, mais celui-ci planta ses ongles dans les épaules de Leo et le retira avec force des genoux de Mikey.

« Réveille-toi, bordel, ou bien je- »

« Raph ! » Don s'intercala entre ses deux grands frères, essayant de repousser Raph. « Ça suffit ! Purée, si tu lui as disloqué la mâchoire- »

Le grognement de Leo était à peine audible, mais il était bien là. Son visage était tordu de douleur tandis qu'il tentait d'ouvrir les yeux, mais cela ne semblait pas être suffisant. La prise que Raph avait sur lui s'adoucit rapidement.

« Leo ? » Appela Raph, mais ses yeux demeurèrent fermés. Raph se tourna vers Don. « Il est réveillé, pas vrai ? »

« Je… je crois, mais il est simplement trop épuisé. Son corps ne peut même pas produire la chaleur dont il a besoin, et il lutte pour se réveiller. » Don baissa les yeux vers Leo, touchant le côté de sa mâchoire tout en lui penchant la tête pour mieux y voir. Sa mâchoire semblait intacte, mais il allait sentir ce coup pendant un bon moment. « Ou peut-être que son corps essaie encore de l'empêcher de se réveiller – putain de panne d'électricité… »

Donatello toucha la main de Raphael et la tortue rouge comprit, rallongeant enfin Leonardo dans le lit. Leo serrait les dents, mais son expression commençait à redevenir le masque sans émotions qu'ils n'avaient que trop vu ces derniers temps, et qui leur indiquait qu'il retombait dans l'inconscience totale. Raph toucha doucement la joue de Leo, ses doigts frôlant l'endroit où une nouvelle marque se formait du coup qu'il lui avait donné. Les deux ecchymoses sur le visage de Leo étaient de lui, le nouvel hématome n'étant déjà pas beau à voir, et Mikey et Don remarquèrent son expression coupable.

« Voilà ce qu'on va faire. On le laisse se reposer et rassembler ses forces, en espérant que la chaleur le fera sortir de cette brumation afin qu'il… dorme… normalement. Si on le garde au chaud, son corps n'a pas à produire tant de chaleur que ça, et peut donc dépenser cette énergie pour se réveiller. » Don déglutit. Jusqu'à maintenant, attendre avait été hors de question, et il s'agissait à présent de leur meilleure option. Il n'avait vraiment aucune idée de ce qu'il faisait, et le poids sur ses épaules n'avait fait que s'alourdir. Surtout lorsqu'il avait réalisé qu'une fois encore, il s'agissait d'une course contre-la-montre ; Leo serait-il capable de retrouver suffisamment de forces pour rester éveillé avant que le besoin qu'avait son corps d'entrer en brumation ne l'emmène trop loin dans l'inconscience ?

« Le laisser se reposer, ne pas le laisser se reposer ; on n'arrive vraiment pas à se décider, hein ? » Mikey dit tout haut ce que Don avait pensé tout bas. Cela le blessa, même si Mikey avait voulu plaisanter. Le cadet remarqua la façon dont Don avait détourné la tête, et il se pencha en avant pour attraper le bras de Don avant de le tirer.

Don se retourna pour le regarder d'un air confus, et il laissa Mikey le tirer plus près jusqu'à ce qu'il comprenne que Mikey voulait qu'il s'allonge aussi.

« Mikey- je dois encore- »

« Tu as dit que la chaleur corporelle était mieux que les couvertures, » Dit Mikey en lâchant Don seulement lorsque son génie de frère finit par se retrouver à côté de Leo. Mikey jeta une couverture à Don avant de se blottir contre l'autre côté de Leo. Don cligna des yeux face à la situation, restant immobile un moment, mais il finit par repousser la couverture. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas rester sans rien faire-

Raph le repoussa à sa place lorsqu'il tenta de se lever, et Don lui adressa un regard trahi. Raphael le poussa doucement, le faisant se rapprocher encore plus près de Leonardo afin d'avoir assez de place pour lui-même, et juste comme ça, Donatello se retrouva pris en sandwich entre ses deux grands frères.

« Génial. Regarde ce que tu as fait, Donnie. A cause de ton obstination, on est obligé de se câliner, » Murmura sombrement Raph en essayant de prendre un air contrarié, mais il n'y parvint pas aussi bien qu'il l'avait espéré. Don tenta à nouveau de s'asseoir, mais Raph posa son bras en travers de ses épaules pour l'empêcher de partir. Don soupira, admettant sa défaite, avant de jeter un œil vers Leo. Il aurait au moins voulu aller chercher de la glace pour le visage de Leo, mais de toute façon, il doutait que Leo ressente quoi que ce soit, pour l'instant. S'il montrait des signes de souffrance, il irait en chercher. De toute façon, poser de la glace contre sa peau allait un peu à l'encontre de ce qu'ils essayaient de faire, donc…

Donatello tourna la tête afin de jeter un regard noir aux lampes éteintes. Il soupira à nouveau, se sentant trahi de tous côtés. « On avait vraiment besoin de ces lampes. Je suis certain qu'elles auraient aidé… » En tout cas, il avait voulu qu'elles aident.

« Peut-être que le courant reviendra bientôt, » Dit Mikey avec espoir avant de bailler, se sentant soudain somnolent maintenant qu'il était allongé. « Et le soleil reviendra. Peut-être que les toits se réchaufferont, eux aussi… »

Le bâillement de Mikey était contagieux, et ses frères ne purent s'empêcher d'avoir à leur tour envie de dormir. Etre allongé et entouré de couvertures avait cet effet-là. Don était encore anxieux de continuer ses recherches sur son ordinateur, mais au moins, maintenant, il serait en mesure d'entendre la respiration régulière de Leo sans avoir besoin de constamment se retourner pour vérifier l'état de son frère. Et Mikey marmonnait tout en s'endormant peu à peu au lieu de rester silencieux et misérable, et Raph ne restait pas dans son coin à se sentir coupable.

Il voulait combattre la somnolence qui s'installait peu à peu. Le lit n'était pas fait pour que quatre tortues mutantes puissent s'y allonger, mais lorsqu'ils étaient blottis les uns contre les autres comme ça, ils tenaient tous. La chaleur était agréable, mais se contenter d'attendre semblait toujours… mal. Don savait qu'il ne pouvait rien faire d'autre, mais lorsque ses paupières commencèrent à s'alourdir, il se sentit malgré tout coupable.


Le sommeil et le néant qui l'accompagnait étaient confortables, mais Don savait qu'il ne pourrait pas s'y accrocher beaucoup plus longtemps. Il se força à se réveiller, et avant même d'ouvrir les yeux, il réalisa que la pièce était éclairée. Le courant était revenu pendant qu'ils dormaient. Etrange que cela ne l'ait pas réveillé… Don bailla, espérant ne pas avoir dormi trop longtemps. Sa première pensée fut de vérifier l'état de Leo, et il dut se tortiller pour parvenir à se retourner afin de faire face à son frère aîné. Il fit attention à ce que ses mouvements ne réveillent pas la tortue au bandeau rouge qui dormait à ses côtés. Don étira son bras gauche ; il avait accidentellement dormi dessus, et il dut attendre que le sang recommence à y circuler. Quand il fut enfin en mesure d'accéder à Leo, il posa une main sur son front, l'autre allant trouver le bras de Leo sous les couvertures.

Chaude. La peau de Leo était chaude. Don baissa la tête, sentant un sourire se dessiner sur son visage. Enfin, le corps du leader avait recommencé à garder sa chaleur, et son pouls était également plus fort. Il voulait essayer de le réveiller, mais ses signes vitaux s'étaient améliorés, ce qui signifiait qu'il n'était plus en danger. Don laissa sa tête retomber sur le lit, et cette fois, il se sentait confortable et soulagé plutôt qu'anxieux et coupable.

Don continua à somnoler entre ses frères jusqu'à ce que Mikey se réveille. Le cadet marmonna quelque chose à propos de nourriture et sortit de la pièce. Don envisagea de se mettre de l'autre côté de Leo pour s'assurer qu'il soit entouré par la chaleur, mais, trop paresseux, il se contenta de l'entourer de son bras et de se rapprocher de lui. De toute façon, il n'y avait pas beaucoup de place entre eux. Raph marmonna quelque chose derrière lui, et Don le sentit se blottir encore plus près à son tour. Don était à nouveau complètement pris en sandwich, et il soupira, même si cela ne le gênait pas vraiment.

Il était seul avec Leo lorsqu'il se réveilla à nouveau. Des bruits étouffés étaient audibles depuis l'autre pièce, et Don se demanda pourquoi cela ne l'avait pas réveillé avant. Il devait avoir été épuisé, lui aussi, ne se réveillant ni aux lumières se rallumant, ni au départ de ses frères. Au moins, il avait rattrapé un peu de son sommeil en retard.

Donatello s'assit, restant immobile quelques instants pour rassembler ses pensées. Il aurait aimé se laisser retomber dans les couvertures ; comparé au lit, il faisait frisquet dans la chambre, et il était encore somnolent. S'il était aussi difficile pour lui de se lever, il ne pouvait pas imaginer ce qu'il en avait été de Leo lorsqu'ils l'avaient forcé à rester éveillé. Avec un peu de chance, tout cela était à présent derrière eux.

Après s'être assuré qu'il n'avait pas simplement imaginé que le pouls de Leo s'était amélioré, il osa le laisser seul un moment et alla trouver ses frères dans la cuisine. La nourriture lui fit se souvenir que cela faisait des heures que Leo n'avait pas mangé. Il semblait à présent qu'il soit simplement endormi, plutôt que plongé dans ce qui était plus ou moins un coma de tortue, et il avait besoin de repos pour recouvrer ses forces. Mais pour aller mieux, il avait aussi besoin de manger. Don trépignait à l'idée de le réveiller – ils voulaient tous attendre pour voir si Leo parviendrait enfin à se réveiller de lui-même, mais combien de temps cela prendrait-il ?

« Bien dormi ? » Demanda Mikey en fourrant un morceau de pain dans sa bouche. Don mit de côté ses inquiétudes concernant Leo pour un moment, et réfléchit à la question de Mikey ; il se sentait plus reposé, mais son anxiété ne l'avait pas quitté, le suivant même dans ses rêves. Malgré tout, il se sentait légèrement mieux, alors il hocha la tête.

« Est-ce que ta tête te fais encore mal , » Demanda Don en prenant un siège, et Mikey secoua la tête, la bouche trop pleine pour répondre. Don regarda Raph. « Et comment va ton bras, Raph ? »

Raph haussa les épaules, bougeant son bras avec prudence, et Don remarqua son léger tressaillement. Cela ne semblait pas beaucoup gêner Raph, qui haussa à nouveau les épaules. « Ça va mieux. »

Bien sûr, Don ne le crut pas avant de l'avoir vu de lui-même, et il vérifia la plaie tout en ignorant les protestations de Raph. La blessure n'avait pas encore eu beaucoup de temps pour guérir, mais au moins, Raph ne l'avait pas rouverte… encore. De toute façon, il n'avait pas pu faire grand-chose à part se reposer. S'ils avaient été au repaire, là où se trouvait le punching-bag de Raph, la situation aurait pu être, non, aurait été différente.

De nouveaux bandages avaient presque recouvert la plaie lorsqu'un son semblable à une détonation suivi d'un bruit de casse se firent entendre depuis la chambre. Raph bondit de sa chaise si rapidement que celle-ci tomba, mais Mikey fut légèrement plus rapide et atteignit la chambre en premier. Il ouvrit la porte d'un coup sec et fut accueilli par un vent d'un froid sans pitié. La fenêtre de la chambre était complètement ouverte, et le vent projetait de la neige à l'intérieur. La fenêtre avait fait tomber un vase posé sur le rebord, et il jonchait en morceaux sur le sol. Mikey se ressaisit en premier et courut à la fenêtre en faisant attention à ne pas marcher sur les éclats tranchants sur le sol. Il dut combattre le vent pour parvenir à refermer la fenêtre.

Raph n'avait pas accordé la moindre attention à la fenêtre ; ses pensées s'étaient immédiatement dirigées sur ce qu'il s'était passé la dernière fois qu'il avait vu une fenêtre ouverte. Ils avaient laissé Leo emmitouflé sous les couvertures, mais sa tête n'était pas visible là où elle aurait dû être. Mais ce n'était pas possible que Leo se soit échappé par la fenêtre comme avant, pas encore-

Raph faillit avoir une attaque lorsqu'il souleva les couvertures et rencontra les yeux ouverts mais méfiants de Leo. Il ne s'était certainement pas attendu à ce que le leader soit réveillé- pour être honnête, il ne s'était pas attendu à le voir tout court, mais plutôt à s'être à nouveau enfui dehors… Raph sentit une étincelle de colère à cette pensée, mais il était trop soulagé de voir Leo réveillé pour être en colère.

« La poignée est cassée ! » Cria Mikey. Il était obligé de maintenir la fenêtre fermée à l'aide de ses deux mains, où le vent ne ferait que la rouvrir.

« Laisse-moi attraper quelque chose, » Dit Don en se précipitant hors de la pièce. Tandis qu'il maintenait la fenêtre fermée, Mikey tourna la tête en direction du lit.

« Est-ce que Leo- ? »

« Il va bien. Et il est réveillé, » Dit Raph, observant toujours le visage de Leo. Le leader ne le regardait plus, et essayait de se dévisser le cou pour apercevoir Mikey et la fenêtre. Raph abaissa légèrement les couvertures pour lui permettre de voir, avant de remarquer le large sourire de Mikey, qui était sur le point de s'éloigner de la fenêtre. « Mikey, la fenêtre ! »

« C'est vrai, euh, désolé ! Mais Leo, t'es réveillé ! Bon sang, j'ai tellement envie de te faire un câlin ! » Mikey cachait à peine son excitation et son envie de s'approcher, mais il resta à la fenêtre. Le sourire de Mikey était énorme, et Raph se sentir sourire à son tour. Leo tourna la tête vers lui, clignant lentement des yeux, et Raph remarqua qu'il avait toujours l'air sur ses gardes.

« Est-ce que la fenêtre t'as surpris ? » Demanda Raph d'une voix taquine, même s'il avait un peu de peine pour lui. Il était simplement trop soulagé, en cet instant, et il ne put empêcher son sourire de s'élargir lorsque Leo fronça les sourcils, répondant à sa question.

« Tu aurais été surpris aussi, si tu venais de te réveiller et… et puis ça, » Souffla Leo. Sa voix était faible, mais au moins, il parlait. Il était de retour.

« Tu t'es réveillé tout seul ? » Demanda Don avec espoir depuis la porte, l'ayant entendu malgré sa voix quasi-inexistante. Don avait dans ses mains quelques outils qu'il avait rapidement rassemblés.

« Don ! Dépêche-toi ! J'ai une tortue à câliner ! » Appela Mikey depuis la fenêtre, mais Don l'ignora momentanément pour s'arrêter au lit afin de voir par lui-même que Leo avait vraiment les yeux ouverts. Oui, entendre sa voix n'était pas suffisant, après tout ce qu'il s'était passé. Quand leurs regards se croisèrent, Don lui offrit un sourire que Leo lui rendit, même si l'aîné semblait un peu confus. Le soulagement qui le parcourut menaça de le submerger, et Don n'avait pas envie de le lâcher des yeux, effrayé à l'idée que quelque chose tournerait mal dès qu'il aurait le dos tourné, mais il avait besoin de réparer la fenêtre afin que Mikey n'ait pas besoin de garder ses mains collées sur le verre froid.

Leo remua sous les couvertures, et Raph s'assit convenablement sur le lit pour l'aider à s'asseoir. Mikey fut libéré de la fenêtre, et juste au moment où Leo était presque redressé, il fut taclé sur le lit, les bras de Mikey se resserrant autour de lui. Leo se contenta de grogner, trop faible pour rendre à Mikey son étreinte et ne pouvant que lui tapoter doucement le bras qui l'entourait.

« Leo ! Mec, tu sais pas à quel point c'est bon de te voir réveillé ! » Mikey se recula afin de pouvoir regarder la tortue en dessous de lui, un grand sourire sur le visage. Leo n'était pas vraiment ravi du poids que Mikey représentait sur lui, mais il sourit malgré tout à son petit frère.

« Mikey, vas-y doucement avec lui, » Don pouffa depuis la fenêtre, lâchant avec prudence la poignée temporaire qu'il avait créée. La réparation n'était pas parfaite, mais la fenêtre resta fermée. C'était assez bien pour l'instant. Don était sur le point de se détourner de la fenêtre, mais il plissa les yeux. Il faisait sombre dehors, et les lumières derrière lui rendaient difficile d'y voir quelque chose, mais il avait vu du mouvement dehors. Bien sûr, ce pouvait être le vent projetant de la neige, ou bien les lumières produisant des reflets étranges contre le verre… Don secoua la tête et se retourna.

Mikey avait permis à Leo de se rasseoir, ou plutôt, il avait redressé Leo lui-même vu que celui-ci était encore faible et que bouger de lui-même lui semblait être difficile. Le leader était appuyé contre Mikey, Raph toujours assis de l'autre côté, ses mains croisées sur son plastron, mais il souriait. Les yeux de Leo n'étaient qu'à moitié ouverts, mais au moins, ils étaient ouverts. Don s'assit à son tour sur le lit, soulagé de remarquer que Leo avait retrouvé une certaine concentration. Il avait toujours l'air épuisé, mais pas comme s'il allait s'endormir sans prévenir.

Leonardo remua, ne voulant pas s'appuyer aussi lourdement contre Mikey, mais il ne semblait pas avoir la force de bouger son corps. Il fronça les sourcils, puis son expression devint un peu paniquée. Voyant cela, Don et Raph se rapprochèrent automatiquement.

« M-mes jambes, » Souffla Leo d'une voix toujours aussi faible, et à peine audible. « Je ne peux pas bouger- »

Don se hâta de posa sa main sur le genou de Leo pour le calmer. « Ton corps s'est juste complètement épuisé, » Expliqua-t-il doucement. « Il a probablement utilisé toute ton énergie pour te préparer à entrer en brumation. Tu as juste besoin de repos pour recouvrer tes forces. Tes jambes vont bien. Regarde, tu sens ça ? »

Don serra légèrement le genou de Leo pour lui faire savoir qu'il pouvait toujours sentir ses jambes. Leo ferma les yeux, assimilant les informations qu'il avait reçues. Il releva ensuite les yeux en haussant un sourcil. « Brumation ? »

Don ne put s'empêcher de rire un peu. « Ouais. Je te l'expliquerais une fois que tu seras assez réveillé pour vraiment écouter. Mais pour l'instant, tu dois être affamé. Je reviens dans une seconde. » Ou du moins c'est ce que Don lui dit, mais il ne bougeait pas, et trouvait difficile le simple fait de quitter Leo des yeux. Il était tellement content de le voir éveillé, tellement heureux qu'il n'aurait pas à combattre ce qui avait essayé de le prendre-

« Donnie, » Dit doucement Leo en essayant de le toucher, et Don réalisa que ses yeux s'étaient humidifiés. Il cligna rapidement des yeux et prit la main faiblement tendue de Leo avant de la serrer légèrement.

« Je suis content de te voir réveillé, Leo, » Parvint à dire Don, avant de le lâcher et d'enfin se lever du lit. « Est-ce qu'une soupe te va ? »

« Je suis trop endormi pour entendre des explications, mais pas pour manger ? » Leo adressa un sourire fatigué à son frère, mais il ne nia pas avoir faim. Malgré cela, l'idée de manger n'était pas très attirante, pour le moment ; sa mâchoire lui faisait mal, et lorsqu'il parlait, la douleur ne faisait que s'empirer. Maintenant qu'il y réfléchissait, le côté entier de son visage lui faisait mal, et il ne put s'empêcher de grimacer lorsqu'il parvint à lever une main pour toucher sa mâchoire.

« Ramène aussi de la glace, » dit Raph à l'attention de Don, d'une voix étrangement vide d'émotions. Leo lui jeta un coup d'œil, et un seul regard au visage de son frère lui dit tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il pouvait comprendre les gifles qu'il se rappelait avoir reçu plus tôt, mais lui donner un coup de poing ? Leo voulait se plaindre, mais il réalisa qu'il ne s'était même pas réveillé lorsqu'il avait été frappé. Ou du moins, il ne se rappelait pas l'avoir fait. Ses frères avaient dû être vraiment désespérés de le réveiller… ou peut-être que Raph avait apprécié pouvoir le frapper. Leo regarda à nouveau son frère ; Raph n'avait certainement pas l'air d'en être heureux. Il avait placés ses frères dans une situation vraiment difficile, les forçant à le frapper, et même alors, il ne s'était pas réveillé. Raph se sentait coupable, les bras de Mikey enroulés autour de lui le serraient toujours trop, et l'expression qui était apparue sur le visage de Don à l'instant…

Leo bougea la tête, plissant les yeux face aux lumières qui les entouraient. Mikey remarqua et poussa la lampe la plus proche afin que Leo puisse ouvrir complètement les yeux sans être aveuglé par la lumière.

« Pourquoi toutes les lampes ? » Demanda Leo avec fatigue, soupirant lorsqu'il laissa sa tête retomber sur l'épaule de Mikey. Il était trop fatigué pour lutter avec ses pensées concernant le fait qu'il s'était laissé aller dans cet état, devenant un fardeau pour ses frères, alors il se concentra sur le fait de poser des questions simples.

« L'idée de Don, » Dit Raph en regardant l'aîné, les bras toujours croisés. « C'était assez compliqué de te réveiller. On a du faire preuve de créativité.

Il n'y avait aucune trace d'accusation dans la voix de Raph, mais Leo ne put s'empêcher de soupirer à nouveau. « C'était agréable de se réveiller avec, » Marmonna-t-il. « Pendant un moment, j'ai cru que c'était la lumière du soleil. »

Mikey et Raph échangèrent un sourire. C'avait été l'idée.

« Et puis la fenêtre s'est ouverte, » Continua Leo. « Ça m'a fait peur, putain. »

Raph et Mikey échangèrent un regard. Leo était encore un peu abruti ; il ne jurait jamais.

« Ça nous a fait peur, nous aussi, » Dit Mikey en jetant un œil vers la fenêtre. Le vent hurlait toujours au-dehors, et la nouvelle poignée tremblait légèrement. « Méchante fenêtre. Ou vent. Et hiver. Et- »

Don revint avec la soupe promise, et même si Leo n'aimait pas être traité comme un enfant, il ne put pas dire grand-chose lorsque le cadet l'aida à tenir sa cuillère. Etre trop faible pour ne serait-ce que tenir convenablement une cuillère blessait vraiment sa fierté, mais au moins, Raph et Don les laissèrent tranquille, laissant Leo sauver les restes de sa dignité. Raph ramassait les morceaux du vase brisé étalés sur le sol tandis que Don s'assurait que la fenêtre ne s'ouvrirait pas à nouveau. Après qu'ils aient terminé, ils partirent, même si Leo pouvait voir qu'ils ne le firent pas sans hésitation.

Au début, les mouvements de Leo étaient mous et lents, mais Mikey était très patient avec lui. Ouvrir la bouche le faisait souffrir, mais sa faim lui ordonnait d'ignorer la douleur. Leo retrouvait lentement le contrôle de son corps, et finit par être capable de tenir la cuillère tout seul. Cela ne voulait pas dire que Mikey n'était pas resté à ses côtés, ou que Leo était prêt à se lever tout seul. Il savait cela sans même essayer, et il ne put s'empêcher de froncer les sourcils quant à son état. Au moins, ses forces commençaient à revenir, même si c'était un processus très lent.

Après avoir dormi aussi longtemps, il voulait se lever, voulait savoir si quelque chose s'était passé pendant qu'il était inconscient, mais même si son esprit n'était pas aussi fatigué qu'avant, son corps, lui, l'était. Il ne résista pas lorsque Mikey l'aida à se rallonger, mais il jeta un regard inutile à son frère quand il le drapa de couvertures.

« Je ne savais pas qu'il était possible pour quelqu'un de dormir autant, » Marmonna Leo. Parler faisait mal, mais il avait déjà perdu son corps à son épuisement, il ne perdrait pas sa voix à la douleur.

« C'est l'hibernation, mec, » Répondit Mikey, avant de se gratter le menton. « Ou… la bru… bruma… peu importe ce que c'était. Ce serait plutôt cool de pouvoir passer l'hiver à dormir, on n'aurait pas à supporter ce froid. Mais alors, on raterait toute la neige, et la neige, c'est chouette… Hé, j'avais demandé à Don si c'était possible d'avoir de la neige chaude, tout-à-l'heure, non ? Je ne sais plus ce qu'il avait répondu… »

« Je crois qu'il l'avait ignorée, celle-ci, » Pouffa Leo. « De la neige chaude, ça signifie une flaque d'eau, Mikey. »

« Ouais. Nuuul. » Mikey ajusta les oreillers derrière la tête de Leo, en ajoutant un pour maintenir le pack de glace qu'il appliqua soigneusement contre la joue de Leo. Le se prépara à la sensation de froid, mas malgré cela, il tressaillit légèrement lorsque la glace toucha sa peau blessée. « Désolé pour ton visage. Raph était vraiment inquiet, on l'était tous, et tu sais qu'il se met en colère quand il se sent inutile, et je ne pensais pas qu'il te frapperait aussi fort, je ne pensais pas qu'il te frapperait tout court, c'est arrivé tellement vite, je- »

« Mikey, » Leo coupa ses divagations et offrit un sourire rassurant à son frère. « Tout va bien. Je suis désolé de vous avoir inquiétés. »

« Enfin, tu es réveillé, maintenant, » Mikey lui rendit son sourire, pouffant un peu lorsqu'il ajouta, « même si on dirait que ce ne sera plus le cas pour très longtemps. Tu as besoin que je t'apporte quelque chose ? »

« Hmm, » Fit Leo en fermant les yeux vu que ceux-ci commençaient déjà à le faire d'eux-mêmes. « Non, je suis déjà endormi, » Marmonna-t-il.

Michelangelo lui adressa un grand sourire et serra brièvement son épaule. Il était sur le point de partir lorsque son sourire disparu, sa main restant sur l'épaule de Leo.

« Leo ? »

Leonardo n'ouvrit qu'un œil, lui adressant un regard. Michelangelo se mordit la lèvre.

« Tu promets que tu te réveilleras bientôt ? »

Leo cligna des yeux avant de sourire, posant une main sur celle de Michelangelo, qui était toujours sur son épaule. « Je te le promets. Et tu vas regretter de me l'avoir demandé, parce que je vais tous nous faire travailler dur pour rattraper tous les entraînements qu'on a ratés. »

Mikey ne put que pouffer. « Je pense qu'il va falloir attendre un moment avant que tu sois seulement capable de soulever ton épée, frangin. Sans vouloir t'offenser ! »

Leo émit un son équivoque, ses yeux à nouveau fermés. « Plus tôt que tu ne le penses, » Marmonna-t-il d'une voix somnolente, et Mikey osa finalement le laisser dormir. Il referma soigneusement la porte derrière lui, même si Leo était probablement déjà endormi.

Lorsque Mikey entra dans le salon, il trouva ses frères debout devant l'une des fenêtres.

« Je pensais que c'était simplement mon imagination, » Disait Don à Raph. « Mais je n'arrête pas d'avoir cette impression… »

Les lumières étaient éteintes, mais Mikey pouvait se rendre compte qu'ils étaient appuyés contre le cadran de la fenêtre, regardant tous les deux à travers les carreaux. Vu qu'il faisait aussi sombre dans l'appartement qu'au dehors, il était facile d'apercevoir la neige tomber, la silhouette des quelques toits environnants, et quelques lumières au loin. Aucune voiture ne se faisait entendre, seulement le vent, soufflant dans la rue.

Jusqu'à ce que quelque chose attrape leur regard, et les deux tortues se tenant devant la fenêtre devinrent immédiatement alertes.

« Le clan des Foot, » Murmura Raph le premier, sa main se dirigeant automatiquement vers ses Saïs. Mikey, qui était en train de s'approcher, curieux, se précipita vers la fenêtre.

« Raph ! Qu'est-ce que tu fais ? »

« A ton avis ? » Grogna Raph à son attention, boutonnant déjà sa veste. « Je vais aller voir ce qu'ils manigancent. »

« Raph, » Commença Don en essayant d'avoir l'air raisonnable. « On ne peut pas. »

« Je peux. Je vais pas me contenter de rester assis sans rien faire alors que je sais qu'ils sont tout proches, » Grogna Raph en poussant Don hors de son chemin. « En plus, ils savent qu'on est toujours là quand quelque chose arrive dans cette partie de la ville. Ils saccageront tout s'ils découvrent qu'il suffit d'un peu de neige pour nous arrêter ! »

« Un peu de neige ? » Demanda Don en secouant la tête tandis qu'il suivait son frère. « Il ne s'agit pas seulement de la neige. Leo est très loin d'être en état de se battre- »

« Personne n'a dit que Leo venait. »

« Raph… on ne sait pas combien- »

« Je m'en fiche. C'est le clan des Foot, je peux m'en occuper. Je dois m'en occuper. C'est notre partie de la ville ! »

« Et ton bras est toujours blessé ! Tu ne peux pas les combattre avec une seule main ! »

Raph grogna parce que Don avait partiellement raison. Son bras le faisait toujours souffrir, et il n'avait pas vraiment hâte de se le faire davantage blesser, ou même de l'utiliser pour frapper quoi que ce soit. Ou qui que ce soit. Mais il ne pouvait pas laisser passer ça ; s'il y avait des soldats du Foot, ils devaient s'en occuper. C'était comme ça que ça marchait. Même si son bras lui faisait mal, même s'il ne pouvait pas l'utiliser correctement, il avait quand même hâte d'aller botter des culs. Tout ce qui était arrivé, récemment, avait fait monter sa frustration, et être coincé dans ce petit appartement n'aidait pas non plus.

« Je vais juste aller voir ce qu'ils manigancent, » Mentit Raph.

« C'est ça, » Dit Mikey depuis la fenêtre, s'en éloignant à son tour. « On sait tous comment ça va finir. »

Raph eut un sourire en coin. Il ne s'était pas vraiment attendu à ce que ses frères le croient. « Alors dit à Don de lâcher l'affaire. J'y vais. »

Don ne put que secouer la tête, avant de lever une main pour faire signe à Raph d'attendre. « D'accord, mais je viens avec toi. »

« Moi aussi, » Dit Mikey d'une voix ferme, et à ses mots, Don s'immobilisa et jeta un regard vers la chambre.

« …Vous savez que Leo va avoir une attaque s'il se réveilles et qu'on est pas là, » Dit-il doucement.

« Alors on fera en sorte d'aller vite. Il ne saura pas qu'on est partis. Tu l'as vu, il ne va pas se réveiller avant un moment. Pas vrai ? » Raph se tourna vers Mikey, qui hocha la tête avec hésitation. Leo s'était endormi assez rapidement. « Alors allons-y avant de perdre leur trace ! »


Suivre le groupe de ninjas aurait été impossible sans leurs empreintes encore imprimées dans la neige. De la neige fraîche tombait drue, alors il ne faudrait pas longtemps avant que les traces ne disparaissent pour toujours. Les mutants devaient donc être rapides. Aucune des tortues n'avait de très bons souvenirs de la neige ou de leurs derniers voyages dehors, mais ils s'étaient reposés, leurs vêtements étaient secs et chauds, et ils étaient concentrés sur leur mission. Malgré leur équipement, le vent leur rendait quand même les choses difficiles en essayant de se glisser sous les couches protectrices de vêtements, et le sol était glissant sous leurs pieds. Ce n'était clairement pas un environnement auquel ils étaient habitués, mais ils avaient appris à s'ajuster au changement.

Les ninjas du Foot ne se déplaçaient pas en un seul groupe, mais en paires. Malgré tout, ils se dirigeaient tous vers la même destination inconnue. Cela faisait un moment qu'ils n'avaient pas vu d'humains à proximité de l'appartement d'April, mais ici, à terrain dégagé, ils pouvaient voir que certains avaient décidé de braver la tempête et de déambuler dans les rues. Les toits étaient particulièrement glissants, mais ils n'avaient pas d'autre choix que de rester en hauteur, hors de la vue des gens.

« Pourquoi est-ce qu'ils ne pouvaient pas attendre que la tempête soit passée, » Se plaignit Mikey, ne prenant pas la peine de baisser la voix vu que de toute manière, le vent la noyait.

« La tempête est parfaite pour un groupe de ninjas, » Répondit Don. « Elle fait tout le travail pour eux. Ils n'ont pas besoin de faire grand-chose pour rester cachés. » A part s'assurer de ne pas glisser sur la glace recouvrant les bords des toits.

Ils s'approchaient de la rivière, et les ninjas devant eux commençaient à ralentir l'allure. Jusque-là, les paires s'étaient déplacées sur des toits différents, mais à présent, elles se rassemblaient afin de toutes se retrouver sur le même toit. Les ninjas se tenaient près du bord, regardant quelque chose en contrebas.

Si les tortues voulaient voir ce que regardaient les ninjas, elles devaient se rapprocher sur le côté, et donc changer de toits. Cela signifiait également qu'elles devraient être particulièrement discrètes ; elles n'étaient plus derrière les ninjas du Foot, et il serait donc plus facile pour eux de les remarquer si elles ne faisaient pas attention.

Après avoir trébuché sur les surfaces glacées, grimpé aux échelles glissantes et insulté le vent soufflant vers eux, ils parvinrent enfin à un endroit où ils pourraient observer la scène. Un des élites du Foot se tenait dans la rue, en contrebas, le bâtiment à côté de lui le protégeant de la plupart des rafales de vent. Il faisait face à un homme portant un long manteau sombre, et entre eux, dans la neige, était posé une mallette. S'agissait-il d'un genre d'échange ?

Mais l'élite et l'homme – dont le visage était difficile à voir dans la position où ils se trouvaient – ne semblaient pas être parvenus à un accord. Le vent était trop bruyant et soufflait dans la mauvaise direction pour qu'ils puissent entendre de quoi ils parlaient, mais l'homme semblait agité, même par-dessus les hurlements du vent.

« Quelqu'un veut parier sur la somme d'argent qu'il y a dans cette valise ? » Chuchota Mikey, mais il ne reçut jamais de réponse, une détonation retentissant dans la rue. L'élite avait facilement esquivé la balle, mais l'homme n'en avait pas terminé, et continua à tirer. Don plaqua ses deux frères contre la surface du toit où ils se trouvaient ; même si le pistolet n'était pas pointé vers eux, il tirait quand même dans leur direction générale.

« Urgh ! Merde, Don, merci de m'avoir fait avaler de la neige ! » Grogna Raph tout en recrachant de la neige.

« Allons-y avant que l'élite ne l'attrape ! » Les pressa Don en sortant déjà son Bō avant de saisir le bord du toit pour passer par-dessus.

« Pourquoi est-ce qu'on aide un type louche qui fait affaire avec le Foot ? » Grogna Mikey en l'imitant.

« On ne va pas se contenter de regarder les ninjas du Foot le massacrer, » Répondit Don en lâchant la bordure du toit. La neige amortit leur chute, et le temps qu'ils atteignent le sol, l'homme au pistolet avait battu en retraite dans le magasin à côté d'eux, amenant la mallette avec lui. L'élite se précipita à sa poursuite, mais avant qu'il n'atteigne la porte, le Bō de Don percuta le côté de son genou gauche avec force. L'élite n'émit aucun son, mais Don discerna de la surprise dans son regard lorsqu'il se retourna vers lui, surprise qui disparut vite lorsque Don abattit à nouveau son arme. L'élite esquiva l'attaque d'un cheveu, et dut battre en retraite lorsque Raph vint à sa rencontre avec ses Saïs.

Il n'y eut aucun bruit, mais Don sentit que les ninjas du Foot positionnés sur le toit s'étaient laissé tomber au sol et les encerclaient rapidement. Il devait aider Raph avec l'élite, mais il ne pouvait pas laisser Mikey faire face au reste des ninjas seul. Il se retourna pour voir Mikey se tenant dans l'encadrement de la porte, une balle le manquant de peu.

« Mec, tire pas ! On est là pour t'aider ! »

« Mikey ! Va-t'en de là ! » Hurla Don, ne voulant pas que Mikey reste près de la porte alors que l'homme avait toujours son arme, mais Mikey avait déjà disparu à l'intérieur, trois ninjas le suivant de près. L'attention de Don fut attirée par une épée venant sur lui par le côté, et tandis que Don se défendait avec son Bō, il tourna la tête pour voir Raph. Il parvenait à repousser l'élite, mais deux ninjas étaient derrière lui. Raph utilisait ses deux mains pour empêcher la lance de l'élite de le transpercer, il ne pouvait pas défendre ses arrières-

Donatello abattit le ninja qui était sur lui, son Bō tournoyant et faisant tomber un autre ninja, et en un éclair, il lança deux shuriken. Ils se plongèrent dans les dos des ninjas derrière Raph au même moment où Raph parvint à éjecter la lance des mains de l'élite. L'élite bondit en arrière pour la récupérer, et cela donna à Raph le temps de se débarrasser de deux autres ninjas qui s'étaient approchés sur sa gauche.

« Merci, Don, » Cria Raph, mais il ne put se retourner pour regarder Don, devant garder un œil sur l'élite. « Où est Mikey ? »

« Il est allé à l'intérieur ! On doit le suivre ! » Répondit hâtivement Don, bondissant aux côtés de Raph tout en faisant tournoyer son Bō vers les jambes de l'élite, et lorsque celui-ci esquiva, Raph attaqua. Son Saï déchira les habits d'hiver de l'élite, du sang éclaboussant le sol blanc, et son autre Saï percuta la tempe de l'élite. Il s'affaissa, et les tortues ne s'attardèrent pas pour voir s'il se relèverait ; davantage de ninjas s'étaient engouffrés dans le bâtiment, et ils les suivirent.

La première chose qu'ils virent fut le sang, beaucoup trop de sang, recouvrant complètement le tapis sur le sol. La terreur les submergea jusqu'à ce qu'ils n'aperçoivent le ninja allongé sur le côté ; il avait un trou béant dans la poitrine, d'où du sang s'écoulait lentement. Les bruits d'un combat venant de quelque part au-dessus d'eux se firent entendre, et ils ne gâchèrent pas plus de temps à fixer le cadavre, se précipitant vers les escaliers menant au deuxième étage.

Quelque chose percuta violemment Donatello, projetant la tortue en arrière en plein sur Raphael, qui était juste derrière lui. Sa paire de Saïs tomba au sol, mais il parvint à attraper la carapace de Don et à retrouver son équilibre afin qu'ils ne tombent pas tous les deux sur leur carapace.

« Qu'est-ce qui vous a pris aussi longtemps ? L'un d'entre eux a pris la mallette et a sauté par la fenêtre ! » Mikey, qui avait été celui à percuter Don après qu'un ninja l'ait frappé, se détacha de Don et se précipita au centre de la pièce. Le reste des ninjas du Foot se laissaient également tomber par la fenêtre, et Mikey les auraient suivis si Don ne lui avait pas saisi le bras.

« Ralentis, Mikey ! Tu saignes ! »

C'était vrai ; sa jambe était couverte de sang, mais il ignora Don. « Ouais, mais la mallette ! »

« On s'en fout- »

« Ce n'est pas de l'argent, » Mikey coupa Raph avant de sauter sur le rebord de la fenêtre. « Maintenant, venez ! »

Le cadet disparut, et Don le suivit en secouant la tête. La chute depuis la fenêtre était courte, et Mikey était déjà debout et prêt à suivre les ninjas en fuite. Au moment où les pieds de Don touchèrent la neige, un coup de feu provenant de l'appartement qu'ils venaient de quitter retentit. Les deux frères se figèrent, relevant la tête vers la fenêtre afin de voir Raph, mais il n'y avait personne à la fenêtre.

« Raph ! » La panique les submergea, Mikey avait cru que l'homme avec le pistolet avait été assommé- Don attrapa l'échelle sur le mur, la tira brutalement et commença à grimper pour retourner dans l'appartement, son cœur battant follement dans sa poitrine. Il savait qu'ils n'auraient jamais dû partir, ils n'avaient pas eu le temps de monter un plan d'attaque, ils n'avaient pas assez réfléchi à la situation, s'étaient aveuglément jetés dans l'inconnu, et maintenant-

Une silhouette apparut en grommelant dans l'encadrement de la fenêtre, un pistolet tournoyant dans ses mains. « Ce mec ne sait pas viser. »

Don soupira de soulagement avant de se laisser tomber de l'échelle, et au même moment, Raph atterrit près de lui. Il voulait s'arrêter pour s'assurer que son frère allait vraiment bien, mais ils étaient au beau milieu d'une course-poursuite.

« Si c'est pas de l'argent, qu'il y a dans la mallette, alors qu'est-ce que c'est ? » Demanda Don tandis qu'ils commençaient à courir, suivant une fois de plus les empreintes dans la neige.

« Le gars au flingue a mentionné quelque chose à propos d'une arme, » Dit Mikey.

« T'es sûr que ta jambe va bien, Mike ? » Demanda Raph. La neige tombait drue, et il était difficile de voir grand-chose dans la rue sombre, mais le rouge sur les vêtements de Mikey était clairement visible.

« Ouais, c'est juste une égratignure. J'ai accidentellement étalé le sang, c'est pour ça que ça à l'air aussi vilain. Tu savais que les vêtements, ça se salit vraiment facilement ? » Mikey haussa les épaules - même si ses frères ne le virent pas. Malgré la douleur sourde dans sa jambe, il allait bien. Enfin, il n'appréciait pas de courir dans la neige pendant que le vent les giflait, mais cela ne le faisait que courir plus vite. Il resterait sans aucun doute à l'intérieur pour le reste de l'hiver, par contre. « Imagine à quel point la note de lessive des Foot doit être salée. Mais, hé, ils nous montrent à nouveau leur sens de la mode. Leurs manteaux d'hiver sont plutôt pas mal. Ils ont même des cols en fourrure ! Je me demande s'ils les font en orange… »

Les ninjas du Foot étaient habillés de leur noir habituel, et leurs habits d'hiver n'était pas si différent de ce qu'ils portaient habituellement. Cependant, il était évident qu'ils mourraient de froid s'ils devaient déambuler dans les rues dans leurs habits normaux.

« J'sais pas, Mike, » Dit Raph en souriant ; il avait repéré l'un des ninjas. « Faudra que tu demandes la prochaine fois qu'on voit Karai. »

Le Saï de Raphael vola, dépassant ses frères pour aller s'enfoncer dans la jambe du ninja. Celui-ci s'effondra, attirant l'attention de son groupe, qui se retourna et s'arrêta, faisant enfin face aux tortues. Ils avaient presque atteint le pont traversant la rivière, et ils étaient sur un terrain trop dégagé. La rue était déserte, mais cela ne voulait pas dire que quelqu'un ne pouvait pas passer par là.

Le pont avait été barré à cause du vent violent, mais les ninjas du Foot reculaient toujours dans sa direction, semblant avoir l'intention de le traverser. Ce n'était pas un problème, loin de là ; vu que le pont était fermé à la circulation, il n'était pas éclairé, ce qui signifiait qu'ils n'auraient pas à s'inquiéter d'être vus.

Cela ne prendra pas longtemps ; il n'y avait que quelques ninjas du Foot entre eux et le ninja tenant la mallette. Les soldats du Foot semblèrent également le réaliser ; ils s'étaient placés en position et semblaient prêts à combattre, mais à présent, ils battaient à nouveau en retraite et se dirigeaient vers le pont. Raph grogna, se penchant pour arracher son Saï de la cuisse du ninja qu'il avait touché, puis la course-poursuite reprit.

Le pont avait été fermé pour une raison. Le vent forcit immédiatement, ne faisant qu'empirer au fur et à mesure qu'ils approchaient du centre du pont. Et à cet endroit précis, au beau milieu du pont, les ninjas firent à nouveau volte-face, cette fois-ci en sortant leurs armes. Davantage de ninjas sortirent de sous le pont, et les tortues comprirent le piège trop tard. Cela n'importait pas vraiment pour Raph, cela dit ; il aurait plus de culs à botter !

L'endroit aurait pu être différent, par contre. Au moins, le vent gênait autant les soldats du Foot que les tortues, sinon plus. Les tortues étaient beaucoup plus corpulentes, et avaient plus de facilité à garder l'équilibre. Malgré tout, le vent froid affecterait et épuiserait des créatures au sang-froid bien plus rapidement, alors mieux valait en finir dès que possible.

Raph se précipita en avant, se débarrassant facilement de deux des ninjas plus proches. Les bruits du combat se noyaient trop facilement dans les hurlements du vent, et Raph devait constamment jeter des coups d'œil par-dessus son épaule pour voir comment ses frères s'en sortaient, et s'ils avaient besoin d'aide. Il leur faisait confiance et savait qu'ils pouvaient se débrouiller seuls, mais d'habitude, il était capable d'entendre ce qu'il se passait autour de lui, et il était alors plus facile de savoir si l'un de ses frères avait besoin de son aide. Enfin, au moins il pouvait entendre les craquements satisfaisants que produisaient les crânes des ennemis dont il se débarrassait, et il appréciait l'adrénaline. Celle-ci repoussait efficacement le froid.

« Argh ! Le mec à la mallette essaie à nouveau de s'enfuir ! » Glapit Mikey par-dessus le bruit du vent. Raph attrapa le poignet de son adversaire et le tordit avant de frapper son flanc, ne lâchant sa main que lorsqu'il entendit son épaule craquer. Il fit volte-face et repéra le ninja en fuite. Don et Mikey étaient incapables de le suivre, leurs propres combats leur donnant du fil à retordre, et Raph décida donc d'agir.

« Je m'en occupe ! » Annonça-t-il avant de réaliser que le ninja retournait d'où ils étaient tous venus. Pourquoi les avaient-ils menés vers le pont, dans ce cas ? Les ninjas qui les avaient attendus sous le pont venaient-ils de l'autre côté de la rivière ? Peu importe la raison, ça n'avait pas d'importance. Raph brandit son Saï, visa-

Une lourde masse s'abattit sur sa carapace, l'envoyant s'étaler dans la neige. Il roula rapidement sur le côté, esquivant de peu le tranchant d'une hache qui heurta le pont à l'endroit exact où il s'était trouvé juste avant. Raph se remit rapidement sur pieds avant d'éviter une lance familière. Il sauta en arrière afin de mettre un peu de distance entre lui et les deux élites qui étaient soudainement apparus.

Le ninja transportant la mallette s'était immobilisé, se tenant à présent entre les deux ninjas de rang supérieur. Son visage était caché derrière un masque noir, mais d'après la lueur dans ses yeux, Raph savait qu'il souriait. Il était tellement certain que les élites venaient de le sauver qu'il ne s'enfuyait même plus et osait narguer Raph.

« Une seule mallette et deux d'entre vous, » Dit Raph en fixant les deux élites du regard. « Ce doit être quelque chose d'important, alors. »

Les élites bondirent en avant, la hache de l'un et la lance de l'autre se précipitant vers lui à une vitesse impressionnante. Raph virevolta, évitant les coups mortels, avant de rétorquer avec ses propres attaques. Il réussissait à camper sur ses positions, mais pas grand-chose d'autre ; il était principalement sur la défensive, gagnant du temps mais incapable de faire de réels dégâts vu qu'il était à deux contre un. Il voulait jeter un œil vers ses frères pour voir ce qui leur prenait autant de temps, mais encore une fois, il ne pouvait pas lâcher ses ennemis des yeux, leurs attaques étant trop rapides. Il avait laissé Don et Mikey avec un énorme groupe de ninjas, ce qui signifiait qu'ils étaient en infériorité numérique importante… mais ils avaient déjà réussi à battre un tel nombre de ninjas auparavant. Bien sûr, la situation était différente à présent, et réussir une fois ne signifiait pas que ce serait toujours le cas – soudain, Raph regrettait avoir amené ses frères ici, où les chances n'étaient clairement pas de leur côté. L'hiver leur avait déjà montré que tout était contre eux, et qu'ils ne devraient pas tenter le destin. Mais c'était ce qu'il faisait à chaque fois, il poussait et continuait à pousser jusqu'à ce que quelque chose casse.

Les élites venaient de se joindre au combat tandis que Raph se battait depuis plus longtemps et avait traversé toute la vie en courant. Il se fatiguerait avant eux, et pouvait déjà sentir ses muscles protester lorsqu'il parait l'une des attaques. La blessure de son bras s'était rappelée à lui plus tôt, et à présent, il avait l'impression que son membre entier était en feu, prêt à l'abandonner à tout instant. Il ne pouvait pas se le permettre, il devait retourner aider ses frères, ce qui signifiait qu'il devait faire quelque chose.

Un coup porté par la lance le projeta en arrière, sa carapace frappant la rambarde en métal du pont. C'est vrai – il devrait tirer avantage de l'environnement. Il aurait déjà pu se déplacer à la faveur d'une meilleure position, mais il resta immobile et attendit que la lance se rapproche- Il esquiva, et à présent que l'élite était proche, il en profita pour frapper ses pieds. Avec son ennemi déséquilibré, Raph attrapa la lance des deux mains et la tira violemment vers lui. Comme il s'y était attendu, l'élite ne lâcha pas son arme et Raph put soulever le grand homme au-dessus de lui avant de le précipiter dans la rivière gelée en contrebas. De la glace s'était formée sur la rivière au courant paresseux, mais Raph ne l'entendit jamais se briser, le vent trop fort dans ses oreilles.

Cela le laissait avec l'autre élite, ainsi qu'avec le ninja qui tenait la mallette. Il ne s'enfuyait toujours pas, mais semblait considérer l'idée à présent qu'il ne restait plus qu'un élite. Certainement pas. Raph refusait d'encore lui courir après. Il les battrait tous les deux, ici et maintenant.

Il chargea, et soudain, quelqu'un cria de douleur. Il failli se retourner pour voir de qui il s'agissait avant de réaliser que le son était sorti de sa propre bouche – quelque chose s'était planté dans son bras déjà blessé, et un coup d'œil lui permit de voir que deux shurikens s'étaient fichés dans sa peau. Ils avaient été lancés de près, et étaient profondément enfoncés dans sa chair, la douleur rendant son bras inutilisable.

Il faillit ne pas remarquer la hache à temps, mais parvint à l'éviter d'une roulade avant de s'accroupir, ayant presque perdu sa tête. La douleur et l'épuisement commençaient à le rattraper, et il ne pouvait qu'enchaîner roulade sur roulade avant que sa carapace n'entre à nouveau en collision avec la rambarde. Le même tour de passe-passe ne fonctionnerait pas deux fois, et Raph paniqua, s'accrochant à la balustrade derrière lui et l'utilisant pour se relever, mais il ne serait pas assez rapide-

Il remarqua du mouvement du coin de l'œil, et cette fois-ci, il remarqua les shurikens. Il esquiva avant de réaliser qu'ils ne le visaient pas. Ils s'enfoncèrent parfaitement dans la main de l'élite, de la même manière que ceux dans le bras de Raph l'avaient fait. Hé, il y avait une justice, même si Raph ne savait toujours pas qui avait lancé les shurikens qui étaient toujours plantés dans son bras. Il ne savait même pas qui avait lancé ceux-là, et tourna la tête, s'attendant à ce que ce soit Don ou Mikey qui ait empêché la hache de le décapiter – et certainement pas Leo. Et pourtant, c'était lui qui se tenait là, sa main toujours tendue de son lancer.

Raph se secoua du choc causé par la surprise et s'appuya contre la rambarde, l'utilisant pour maintenir son poids tandis qu'il levait les deux pieds afin de frapper l'élite droit dans l'estomac. Celui-ci fut projeté de l'autre côté du pont et faillit tomber par-dessus la rambarde, mais il parvint à retrouver l'équilibre.

« Qu'est-ce que- Leo, comment- comment ça se fait que tu sois là ? » Raph trébucha vers son frère, qui était complètement équipé et portait ses vêtements d'hiver, mais semblait lutter pour rester debout. Raph n'eut même pas le temps de lui offrir son bras indemne comme support ; Leo était déjà en train d'attraper son bras avec les deux mains pour se maintenir en position verticale. Raph grimaça, la prise de Leo sur son bras lui faisant supporter tout son poids, mais il parvint à maintenir son frère debout.

« Je- je te l'ai dit, » Dit Leo, ses dents claquant, sa voix presque noyée dans le vent. « J'ai un sixième sens pour les décisions stupides. »

« Ouais, et il a probablement remplacé ton bon sens, » Grogna Raph. « Tu devrais être au lit ! Comment t'as réussi à arriver ici, bordel ? »

Leonardo ferma les yeux, chancelant légèrement lorsque le vent souffla vers eux. « Savais que vous vous en iriez. C- comme avant… »

« Leo, espèce d'idiot- »

« Don et Mikey- où- ? »

« Là-bas, » Grommela Raph, ayant enfin la possibilité de regarder dans leur direction. Malheureusement, la neige tombait si fort qu'il ne pouvait pas les voir. « Ils se battent. »

Le bras que tenait Leo fut violemment tiré vers le bas, faisant tomber Raph. Il glapit de surprise, réalisant que l'élite avait porté un grand coup de hache, ne ratant que parce que Leo l'avait fait se baisser. Les mains de Leo quittèrent son bras, et il sortit son katana juste à temps pour bloque l'attaque suivante. Ou du moins il essaya ; la lourde hache entra en collision avec la lame, et celle-ci fut immédiatement projetée de la main faible de Leo, l'épée s'envolant par-dessus la rambarde du pont et disparaissant dans la rivière en contrebas. Leo tint ses positions, empoignant son épée restante des deux mains, mais Raph savait que ce serait inutile. Leo n'avait pas la force d'utiliser son arme, il tenait à peine debout tout seul, et à présent, l'élite le savait.

Raph repoussa son frère, se plaçant entre lui et l'élite. Un de ses mains pendait inutilement contre son côté, mais l'autre tenait son Saï avec obstination. Il n'avait peut-être plus qu'un bras de fonctionnel, mais il était quand même plus fort que Leo. Cette pensée était amusante, mais la situation ne l'était pas. La hache s'abattit, et Raph l'interceptât avec son Saï, ses pieds glissant immédiatement sur la surface gelée du pont. Il rassembla ses forces, repoussa la hache sur le côté et bondit en arrière. S'il avait pu utiliser son autre main, il aurait attrapé Leo afin de le tirer sur le côté avec lui, mais il était toujours aussi désespérément manchot.

Au moins, Leo avait réalisé qu'il lui fallait reculer, connaissant sa propre force, ou dans ce cas-là, son absence. Malgré tout, cela ne changea pas grand-chose ; le ninja qui transportait la mallette avait attaché celle-ci dans son dos et avait décidé de rejoindre le combat. Il avait bondi juste devant Leo, son épée levée au-dessus de sa tête. Raph doutait que Leo puisse se défendre, même contre un ninja du plus bas rang, mais dès qu'il tenta de se diriger vers eux, l'élite était là, brandissant sa hache. La douleur irradiant de son bras l'affaiblissait et le ralentissait, mais un frère dans le besoin le faisait ignorer cette douleur à la faveur de sa colère, et cette colère le fit se précipiter en avant en brandissant son Saï. L'élite esquiva mais Raph continua à attaquer, le forçant à reculer.

Le choc métallique de deux épées détourna son attention. Pendant que Raph repoussait l'élite vers la rambarde, le ninja du Foot dominait Leo. Même dans l'obscurité, il était clair que Leo tremblait et luttait pour se défendre, et le ninja du Foot parvint bien trop facilement à le désarmer. L'épée restante de Leo tomba dans la neige, les mouvements de la tortue beaucoup trop lents ; il avait été acculé contre la rambarde, et tous ceux regardant la scène savaient que Leo ne serait pas capable d'esquiver le prochain coup.

Raph n'eut pas besoin d'ordonner à son corps de bouger ; ses jambes le précipitèrent en avant, et avant que l'épée ne puisse se plonger dans le corps de Leo, un Saï percuta la tempe du ninja, résultant en un craquement écœurant. Il était inconscient, peut-être même plus, avant d'avoir heurté la neige.

Leo hurla, Raph réalisant son avertissement trop tard. Un coup de pied puissant dans les côtes le repoussa contre la rambarde, non, par-dessus, son Saï s'envolant de sa main lorsqu'il tenta de se rattraper à quelque chose. Son doigt toucha la rambarde, mais la glace l'avait rendue incroyablement glissante. Il n'avait aucun espoir de s'y raccrocher. Il vit Leo penché par-dessus la rambarde, tendant le bras vers lui, mais il tombait déjà. Le pont, Leo et l'élite se dressant derrière son frère disparurent dans la neige qui tombait drue, le deuxième hurlement de Leo le suivant dans sa chute jusqu'à ce que le vent ne le fasse taire. Pendant un moment terriblement long, le vent fut la seule chose que Raph pouvait entendre et sentir. Il était trop puissant, le frappant de toutes les directions, sifflant bruyamment dans ses oreilles. Il n'avait pas entendu la glace se briser lorsque le premier élite était tombé, mais cette fois-ci, il le sentit et l'entendit très clairement. La sensation brutale de sa carapace brisant la glace n'était rien comparée au froid qui l'entoura – immédiatement, l'eau glaciale pénétra ses vêtements, des bulles d'air lui échappant sous le choc.

Quelqu'un l'entraînait dans les profondeurs, l'élite qu'il avait fait tomber tout-à l'heure ? Non, impossible, il se serait déjà noyé, à présent, s'il n'était pas parvenu à sortir de l'eau. Il était difficile de penser clairement, il n'avait jamais ressenti un tel froid, comme des milliers de couteaux lui transperçant la peau et le paralysant. Non –il devait bouger, devait nager, devait remonter. Mais quelque chose l'empêchait toujours de remonter à la surface, et Raph réalisa que ses habits trempés s'étaient alourdis et étaient la raison pour laquelle ses coups de pied avaient l'air si inutile. Il avait toujours détesté les vêtements, ils ne faisaient que le gêner lorsqu'il se battait, et à présent, ils ne se contenteraient pas de le gêner, mais allaient également le noyer. Il battit plus fort des pieds, essaya de nager vers le haut – mais où était le haut ? Il faisait trop sombre, ici, trop froid. Il se faisait toujours tirer vers le bas, toujours plus profondément, et il se demanda s'il atteindrait jamais le fond. Il ne voulait pas l'atteindre, sachant qu'il n'y avait rien d'autre que la mort, là-bas, mais tandis que des bulles s'échappaient de sa bouche et remontaient à la surface, lui continuait de couler.