Cette parenthèse hors du temps sembla durer des heures. Hermione était déchirée entre sa peine pour Malefoy et le bien-être résultant de sa présence au creux de ses bras. Elle aurait pu rester là pour toujours. Si seulement cela avait pu être possible, si seulement il ne s'était pas retrouvé dans le camp ennemi, si seulement Harry n'avait pas à vaincre Voldemort…

« Harry ! »

Le prénom de son meilleur ami jaillissant de son esprit en même temps que de sa bouche, elle s'écarta brusquement de Malefoy, dont l'incompréhension se peignait sur ses traits.

« Malefoy, je… Je suis désolée, je ne peux pas rester. »

Le Serpentard retrouva une expression distante et fermée si vite qu'Hermione en fut déstabilisée. Elle amorça tant bien que mal une tentative de justification.

« Attends… Ce n'est pas ce que tu crois, je… euh… »

« Fais ta vie, Granger. Comme je te l'ai dit, ça ne change rien. »

Il lâcha cette phrase d'un ton polaire et la bouscula sans aucune délicatesse pour sortir de leur cachette. Hermione sentit des larmes d'impuissance affluer. Comment lui expliquer que Harry pouvait les voir s'enlacer à tout moment sur la carte du maraudeur puisqu'il traçait Malefoy comme son ombre. Interrogation stupide. Elle ne pouvait pas, puisque Harry n'était autre que son meilleur ami, celui a qui elle avait juré sa loyauté envers et contre tous des années auparavant. Elle essuya rageusement les quelques larmes qui menaçaient de tomber et reprit la direction de la salle commune.

XXX

Le lendemain, Hermione se leva tôt et entreprit de se préparer pour une journée qui, elle l'espérait, lui changerait les idées. Elle devait, en effet, se rendre à Pré-au-Lard pour les premières leçons en conditions réelles concernant le permis de transplanage et ces dernières ne concernaient que les élèves qui avaient d'ores et déjà dix-sept ans ou qui les auraient avant la fin du mois, ce qui n'était ni le cas de Harry, ni celui de Malefoy. Elle pourrait enfin avoir la liberté de s'aérer avec Ron sans que les tensions avec son meilleur ami et son pire ennemi ne lui reviennent en pleine figure toutes les deux minutes. Une bouffée d'air frais qu'elle accueillit avec plaisir après avoir recadré une dernière fois Harry dans le hall au sujet de sa mission avec Slughorn.

« Très bien, jeunes gens. » Lança Wilkie Tycross, leur moniteur de transplanage lorsqu'ils arrivèrent sur site. « Veuillez vous mettre en ligne, je vais vous attribuer une boutique devant laquelle vous devrez transplaner. Lorsque vous êtes arrivés à destination, ne bougez pas, nous viendrons vous chercher. Et n'oubliez pas : Destination, Détermination, Décision ! »

Hermione se plaça à la droite de Ron et ils attendirent patiemment leur tour. Elle tapota plusieurs fois gentiment son épaule pour essayer de le déstresser alors qu'il tremblait d'appréhension à l'approche du professeur.

« Suivant ! Monsieur… »

« Weasley, Monsieur. »

« Weasley ! Vous allez transplaner devant le salon de thé de Madame Pieddodu. Rappelez-vous, Destination, Détermination… »

« Décision, oui je sais, je sais ! »

Hermione fronça les sourcils mais ne pipa mot, le stress avait tendance à rendre Ron un brin désagréable malgré lui. Tycross ne releva pas et Ron entama son transplanage. Il devint rouge de concentration, fermant les yeux et les poings puis entreprit de tourner sur lui-même. Longtemps. Alors que le moniteur semblait sur le point d'abandonner, Ron disparut brusquement. Hermione esquissa un sourire satisfait qui s'effaça bien vite à mesure que l'appréhension montait, c'était son tour, à présent.

« Miss Granger, voilà qui devrait aller vite avec un prodige tel que vous ! Je voudrais que vous transplaniez devant chez Zonko. »

Hermione se concentra quelques instants, commença à tourner sur elle-même et ressentit rapidement la sensation d'écrasement caractéristique du transplanage. Une seconde plus tard, elle rouvrit les yeux sur la devanture du magasin de farces et attrapes. Elle avait réussi.

« Hermione ! »

Elle se retourna et vit Ron lui faire signe depuis l'autre côté de la rue. Il était devant chez Scribenpenne. Elle lui adressa un grand sourire alors que Tycross transplanait devant chez Madame Pieddodu, à quelques dizaines de mètres de là.

« Weasley, ce n'est pas si mal, vous êtes simplement un peu trop loin. » Il se tourna ensuite vers Hermione avec un regard émerveillé, comme si Noël était annoncé en avance, cette année. « Miss Granger, Miss Granger, c'est parfait, évidement. Quel talent, vous êtes une sorcière incroyable, très en avance pour votre âge et je dois dire que vous êtes exceptionne… »

« Bon, c'est bon ! » grogna Ron, agacé, « Je crois qu'on a compris. Vous devriez y aller, les autres élèves vous attendent. »

« Ahem, oui, bien sûr. Vous… Hum, vous pouvez rejoindre vos camarades aux Trois Balais. »

Tycross rougit brusquement et rebroussa chemin alors qu'Hermione, les joues roses d'embarras, rigolait sous cape.

« Merci, Ron, ça commençait à devenir gênant. »

Le bout de ses oreilles prit une délicate couleur rosée et Hermione se dépêcha d'enchaîner.

« Je commence à avoir froid, allons aux Trois Balais. »
La fin de matinée fut paisible, alors qu'Hermione écoutait, amusée, Ron tenter maladroitement d'attirer l'attention de Madame Rosmerta en enchaînant blague sur blague. Il finit par bouder dans son coin, sous les moqueries d'Hermione alors que la serveuse prenait la fuite sans demander son reste

Ils rentrèrent à Poudlard à l'heure du déjeuner et attendirent Harry dans la Grande Salle en commençant à grignoter. Lorsqu'il arriva enfin, Ron lui résuma avec excitation leur matinée et, alors qu'il s'attardait plus que de raison sur Tycross et son comportement cavalier, Hermione dévia la conversation.

« Et toi, alors ? » interrogea-t-elle sans prêter attention à Ron. « Tu as passé tout ce temps-là à t'occuper de la Salle sur Demande ? »

« Ouais, répondit Harry. Et devine sur qui je suis tombé, là-haut ? Sur Tonks ! »

« Tonks ? » répétèrent Ron et Hermione d'une même voix surprise.

« Oui, elle a dit qu'elle venait voir Dumbledore… »

« Si vous voulez mon avis, » déclara Ron lorsque Harry leur eut rapporté sa conversation avec elle, « elle devient un peu dingue. Ses nerfs craquent depuis ce qui s'est passé au ministère. »

« C'est un peu bizarre, » remarqua Hermione « pourquoi abandonne-t-elle soudain son poste pour venir voir Dumbledore alors qu'il n'est même pas là ? »

Hermione était très inquiète. Elle savait que Rémus prenait des risques avec les missions confiées par Dumbledore, elle savait aussi depuis quelques mois à présent, que Tonks était follement amoureuse de lui. Tous les types de scénarios lui traversaient l'esprit et elle ne pouvait s'empêcher de retourner les dires de Harry dans tous les sens.

« J'ai pensé à quelque chose, » lança Harry avec hésitation. « Vous ne croyez pas qu'elle aurait pu être… disons… amoureuse de Sirius ? »

Hermione le regarda avec de grands yeux.

« Qu'est-ce qui peut bien te faire penser ça ? »

« Je ne sais pas, » répondit Harry en haussant les épaules, « mais elle pleurait presque quand j'ai prononcé son nom… et puis son Patronus est devenu une grande forme à quatre pattes… alors je me demandais si ce n'était pas… vous comprenez… lui. »

« Possible, » dit lentement Hermione. « Mais je ne vois toujours pas pourquoi elle débarquerait tout d'un coup au château pour aller voir Dumbledore, en admettant que ce soit la raison de sa présence… »

Bien qu'inquiète, Hermione éludait les questions. Elle ignorait quelle mouche avait pu piquer Harry pour que, pour une fois, son instinct romantique se réveille mais elle avait promis à Tonks de se taire et elle tiendrait parole.

« On en revient à ce que je disais, » commenta Ron, occupé à enfourner de la purée de pommes de terre, « elle est devenue un peu cinglée. Ses nerfs lâchent. C'est ça, les femmes, » ajouta-t-il à l'adresse de Harry, sur le ton de la sagesse. « Elles se laissent facilement dominer par leurs émotions. »

« Pourtant, » répliqua Hermione en sortant de sa rêverie, « je ne pense pas qu'on puisse trouver une seule femme qui bouderait pendant une demi-heure parce que Madame Rosmerta n'a pas ri à son histoire drôle sur la harpie, le guérisseur et le Mimbulus Mimbletonia. »

Ron se renfrogna.

XXX

Deux semaines plus tard, à l'heure du dîner, Hermione entra dans la salle commune de Gryffondor comme une tornade.

« Harry ! » s'écria-t-elle en se glissant à travers le trou du portrait. « Harry, j'ai réussi ! »

« Bravo ! dit-il. Et Ron ? »

« Il… il a raté à peu de chose près, murmura Hermione tandis que Ron entrait à son tour dans la salle, l'air morose. Un coup de malchance, un tout petit détail, l'examinateur a remarqué qu'il avait laissé la moitié d'un sourcil derrière lui… »

Elle avait enfin son permis de transplanage ! En effet, elle avait réussi sans aucun problème à suivre les instructions et à transplaner à l'endroit indiqué. Tout comme Ron qui, malheureusement avait laissé un tout petit, minuscule bout de lui derrière. Remontée contre l'examinateur, qui avait refusé tout net de lui accorder son permis malgré ce tout petit détail, Hermione avait du mal à cacher sa déception. Elle aurait aimé qu'ils fêtent cette victoire ensemble. Mais elle attendrait l'été prochain, lorsque Harry passerait à son tour l'examen.

« Comment ça s'est passé, avec Slughorn ? »

« Ce n'est pas la joie, » répondit Harry à l'instant où Ron les rejoignait. « Pas de chance, vieux, mais tu réussiras la prochaine fois… On se présentera ensemble. »

« Oui, sans doute, » dit Ron, grognon. « Mais quand même, la moitié d'un sourcil ! Comme si c'était grave ! »

« Je te comprends, » assura Hermione d'un ton apaisant, « c'est vraiment dur… »

Ils enchaînèrent sur la mission de Harry avec Slughorn puisque, cette fois, il s'était décidé à employer les grands moyens et à utiliser une gorgée de Felix Felicis pour arriver à ses fins.

Ron et Hermione, perplexes, le regardèrent donc partir, après le repas, la fleur au fusil et un brin divaguant à la recherche de leur professeur de potions. Ils descendirent du dortoir des garçons, où Harry avait pris la potion et sa cape d'invisibilité et tombèrent tout droit sur Lavande qui leur fit sans tarder une scène mémorable.

En effet, Harry étant sous sa cape, il semblait donc que Ron et Hermione descendaient simplement tous les deux du dortoir, ce qui finit de mettre le feu aux poudres.

Qu'est-ce que tu fabriquais là-haut avec elle ?

« Lavande ! Oh, euh… Je… »

« Je devais reposer un livre que j'avais emprunté à Harry et je suis tombée sur Ron là-haut. » Dit Hermione d'une traite, sans se démonter.

« Mais oui, bien sûr ! Et tu penses que je vais te croire ? » hurla Lavande sans aucune retenue. « De toute façon, il n'y en a que pour elle, Ron, tu t'en fiches de moi ! Je… Je te déteste ! C'est fini entre nous ! »

« Euh… D'accord ? » répondit-il, visiblement mal-à-l'aise.

« Quoi ? C'est tout ce que ça te fait ? Je n'aurais jamais dû m'attacher à toi, tu n'es qu'un… »

Hermione s'éclipsa à l'autre bout de la salle commune. Les hurlements pleins de larmes de Lavande lui donnaient mal à la tête et elle n'était de toute façon pas à sa place entre ses deux camarades.
Alors qu'elle posait enfin ses fesses sur leur canapé fétiche, d'autres cris lui firent lever la tête.

« Je t'ai dit que j'en ai marre, Dean ! Tu es trop collant, tu m'étouffes, je te l'ai dit plusieurs fois mais tu t'en fiches. Si tu tiens à ce point à te contreficher de mon avis, tu n'as qu'à sortir avec quelqu'un dont l'opinion t'importe ! En tout cas, nous deux, c'est fini, et pour de bon cette fois ! »

Ginny était rouge de fureur et Dean tourna les talons en direction du dortoir des garçons. Il hurla à son tour un « Très bien ! » sur son chemin et passa la porte en trombe. La rouquine s'affala sur le canapé aux côtés d'Hermione alors que des éclats de voix continuaient de résonner de l'autre côté de la pièce.

« Eh bien, les Weasley, vous êtes en grande forme ce soir ! »

Ginny jeta un coup d'œil à Ron et Lavande qui continuaient de s'écharper et haussa les épaules en soufflant comme un bœuf.

« Je te l'ai dit, Hermione, trop, c'est trop ! Même passer le portrait de la salle commune, je ne peux pas le faire toute seule ! Je n'en peux plus. De toute façon, Dean et moi ça n'a jamais vraiment fonctionné. On est trop différents, j'ai besoin de quelqu'un de plus… De moins… De quelqu'un d'autre en tout cas ! »

« De quelqu'un comme Harry, par exemple… » marmonna Hermione à demi-mots.

« Comment, qu'est ce que tu as dit ? »

Hermione ne répondit pas et se contenta d'un sourire entendu alors qu'au même moment, Ron se laissait à son tour tomber dans le canapé avec un profond soupir de lassitude.

« Voilà une bonne chose de faite, » sourit-il malgré tout, un air de satisfaction peint sur le visage.

Hermione sourit en secouant la tête, amusée. Ron s'était finalement bien débrouillé. Lavande avait rompu sans qu'il ait eu à lever le petit doigt…

XXX

Le lendemain, Hermione tomba nez à nez avec Malefoy avant le cours d'arithmancie. Seuls dans le couloir, ils restèrent figés les yeux dans les yeux l'espace de quelques secondes avant que le Serpentard ne lui passe devant comme si de rien n'était. Hermione ressassa ses disputes avec lui jusqu'au cours de sortilèges, durant lequel Harry leur raconta sa réussite. Il était enfin parvenu à arracher son souvenir à Slughorn et avait, dans la foulée retrouvé Dumbledore pour le lui donner. Ron, totalement fasciné par le récit de Harry et le fait qu'il pourrait accompagner le directeur de Poudlard à la recherche du prochain Horcruxe n'était, en revanche, plus du tout concentré sur le cours.

« Ron, tu fais tomber de la neige, » signala Hermione d'une voix patiente.

Elle lui saisit le poignet et détourna sa baguette du plafond d'où de gros flocons blancs avaient en effet commencé à tomber. Lavande Brown, les yeux très rouges, lança, d'une table voisine des regards flamboyants à Hermione qui lâcha aussitôt le bras de Ron.

« Ah, oui, tiens, » remarqua Ron, vaguement surpris, en regardant ses épaules. « Désolé… On dirait d'horribles pellicules… »

Il enleva la fausse neige de l'épaule d'Hermione et Lavande fondit en larmes. L'air infiniment coupable, Ron lui tourna le dos.

« On a rompu, » murmura-t-il à Harry du coin des lèvres. « Hier soir. Quand elle m'a vu sortir du dortoir avec Hermione. Bien entendu, toi, elle ne pouvait pas te voir, elle a donc cru qu'on était seulement tous les deux. »

« Ah, » répondit Harry. « Bah, tu t'en fiches que ce soit fini, non ? »

« Oui, » admit Ron. « C'était assez pénible quand elle a commencé à crier, mais au moins ce n'est pas moi qui ai été obligé de la quitter. »

« Trouillard, » lança Hermione, amusée. « D'une manière générale, la soirée n'a pas été très bonne pour les histoires d'amour. Ginny et Dean se sont séparés aussi, Harry. »

Elle exultait en voyant son meilleur ami tenter de maintenir une expression neutre. Il était clair qu'il en pinçait pour la sœur de Ron mais s'efforçait – sans grand résultat, de ne rien laisser paraître.

« Comment ça se fait ? » demanda-t-il, l'air de rien.

« Oh, une histoire vraiment bête… Elle a dit qu'il essayait toujours de l'aider à passer par le trou du portrait comme si elle n'était pas capable de se débrouiller toute seule… Mais il y a longtemps qu'ils ne s'entendaient plus très bien. »

Hermione regarda Harry assimiler lentement l'information en jetant un coup d'œil discret à Dean, puis elle entreprit de le torturer un petit peu.

« Bien sûr, ça te met dans une situation un peu délicate, » reprit-elle.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda précipitamment Harry.

« L'équipe de Quidditch, » répondit Hermione. « Si Ginny et Dean ne se parlent plus. »

« Ah… Ah oui. »

Harry sembla si soulagé qu'elle ne parle que de Quidditch qu'Hermione faillit éclater de rire. Elle se reprit vite, cependant, car le Professeur Flitwick avançait dans leur direction.

La bonne humeur des trois amis persista et s'installa dans les semaines qui suivirent. Bien sûr, Hermione et Malefoy s'évitaient comme la peste, ce qui teintait parfois son quotidien d'amertume mais la plupart du temps, elle avait le sourire. Tout semblait pour le mieux, que ce soit du point de vue scolaire ou social. Ginny et Harry passaient de plus en plus de temps ensemble et Hermione s'amusait à jeter à son meilleur ami quelques regards bien appuyés pour accroître son malaise. Après tout, s'il s'y habituait, il aurait moins de mal à supporter Ron le jour où sa relation avec Ginny se concrétiserait et, de surcroît, Hermione trouvait ce petit jeu extrêmement amusant.

A ce rythme-là, la fin de l'année approchait à grand pas, tout comme le dernier match de Quidditch. Sous le soleil radieux de ce début d'été, assise sur les gradins à regarder ses amis s'entraîner, Hermione tenta d'imprimer ce qu'elle ressentait à cet instant dans sa mémoire et dans son cœur. Elle ignorait ce que lui réserverait la suite et où cette période sombre sur fond de guerre magique allait la mener mais, pour une fois, elle se résolut à suivre scrupuleusement le conseil de sa mère et à profiter du moment pré du moment présent.