Résumé : Et si tout avait commencé non pas en 845, mais en 1940? Dans un monde où la guerre fait rage et où la haine détruit tout, y a-t-il encore un espoir pour eux? Eren x Livaï, UA, M.
Disclaimer: Les personnages et l'histoire de l'attaque des titans appartiennent à Hajime Isayama. Je n'ai fait qu'écrire cette petite histoire.
Comme toujours, ce chapitre est dédié à ma splendide bêta adorée, ma femme d'écriture :3
Voilà le chapitre 10 ! Bonne lecture :)
Chapitre 10 : Le rassemblement
« Elle [la France] n'est pas seule […]. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte […]. Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. »
- Charles de Gaulle (1890 – 1970), Appel du 18 juin 1940, Mémoires de guerre, tome I, L'Appel, 1940 – 1942 (1954)
Musiques du chapitre : The Reluctant Hero – Hiroyuli Sawano. Unbreakable – Two Step From Hell. After The Fall – Two Step From Hell.
14 septembre 1940, base des ailes de la liberté, Neyron, France.
Le commandant Erwin Smith patientait, installé derrière son bureau en bois sombre. Tapotant à intervalles réguliers sur le plan de travail, il fixait sans le voir vraiment le document trônant sur une pile de dossiers traités.
Les dernières semaines, il avait travaillé sans relâche, communiquant avec Londres et les différents groupes de résistants pour mener une opération de grande envergure et frapper à plusieurs reprises les forces ennemies. En effet, ils avaient eu vent d'une opération visant l'annexion du Royaume-Uni et il en était évidemment hors-de-question. Perdre l'Angleterre serait une amputation alliée trop importante pour que la résistance reste inerte.
Depuis trois semaines, il enchaînait les rencontres avec les différents signataires de l'alliance, et l'éreintement commençait à l'atteindre, peu à peu. A peine une heure plus tôt, il venait de parcourir 400 kilomètres pour rencontrer – clandestinement, évidemment – le représentant d'un groupe de résistants du nord-est de la France, les Roses Pourpres, en pleine zone occupée par l'Allemagne. Le commandant Pixis avait présenté à Erwin le plan d'action mais l'avait surtout rendu perplexe et anxieux. Les nouvelles n'étaient pas bonnes, loin de là.
En effet, les bombardements sur Londres continuaient inlassablement, sans interruption. Et avec la nouvelle attaque programmée, cette situation allait déraper sans qu'ils ne puissent rien faire. Sauf s'ils empêchaient les bombes de quitter le sol. Mission presque irréaliste, en somme.
Dans un soupir exaspéré, le commandant se leva, laissant tomber son stylo sur le bureau dans un petit bruit mat. Il ne lui restait plus qu'à annoncer la nouvelle aux capitaines. Sortant de son bureau en claquant la porte, il descendit les marches menant à la cuisine, où étaient attablées quelques jeunes recrues. Sans un regard pour eux, il quitta le bâtiment pour rejoindre l'extérieur où l'entraînement avait lieu. Il fut soulagé de rencontrer Hanji et Mike Zacharias en pleine conversation dans un coin. Même s'il n'y avait pas de trace du capitaine Livaï. Se dirigeant vers eux, il leur accorda un signe de tête en guise de salut et demanda :
- Vous savez où se trouve Livaï ?
- Il est allé nous ravitailler en eau avec un groupe. Tu as besoin de quelque chose ?
Merde. Erwin passa une main dans ses cheveux épais, coiffés parfaitement, et soupira de dépit. Finalement, il releva les yeux vers la jeune femme qui lui avait parlé.
- Quand il rentrera, venez tous les trois dans mon bureau.
Après un hochement de tête affirmatif de leur part, il rejoignit son espace de travail et s'accouda à la hanse de sa chaise en cuir. Il patienta en relisant les rapports de l'Etat Major de la France libre, son poing soutenant son menton. Il sursauta lorsqu'on frappa à la porte, perdu dans ses pensées. « Entrez. » Face à lui apparurent les deux capitaines suivis d'Hanji, s'arrêtant au milieu de la pièce en faisant le salut militaire. Se levant, il leur fit face en silence quelques instants. Ils semblaient perplexes, attendant qu'il daigne à prendre la parole.
- Il est temps de lancer une offensive. Nous partons rejoindre ce soir le mouvement des Roses pourpres, au nord, pour attaquer une base militaire allemande, sur la frontière franco-belge. Elle contient suffisamment d'avions et de bombes pour faire exploser totalement Londres. Les informations recueillies parlent d'une trentaine de chasseurs surarmés, des Heinkels He 51. Livaï, je pense que tu vois de quoi je parle.
Le brun hocha la tête, les sourcils froncés à l'extrême. Oui, des engins de mort, amenant le massacre et la désolation sur leur passage. Merde. Le commandant sortit une carte qu'il déplia sur son bureau, face aux capitaines. Elle représentait les plans d'une base militaire de petite taille, cinq kilomètres séparant les murs. Six bâtiments étaient représentés et une croix rouge ciblait les deux bâtiments positionnés aux extrémités des murs, en diagonale l'un de l'autre.
- C'est pourquoi nous devons faire en sorte de les immobiliser le plus rapidement possible. Nous avons mis en place une stratégie qui devrait porter ses fruits. Une partie de nos deux mouvements sera utilisée comme leurre, pour détourner l'attention des ennemis en attaquant l'autre extrémité de la base, où se trouve le poste de commandement. Cette diversion permettra de gagner du temps, en attendant que les forces aériennes anglaises viennent détruire la base. Le but est de rassembler le plus d'ennemis possible au même endroit.
- Et les leurres, on les envoie au casse-pipe ? C'est ça, hein ? Putain, Erwin…
- Silence, Livaï. Tu sais tout comme moi que, parfois, c'est la seule solution. Nous ferons en sorte de ne pas perdre d'hommes inutilement.
- Bien sûr. Et ensuite vous boirez un thé à la porte avec les ennemis, en vous tenant la main ? Ça va être un putain de massacre, merde…
Erwin soupira en silence. Le capitaine avait raison, bien sûr. Mais le plan avait été fait en circonstances de la possible future crise. Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre Londres. Il en était hors de question.
- Nous avons trouvé une solution pour protéger le plus de personnes possibles dans cette attaque. Je sais que la plupart des hommes et femmes qui se battront sont des civils, mais nous n'avons pas le choix. Cette mission est cruciale, et je ne cautionnerais pas d'insubordination.
Les yeux noirs de Livaï le fusillèrent du regard en silence, mais il resta immobile, les poings serrés le long du corps. Mike fit un pas en avant.
- Quelle est notre mission, commandant ?
- Oui. Pendant ce temps, vos trois équipes, accompagnées de l'équipe d'élite des Roses pourpres se chargera d'entrer dans le bunker abritant les chasseurs, ici – il montra un point sur la carte en fixant les capitaines. – Vous utiliserez les grappins mis au point par Hanji pour passer le mur, qui fait vingt mètres. Zacharias, avec ton équipe tu seras en charge de détruire les tourelles anti-missiles pour laisser le passage aux chasseurs alliés. Il y en a quatre, positionnées aux quatre coins de la base militaire. Cette mission réclame de la furtivité, pas de vague. Quant à ton équipe, Livaï, vous devrez récupérer notre homme près du bunker des chasseurs. Votre mission sera d'éliminer les potentiels ennemis protégeant la zone, de récupérer l'espion, et de couvrir Hanji pendant qu'elle se chargera de déposer la bombe. – Le commandant se tourna vers la jeune femme avant de continuer. – Zoe, la bombe en question devra tout détruire, assure-toi de faire le plus de dégâts possibles. Le mieux serait de prendre une de tes bombes à sous-munitions, pour pouvoir neutraliser les chasseurs. Des questions ?
- Quels seront les effectifs pour la mission ? demanda Mike en croisant les bras sur son torse.
- Du côté des leurres, nous serons une centaine d'hommes séparés en deux équipes distinctes de sortes de pouvoir les prendre à revers. Mike tu auras quatre hommes sous tes ordres, je pense que ça suffira si vous restez furtifs. Quant à toi, Livaï, il te faudra dix hommes, tous entraînés au combat. Prend une partie de ton équipe habituelle, en comptant ceux qui nous rejoindrons au nord et des membres des Roses pourpres viendrons compléter les effectifs. Concernant les nouvelles recrues, nous les positionnerons sous mes ordres, en arrière pour couvrir les soldats d'élite. Grâce aux armes récupérées lors du dernier raid, nous serons parfaitement équipés pour cette mission.
Le commandant croisa le regard sombre de Livaï. Il le scruta en silence, attendant que son subordonné commente, mais ce dernier resta silencieux, se contentant de le dévisager en plissant le front. Erwin soupira et finit par se détourner, se passant une main dans ses cheveux parfaitement coiffés.
- Bien, s'il n'y a pas d'autres questions, allez donner les ordres. Nous partons ce soir, dès le coucher du soleil. Ne dites que le strict nécessaire, nous verrons ensuite lorsque nous aurons rejoint le nord.
Il s'installa derrière le grand bureau, laissant les trois personnes quitter son bureau en silence. S'adossant au siège, il récupéra le dossier traînant devant lui, l'ouvrit, et commença à lire le rapport de mission laissé à son attention.
xXx
Eren soupira pour la dixième fois depuis une heure. Il était dans la file pour récupérer son équipement, derrière Armin qui restait silencieux, les traits tirés. Presque qu'aucunes informations n'avaient été données concernant la mission qui les attendait, en dehors du fait qu'ils partaient ce soir et qu'ils allaient au nord. Là où tout avait commencé.
Des soldats arrivaient au compte-goutte depuis le début de la matinée, et avec le soleil couchant, ils se retrouvaient face à une quarantaine d'hommes, armés et en tenue militaire. Les haut gradés semblaient anxieux, ce qui n'annonçait rien de bon. Perdu dans ses pensées, le jeune homme finit par se retrouver face à Hanji et Moblit, cette dernière lui tendant l'équipement dans un sourire encourageant. Le cœur au bord des lèvres, il tenta de lui rendre le dit-sourire, affichant une grimace presque comique.
Interpelé par des gradés, il rejoignit les autres recrues, accompagné de sa sœur, pour les aider à charger les armes dans les Unic Kégresse P107, des camionnettes blindées utilisées habituellement par les allemands, les rendant ainsi furtifs au passage des frontières. De nombreuses caisses, d'armes et de munitions, furent transférées dans les blindés, remplis totalement lorsque le crépuscule s'installa totalement.
Il suivit ensuite sa sœur et Armin vers les véhicules postés à l'entrée de la base, montant dans l'un d'eux en silence. Assis sur le banc longeant la carrosserie, il vit le capitaine Livaï, un peu plus loin, occupé à discuter avec quelques hommes armés dans un coin. Ce dernier semblait en colère, les plis entre ses sourcils se fronçant tandis qu'il haussait le ton. Eren ne put s'empêcher de le détailler du regard, glissant le long de son corps tendu. Le capitaine semblait être au courant de ce qui les attendait et ça ne présageait rien de bon vu son comportement. Les épaules affaissées, le jeune homme continuait à suivre des yeux son supérieur, en silence, jusqu'à l'heure du départ.
Le capitaine se dirigea alors vers les véhicules pour rejoindre le reste des hommes, passant devant celui du trio. Il glissa une œillade à l'intérieur de l'habitacle, s'attardant sur lui. Eren le vit plisser les yeux, croisant son regard, et il sentit son cœur battre un peu plus fort face aux prunelles impassibles, à demi fermées. Le gradé semblait le détailler aussi, rapidement, continuant à avancer en ralentissant imperceptiblement et pourtant Eren eu l'impression que cet instant durait une éternité. Le jeune homme resta stoïque, immobile face à lui, alors que trois mètres les séparaient. Il ne semblait pas remarquer la main de Mikasa, secouant son épaule, ni entendre les interrogations du blond à ses côtés. Seules ces billes sombres qui le dévisageaient comptaient, à cet instant. Une oasis, dans cet océan d'incompréhension.
Et puis, Livaï détourna la tête, rejoignant son propre véhicule. Eren se reprit rapidement, tournant la tête vers Mikasa, affichant une mine perplexe.
- Tu m'écoutes ? Eren ? chuchota la jeune fille en se penchant vers lui.
- Oui… Je, oui je t'écoute. Bien sûr. Tu disais ?
- Tu es sûr de vouloir y aller ? On peut encore faire demi-tour, et…
- Et quoi ? Abandonner ? Non, Mikasa. On doit le faire. C'est important.
La jeune fille hocha la tête sans rien dire, les traits sombres. Elle croisa le regard inquiet d'Armin, haussant les épaules avant de s'installer plus confortablement contre la taule. Les portes se fermèrent alors et le véhicule crachota de la fumée avant de démarrer dans un grondement sourd, quittant la base en suivant le reste du défilé. Rapidement, tous les véhicules se séparèrent, prenant des chemins différents pour ne pas être repérés. Ils roulèrent longtemps, toujours silencieux, se contentant de s'observer la mine sombre. Le jeune homme ne connaissait pas les quatre autres hommes assis autour de lui, dont deux sur les places avant, mais le cœur battant à tout rompre l'empêchait de chercher à savoir quoi que ce soit.
Il avait peur. Il sentait une fine pellicule de sueur glacée recouvrir sa colonne vertébrale, longeant son dos insidieusement. La main serrant fortement celle de sa sœur, il voyait ses phalanges blanchir sous la force de la pression. Mais il s'en moquait, l'angoisse tordant ses entrailles alors que le soleil se levait lentement derrière la forêt qu'ils longeaient. Il se sentait mal, et rien ne permettait de calmer son cœur serré. Mikasa avait fini par poser sa tête sur son épaule, s'endormant au rythme des roues crissant sous le macadam. Ils avaient passé les frontières avec la zone occupée sans difficulté, revenant petit à petit vers le village qu'il avait quitté, quatre mois plus tôt. Et l'angoisse revenant à la charge, déchiquetant les limbes de son esprit torturé, le rendant incapable de s'endormir. Armin avait la tête ballottée de gauche à droite, penchée en arrière alors qu'il se reposait. Devant lui, des hommes au visage fermé se reposaient en scrutant le décor défilant devant eux, silencieux et calmes. D'autres dormaient encore.
Ils finirent par s'arrêter devant l'entrée d'une forêt dense, les roues crissant sur la terre rocailleuse. Le soleil se levait à peine, commençant à éclairer les alentours d'une lumière orangée. Les portes s'ouvrirent dans un claquement sonore, réveillant les habitant improvisés. Ils sortirent dans un mutisme constant, rejoignant les autres troupes. Au loin, Erwin scrutait les alentours à l'aide d'une longue vue. Eren rejoignit le reste de son groupe, suivi par Mikasa et Armin. Il se glissa à côté de Connie qui lui sourit en grignotant un morceau de pain, les cernes se dessinant sous ses yeux fatigués.
- Vous avez pu dormir, vous ? demanda Sasha, la bouche pleine.
- A peine, grogna Mikasa, s'affalant aux côtés de son frère. Et vous ?
- Ça aurait été difficile. Sasha et Connie ne pouvaient pas s'empêcher de papoter, gémit Jean en se frottant le visage de dépit.
- En même temps, ose dire que tu aurais pu dormir, avec les ronflements du soldat, ricana Connie, la tête tournée vers l'homme en question, une masse de muscles et de gras.
Tous ricanèrent, mangeant en silence les bouts de pain apportés par Sasha. Elle tendit trois morceaux aux nouveaux arrivants, qui lui adressèrent un sourire de remerciement. Eren croqua dans le bout en cherchant du regard le capitaine, le trouvant aux côtés d'une Hanji souriante. Livaï semblait ailleurs, le regard hagard, le visage aux traits tirés fixant le sol sans sourciller. La jeune femme à ses côtés dessinait dans la terre à l'aide d'un bâton tordu, parlant au capitaine qui se contentait d'hocher la tête.
- Vous avez une idée de ce qui nous attend ? demanda Reiner, assis à côté de Jean.
Ils répondirent par la négative, se renfrognant en silence. Le blond finit par croquer à son tour dans la miche de pain, écoutant d'une oreille distraite la blague de Connie, avec les autres. Au loin, Erwin saluait un homme d'un certain âge, chauve, lui serrant énergiquement la main. Le nouvel arrivant était accompagné de trois hommes armés, restant un peu en retrait, alors que le gros de son groupe – une cinquantaine d'hommes et de femmes en tenue militaire – restait un peu plus loin.
Eren lança son coude dans les hanches de Reiner, se penchant vers lui.
- C'est pas Annie, là-bas ?
Il scruta le point en question, observant la jeune femme blonde qui restait en retrait, reposant contre un arbre. Reiner écarquilla les yeux et hocha la tête, silencieux. Il l'interpella, levant la main dans sa direction pour la saluer. Elle lui répondit par un petit signe de tête avant de tourner la tête vers le reste de son groupe.
- Tu savais qu'elle avait rejoint les Roses Pourpres ?
- Non. M'enfin, c'est d'Annie dont on parle. Elle est discrète, elle n'est pas du genre à raconter ses projets. Ou quoi que ce soit d'autre, en fait.
Eren sentit un coin de ses lèvres se lever. Pas faux.
Tournant la tête vers le plus gros du groupe, il détailla les soldats qui commençaient à se rassembler autour des commandants et des autres hauts-gradés. Les capitaines des ailes de la liberté se tenaient droits aux côtés d'Erwin, les mains positionnées derrière leur corps immobile. Eren se glissa vers Hanji, dans les premiers rangs, suivi par les autres recrues. Il lui adressa un petit sourire avant de se concentrer sur les gradés face à eux. Il sentit la main de sa sœur se glisser dans la sienne, la serrant doucement. Elle affichait un air impassible, et seule la pression de ses doigts dans les siens laissait transparaître ses émotions.
L'homme âgé fit un pas en avant, lançant une œillade à l'assemblée qui se tut immédiatement. Il affichait un petit sourire en coin, les yeux pétillants, restant immobile en gardant les mains dans son dos. Finalement, il prit une inspiration, se racla la gorge et commença d'une voix déterminée, rauque et puissante :
- Mes amis, c'est un honneur de me retrouver face à vous tous, aujourd'hui. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis le commandant Pixis. Et je suis fier, fier d'être à vos côtés, pour cette mission décisive pour la suite de la guerre. Notre but est de récupérer des documents dans le centre de commandement d'une base militaire ennemie, à cinq kilomètres d'ici. Ces documents sont cruciaux pour la suite des opérations, c'est pourquoi nous sommes tous rassemblés ici, aujourd'hui. Nous partons nous battre contre un ennemi aguerri et déterminé. Mais je sais qu'il trouvera face à lui des hommes et des femmes prêts à tout pour que cette mission soit un succès. Aujourd'hui, nous lançons une attaque déterminante, un cap que l'on franchira tous ensemble, pour frapper l'ennemi.
Eren scruta le capitaine Livaï dont le visage se fermait à mesure du discours proféré par le commandant. Il croisa son regard et son ainé le fixa, se figeant en se noyant dans ses yeux.
- Chacun d'entre vous aura un rôle dans cette guerre, à commencer par cette bataille, et je sais que vous remplirez votre tâche avec succès. Ce soir, lorsque l'attaque commencera, vous veillerez sur l'homme qui sera à côté de vous, tout comme lui veillera sur vous. Protégez vos alliés, et tout se passera bien. Je ne peux pas vous promettre que vous rentrerez tous chez vous ce soir. Mais je fais le serment, devant vous, d'être le premier à poser le pied sur le champ de bataille, et que je serais le dernier à en repartir. Et ce soir, je sais que nous rentrerons victorieux, ensemble !
Le silence se fit, chacun observant autour de lui, et lentement, les visages affichèrent une expression convaincue. Un des soldats fit un pas en avant, claquant ses talons, et frappa son cœur de son poing fermé. Petit à petit, les autres se tinrent droits, en rangs serrés, posant leur poing sur le cœur à leur tour, fixant d'une lueur déterminée, presque sauvage, les hauts-gradés. La main droite tenant toujours celle de sa sœur, les yeux toujours perdus dans ceux du capitaine, Eren sentait son cœur battre à tout rompre, commençant à être envahi par la ferveur qui prenait toute l'assemblée. Il se libéra de la poigne et frappa à son tour son cœur, les yeux encore posés sur ceux de son ainé. Il essaya de sourire en fixant le capitaine, lui adressant une petite grimace, ce dernier haussant un sourcil en voyant le résultat. Un peu plus loin, Connie essayait de reproduire le salut improvisé, se trompant de main sans s'en rendre compte.
A sa gauche, Hanji sautillait presque, serrant le bras de son mari en lâchant des exclamations enjouées. Le commandant Erwin fit à son tour un pas vers eux, posant une main sur l'épaule de son collègue.
- Rejoignez tous vos commandants respectifs, nous allons vous expliquer plus en détails vos missions. Repos, soldats.
Tous se rassemblèrent comme ordonné par le commandant blond, Eren se dirigeant vers lui avec les recrues, suivant Hanji. La quarantaine d'hommes des ailes de la liberté, en plus des huit nouvelles recrues, se tenaient devant Erwin. Ce dernier semblait en pleine discussion avec le capitaine Zacharias, et observait de temps en temps les hommes face à lui. Il finit par hocher la tête, signant la fin de leur conversation, et se tourna vers ses troupes :
- Kitts Verman, Dieter Ness, Luke Siss et Rico Brzenska, vous serez sous les ordres du capitaine Zacharias. Gunther Schultz, Théo Magath, Anna Sparks et Moses Braun, vous suivrez le capitaine Livaï. Le reste des troupes, vous serez sous mes ordres.
Eren se crispa inconsciemment. Il dévisagea les soldats qui quittaient le rassemblement, les deux capitaines en tête, et ne put s'empêcher de sentir un pincement au cœur en voyant Livaï s'éloigner de la foule alerte. Hanji les suivit aussi, sous l'œil sombre de son mari qui restait aux côtés des recrues. Autour de lui, les résistants restaient immobiles, le front plissé, attendant d'avoir plus d'informations concernant leur tâche.
- Cette attaque est, comme l'a dit plus tôt le commandant Pixis, déterminante pour la suite des opérations. Nous devons faire en sorte qu'elle réussisse, et vous serez la pierre angulaire de cette réussite. Elle aura lieu en trois temps. Tout d'abord, le commandant Pixis attaquera la porte principale, en causant le plus de dégâts possibles. Nous suivrons en passant par un autre passage pour les prendre à revers. Enfin, au signal de repli, tout le monde devra fuir le champ de bataille, et je dis bien tout le monde, permettant ainsi aux anglais de bombarder la zone sans risque pour nous. Des questions ?
Un soldat fit un pas en avant, la main sur le cœur. Il était coiffé d'une coupe au bol, le bas de son crâne rasé.
- Marlowe Freudenberg, commandant. Combien d'ennemis devront nous affronter ?
- Environ 150 soldats seront présents dans la base militaire. Le but n'est pas de les tuer tous, mais de les rassembler pour pouvoir les frapper grâce aux forces aériennes anglaises.
- Et le commandant Pixis a parlé de documents à récupérer… commença un autre homme un peu plus loin.
- Ces documents sont sans intérêt pour vous aujourd'hui. Votre but, ce soir, sera de rassembler nos ennemis vers le devant de la base. Est-ce clair ?
Tous acquiescèrent, approuvant le plan mis au point par les commandants. Erwin leur accorda un sourire placide avant de rejoindre son collègue d'un pas rapide. Eren se tourna vers sa sœur qui restait inerte, la main serrant toujours la sienne. Ils s'écartèrent du gros des troupes, se dirigeant vers un coin au calme à l'orée de la forêt. Le jeune homme se laissa tomber dans l'herbe drue, suivi rapidement par sa sœur et Armin.
- Cette histoire est étrange, commença Eren. Lancer cette opération à grande échelle, juste pour récupérer des foutus documents, c'est ridicule.
- Tu penses vraiment qu'il ne s'agit que de ça ? demanda le blond, la mine sombre. A mon avis, ils nous cachent beaucoup de choses. Et ça paraît normal, on en sait déjà beaucoup. S'ils ont attendu le jour J pour nous faire part de leur plan, c'est sûrement qu'ils pensent qu'il y a des traitres. Et il serait ridicule de tout dire alors qu'ils ne savent pas qui est de notre côté.
Eren scruta de longues secondes le visage tendu de son ami d'enfance. Il savait que le jeune homme avait raison, bien sûr, mais des traitres ? Merde, ça risquait de compliquer les choses si c'était avéré. Il se concentra sur l'ensemble des hommes face à eux, les détaillant en se renfrognant. Et soudain…
- Hannes !
Se levant en vitesse, il se retint à l'arbre derrière lui pour ne pas tomber, et courut vers le soldat, les deux jeunes gens sur ses talons. Il s'arrêta face à l'homme qui écarquilla les yeux en le reconnaissant, avant de le serrer de toutes ses forces dans ses bras.
- Ça alors, Eren ! Et je vois que vous allez bien, Mikasa, Armin ! Oi, ça fait tellement plaisir de vous voir !
Eren serra l'homme à son tour contre lui, sentant l'odeur rassurante de son savon. La paix et la joie vinrent s'infiltrer dans son cœur, le serrant d'une douce chaleur réconfortante. Il se sentait enfin bien, là, à sa place contre l'homme qu'il considérait depuis toujours comme un membre à part entière de sa famille. Doucement, il sentit des mains écarter son corps de celui de l'adulte, et Hannes le tint devant lui, le dévisageant en cherchant à voir s'il allait bien. Il lui répondit par un sourire, avant de l'observer réaliser la même chose avec Mikasa et Armin.
Finalement, il s'écarta un peu, s'asseyant à même le sol, suivi rapidement par les trois jeunes. Avec un sourire de connivence, il sortit une fiole de sa poche intérieure et la tendit au brun en lui adressant un clin d'œil amical. Ce dernier attrapa la flasque, l'ouvrant et but une gorgée, toussant en sentant le liquide ambré couler le long de sa trachée, sous le regard ironique de l'adulte.
- Si j'avais su que je vous retrouverais ici ! C'est un vrai plaisir, malgré la situation… Tu as coupé tes cheveux, Mikasa ?
- Ils me dérangeaient pour les combats. C'est plus pratique ainsi.
- Et toi, Armin ? Comment vas-tu ?
- Ça va, je crois. Disons qu'on n'a pas vraiment le temps de se poser la question, sourit le blond.
Hannes lui rendit son sourire avant de récupérer la flasque que Mikasa lui tendait, avalant une grande lampée d'alcool avant de s'essuyer la bouche de sa manche.
- Alors, racontez-moi vos aventures depuis la dernière fois où je vous ai vu, les jeunes. Je veux tout savoir !
Ils tâchèrent de tout lui détailler, le faisant rire par moments, entrecoupés des détails sombres des attaques différentes qu'ils avaient pu subir. La joie de se retrouver, enfin, après tout ce temps, était si visiblement présente, qu'ils irradiaient presque de bonheur. Les troupes autour d'eux semblaient presque jalouses de leur complicité retrouvée, la peur et l'anxiété les tiraillant tous ou presque.
Un peu plus loin, Eren croisa le regard perplexe du capitaine, ses yeux glissant de lui à Hannes, un sourcil levé d'incompréhension. Le jeune lui adressa un grand sourire avant de se reconcentrer sur la discussion. Armin se lançait dans une explication détaillée des nouvelles armes créées par Hanji, sous le regard curieux de l'adulte. Il écoutait en silence les explications apportées par son ami, alors qu'Hannes lui posait des questions plus ou moins poussées. Finalement, Armin le présenta à Hanji, qui se fit une joie de lui faire une démonstration du nouvel équipement.
Eren en profita pour aller un peu plus loin, seul. Il avait besoin de faire le vide, sans que sa sœur ne soit derrière son dos. Collant son dos au tronc d'un arbre, les mains dans les poches de son pantalon en toile, il observa les résistants se préparer, alors que le soleil montait haut dans le ciel. Certains avaient été réquisitionnés pour récupérer les armes dans les camions blindés. D'autres se regroupaient pour partager le repas avant de repartir. Çà et là, quelques-uns dormaient tranquillement dans l'herbe épaisse.
Un craquement sonore lui fit tourner la tête et il se retrouva nez à nez avec Livaï qui fumait sa cigarette en l'observant sans un bruit. Ils se dévisagèrent en silence, Eren se redressant inconsciemment pour être droit à nouveau. Il glissa une main dans ses cheveux décoiffés, les arrangeant sommairement.
- Tu vas bien, gamin ?
Le jeune homme hocha la tête sans rien dire, la gorge serrée. Le capitaine finit sa cigarette, l'éteignant avec sa semelle. Il se tourna vers le reste des troupes, la mine sombre.
- Fais attention à toi, lorsque l'on arrivera. Ne prend pas de risques stupides. Ce serait con qu'il t'arrive quelque chose.
- Je vous manquerais ?
- Dis pas de conneries, morveux. Disons… Que je me suis habitué à ta présence. Ce serait dommage de devoir trouver un autre gosse à emmerder.
- Alors je suis une sorte de défouloir ?
Livaï tourna la tête vers le jeune homme en haussant un sourcil face à la voix rauque. Il ne dit rien pendant quelques instants et Eren finit par détourner le regard, retrouvant l'écorce de l'arbre contre sa colonne vertébrale.
- Non.
Eren sentit sa respiration se couper. Non. Mais alors qu'était-il ? Pourquoi avait-il besoin de voir cet homme, jour après jour, même de loin, même lorsqu'il ne voulait pas le croiser ? Cette situation était trop étrange, trop incompréhensible pour lui.
- Ne te prends pas la tête, gamin. On se reverra quand ce sera terminé, alors fait en sorte de revenir en vie.
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J'espère que ça vous a plu !
Les prochains chapitres seront assez violents, mais ce sera surtout une sorte de tournant dans l'histoire.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
