« Seigneur Bohort ?

- Venec. »

Les deux hommes se regardèrent, et Venec, ébahi, finit par lui offrir un sourire sarcastique. « Eh ben, j'pensais pas dire ça un jour, mais j'suis plutôt content de vous voir. »

Le chevalier vert fronça les sourcils. « Pour ma part, je suis plus qu'étonné de vous voir prendre des risques pour le peuple de Bretagne. Ça ne vous ressemble pas. »

D'accord… Le bandit croqua dans la pomme qu'il avait ramassée sur le chemin d'un air nonchalant avant de lâcher : « C'est pour Arthur que je le fais, pas pour le peuple. »

Bohort sursauta. « Il… comment va-t-il ?

- Il va bien. »

Le chevalier se détendit et leurs regards sérieux se croisèrent avant qu'il hoche la tête. « Suivez moi. »

Entouré de deux jeunes chevaliers, Venec talonna le prince de Gaunes pendant une quinzaine de minutes. Ils traversèrent une bonne partie de la forêt avant d'arriver dans un coin plus dégagé, bien qu'efficacement dissimulé par les arbres. Le bandit remarqua immédiatement la table en bois un peu vacillante, ronde, autour de laquelle s'étaient rassemblées certaines têtes connues, et cela lui fit chaud au coeur. Il fut certain qu'il en serait de même pour Arthur. Les hommes se levèrent et saluèrent les quatre nouveaux arrivants d'un signe de tête. Bohort et Venec prirent place autour de la table. Le plus petit se sentit bien vite comme une bête de foire, observé méticuleusement par tous les résistants, avides d'informations. Il souffla sur ses doigts rouges.

« On se les caille ici. Pas moyen de discuter dans un endroit plus… fermé ?

- Non. » répondit Bohort. « Chaque groupe de résistants a trouvé ou construit son refuge en sécurité. De même que vous ne dévoilerez pas la cachette d'Arthur, nous ne dirons rien sur nos repaires. C'est plus sûr.

- Vous ne me faites vraiment pas confiance, hein ? » ria le bandit. « Bon, ça veut dire que le jour J, j'amènerai Arthur ici, on est d'accord ?

- Tout à fait. »

Venec et les bretons avaient discuté organisation si longtemps qu'il n'était plus possible de repartir le soir même. Le romain avait quitté les chevaliers la tête remplie d'informations et d'espoir, et avait trouvé son chemin jusqu'à la taverne de Kado où il avait pris une chambre. Quelques heures de sommeil plus tard, il repartit en direction de la plage et se cacha en attendant le premier marin de la journée, qu'il paya pour être amené jusque sur le continent. Il ne se détendit légèrement qu'après avoir quitté la zone d'occupation de Lancelot.

Il poussa la porte de la villa Aconia quelques jours plus tard, exténué. Il n'eut pas le temps de poser ses fesses sur une banquette qu'Arthur avait chopé l'encolure de sa chemise et lui aboyait dessus.

« Bon dieu mais qu'est-ce que vous avez foutu ?

- Ah… désolé, j'suis un peu en retard. C'est vot' pote Bohort là, il avait tellement de choses à me dire, on a pas vu le temps passer. »

Le visage du souverain se mua en une expression surprise et lâcha le bandit. « Vous avez vu… Bohort... »

Kalupso remarqua la lueur nostalgique qui traversa le regard du breton et le sourire triste sur ses lèvres.

« Comment va-t-il ?

- Il va très bien. » grogna Venec en s'étirant. « C'est lui qui mène la résistance. »

L'ébahissement du roi amusa Venec. « Oui, ça m'a surpris aussi. Bon, je vais me coucher, j'en ai plein les pattes. »

Arthur adressa un sourire doux à Kalupso en lui souhaitant bonne nuit avant de rejoindre Venec. Ce dernier s'était écroulé sur le lit et ce n'était plus qu'une question de secondes avant qu'il ne sombre dans le sommeil. Le roi lui retira ses chaussures (il avait très peu envie de se prendre des coups de bottes durant la nuit) et s'étala à côté du bandit, qu'il entoura de ses bras. Le romain s'endormit, rassuré par la sensation des paumes d'Arthur sur son dos, qui délivraient la plus réconfortante des chaleurs après le froid breton qui avait mordu sa peau.

« Le seigneur Bohort va se charger de parler de l'organisation qu'on a mis en place à ses associés résistants. Connaissant les loustiques ça va pas être une partie de plaisir pour lui.

- Pourquoi ?

- Il a mentionné entre autres les seigneurs Perceval et Karadoc…

- Ah. »

Les deux hommes échangèrent un regard complice avant de redevenir sérieux. Ils savaient bien que les deux chevaliers feraient de leur mieux, et c'était tout ce qui importait. Arthur s'estimait chanceux de les compter parmi ceux qui lui étaient restés fidèles.

« Ils sont combien, à peu près ?

- Les résistants ? Y'en a un peu moins de trois cents qui sont actifs, ce qui devrait suffire à reprendre la forteresse de Kaamelott selon le seigneur Bohort. D'après lui, les hommes de Lancelot sont pas beaucoup plus efficaces que ceux qui vous servaient…

- Hm.

- Et une fois que les villageois auront appris votre retour, ils devraient se soulever à leur tour. »

Arthur expira longuement. « Oui, la clé, c'est Lancelot. Et je dispose d'informations que lui n'a pas.

- Comme ?

- Comme les entrées secrètes de Kaamelott qui devraient nous permettre d'entrer sans être vus par les gardes, ce qui nous laisserait un effet de surprise non négligeable. » sourit le roi. « Kalupso, est-ce que vous avez de quoi écrire quelque part ?

- Je vais vous chercher ça. » indiqua la jeune fille en quittant le salon.

En attendant son retour, Venec étala sur la petite table la carte que Bohort lui avait confiée. Sur l'épais parchemin, les chevaliers avaient approximativement dessiné l'emplacement de leur petite table ronde, celui de Kaamelott et celui du rocher d'Excalibur.

« Il faudra aller vite. » déclara le bandit. « Une fois que nous auront rejoint la résistance, un petit groupe de chevaliers vous accompagnera jusqu'au rocher, qui est gardé par des hommes de Lancelot. Il y a une relève toutes les quatre heures, donc il faudra foncer vers Kaamelott dès que vous aurez l'épée pour garder l'effet de surprise. Le reste du groupe attendra sur le chemin. »

Arthur entendit à peine les dernières paroles de l'autre homme, son regard étant fixé sur les mains bronzées qui caressaient le parchemin. Il finit par relever la tête et sourit au romain. « Vous avez pas chômé… merci, pour tout. »

Venec sentit ses joues chauffer et se contenta de sourire en retour. Leur hôte revint avec parchemin et fusains. Le roi fit un rapide croquis de son château puis dessina plus en détail les accès secrets qui les intéressaient, observé avec attention par les deux romains. Il leur donna quelques précisions supplémentaires puis le silence prit place. Trois paires d'yeux étaient rivées sur les deux cartes, et la concentration se lisait dans les regards. Le bandit fut le premier à parler de nouveau.

« J'y retourne dans un mois, pour finaliser votre venue en Bretagne. Vous partirez d'ici deux jours après moi. Ça va vite arriver… vous êtes prêt ? »

Le souverain mordit sa lèvre inférieure quelques instants avant de répondre.

« Il faudra bien. »

Venec se dit que c'était mieux que rien.