Deux semaines après cette découverte, Envy avait enfin trouvé comment passer la barrière du Saule cogneur depuis l'enceinte de Poudlard. Ce sale végétal lui avait donné un sacré fil à retordre ! Plusieurs fois, il avait dû éviter des coups potentiellement fatals. Désormais, à sa grande satisfaction, le passage secret découvert dans la cabane hurlante se révélait facile d'accès. Qui pouvait prévoir l'avenir ? Disposer d'une sortie de secours, au cas où l'école deviendrait bien trop hostile pour eux, lui semblait une précaution de base. Pour l'instant, il n'avait pas parlé de cette découverte à Ed.

À vrai dire, depuis quelques semaines ils n'avaient échangé que quelques mots. Cela commençait d'ailleurs sérieusement à l'inquiéter. Ed n'était plus lui-même ces derniers temps. Il avait l'air d'avoir réellement treize ans, comme si ses amis et leur environnement l'avaient contaminé. Pourtant, paradoxalement, et malgré ces rires et cette insouciance inhabituelle, Envy n'avait pas manqué la lueur de profond désespoir qui brillait dans le regard du nabot lorsque personne ne le regardait. L'Homonculus en était arrivé à la conclusion qu'il lui fallait agir rapidement pour éviter que son « coéquipier » n'abandonne purement et simplement leur mission.

Mais comment savoir ce qui hantait cette jeune tête blonde ? Si Edward se tourmentait au sujet de son frère, il aurait alors toutes les raisons de vouloir accélérer la réussite de leur mission en s'y plongeant chaque jour afin de retourner dans son monde le plus vite possible. Or c'était tout le contraire. Le nabot semblait avoir totalement déserté le terrain des recherches et des quelques pistes dont ils avaient parlé au début. Décidément, cet humain s'avérait incompréhensible !

Et puis... lui-même avait déjà beaucoup à faire avec ses propres démons. Les cauchemars persistaient et il ne savait pas comment les arrêter. Pour les éviter, il tentait de rester éveillé, mais il y parvenait de moins en moins souvent. Il rencontrait un problème du même ordre avec ce besoin de nourriture qui lui tordait les tripes presque chaque jour. Y résister ne lui avait jusqu'alors apporté que des ennuis, mais c'était plus fort que lui.

Par chance, ce soir-là son estomac le laissait tranquille et il pouvait échapper au banquet d'Halloween qui promettait d'être interminable, surtout en compagnie de ses « camarades » Serpentards dont la cour obséquieuse l'agaçait prodigieusement. Le plaisir narcissique qu'elle lui avait apporté les premiers jours s'était rapidement épuisé, et il préférait largement fureter autour du château pendant qu'élèves et professeurs dînaient ensemble.

Ayant pris sa forme fétiche, Envy gambadait depuis des heures dans l'herbe humide à la lisière de la Forêt interdite, profitant de sa vision nocturne de félin.

Un souffle rauque résonna sur sa droite.

Ses poils se hérissèrent et il pivota d'un bond vers l'origine du bruit. Rien ne bougeait. Sa tête tourna lentement, examinant chaque parcelle de terrain alentour. Aucun mouvement. Rien. Pourtant, son instinct animal lui disait qu'il y avait bien quelque chose. Une chose qui avait fait taire tous les bruits environnants. Et pour une fois ce n'était pas lui.

Soudain, il sentit l'air bouger derrière lui. Il eut à peine le temps de se retourner pour distinguer une forme noire qui courait vers le château, précédée d'un animal plus petit et plus clair. Envy reconnut le chat de la Cabane hurlante. Sans hésiter, il partit à leur poursuite.


Edward, totalement repu par le banquet d'Halloween particulièrement savoureux, déambulait dans les couloirs en direction de la bibliothèque. Il s'arrêta brusquement lorsqu'un grand vacarme lui parvint de la salle qu'il venait de quitter. Il revint sur ses pas, intrigué, pour apercevoir les élèves de Gryffondors se bousculer à l'entrée de la salle malgré la fin du dîner, accompagnés par des professeurs. Apercevant Harry, Edward fit mine de l'apostropher pour lui demander une explication. On ne lui en laissa pas le temps.

Une main se plaqua sur sa bouche et on le tira en arrière.

Fermement pressé contre le torse de son agresseur dans l'ombre d'une statue, Edward tenta de se débattre.

La ferme ! lui intima une voix familière en le serrant plus fort.

Du coin de l'œil, il aperçut une longue mèche noire effleurer son épaule.

Le clebs de Black se promène dans le château. Il a essayé d'entrer dans les dortoirs des Gryffondors.

Edward écarquilla les yeux et s'immobilisa aussitôt. Son... chien... ?

C'est notre chance, les profs vont fouiller partout et le faire fuir vers l'extérieur. Et là, on pourra le suivre jusqu'à la cachette de Black.

Hochant la tête, Edward fut bientôt libéré de l'étreinte de l'Homonculus qui le prit par le coude pour le tirer en arrière à l'opposé de la sortie.

Il faut faire vite, avant que quelqu'un ne nous voie et ne nous oblige à suivre les autres. On ne peut pas passer par la grande porte. Viens. Je connais un passage.

Edward le suivit en silence, courant à ses côtés jusqu'à une tapisserie derrière laquelle ils se glissèrent pour rejoindre un dédale de passages totalement inconnus à ses yeux. L'Homonculus en revanche paraissait les connaître par cœur. Apparemment, ses nuits d'insomnie avaient trouvé une utilité, pensa Edward lorsqu'ils se retrouvèrent dehors après avoir sauté par une fenêtre au rez-de-chaussée.

Et mainte-

Edward s'immobilisa quand son guide se retourna et qu'il portait le visage d'Harry. Heureusement, le sourire qu'il arborait était tellement loin de l'expression naturelle de ce dernier qu'il n'était pas difficile de reconnaître Envy derrière cette apparence. Edward afficha un air ennuyé.

Tu ne convaincras personne avec cette tronche.

Envy abandonna son sourire sardonique et se mit à longer le mur du château en direction du Saule cogneur. Maintenant, il était presque certain que Black connaissait ce passage et était entré par là. Ce chat roux qui traînait dans le coin se trouvait déjà là lorsqu'Envy avait découvert le passage. Il devait être son complice. Le type avait quelque chose avec les animaux. Un clébard et cette affreuse boule de poil roux... Il l'expliqua brièvement à son coéquipier qui ne répondit pas, laissant le silence reprendre ses droits.

Ils marchèrent dans la pénombre du parc, espérant que leur cible mordrait à l'hameçon et les attaquerait comme prévu. Il devait encore être là. Ou alors, il ne tarderait pas à sortir du château. Et s'il était déjà parti, ils tenteraient leur chance en se rendant à la Cabane hurlante.

Ce plan est quand même stupide, commenta Edward au bout d'un moment.

C'est toi qui l'as eu à la base, rétorqua Envy, moqueur.

Piqué au vif, Edward resta muet et se contenta de marcher sans but, Envy le suivant de près, les mains dans les poches et l'allure décontractée. Heureusement que Black ne connaissait pas Harry personnellement, sinon il aurait immédiatement compris que quelque chose clochait. Il n'avait même pas sorti sa baguette ! Quel sorcier sain d'esprit partirait en pleine nuit, hors de portée de tout secours, sans baguette, à la rencontre d'un vagabond, tueur de masse ?

- Crétin... grogna Edward pour lui-même en bifurquant vers la Forêt interdite.

Aussitôt, il y eut du mouvement dans les fourrés et ils s'immobilisèrent, échangeant un regard entendu. La proie était ferrée. Il suffisait qu'elle se décide enfin à attaquer.

Quelques longues secondes passèrent, qui se transformèrent en minutes. Rien ne se passait. Et pourtant, le mouvement derrière les buissons ne cessait pas. Comme si quelqu'un, Black peut-être, marchait de long en large, sans quitter l'obscurité des arbres. Qu'attendait-il ? Ils se tenaient là, offerts sur un plateau d'argent. Pourquoi les suivait-il de loin sans agir ? Et surtout, en faisant tant de bruit ! Nul doute qu'il ne comptait guère les surprendre !

Alors, pourquoi hésitait-il ? Des scrupules à tuer un inconnu ? Étrange pour un type censé avoir assassiné treize personnes en un seul sort — d'après la légende ! Ou bien... peut-être se souvenait-il soudain par miracle qu'il était le parrain de Harry ?

À moins que...

Edward eut subitement un doute.

Et si ce comportement visait à les protéger. À leur faire savoir qu'il représentait un danger... direct ou indirect... l'objectif étant qu'ils fuient.

Edward fronça les sourcils et fit volte-face pour se diriger vers le château, faisant signe à Envy de le suivre, ce qu'il fit sans poser de questions, lui lançant seulement un regard interrogatif. S'il avait voulu les attaquer, les voir repartir vers la sécurité du château aurait dû le faire réagir, non ? Pourtant, il ne se passa rien. La présence semblait même moins décelable. Comme s'il avait vraiment voulu, tout simplement, qu'ils retournent au château... ?

– Attends, on pourrait aller voir Hagrid, tu ne penses pas, Harry ? annonça Edward brusquement.

Il fit demi-tour et se dirigea de nouveau vers la forêt. La présence se fit tout de suite plus menaçante. Alors il accéléra, entraînant Envy avec lui. Ils dévalèrent la pente douce à grande vitesse, courant en direction de la cabane de Hagrid. Ils frôlèrent les limites de la forêt et aussitôt, une silhouette menaçante s'interposa et leur bloqua la route. Envy réagit au quart de tour, freina d'un coup et immobilisa Edward d'un bras en travers de la poitrine.

En face d'eux, un immense chien noir grognait, babines retroussées, yeux féroces les fixant.

C'était donc ça, pensa Edward, incrédule.

Il jeta un coup d'œil rapide à son compagnon qui paraissait ne pas avoir compris l'identité de l'animal. Roulant des yeux, Edward sut de quelle manière vérifier sa théorie.

– Désolé, je veux pas crever ici.

Avant qu'Envy n'ait pu lui demander de quoi il parlait, Edward lui fit un croche-pied pour l'envoyer les quatre fers en l'air, tandis que de son côté, il courait vers le château. Sonné, Envy se redressa sur ses coudes et observa d'un air incrédule la bête le dépasser pour attaquer la cible en fuite plutôt que celle qui était à sa merci. Alors que le chien le poursuivait, Edward afficha un grand sourire et se retourna pour affronter son adversaire. Le molosse aboya et bondit en avant, crocs découverts. Par réflexe, Edward leva la jambe pour que son automail prenne la morsure à sa place.

Sauf qu'il avait oublié un détail que la sensation des dents s'enfonçant dans sa chair lui rappela douloureusement. Plus d'automail. Un râle lui échappa pendant qu'il tombait à la renverse dans l'herbe humide. La bête le surplomba, les crocs rougis par le sang, et Edward crut sa dernière heure arrivée.

Tout à coup, son assaillant disparut dans un couinement de douleur aiguë. Il vola trois mètres plus loin, propulsé par un coup de genou d'Envy. Grimaçant devant l'état de son mollet, Edward se tira en arrière, s'éloignant du chien qui se relevait, étourdi.

« Et si Black n'était pas totalement humain ? » Avait proposé Envy quelques semaines plus tôt.

Ils se fixèrent droit dans les yeux et Edward émit une exclamation de victoire.

– J'ai compris comment il a fait pour s'échapper !

– Qui ça ? s'exclama Envy, pris de court.

– Sirius Black ! C'est un Animagus ! s'écria-t-il en pointant le chien du doigt. Attrape-le !

De toute évidence apeuré d'avoir été démasqué, le chien recula, semblant prêt à prendre la fuite. Toutefois, Envy se montra plus rapide et lui sauta dessus, les faisant rouler en dehors du sentier. Puis, du tranchant de la main, il l'assomma.

Le silence retomba sur le parc.

Envy se releva en s'époussetant et reprit son apparence habituelle tout en s'approchant d'Edward d'une démarche furieuse. Il se baissa pour l'attraper par le col.

– Tu m'expliques ce bordel ? Tu agis toujours aussi stupidement !

– C'est toi qui me dis ça ? rétorqua Edward en sifflant de douleur entre ses dents alors que son poids pesait désormais sur sa jambe blessée. Tu penses vraiment que j'avais le temps de te dire que je venais de comprendre que Black ne voulait pas de mal à Harry ?

– Quoi ? marmonna Envy, les yeux écarquillés sous le choc. Mais qu'est-ce que tu racontes ? Ce chien —

– N'est pas un chien ! C'est Sirius Black, je te dis ! Un Animagus, c'est un sorcier qui peut prendre la forme d'un animal. Il n'y avait qu'un seul moyen pour qu'il puisse s'évader d'Azkaban, c'est que les Détraqueurs ne puissent pas le rendre fou. Et pour ça, comme tu l'avais dit, il fallait qu'il ne soit pas humain. Et ton histoire avec Pattenrond... il communique avec lui bien sûr !

– Pattenrond ?

– Le chat d'Hermione. Le gros chat roux ! s'impatienta Edward. Tu es tellement long à la détente. Je vais tout t'expliquer, mais d'abord, il faut trouver un endroit plus discret où cacher Black pour qu'on puisse l'interroger sans être dérangés. Si des profs viennent patrouiller...

Envy le fixa d'un air peu convaincu pendant de longues secondes avant de hausser les épaules en levant les yeux au ciel.

– Je sais où aller. Personne ne nous trouvera dans la Cabane hurlante.

Le corps inerte de l'énorme chien sous un bras et soutenant Edward de l'autre, Envy prit la direction du Saule Cogneur tout en écoutant attentivement les explications de son compagnon. Edward se tut finalement, songeur. Il comprenait mieux maintenant. Sirius Black s'était échappé grâce à son statut d'Animagus non déclaré et, de toute évidence, il ne cherchait pas à tuer Harry. Mais quel but visait-il en venant à Poudlard ? Désirait-il seulement retrouver son filleul ? Désirait-il le récupérer pour le livrer à son maître lorsque celui-ci ferait son grand retour ?

Ces hypothèses ne satisfaisaient pas Edward qui ne pouvait s'empêcher de rejouer la scène de l'attaque dans sa tête. Black avait paru vouloir protéger Harry en le faisant s'éloigner de la Forêt interdite et retourner au château. Et quand Edward avait fait semblant de sacrifier Harry pour sa propre sauvegarde, Black l'avait poursuivi pour l'attaquer. Lui. Pas Harry qui était en position de faiblesse. Il était hélas possible qu'Edward ait trop envie que le sort cesse de s'acharner sur Harry et qu'il y ait une petite chance pour que son parrain soit innocent des crimes qu'on lui attribuait.

Arrivé au bout du tunnel, Envy lâcha Edward. Il ouvrit une trappe puis l'aida à grimper avant de jeter Black par l'ouverture pour monter à son tour sur le plancher grinçant et poussiéreux de la Cabane hurlante. Il reprit son otage fermement et prêta une main secourable à Edward. Ils se rendirent tous les trois à l'étage. Soulagé de voir une chaise où s'asseoir enfin pour reposer sa jambe blessée, Edward se dirigea vers celle-ci à cloche-pied et s'y laissa tomber lourdement. Elle s'effondra sous son poids et il atterrit sur les fesses avec un air incrédule. Le rire d'Envy résonna dans toute la maison et il lâcha Black dans un coin de la pièce, les pattes attachées pour l'empêcher de s'enfuir à son réveil.

– C'est malin ça, fit-il remarquer en s'accroupissant devant Edward pour observer l'étendue des dégâts.

– J'avais oublié que je n'avais plus d'automail, bougonna l'humain en croisant les bras.

Lorsque les mains d'Envy tentèrent de remonter son pantalon, il eut un brusque sursaut, autant de surprise que de douleur. L'Homonculus leva aussitôt ses paumes en signe de paix.

– Qu'est-ce que tu fiches ?

– Je veux juste voir dans quel état tu t'es encore mis, répondit Envy d'un ton blasé en immobilisant la jambe d'Edward d'une main tandis qu'il retroussait son vêtement de l'autre. Ce n'est pas très profond, mais quand on en aura terminé, il faudra que tu ailles chez l'autre hystérique.

Il le lâcha et se releva pour rejoindre le corps inconscient de Black qu'Edward éclairait avec son Lumos.

– Ça va pas être évident d'expliquer cette morsure, soupira-t-il, las.

– Pour moi, certainement, mais toi, tu n'es pas concerné, rétorqua Edward, avec une pointe d'amertume.

– Tu penses vraiment pouvoir te passer de mon aide ?

Edward le fixa en faisant de gros yeux, mais il n'eut pas l'occasion de lui demander la raison pour laquelle il était prêt à l'aider que déjà Envy balançait un grand coup du plat de la main sur le museau de l'animal. Il n'avait vraiment pas peur pour ses doigts.

– Allez, on va pas y passer la nuit, s'impatienta Envy en donnant un second coup.

Le chien ouvrit les yeux et Edward pointa sa baguette sur lui.

– Reprenez forme humaine. Nous avons quelques questions à vous poser.

Edward crut avoir rêvé quand le chien poussa un soupir. Un chien qui soupirait. Bien. Et la prochaine fois il entendrait rire une abeille, c'est ça ? Il secoua la tête alors que la silhouette animale s'allongeait soudain, jusqu'à ressembler de plus en plus à un humain. Enfin, ils purent voir le vrai visage de Sirius Black. Les joues creuses, la face émaciée, le teint cireux et les cheveux emmêlés, comme sur les photographies qu'ils connaissaient par cœur pour les avoir tous les jours sous les yeux dans la Gazette du Sorcier.

– Fouille les fringues avant de les lui donner et vérifie s'il y a une baguette.

Envy fusilla Edward du regard pour lui avoir donné des ordres, mais obtempéra. Il vérifia les poches des haillons et y dénicha un vestige de ce qui ressemblait à un journal. Il l'apporta au blessé, toujours affalé par terre. Celui-ci fronça le nez en voyant la photographie. Les Weasley lors de leur voyage en Égypte l'été précédent. Ron lui avait raconté beaucoup d'anecdotes sur ses vacances et lui avait d'ailleurs déjà fièrement montré l'article où toute sa famille apparaissait. Quel était l'intérêt de Black là-dedans ? Harry n'y figurait même pas !

Edward leva les yeux du papier pour les fixer sur l'homme toujours silencieux. Ce dernier paraissait réfléchir intensément en examinant son environnement. Sûrement cherchait-il un moyen de s'échapper.

– Nous n'allons pas vous dénoncer aux Détraqueurs, déclara-t-il finalement pour attirer son attention.

Black tourna vivement la tête vers lui, un air de franche hébétude sur le visage.

– Pardon ? Qu'est-ce que vous me voulez alors ? Où est Harry ?

– Il est en sécurité à l'intérieur de Poudlard, répondit Edward en penchant la tête sur le côté, intrigué. Ce n'est pas lui que vous avez vu tout à l'heure.

Le fugitif semblait complètement perdu désormais et ça ne faisait que renforcer les doutes d'Edward. À côté de lui, Envy paraissait dans le même état que Black, observant son coéquipier comme s'il était la créature la plus étrange qu'il ait jamais vue. Edward leva les yeux au ciel.

– Vous n'êtes pas ici pour tuer Harry n'est-ce pas ?

Cette fois, Black affichait un air de pure hallucination. Edward lâcha un soupir agacé.

– Tout à l'heure, c'est moi que vous avez attaqué alors que je faisais semblant de sacrifier Harry pour me sauver. Donc, à moins que vous ne le préserviez pour le livrer à Voldemort —

– Je ne suis pas un Mangemort ! s'écria Black avec conviction en se débattant contre ses liens. Et Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est mort depuis douze ans !

– Parce que vous avez trahi Lily et James Potter alors que vous étiez leur Gardien du Secret, rétorqua Edward en intensifiant son Lumos jusqu'à éblouir Black qui plissa les yeux.

– Non ! J'aurais préféré mourir que de les trahir. Je suis innocent des crimes dont on m'accuse !

Maintenant, l'homme était agité et semblait effrayé à l'idée d'avoir été capturé dans le but d'assouvir une quelconque vengeance. Il craignait visiblement pour sa vie. Et le fait qu'Envy soit penché au-dessus de lui, l'œil menaçant, une main autour de sa gorge pour l'empêcher de se débattre y était sûrement pour beaucoup. Edward n'avait même pas aperçu le mouvement avant cet instant.

– Nabot, à quoi tu joues ? grogna Envy, perdant patience.

– Je crois qu'il dit la vérité.

– Quoi ? Il est juste mort de peur, il dirait n'importe quoi pour se sauver !

En disant cela, il avait resserré sa prise sur le cou de Black qui suffoquait. Edward se traîna jusqu'à lui comme il put, sa baguette raclant sur le sol dans la manœuvre. Il siffla de douleur, mais parvint néanmoins à les atteindre. Son poing se referma sur le poignet d'Envy, espérant lui faire lâcher prise. L'Homonculus lui lança un regard mauvais, mais desserra la main. Black roula sur le côté pour reprendre quelques goulées d'air.

– Si vous n'avez pas tué Pettigrow et ces Moldus, qui l'a fait dans ce cas ?

– C'est lui. C'est Pettigrow ! affirma Black, essoufflé autant que nerveux. C'était lui le Gardien du Secret. Il les a trahis, puis a fait croire à sa mort pour qu'on m'accuse à sa place.

– Les Aurors ont bien dû se rendre compte qu'il manquait un corps, répliqua Envy d'un air vraiment mécontent.

– Un doigt, l'interrompit Edward, l'air absent alors qu'il était plongé dans ses pensées. C'est tout ce qu'ils ont trouvé. Ils croyaient qu'il avait explosé... Mais alors... Si Pettigrow est en vie, il pourrait vouloir terminer le travail lui-même ! On s'est trompé de cible Envy ! Il faut trouver ce Peter Pe —

– Qu'est-ce que tu me chantes là ? Tu ne vas quand même pas le croire si facilement ! Arrête de voir le bien partout, ce type est un tueur et il essaie de te manipuler. Je ne te laisserais pas le libérer.

Ils s'affrontèrent longuement du regard jusqu'à ce qu'Edward abdique et détourne les yeux pour observer Black qui l'implorait silencieusement. Il baissa les yeux sur l'article de journal toujours en sa possession et le parcourut en diagonale. Il le connaissait par cœur. Et pourtant, un détail auquel il n'avait jamais fait attention lui sauta aux yeux. La date.

– C'est cet article qui vous a poussé à vous échapper, n'est-ce pas ?

– Oui ! Le rat, regardez le rat, c'est Pettigrow ! s'exclama Black en hochant la tête, plein d'espoir.

Envy et Edward, pris de court, se penchèrent sur la photographie pour voir en effet le rongeur dans la main de Ron Weasley.

– Lui aussi est un Animagus ? demanda Edward, enthousiaste en pointant Croûtard.

Black confirma d'un nouveau hochement de tête. Se tournant brusquement vers Envy pour le prendre par les épaules, Edward le secoua légèrement.

Je suis sûr que c'est la vérité ! Black est innocent, c'est sûr.

Tu le crois, seulement parce que tu veux que ce soit vrai, contra Envy, buté en se dégageant de sa prise pour croiser les bras sur son torse. C'est complètement tiré par les cheveux cette histoire.

Je te signale que Père a crée tout un pays pour utiliser ses millions d'habitants comme combustible d'une pierre philosophale censée lui faire prendre la place de Dieu.

Un ange passa. Plus tiré par les cheveux que cette histoire, il n'y avait pas.

Edward sut qu'il avait gagné avant même qu'Envy ne pousse un soupir à fendre l'âme.

– Nous vous croyons, annonça-t-il, heureux, à leur prisonnier.

D'un coup de baguette, il le libéra de ses liens puis l'aida à s'asseoir contre le mur pendant qu'Envy restait légèrement en retrait, boudeur. Edward réorganisa ces nouvelles informations pour s'assurer d'avoir tout compris. Pettigrow était le Gardien du Secret et avait trahi les Potter. Black était allé le confronter et Pettigrow avait tué tous ces gens en abandonnant un doigt derrière lui. Fou de chagrin et de culpabilité, Black n'avait même pas trouvé la force de clamer son innocence. On l'avait envoyé à Azkaban sans procès et, pendant les douze années suivantes, il avait lentement sombré dans la folie, causée par les Détraqueurs. Quatre mois plus tôt, il avait vu par hasard l'article du voyage des Weasley et avait aussitôt reconnu Pettigrow. Son besoin implacable de vengeance l'avait submergé et il avait alors planifié son évasion jusqu'à sa réussite.

– Donc vous avez profité du banquet d'Halloween pour vous rendre à la tour Gryffondor, mais la Grosse Dame vous a bloqué et vous vous êtes enfui avant qu'on vous attrape, résuma Edward, pensif. Et le rôle de Pattenrond dans tout ça ?

– C'est le chat le plus intelligent que j'aie jamais rencontré. Il a tout de suite compris que Peter n'était pas un rat. Il a aussi compris que je n'étais pas un chien dès notre première rencontre. Il a fallu du temps avant qu'il me fasse confiance, d'ailleurs il a encore du mal. Mais il essaie de comprendre ce dont j'ai besoin. C'est lui qui m'a averti quand un intrus s'est infiltré dans la Cabane hurlante. Apparemment, un autre Animagus se balade dans les parages et il a trouvé le passage qui mène d'ici à Poudlard. J'ai peur que ce ne soit quelqu'un avec de mauvaises intentions...

Edward jeta un regard à Envy qui souriait en coin. Autant dire que l'identité du coupable était facile à deviner. Mais il ne pouvait rien en dire à Black pour le rassurer. Les pouvoirs d'Envy devaient rester secrets si possible et puis... ils ne faisaient pas encore totalement confiance à Black. Après tout, ils venaient à peine de se rencontrer.

– Comment pouvons-nous vous aider ? demanda soudain Edward.

Il reçut aussitôt deux regards médusés.

– Je ne m'y connais pas encore très bien en justice magique et je pense qu'il ne suffira pas de livrer Pettigrow aux Détraqueurs pour que vous soyez innocenté. Il nous faudrait un allié qui ait l'autorité suffisante pour ça. On pourrait s'attirer des ennuis à remuer les choses à propos de ce procès alors que tout le monde est à cran pour l'évasion. C'est compliqué...

– Nabot...

Il se tourna vers Envy qui le dévisageait avec une nervosité mal contenue.

On n'a pas le temps de s'encombrer avec les problèmes de ce gars. On a une mission je te signale. En plus, avec cette histoire... abracadabrante, on retombe au point de départ. Notre seule piste n'est pas un Mangemort et on n'a plus rien pour trouver des infos. Il faut tout reprendre à zéro. On n'a que dalle.

Vu sous cet angle c'est sûr —

Y a pas d'autre angle ! Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?

Moi je vais essayer de trouver comment l'innocenter, affirma Edward avec fermeté. Si tu veux m'aider, tu peux, sinon, tant pis.

Envy émit un son agacé et vit du coin de l'œil que Black suivait leur échange avec intérêt et une forte concentration, espérant reconnaître un mot parmi tout ce charabia.

En plus, tu réfléchis des fois ? Si on trouve Pettigrow, lui il pourra nous être utile pour en apprendre plus sur notre cible puisque c'est lui, l'ex-Mangemort.

Donc en fait, on utilise Black pour trouver Pettigrow et l'interroger pour nos propres intérêts, résuma Envy avec un air appréciateur. Ça me va.

– Excusez-moi... Je suis perdu, intervint Black. Quelle est cette langue étrange ? Et vous êtes vraiment des élèves ? Et qui êtes-vous d'ailleurs exactement ?

– De vrais fouille-merdes, répondit Envy avec un sourire carnassier. Tout simplement.


– Par Merlin ! Mais que vous est-il passé par la tête tous les deux !

Entourés par Pomfresh, Rogue et Dumbledore, Edward et Envy passaient un mauvais quart d'heure depuis qu'ils étaient revenus de leur escapade nocturne. Surtout Edward d'ailleurs, que l'infirmière soignait avec un manque flagrant de douceur. Il grinça des dents alors qu'elle lui lançait un sort de désinfection particulièrement fort. Dès qu'elle avait vu la morsure, elle avait directement appelé le directeur avant que lui-même n'appelle Rogue pour lui demander où se trouvait Lupin pendant la soirée. Lorsque ce dernier leur eût annoncé qu'il était enfermé dans son bureau depuis le début du banquet, l'atmosphère s'était considérablement apaisée. Edward se demandait bien pour quelle raison une morsure leur avait directement fait penser au professeur de Défense contre les forces du Mal. Hélas, malgré le soulagement collectif évident, les remontrances avaient très vite repris.

-... Avec un fugitif aussi dangereux dans la nature...

-... irresponsables !

– Vous vous êtes mis dans de beaux draps, termina Rogue, froid et sec en les dévisageant d'un œil sombre et perçant.

Apparemment, Dumbledore serait dans l'obligation de faire part de l'incident au ministère qui prenait l'intrusion de Sirius Black dans la soirée très au sérieux. Même si les deux événements n'étaient pas liés pour un regard extérieur, ils feraient l'objet d'une enquête. Dès le lendemain matin, l'Auror en charge des recherches de Sirius Black viendrait prendre leur déposition, voire les interroger, sur la soirée qu'ils avaient passés dehors, peut-être en compagnie du fugitif.

– Ils prennent tout ça très au sérieux, commenta Envy en s'allongeant à demi, prenant ses aises.

– À juste titre ! Car c'est très sérieux, rétorqua Dumbledore avec un air grave. Vous aurez donc une punition à la hauteur de votre bêtise. Cinquante points en moins à chaque maison et deux mois de retenue.

– Chacun ? demanda Envy, proche de sourire.

Dumbledore semblait mortellement sérieux et Rogue donna une tape à l'arrière du crâne de son Serpentard pour qu'il tienne enfin sa langue. À cette vision, Edward retint également son sourire. Ils étaient déjà assez dans la mouise sans en rajouter une couche.

– Ceci est une seconde chance, ne me faites pas regretter de ne pas vous expulser purement et simplement de mon école. Ce n'est que pour respecter le vœu d'un ami cher, paix à son âme, que je vous aie acceptés ici sans réelle explication. J'exige désormais un comportement exemplaire de votre part, car au prochain écart, je me montrerai moins indulgent. Me suis-je bien fait comprendre ?

Les trois adultes les fixaient en silence, fermés et peu avenants. Edward eut la décence de paraître honteux, car il l'était véritablement. Par sa faute, Envy et lui étaient sur la sellette. À cause d'un réflexe stupide. Comment avait-il pu oublier qu'il possédait un membre de chair et de sang ?

– Oui professeur. Nous vous présentons nos excuses les plus sincères.

Il se courba en avant, baissant la tête, les mains posées sur ses genoux en une attitude réellement repentante. Il avait l'habitude de se soumettre de cette façon, ça plaisait énormément à Izumi et diminuait considérablement sa colère quand il avait fait une bêtise. À côté de lui, Envy paraissait n'en avoir rien à faire et cela n'apaisa pas le sentiment de culpabilité d'Edward. Ce sentiment empira lorsque Dumbledore poussa un soupir silencieux, le visage exprimant toute sa suspicion, de même que Rogue.

– Demain, vous serez dispensés de cours. Maintenant, je vais me retirer dans mon bureau pour expliquer la situation au ministre. Je vous interdis formellement de quitter cette infirmerie jusqu'à votre déposition.

Son ton n'admettait aucune désobéissance. S'ils bougeaient, ne serait-ce qu'une oreille, Edward savait que le directeur n'hésiterait pas à leur lancer un sort particulièrement cuisant. Heureusement, les deux sorciers s'éclipsèrent bientôt, laissant leurs élèves aux bons soins de Mrs Pomfresh.

Arrivé dans le couloir, Rogue ne perdit pas un instant pour faire part de son avis sur ce qui s'était passé.

- Ils sont là pour aider Black ! explosa-t-il, furieux. Comment pouvez-vous accepter de les garder ? Ils présentent clairement un danger pour la sécurité de l'école. Leur arrivée ici n'est clairement pas une coïncidence. Combien de temps sont-ils apparus après l'évasion de Black ? Ils ont tout prévu depuis le départ et ils l'ont aidé, ainsi que Lupin, à pénétrer dans le château ce soir !

– Vous m'avez vous-même assuré que le professeur Lupin se trouvait dans ses appartements depuis le début du festin.

– Eh bien il sait que je le surveille et il a demandé à Alighieri et Elric d'aider Black à sa place ! Ce sont peut-être tous des Mangemorts qui cherchent à recréer l'armée du Seigneur des Ténèbres. Et ils commencent à s'infiltrer au plus près de Potter...

– Votre inquiétude pour Harry est très touchante, commenta Dumbledore. Et celle pour nos élèves l'est encore davantage. Mais il m'étonnerait beaucoup que Remus Lupin soit un Mangemort. Il était membre de l'Ordre, ne l'oubliez pas.

– Black aussi l'était et ça ne l'a pas empêché de tuer les Potter ! En plus, vous n'avez pas nié que ces deux-là, dit-il en désignant la direction de l'infirmerie, pourraient en être.

– Cette possibilité m'a en effet effleuré l'esprit, surtout en apprenant la participation de Mr Elric à une « guerre », quelle qu'elle fût. De plus, si l'on prend en compte mes doutes quant à leur âge véritable, il se pourrait qu'ils aient participé à la précédente guerre contre Voldemort. Mais il y a toujours le problème de leur prétendue ignorance du monde magique avant cet été...

– Ils pouvaient facilement simuler un apprentissage. On n'apprend pas si vite des notions aussi étrangères, renchérit Rogue. Même si je dois avouer qu'Elric montre une certaine intelligence, s'il est aussi âgé que vous le pensez, ça n'a plus rien d'extraordinaire. Pour Alighieri qui me paraît bien moins performant sur le plan intellectuel, un apprentissage si rapide pendant la seule période des vacances me semble peu convaincant. Je suis certain qu'ils savaient déjà tout cela avant leur arrivée.

– J'ai bien entendu envisagé cette possibilité. Mais j'ai confiance en mon ami Nicolas, affirma Dumbledore, las. Et j'ai pu vérifier auprès du notaire, présent lors de l'écriture de cette lettre, qu'elle est tout à fait conforme et rédigée par un homme sain d'esprit. Vous connaissez bien évidemment le système, Severus. Ils vérifient toujours si le client est sous l'emprise d'un quelconque sortilège. J'aime à croire qu'Envy et Edward ne sont que deux adolescents perdus, accueillis ici, parce qu'orphelins et protégés d'un cher vieil ami. Et j'aime encore plus encore à croire que ce soir, leur sortie n'est due qu'au caractère intrépide et curieux de deux jeunes gens ayant décidé de partir à l'aventure pour éprouver quelques sensations fortes.

– Albus...

– Innocents, tant qu'on n'a pas prouvé qu'ils sont coupables, n'est-ce pas ?

Rogue abdiqua, sachant que s'il ne lâchait pas cette discussion, il s'énerverait et dirait davantage qu'il ne pensait.

– Quand vous l'aurez prouvé, il sera trop tard. Il y aura eu des morts, Albus. Ils ne m'inspirent pas confiance, et de votre côté vous leur en accordez trop. Le ministère sera sûrement du même avis que moi demain. Leur origine est louche.

– Le ministère n'en saura rien, contra Dumbledore durement. S'il venait à en être autrement par votre faute, vous aurez affaire à moi.

– Est-ce une menace ? demanda Rogue en plissant les yeux.

– J'ai accepté magiquement les dernières volontés de Nicolas Flamel. Ainsi, vous avez raison sur un point, Severus. Ma confiance me perdra. Quand j'ai reçu la lettre de mon ami me demandant cette faveur, je me suis immédiatement lié à son testament sans même avoir rencontré préalablement les deux personnes que je devais protéger. Je le regrette bien sûr, mais ça ne change absolument rien. Malgré ma méfiance à leur égard et mon envie de les éloigner de l'école pour en assurer la sécurité, j'en suis incapable physiquement. Je ne peux que les surveiller de loin et essayer d'en apprendre plus sur eux.

Première nouvelle, pensa Rogue avec ébahissement. Jamais Dumbledore ne lui avait parlé de ce contrat magique avant aujourd'hui. Comment un sorcier aussi sage et intelligent que lui avait-il pu accepter une telle situation ? Il connaissait le Mal qui parcourait le monde pourtant... Mais après tout, l'erreur était humaine et même Dumbledore était humain.

– Vous devez me trouver bien naïf, reprit Dumbledore avec lassitude. J'avoue l'avoir été. Jamais je n'ai pensé que Nicolas aurait pu en profiter pour me faire accepter ses dernières volontés. Et pourtant, il l'a fait. Et si le ministère venait à arrêter les garçons ou à leur créer le moindre souci, le contrat magique que j'ai signé me forcera à agir. Et selon vous, que se passerait-il si je venais à être soupçonné d'être leur complice ainsi que celui de Sirius Black ?... Ce serait un désastre, sans aucun doute. L'école ne serait plus protégée et le ministère s'infiltrerait dans les affaires de Poudlard.

Cette fois, Dumbledore avait eu le dernier mot.

Encore.