Chapitre 8: Envinyatarharwë

Heureusement, Barde avait trouvé des volontaires qui avaient allumé un feux derrière Dale pour y brûler les cadavres qui ne l'étaient pas déjà. Petit à petit, les rues se vidaient et l'odeur de mort s'estompait remplacée par celle de la sueur et de la crasse des habitants de Lacville. Les malades furent réunis dans la plus grande salle, il devaient être un peut moins d'une centaine. Comme l'avait demandé Barde, Avelen s'attela à la tâche de coordonner la petite dizaine de soigneurs qui avaient courageusement répondu présents. C'étaient les mêmes qui s'étaient occupés des blessés les plus graves sur les bords du lac. On construisit des couches les plus confortables possibles avec des planches pour séparer du sol mais surtout des fougères, beaucoup de fougère pour constituer un semblant de matelas, cela prit presque trois heures avec l'aide d'autres volontaires. Puis Avelen demanda à ce qu'on réunisse l'alcool le plus fort qu'on puisse trouver.

Elle eu bien des surprises en sentant les outres ramenées puis demanda deux cuves qu'elles remplis d'alcool, elle ordonna qu'on se désinfecte les mains et que l'on utilise l'alcool pour désinfecter les plaies et les instruments. Tous obéirent, sans vraiment savoir d'où sortait cette jeune personne, mais comme elle avait été vue en compagnie de Barde, à qui tous accordaient désormais leur confiance, on l'écoutait. Il y avait beaucoup de mutilés et peut habituée à de telles blessures, Avelen dû se retenir de vomir. Elle constata avec tristesse que certains étaient condamnés à cause du manque de moyens mais aussi parce que la douleur rend fou et empêche parfois l'esprit humain de continuer. Par chance, il y avait une majorité de blessures qu'un bon désinfectant, un pansement, de l'hygiène et du repos pouvaient soigner.

- Si jamais ils ont de la fièvre… préparez une infusion de saule blanc, mettez en très peu, à peu près une demi cuiller, s'ils ont des douleurs, donnez leurs une infusion très concentrée de pavot en avez vous sur vous? Demanda Avelen

- Il m'en reste pas mal, la récolte a eu lieu quelques jours avant l'attaque Expliqua une vieille femme à la peau tannée

- Je pense que j'ai encore du saule blanc si personne n'a touché à mes affaires! Répondit une autre ricanant et découvrant ses dents décharnées

- Bien! Mesdames, bon courage!

La jeune femme retourna vers le blessé le plus proche. C'était un grand gaillard, un pêcheur du nom d'Irvin ou quelque chose dans le genre. Une poutre était tombée sur sa jambe alors qu'il glissait sur pont, l'opposition entre les deux forces avait fait que l'os s'était rompu, sortant de sa peau et il souffrait horriblement. Il fallut d'abord désinfecter et une bonne rasade de whisky aida le pauvre homme à ne pas trop hurler. Une fois cela fait, Avelen retira avec ses doigts les éventuels morceaux de bois qui s'étaient perdus dans la plaie. Désormais on voyait distinctement l'os émergeant légèrement de la plaie. Elle manipula rapidement pour remettre l'os en place et permettre qu'il cicatrise, ce n'était pas chose aisée mais elle réussit et enleva un petit éclat d'os qui menaçait de faire infecter la plaie. Elle immobilisa ensuite la jambe et soupira.

Elle prévint à haute voix qu'elle allait prendre une pause, respirer un peut d'air frai ne pouvait pas lui faire de mal. Cette odeur de sang, de sueur et de pus mêlé, elle n'y était pas du tout habitué, ce ressenti âcre qui collait les narines et les vêtements. Elle s'assied donc sur une pierre et regarda ses mains, elles étaient tachées de sang, elle se désinfecta les mains mais elles puaient quand même le mauvais alcool et le sang. Il lui sembla d'un coup beaucoup plus facile de tuer un dragon plutôt que d'aider à la survie de quelques humains. Elle ôta son masque qu'elle portait toujours et laissa l'air froid raviver la couleur de ses joue. Ses cheveux tombant sur ses joues elle les attrapa et les attacha sans ménagement en queue de cheval les imbibant de cette odeur de sang et d'alcool. Thranduil aurait sûrement été horrifié de la voir dans un tel état mais après tout, il n'était même pas là.

Elle passa sa main dans ses cheveux et poussa un petit cri de douleur: ils avaient tellement de noeuds! Elle regarda ses mains, propres mais puantes, ses bras, couverts de boue. Une douce chaleur la ramena alors de son dégoût, c'était son épaule, celle à laquelle elle avait été touchée et qui était désormais ornée de divers symboles elfiques. Elle glissa sa main dans sa tunique pour effleurer du bout des doigts les motifs, elle essaya de se rappeler la sensation du calame sur sa peau, la lenteur et la précision des gestes de celui qu'elle avait trahi mais rien ne vint. Seule la chaleur se diffusait encore en elle et la réchauffait alors que l'air frai d'abord vivifiant mordait désormais ses joues et ses oreilles. De plus, le soleil pénétrait peut l'ancienne ville et il déclinait à l'horizon. Bientôt la nuit tomberait et les environs deviendraient de moins en moins sûrs et de plus en plus froid.

- Ah! Je me plains alors que j'ai mes bras et mes jambes et que j'ai l'occasion de voir ces magnifiques paysages, moi qui ne rêvait que d'aller à Jérusalem ou Istanbul, j'ai voyagé là ou nul avion ne pourrait jamais me porter, pourtant je continue à me plaindre et me morfondre.. Aurais-je espérer un jour pouvoir repousser un dragon…? Ou même rencontrer des vrais elfes… des hobbits, des nains! Elle parlait toute seule, regardant le ciel comme si il pouvait lui répondre par la volonté d'Eru Iluvatar me voilà foulant une terre de légende aux côtés de véritables héros… et moi… qui ne suis chargé que de les surveiller…

Depuis qu'elle avait perdu connaissance à cause du poison des araignées géantes, Iluvatar n'était plus apparu. Et les mots énigmatiques qu'il avait proférés restaient une source d'interrogation pour Avelen qui en avait comprit une partie. Il était clair qu'il savait d'où elle venait voir qu'il fut la cause pour laquelle elle était venue de son monde d'origine jusqu'en Arda. Mais pourquoi avait il choisit de l'amener elle? Alors qu'il lui suffisait de créer une entité puissante pour tenir en respect Morgoth. C'est alors qu'elle se rappela qu'il lui avait expliqué qu'il ne pouvait pas intervenir comme cela lui chantait. C'était sage, en effet il semblait logique que l'intervention d'une entité aussi puissante que le créateur ou même d'un Ainur eu provoqué des évènements d'une telle ampleur que Morgoth n'aurait été que l'une des nombreuses difficultés rencontrées. On agissait pas aussi aisément sur le destin de millions d'êtres vivants même quand on était à l'origine de leur existence.

Et puis lorsque Morgoth était apparu, il l'avait appelée en quenya, cela sembla étrange à Avelen puisque le Valaar noir avait toutes les raisons du monde de haïr ce qui provenait de ces Eldars qu'il jalousait tant et aucune d'employer ces mots. Peut être était simplement parce qu'il n'y avait aucune autre manière de les dire. Emerwen signifiait "Bergère", d'après ce qu'Avelen se souvenait, elle avait aussi noté l'emploi du terme "Illuvatar" dont elle ne connaissait pas l'exacte signification mais qui désignait le créateur d'Arda. Peut être était-ce une insulte ou quelque chose dans le genre? Puis elle se souvint de cette noirceur édifiante qui avait comprimé son souffle, sa poitrine, qui l'avait obligée à s'agenouiller. Ce n'était pas ce respect qui l'avait frappée lorsqu'elle avait vue Thranduil, diminuée et épuisée, car à ce moment c'est le soulagement qui l'avait envahie.

- La peur… je déteste ce sentiment Grogna toute seule la jeune femme

Alors que la nuit s'approchait de plus en plus, une femme d'un âge mûr s'avança vers Avelen. Son visage n'était pas inconnu à la jeune femme qui se souvint l'avoir aperçue à son arrivée. Elle avait les cheveux épais et cachés sous un épais bonnet. Elle était sanglée dans un corset un peut lâche et de nombreux jupons de laine qui protégaient de l'hiver. Comme la plupart des réfugiés, elle avait le visage couvert de suie mais souriait de toute ses dents étonnement propres. Elle avait avec elle une écuelle de terre épaisse et un quignon de pain épais et dur. Avec un peut de timidité et sans doute de curiosité, elle s'approcha d'Avelen et se présenta comme la femme d'un pêcheur s'étant brisé la jambe et qui était à l'infirmerie improvisée, elle remercia Avelen et lui tendit le bol d'une soupe claire mais chaude.

- Oh… merci mais… je n'ai pas faim Essaya Avelen qui avait l'estomac rendu sensible par la bile

- Sauf votre respect ma Dame vous êtes bien palote et vos lèvres son bleues! Je ne pense pas que votre mari approuverait Protesta la villageoise

- Mon mari? S'étonna Avelen

- Mais oui le petiot blond avec les oreilles pointues! S'exclama la femme comme si c'eût été une évidence

- Legolas? Mon mari? Rit Avelen en acceptant le bol de soupe

- C'est donc son nom? C'est bien un nom elfique ça ma Dame, mais vous êtes une humaine non? Demanda la femme curieuse Sans vouloir être trop indiscrète bien sûr…

- Oui, en effet, je suis humaine mais je ne viens ni de Esgaroth ni d'aucune ville en Terre du milieu et le prince Legolas n'est ni mon mari ni mon compagnon, son père, le Roi des elfes sylvestres m'a secourue lorsque je me suis réveillée en son royaume, nous sommes donc… amis Expliqua Avelen en voyant les yeux de la femme s'agrandir de curiosité

- Vous vivez chez les elfes ma Dame?

- Parlons au passé… je suis partie et je ne pense pas que le Roi me laisse revenir aussi facilement, c'est une sorte de trahison Dit Avelen avec tristesse mais sans regretter son choix

Effleurant ses poignets, Avelen se souvint de la force et de la violence avec laquelle l'elfe l'avait soulevée de terre sous le coup de la colère. Elle se souvint de la peur ou plutôt de la surprise qu'elle avait éprouvée et puis aussi de la douleur ressentie. Bien sûr ce n'était pas beaucoup mais cela lui laissait un souvenir marquant. Après tout il s'était toujours montré respectueux envers elle malgré l'agacement qu'elle sentait poindre parfois. Et puis aussi, elle se souvint de ses oreilles qui bougeait légèrement, ça par contre c'était un bon souvenir. On réputais l'endroit sensible pour les elfes et révélateur sur leur humeur. Une fois de plus, une pointe de tristesse piqua son coeur mais elle se ragaillardi en regardant la femme face à elle: cette personne avait tout perdu et trouvait encore la force de se montrer bonne avec elle.

- Je vous remercie de votre bonté, ne vous inquiétez pas pour votre mari, il n'a qu'à se reposer et tout ira bien à nouveau, par contre il va avoir besoin de temps Exposa Avelen que le silence mettait mal à l'aise

- Ben sûr ma Dame, vous pouvez compter sur moi! J'prendrais soin de ce saligaud! Acquiesça la femme excusez moi, j'voudrais pas être impolie mais j'dois y aller

La brune hocha la tête doucement et la femme s'éloigna dans la nuit désormais tombée. Cette soupe avait fait du bien à Avelen qui se sentait réchauffée et l'estomac plein. Le quignon de pain, trempé dedans avait fait son effet et elle n'avait plus froid. Parler un peut l'avait également réconfortée et elle se leva pour aller voir si tout allait bien dans l'infirmerie, comme aucun cri n'en parvenait, elle avait supposé que c'étais le cas et ne s'était donc pas pressée. Mais comme c'était la seule chose qu'elle avait à faire et que dormir ne l'enchantait guère pour l'instant, elle se força à se lever. Ses os craquaient un peut et elle sentait que le lendemain elle aurait des courbatures mais sinon tout allait bien. Un homme armé vint alors vers elle, c'était un soldat de l'ancienne Esgaroth qui semblait avoir quelque chose d'important à lui dire.

- Barde le tueur de dragon vous demande madame, il requiert votre assistance …

- Moi? Ah… eh bien… allons y Répondit Avelen un peu surprise par la demande de l'homme

- Par ici s'il vous plaît

L'homme se pencha cérémonieusement et maladroitement mais avec beaucoup de sincérité. Il semblait épuisé et éreinté mais ses yeux brillaient de la jolie lueur de l'espoir. "J'aimerais avoir la même foi dans mon coeur mais je n'y trouve que le doute… et la peur" songea Avelen en suivant l'homme. Il lui fit traverser une Dale assoupie. La plupart des réfugiés avaient trouvé un abri et allumé un feu pour faire de la lumière et s'étaient endormis. Il y avait bien quelques chiens, cochons, coqs qui seraient sûrement mangés si on ne trouvait pas un moyen de se ravitailler. Puis, quelques gardes et volontaires marchaient dans les rues de la ville pour vérifier qu'il ne se passait rien d'étrange. Tout semblait avoir trouvé sa place. Bien vite, Avelen arriva aux murailles de la ville, elle les monta rapidement en faisant attention de ne pas glisser sur les marches couvertes de mousse. Barde se trouvait en haut, assis près d'un feu avec ses enfants qui dormaient tous, il invita Avelen à s'approcher.

- Pardonnez moi de vous avoir faite demander Avelen, vous avez sûrement bien envie de dormir Sourit Barde avez vous dîné?

- Oui, merci, pourquoi m'avoir faite amener ici?

- J'ai besoin de conseils sages Expliqua Barde en se dépliant car nombreux sont ceux qui ont trop souffert et dont l'avis serait biaisé, je sais que lorsque notre misère prendra fin vous partirez, ainsi je vous espère neutre et entière

- J'essayerais de l'être au maximum Acquiesça Avelen en acceptant une chope de bière posez moi vos questions

- Tout le monde désire récupérer l'or qui leur a été promis par Thorin mais je pense personnellement qu'il refusera de nous le livrer car si il tenait à honorer sa promesse, si c'était un homme aussi noble qu'il le laisse paraître il ne nous laisserais pas dans un tel dénuement et serait venu à notre rencontre après avoir vu le dragon tomber Exposa Barde et se grattant le menton

La réponse, si elle devait être franche, était facile. Thorin n'avait en effet, aucunement l'intention de livrer les trésors de la montagne aux gens de Lacville et il n'était pas nécessaire d'avoir lu le livre pour le savoir. La folie, l'avarice, la cupidité sont des maux très courants chez ceux dont le trésor est immense même quand ils ne sont pas corrompus par le pouvoir d'un dragon. Cependant, est-ce Barde avait réellement besoin de le savoir? Cela ne lui ferait pas perdre l'espoir dont il rayonnait et qui éclairait les survivants? Avelen craignit que oui, alors elle hésita, elle détenait beaucoup de pouvoir, connaissant passé, présent, futur de la Terre du Milieu et des hommes d'Esgaroth. Mais comme Iluvatar avait choisit de ne pas faire usage de sa toute puissance et de laisser à ses enfants le pouvoir de l'autonomie, ne devait elle pas juste ignorer?

- Pour être franche avec vous Barde, il me semble que Thorin est un nain noble, non pas uniquement pas son sang mais par son caractère et sa force, du peut de temps que j'ai passé à le côtoyer il s'est montré valeureux bien que taciturne Elle inspira doucement pour faire une pause mais le mal du dragon qui couve dans cette montagne et la folie que peut inspirer l'or est très forte… imaginez ce trésor, démesuré, dément, ce n'est pas quelque chose qui devrait exister

- Vous me dites donc qu'on devrait les attaquer directement? Demanda Barde sur le fil du rasoir

- L'attaque n'est pas la priorité, le roi sous la Montagne ne vous attaquera pas, du moins pas avant des mois, prenez le temps de soigner vos blessés et d'avoir des hommes qui savent un peu manier l'épée, un investissement plus long porte plus de fruit en temps voulu, la diplomatie résout parfois beaucoup de conflits et évite des drames Répondit rapidement Avelen qui voulait éviter de faire de cet homme pacifique un dirigeant belliqueux

Legolas reviendrait bientôt de Gundabad et elle espérait que les nouvelles concernant d'autres troupes d'orcs seraient bonnes. Son instinct lui dit que si les orcs étaient en approche elle l'aurait sentit et cet instinct lui ayant sauvé la vie à de nombreuses reprises, elle choisit de l'écouter. Elle ne pouvait qu'espérer ne pas se tromper et que les hommes et femmes d'Esgaroth se remettraient rapidement. Elle espérait également que Thranduil porterait assistance aux hommes, après tout c'était un souverain puissant et juste qui avait intérêt à s'attacher la reconnaissance de ce peuple vivant si près de lui. Un allié n'est jamais négligeable. Il était évident qu'il serait au courant de la mort de Smaug et le coursier qui avait parlé à Legolas lui aurait au moins touché quelques mots à propos de la misère des gens d'Esgaroth.

- Combien de vies vont devoir être sacrifiées avant qu'une ère de paix ne s'installe enfin? Demanda Barde en regardant le ciel mes enfants verront ils un jour un avenir prospère ?

- Je ne puis vous l'assurer Barde mais l'univers n'est pas ingrat, vous avez débarrassé ce monde d'un fléau abominable et toutes ces épreuves n'annoncent qu'une fortune plus grande

- Vos paroles sont sages, pourquoi avoir fui Mirkwood ? Fit l'homme en se tournant légèrement

- Je me sentais enfermée là bas et j'ai senti qu'on aurait besoin de moi pour autre chose que tuer des araignées, de plus l'emprisonnement de Thorin Écu-de-chêne et de sa compagnie était injuste, j'ai saisit l'occasion

- Je comprend fort bien, vous avez eu raison, je vous libère, dormez bien, demain nous aurons une dure journée S'exclama Barde avant de baisser la voix car il se souvint que ses enfants dormaient

Avelen lui souhaita bonne nuit et descendit les marches. Le garde tint à la raccompagner à l'infirmerie. Lorsque Avelen lui expliqua qu'elle n'avait pas prévu d'abri pour la nuit, l'homme, diligent, l'aida à clouer un drap dans une poutre basse de la construction qui accueillait les malades. Le drap fut tendu pour garantir un peut d'intimité depuis le mur supporté par la poutre jusqu'au sol. Avelen avait un espace assez large pour s'y glisser et dérouler sa grosse couverture, elle remercia l'homme en lui offrant une petite pièce d'or. C'était un morceau du peu de monnaie qu'elle avait embarquée dans son sac mais lorsque personne n'a rien à vendre, celle ci perdait vite de sa valeur. Elle nettoya rapidement les deux épées qu'elle possédait et rangea son sac avec application. Il contenait son épaisse couverture, qui prenait pourtant peut de place, deux tuniques de rechange, sa tiare et son masque, une bourse avec l'or restant, de la viande et des fruits séchés, un couteau de chasse et surtout des herbes elfiques. Une fois tout en ordre et ses maigres possessions serrés contre ou sous elle, elle s'endormit.

Le réveil fut offert par un malade qui avait mal. En effet, son attelle s'était déplacée pendant la nuit et lui faisait atrocement mal. A tâtons, Avelen alluma une torche laissée par le garde qui l'avait raccompagnée et se leva sans faire de bruit. Elle posa la torche dans un anneau destiné à la recevoir et donna du sirop de pavot à l'homme. Elle replaça l'os d'un coup sec tout en plaçant sa main sur la bouche de l'homme. Celui ci s'endormit ensuite, épuisé par tant d'émotions. Il fallut ensuite emmener une vieille dame aux "toilettes", c'est à dire dans un coin discret derrière le bâtiment puis une autre et enfin un homme qui accepta honteux, le support d'Avelen. Une fois que le silence fut revenu, Avelen saisit son sac qu'elle n'aimait plus laisser sans surveillance. Elle souffla sur la torche et sortit de l'espèce de grange.

L'air de dehors était frai et la fouetta, la réveillant avec délice. Il devait être quatre ou cinq heures du matin puisque quelques personnes étaient déjà levées et se chauffaient autour de plusieurs grands feux. On faisait chauffer de l'eau après avoir fait fondre de la glace. Cet eau servait à faire du thé, ou en tout cas ce qui y ressemblais pour les chanceux qui s'étaient levés tôt. Le soleil n'était même pas levé mais on distinguait quand même les formes et quelques couleurs lumineuses. Avelen prit sur elle de juste se désinfecter les mains et la bouche puis coiffa grossièrement ses cheveux en tresse la plus serrée possible. Une dure journée s'annonçait comme le disait Barde la veille. La jeune femme frotta son visage avec le pan propre de sa manche pour le nettoyer, ensuite elle sangla son masque auquel elle avait découvert la propriété de la protéger des postillons ou des jets de sang.

Au vu des regards respectueux, inquiets, intrigués que lui lancèrent certains villageois il était clair que sa légende avait déjà fait le tour de Dale. C'était l'histoire romancée d'une jeune voyageuse tombée chez les elfes mais ayant fui un roi trop autoritaire et pourtant qu'elle appréciait, celle ci se serait enfui pour ne pas tomber amoureuse de ce roi et aurait héroïquement finit par sauver la vie des gens d'Esgaroth en contribuant fortement à la mort de Smaug le terrible. Cette femme sortie de nul part, aux cheveux noirs bien qu'emmêlés et qui portait un masque, des bijoux et des vêtements elfique devenait une héroïne de romans. Sa poitrine se gonfla alors de fierté pendant qu'on lui jetait des regards appuyés. Certains, un peut mieux informés parlaient de la lumière qui jaillissait de ses mains lorsqu'elle le désirait et de la peur que le mal avait d'elle.

C'est pourquoi, lorsqu'on lui laissa une chaise près d'un feux, elle ne s'étonna pas et accepta. Elle sortit un paquet de viande sèche et en mangea quelques morceaux. Le goût était vraiment exquis et avec une tasse de cette tisane-thé qu'on lui servit, elle se sentit mieux. Autour d'elle on avait soit un large quignon de pain, soit une pomme ou même un morceau de fromage, aussi seul un petit garçon accepta un morceau de viande qu'elle lui tendit.

- Quel est votre nom ma Dame? Demanda un homme barbu

- Avelen Amon-Annunaki mon bon monsieur Répondit la jeune femme de bon coeur

- Ce n'est pas un nom courant si vous me permettez, vous devez venir de loin, peut être de par delà les mers! Proposa une jeune fille, un peu plus jeune qu'elle

- En effet, je viens de très loin, mais je crains ne jamais pouvoir retourner chez moi… Sourit Avelen en avalant son thé

- Vous habitez chez les elfes? Redemanda la jeune fille comment qui sont? C'ti vrai que leur pas est léger comme la brise et leur visage doux comme une plume? Qu'ils peuvent marcher des heures et des lieues plus rapidement et sans se fatiguer?

- Vous n'en avez jamais vu? S'étonna Avelen car les elfes sylvestres étaient leurs voisins Tout n'est pas vrai mais ils sont très beaux si tu veux tout savoir

- De temps en temps le Bourgmestre en recevait mais nous n'étions jamais invités Expliqua la femme en haussant les épaules

Oui, ayant un accord commercial avec le Royaume des Forêts, il semblait logique que les anciens dignitaires d'Esgaroth rencontrent les elfes délégués par Thranduil. Par contre, les cacher à la populace n'avait pas de sens à par se donner une image de privilégié. Pauvres émissaires, être assis à la table d'un homme réputé si rustre et si vulgaire avait dû être dur pour ceux dont l'élégance du royaume des forêts était le quotidien… Elle imagina aisément le gros bourgmestre assis en bout de table et les émissaires elfiques à sa droite et à sa gauche. Le vin de mauvaise qualité coulant à flot et l'odeur de poisson, de sueur et d'alcool imprégnant la pièce. Cependant, cette alliance commerciale étant profitable à tous, les elfes faisaient quand même l'effort de garder des relations cordiales mais très froides. Peut être que si c'était Barde qui succédait au Bourgmestre, les relations entre les deux territoires deviendraient plus chaleureuses?

- Quelle heure est il? Demanda Avelen alors qu'un rayon de lumière perça l'obscurité

- Il doit être cinq heures du matin madame… guère plus Répondit l'homme barbu

- Merci

Elle se leva et posa son sac sur ses épaules. Il fallait vraiment qu'elle lui trouve une place car trimballer un sac certe petit mais lourd toute la journée apparu totalement inutile. Elle monta alors sur les remparts et posa son sac en hauteur. La vallée était vraiment magnifique, des terres vierges à perte de vues et la splendeur imposante de la montagne qui modelait le paysage. L'air était frai et vigoureux, de plus, sans la présence maléfique de Smaug, les animaux commençaient à revenir et elle vit passer un petit lapin suivit d'autres au pieds des remparts. Des écureuils grimpaient également dans les arbres qui bordaient l'entrée de Dale. La vie revenait petit à petit malgré que la mort l'ait supplantée pendant des années. Et brutalement, Avelen comprit pourquoi Eru l'avait envoyée ici, cet équilibre était si fragile, si léger qu'un rien pouvait le briser comme Smaug l'avait fait autrefois.

Il fallait apprendre des erreurs passées, forger plus de flèches noires et d'arquelances, former mieux les soldats, fortifier plus puissamment la ville car les dragons n'étaient pas la seule menace de la Terre du Milieu. Mais surtout il ne fallait pas oublier, oublier les morts à Dale, qui remontaient déjà à longtemps, oublier les morts à Esgaroth et faire en sorte qu'une telle tragédie ne se reproduise plus. C'est là que l'honnêteté mais aussi la force d'esprit de Barde étaient des atouts précieux. De ce qui lui semblait, l'homme était noble de coeur avant de l'être de sang et il se révélait suffisamment respecté et respectable pour diriger la ville encore quelque dizaines d'années, jusqu'à ce que ses descendants ou son successeur ne prennent la suite.

Au loin se dressa alors un nuage de poussière pâle. Des cavaliers et des fantassins. Ils étaient encore à un peux moins d'une dizaine de kilomètres mais avançaient rapidement. Ils seraient là d'ici une demie heure. Avelen plissa doucement les yeux pour essayer d'y voir plus clair, elle distingua alors un gros cerf qui dirigeait la marche et en levant les yeux elle vit son cavalier. C'était le Seigneur du Royaume des Forêts, le Roi Thranduil.