Stiles sortit de son cours d'anglais, dernier cours de cette journée du vendredi. Ce soir, c'était le match. Il se sentait paisible. Toute la meute avait décidé de finir la soirée au loft, après le match.
Le jeune homme ouvrit le plastique de sa barre énergétique et croqua dedans, assis sur les gradins. Il avait une demie-heure de libre avant l'échauffement. Il sortit donc le recueil de Verlaine appartenant à Derek et l'ouvrit. Il fut estomaqué de voir que le recueil était en français, mais que tous les poèmes avaient été traduits en anglais, sous forme de petites pattes de mouche sur chaque page.
Derek parle français ?! Il ne cessera jamais de m'étonner, celui-là.
Parfois, le brun avait hésité entre deux traductions, raturant, soulignant. Certaines pages étaient cornées, abîmées. Il semblait avoir passé des heures sur ce livre. Stiles lut quelques poèmes, décryptant l'écriture fine de Derek. Puis il fit une pause, se sentant presque ému de tenir dans ses mains un tel objet, et surtout fier que Derek le lui ait confié.
Stiles réalisait lentement qu'il s'était trompé sur Derek. Qu'ils s'étaient tous trompés. Ils le prenaient pour une sauvage rustre et sans coeur, un peu brut de pomme et borné. Or Derek était loin d'être grossier. Il était un peu bourru, certes, et pas très souriant, mais malgré son visage taciturne, il était quand même très agréable à regarder. Stiles n'aurait jamais soupçonné une seule seconde qu'il aimait un art aussi subtil que la poésie, et encore moins qu'il passait du temps à traduire des recueils de poètes français. Il se promit de le faire parler davantage, et tout simplement, d'apprendre à le connaître vraiment.
Quelques heures plus tard, Stiles prenait sa douche aux vestiaires, fatigué mais heureux que Beacon Hills ait gagné ce match à nouveau. Il était content de voir que sa rupture avec Isaac n'avait pas entâché leur complicité, et ils formaient avec Scott un trio implacable sur le terrain, qui les avait mené à la victoire. Le coach était, une fois de plus, exalté.
Scott conduisit au loft de Derek, tandis que Lydia emmenait les filles. Ce soir-là, il se sentait serein, il pouvait respirer librement sans se sentir menacé par un wendigo ou un chaman.
Les discussions et la boisson allaient bon train. Les adolescents étaient assis sur le canapé et sur des coussins à même le sol, autour de la table basse. Scott et Malia se draguaient sans même se cacher, et Liam et Cora s'était rapprochés sous le regard inquisiteur de Derek.
D'ailleurs, Derek semblait apaisé. Il ne participait pas vraiment aux conversations, assis sur un tabouret, mais il couvait d'un regard bienveillant toute sa meute.
Vers 23h, Stiles sentait que l'alcool commençait à faire vraiment effet. Le groupe s'était un peu dispatché : Isaac, Liam et Cora fumaient dehors, Malia et Lydia discutaient des cours et Scott menait un débat apparemment très animé avec Peter.
Stiles s'approcha doucement de Derek.
- J'ai lu Verlaine, annonça-t-il. C'est vraiment bien.
Le visage de Derek s'illumina.
- C'est vrai ? T'as aimé ?
Le coeur de Stiles chavira en voyant Derek si enthousiaste.
- Oui. Je savais pas que tu parlais français, tu m'avais caché ça ! s'exclama Stiles en s'asseyant sur un autre tabouret.
- C'est ma mère qui m'a appris quand j'étais petit. Elle aimait beaucoup la littérature française, se confia Derek en baissant les yeux. C'est quelque chose qu'on partageait tous les deux.
- C'est super. Ma mère m'avait appris quelques mots de polonais, mais j'ai presque tout oublié, fit Stiles à regret. Je savais pas que tu pouvais traduire des poèmes, je ne te pensais pas si littéraire.
Il était admiratif.
- Seul Peter connaît cet aspect-là de ma personnalité, répondit Derek.
- Mais pourquoi ? s'offusqua Stiles.
- Je suis pas quelqu'un qui s'ouvre facilement, tu sais.
- J'avais remarqué, pouffa Stiles.
Derek laissa planer un silence avant d'avouer :
- Mais avec toi, j'essaie de le faire.
Stiles était trop ébahi pour parler. En plus de ça, l'alcool ralentissait son cerveau.
- D'ailleurs, je… j'ai écris un haiku quand tu es parti cet après-midi, fit le brun timidement. C'est un court poème japonais.
Il se retourna, attrapa un morceau de papier et un stylo dans un tiroit et griffonna quelques mots.
Poudre de lumière
Sur tes paupières refermées
Des soleils levants
Stiles lut et relut ces lignes, s'imprégnant des mots, alors que Derek attendait une réaction, embarrassé.
- Alors ?
L'esprit de Stiles semblait à la fois très clair et complètement grisé.
- Derek, tu es… exceptionnel, affirma-t-il.
Et là, une chose incroyable se produisit : Derek Hale rougit.
Quelques minutes plus tard, les fumeurs étaient rentrés, et Lydia avait mis de la musique sur la chaîne hifi du loft. Les deux humains du groupe – Stiles et Lydia – étaient bien atteints par l'alcool et s'éclataient sur la piste. Stiles était dans une état de profond bonheur, euphorique, avec ses amis, sa meute. Il dansait actuellement avec Scott, mort de rire. Derek le regardait avec un sourire en coin, jusqu'au moment ou sa sœur Cora le prit par la main pour l'emmener danser. Il refusa en grommelant, comme d'habitude, mais finit par céder sous l'insistance des autres. Au début, il était raide et mal à l'aise, mais il finit par se caler sur le rythme de la musique et dansa avec les autres.
Stiles tournoyait, dansant avec tout le monde – ou presque –, même avec Isaac. Mais lorsqu'il se retrouva devant un Derek un peu gêné, il eut un temps d'arrêt, qui ne dura pas. Il le gratifia de son plus beau sourire et attrapa sa main.
Après un moment, ils étaient tous essoufflés et en sueur. Lydia se laissa tomber sur le canapé, hilare devant Liam qui tentait de faire valser Peter. Stiles avait les yeux qui pétillaient, ne lâchant pas du regard Derek. Il ne savait pas si c'était l'alcool, mais il était fasciné par le brun, qui faisait mine d'ignorer le regard insistant du plus jeune.
Comment c'est possible qu'il soit aussi beau ? C'est un dieu vivant ce mec ! Je vais défaillir…
- Oui, il est pas mal, fit Lydia, d'une voix pragmatique.
- Oh merde, j'ai parlé tout haut ?! s'exclama Stiles en plaquant une main sur sa bouche.
Ils se regardèrent, et prirent un fou rire.
- Pourquoi vous ricanez les poulettes ? se moqua Isaac gentiment.
- Stiles est bourré, hennit Lydia, qui pleurait de rire.
- Mais où sont Malia et Scott ? demanda Cora.
- Mmmh, je crois qu'ils sont rentrés, dit Peter.
- Mais Scott devait me ramener ! protesta faiblement Stiles.
- On peut se débrouiller… commença doucement Isaac.
Mais il fut coupé par Derek :
- Non, c'est pas grave, tu n'as qu'à rester dormir là, Stiles.
Les autres se turent et Lydia adressa un regard à Stiles, ce qui les fit replonger dans leur fou-rire.
- Oui, je crois qu'il vaut mieux qu'il reste là, dit finalement Isaac. Je veux pas qu'il vomisse dans la voiture.
Ils finirent la soirée en jouant à des jeux de cartes et en discutant joyeusement.
Lorsque la porte se referma sur Isaac, le dernier à sortir, Stiles comatait presque sur le canapé. Il était 3h30. Peter était monté se coucher depuis deux bonnes heures, et Derek était en train de ranger les verres et les bouteilles vides.
- Stiles, je vais te porter dans le lit, tu vas pas dormir ici, décida Derek avant de lui tendre la main pour l'aider à se relever.
Mais le jeune homme n'était pas du même avis.
- Mais je suis biennnn làààà…
Derek soupira avant de le porter comme une princesse. Stiles ne protesta même pas. Il fixa son regard dans les yeux de Derek.
C'est comme si j'étais sa princesse hihi…
Derek pouffa, levant les yeux au ciel.
- Quoi ? s'indigna Stiles. Tu te moques de moi ?
- Je crois que tu as pensé tout haut, fit Derek, se retenant de rire.
Stiles ouvrit de grands yeux et plaqua des deux mains sur sa bouche. Il se promit de ne plus rien dire, ne plus rien penser. Mais il louchait sur la naissance du torse de Derek, qui apparaissait sous sa chemise.
Derek le déposa dans une chambre qu'il ne connaissait pas, sur le lit, et entreprit de défaire ses chaussures.
- C'est ta chambre ? demanda curieusement Stiles.
Derek acquiesça avant de se retourner pour poser les chaussures sur la chaise derrière lui.
Mon dieu mais ce cul ! C'est pas humain !
- Non, effectivement, je suis un loup-garou, dit Derek, en riant.
Stiles gémit en se prenant la tête dans les mains.
- Je suis un bouleeeeet…
- Mais non ! Allez, tiens, j'espère que ça t'ira.
Il lui tendit un T-shirt et un bas de jogging en guise de pijama.
- À demain.
Il s'apprêtait à quitter la pièce lorsque Stiles lui demanda le plus naturellement du monde :
- Ben, tu vas où ?
- Je… je vais dormir sur le canapé, fit Derek, pris de court.
- Je te le déconseille. Il est pas très confo, affirma Stiles, à la fois sérieux et joueur. Non, sérieusement, on a déjà dormi ensemble, tu te rappelles ?
- J'étais pas conscient, râla le brun.
Stiles rit et se poussa pour lui faire une place.
