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Pendant quelques instants, je suis perdue. Je la regarde et l'agonie envahit chaque cellule de mon corps pendant que Miranda sanglote, un son qui me brise le coeur et qui lacère mon âme. Puis mon coeur pompe plus fort, l'adrénaline se fait sentir et je l'attire dans mes bras.

"Peu importe ce que tu penses que je ne peux ou veux pas promettre , dis-moi ce que c'est et je te prouverai le contraire, Miranda." Je la berce et, pour un moment encore, elle le permet.

Bien sûr, elle finit par se reculer et elle essuie ses joues mouillées avec des mouvements dédaigneux. "Même toi, tu ne peux pas tout faire, Andréa."

"C'est probablement vrai, mais je sais ce que je ressens et je ne peux pas imaginer-"

"Très bien ! Tu ne peux pas me promettre que tu ne me quitteras jamais." Sa voix est dure. Elle me regarde avec ses yeux noirs, plissés, et secoue lentement la tête. "C'est cela, ma condition, que tu ne me quittes jamais. C'est la seule chose à laquelle je ne pourrais pas survivre. Tu peux promettre tout ce que tu veux et je te croirai, mais d'après mon expérience, je repousse les gens et ils partent. Tu es jeune, vive, brillante… intelligente." Elle fait fait un sourire ironique. "Tu es au début de ta carrière… De ta vie."

"Et tu penses que je ne peux pas avoir une carrière ou une vie avec toi ?" Je ne sais pas comment interpréter ces doutes. "Et juste pour que tu le saches, je ne suis pas comme tes connards de maris."

"Je le sais bien !" Miranda se libère et me pousse sur le dos, contre les oreillers. "Tu ne comprends pas. Ca ne m'a pas surprise quand tous mes maris ont fini par me tromper, eux qui m'avaient promis tout ce qui existe sous le soleil, quand il ont demandé le divorce et qu'ils sont partis. Bien sûr qu'ils l'ont fait. Je ne suis pas de glace, contrairement à ce que tout le monde pense. Ils sont partis et je me suis retrouvée seule à nouveau, sans compter mes filles." Elle s'éclaircit la gorge et presse mes épaules contre le matelas. Je ne suis pas sûre qu'elle réalise comme elle est brusque ou comme elle a l'air bouleversée.

"Miranda ?" J'essaie de prendre assez d'air pour respirer.

Elle me lâche comme si elle s'était brûlé les mains contre ma peau. "Tu ne vois pas, Andréa ? Si tu faisais la même chose, ça me tuerait."

Je suis muette pendant dix bonnes secondes. Alors que Miranda commence à renoncer et à s'échapper, je réagis. Je la prends par surprise, cette fois-ci. Je la pousse sur son dos et je me place au dessus d'elle. Je ne lui laisse pas le temps de protester, mais je l'embrasse avec toute la passion, tout l'amour que je ressens pour elle. Ca m'a pris du temps, mais je réalise que c'est Miranda en mode panique. Elle est déterminée à me repousser avant même que j'aie l'opportunité de le faire moi-même.

"Si tu veux que je reste loin de toi, il va falloir que tu me convainques que c'est parce que tu ne tiens plus à moi, que tu ne ressens plus rien quand tu me regardes." Je pose des baisers contre ce point qui bat sur son cou. "La seule façon pour moi de te te quitter, c'est si tu peux me regarder dans les yeux et me dire vraiment que tu es indifférente à moi."

"Quoi ?" murmure Miranda, ses mains déjà dans mes cheveux. Tu parles d'indifférence ! Mais je continue.

"Et si tu penses que tu peux dire que ma présence dans ta vie est gênante pour Runway ou pour tes filles, tu me déçois énormément, parce que la Miranda Priestley que je connais a des gens à sa solde pour s'occuper de ce genre de retombées sur sa vie." Je l'embrasse tendrement sur les lèvres. Le bout de sa langue glisse et caresse les miennes, mais je me recule. "Alors, on va faire quoi, Miranda ? Est-ce que je ne suis pour toi que le coup d'un soir ? Ou est-ce que c'est plus que ça ? Je pense que ça l'est, vu nos émotions tumultueuses à nous deux."

"Oh, toi… Diablesse !" postillonne Miranda.

"Ah, ça change," Je lui offre un sourire tremblant.

"Tu ne sais pas… tu vas me briser. Je sais que tu es celle qui vas tout me promette..."

"Hey, chut," dis-je en prenant ses mains dans les miennes et en les tenant au dessus de sa tête. Je soutiens son regard fermement et j'essaie d'imaginer que je ne tremble pas. J'essaie aussi de me convaincre que je n'ai pas peur de parier au-delà de mes capacités et de perdre. De la perdre. "Ecoute. Je ne dis pas que tout va aller tranquillement pour un couple tel que nous. Au contraire, nous allons affronter de nombreuses répercussions. Mais on s'en fiche. La seule personne à qui je tiens vraiment, c'est toi – et tes filles en plus. Tu sais que je suis folle d'elles."

"Va te faire voir. Tu ne peux pas les utiliser comme argument." Miranda me lance un regard furieux.

"Je peux utiliser ce que je veux." Et maintenant, c'est Miranda qui ne comprend pas. "Je me bats pour nous deux là. S'il faut que j'invoque le pape ou la reine Elisabeth, je le ferai !"

"Le pape." Miranda cligne des yeux.

"Ce que je veux dire, c'est que tant que je ne fais pas quoi que ce soit qui pourrait vous porter atteinte, à vous trois, je suis prête à me battre. Tu en vaux la peine, Miranda." Je frotte ma joue contre la sienne. "Je pense que c'est ce que tu ne vois pas, puisque ces connards que tu as insisté pour épouser t'ont fait tant de coups tordus. Tu n'es pas d'accord pour dire que je viens avec un tout autre état d'esprit qu'eux ?"

"Je suppose ?" dit Miranda tout doucement. "Contrairement à eux, tu sais ce que je fais au travail. Ce que ça implique dans la vie de tous les jours."

"Oui. Ce n'est pas le problème là. Pas en ce moment. Je pense que ce n'est pas non plus vraiment ce qui te gêne, de négocier les heures de travail et des trucs comme ça." Je continue et j'écarte ses jambes avec la mienne. Son sexe est chaud et glissant contre moi et je gémis en frottant mon pubis contre elle.

"Andréa…" Miranda gémit et se cambre. "Ce n'est pas du jeu."

"Je n'ai jamais dit que ça le serait. Je me bats pour notre futur. Notre bonheur." Et je me bats. Une de nous deux doit bien sortir la tête du sable et je savais que ça ne serait pas elle. Il va falloir que ce soit moi la plus forte, parce Miranda a beau être crainte et impitoyable dans son rôle d'éditrice en chef, elle est vulnérable et abîmée par la façon dont sa vie privée s'est déroulée jusqu'à présent. "Ecoute-moi. Il y a des tonnes de choses que je peux pas promettre. Je peux être renversée par un bus, tomber du ciel en prenant l'avion, avoir un anévrisme et mourir… Ca, je ne peux pas le contrôler. Mais à part cela, je n'arrive pas à imaginer te quitter volontairement. Peu importe avec qui je vais choisir de continuer à travailler. Peu importe ce que ma famille ou la tienne dira. Et peu importe comment tu vas essayer de me repousser quand tu as peur. Je ne vais pas partir. Je ne vais pas te quitter."

Miranda lève les yeux sur moi. Un mélange étrange de peur et de colère s'y livrent bataille. "Tu penses cela maintenant."

"Oui. Et je ressentirai cela demain, le jour d'après, la semaine d'après… le mois… l'année. La seule chose qui puisse rendre stériles ces promesses, c'est si tu décides que je ne suis pas la femme de ta vie."

Miranda a une exclamation de surprise et je relâche ma prise sur ses poignets. Elle m'attire vers elle et me serre si fort contre elle que je sens mes côtes frotter contre les siennes. "Mais tu l'es." Sa voix se brise. "C'est toi."

"Alors laisse-moi t'aimer, Miranda. S'il te plaît." Je sais que je risque tout en abattant mes dernières défenses, mais si je dois la convaincre d'aller à l'encontre de ses peurs et de me faire confiance, je dois bien le faire. "Je t'aime. Je n'ai jamais aimé quiconque autant que je t'aime."

Je peux jurer que Miranda s'arrête de respirer. Elle me regarde fixement avec des yeux si grands que j'ai l'impression de me noyer dans ses iris d'un bleu de glace.

"Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse," dit-elle si doucement que j'ai du mal à l'entendre. "Je t'aime aussi. Ca n'est certainement pas une surprise, si ?

Je l'embrasse gentiment, puis je lui souris. "Je l'espérais. Après avoir fait l'amour cette nuit, j'ai osé espérer pour la première fois. Tu me l'aurais demandé hier, je n'aurais pas été capable de te répondre et je serais tombée dans les pommes."

"Dieu nous en garde." Miranda passe ses mains de haut en bas sur mon dos, puis m'entoure de ses jambes. "Alors, tu es décidée à essayer ça ? Nous ?" Son ton est un peu trop désinvolte, trop léger, au cas où je ne penserais pas ce que je dis.

"Non." Je veux qu'elle me comprenne vraiment et je peux dire que ma réponse courte la secoue, puisqu'elle se raidit et plisse des yeux.

"Non ?" Assassine maintenant, sa voix déchire pratiquement l'air entre nous.

"Je ne veux pas essayer ça. Ca suggérerait que je veux essayer d'avoir une relation avec toi sur un coup de tête. Un peu comme si j'essayais de voir si ça peut marcher ou pas. Ce n'est pas du tout ce que je veux dire. Je suis prête à m'engager à tout te promettre et à prendre soin de toi, à t'aimer de tout mon coeur, toi et tes filles. C'est à des années-lumière de simplement 'essayer'." Je peux sentir que c'est ça. Si Miranda ne fait pas la différence, si elle ne peux pas imaginer la profondeur de mes sentiments, nous n'aurons pas la moindre chance. Et elle va essayer de me faire partir un jour ou l'autre.

Miranda fond complètement dans le lit. Elle me serre contre elle et nous fait rouler sur le côté. Son expression est douce et détendue maintenant. On dirait que ses mains veulent dessiner la carte de mon corps, vus les mouvements fiévreux de ses caresses. "Mon dieu, Andréa. Je t'aime. Dans ma vie, personne ne m'a jamais rien fait ressentir comme toi. D'où tires-tu ce pouvoir qui te donne tant de force ?"

"Aucune idée." J'ai un tel grand sourire que mes joues me font mal. "Je dirais… de t'aimer ?"

"Soit, je vais donc apprendre de toi et avoir une même force." Ses lèvres tremblent, mais son sourire est toujours aussi brillant. "Si je suis ironique, c'est juste pour me protéger si jamais tu me quittes parce que je te rejette… C'est un concept ridicule."

Je sais bien que là, je ne dois pas être trop visiblement d'accord. De plus, je ne me vante pas quand je dis que je connais mieux Miranda qu'elle-même en ce qui concerne ses peurs intérieures. Elle finira bien par arriver à la même conclusion que moi – qu'elle fait l'autruche – mais je ne vais pas le lui dire. Je ne suis pas folle non plus. En ce moment, je suis très heureuse et j'espère qu'elle ne va pas encore avoir une crise d'angoisse et d'insécurité qui risquerait de nous mettre à mal. Je sais que nous en sommes au début, mais… mon instinct me dit qu'une fois qu'elle aura examiné ses sentiments et qu'elle aura décidé de faire confiance aux miens, elle foncera à toute vapeur, ce qui est sa nature. Elle ne fait pas les choses à moitié, loin de là, et une fois que sa stratégie est claire, elle va tout faire pour que ça marche. Je ne peux que vivre avec l'espoir qu'elle va faire de même pour nous.

Je décide de conclure et ainsi de cimenter notre accord dans nos esprits. Je glisse ma main droite entre nous et je la pose sur son sexe encore engorgé. Je laisse mon majeur caresser son clito. Miranda tressaute et commence à trembler en même temps.

"Andréa !" Ses mains se posent sur mes seins et elle les masse, les caresse, pince mes tétons ultra-sensibles. "Dedans. S'il te plaît."

Je lui obéis. Deux doigts, puis trois. Je la pénètre, je la prends et elle grogne de façon grossière à chaque poussée de ma main. Ca me rend complètement folle de la voir se mordre la lèvre, de se cambrer contre moi et je ne veux plus qu'une chose, la faire jouir encore. Ou c'est ce que je croyais jusqu'à ce que ses mains ne trouvent l'essence de mon être.

"Oh… si mouillée à nouveau, ma chérie ?" Miranda ronronne entre ses gémissements. Elle tourne autour de l'entrée de mon vagin. "Je peux ?"

"O-Oui !" Je bouge pour qu'elle ait plus facile et elle me pénètre si doucement que j'en gémis.

"Bouge contre moi. Oui, comme ça. Comme ça." Elle attache ses jambes plus haut dans mon dos et bouge ses doigts plus rapidement.

J'en fais de même avec le même rythme et quand elle réalise que je suis son rythme, elle accélère encore plus. Je peux dire qu'elle est proche et j'en suis près aussi. La façon dont ses articulations touchent l'entrée de mon vagin m'envoie vers ce qui promet d'être l'orgasme de ma vie. Bien sûr, ce n'est pas que le frottement ou le rythme ni même la sensation d'avoir mes doigts en elle… C'est parce que c'est Miranda. Ce matin encore, j'étais certaine que mon amour pour elle était sans espoir et je n'osais pas en rêver, juste fantasmer. Mais là, je fais l'amour avec la femme que j'aime et que j'adore et je lis dans ses yeux un amour et une adoration purs. C'est à cause de cela que mon corps approche de l'orgasme qui, j'en suis sûre, va être presque douloureux par son intensité.

Miranda jouit, elle se convulse autour de mes doigts et s'accroche à moi de sa main libre en hurlant mon nom encore et encore. Je m'en rends à peine compte avant que je ne la suive et, oui, c'est un plaisir. Oui, c'en est presque douloureux. Et oui, c'est le meilleur orgasme que j'aie jamais eu et non, je ne veux pas quitter Miranda, pour rien au monde ni personne.

Alors que nous nous calmons, la transpiration s'évapore, notre coeur se calme et nous reprenons notre souffle. Miranda a l'air content de se coller à moi après que nous ayons retirer doucement nos doigts. D'un seul coup, je suis si fatiguée, épuisée. Je suis sûre que je vais m'endormir dans quelques instants.

"C'est l'heure de dormir, Andréa," dit Miranda en baillant. Elle tire sur les couvertures et réussit à nous recouvrir. "Une grande journée demain."

"Bonne idée." Je ferme les yeux. "Je t'aime."

Miranda tourne la tête et j'ouvre les yeux à nouveau. Et j'en ai le souffle coupé une fois de plus. Miranda m'étudie avec tant de tendresse sur son visage et le plus doux des sourires aux lèvres. Elle ne m'a jamais paru plus belle.

"Je t'aime," dit Miranda doucement. "Dors bien."

"Toi aussi." Je me tourne vers elle et j'enfouis mon visage dans son cou et j'inspire l'odeur merveilleuse de son parfum et de sa sueur. Ses bras me tiennent contre elle et je sais que c'est la première de nos nombreuses nuits ensemble. Je n'ai jamais été aussi heureuse. Quand elle presse ses lèvres sur ma tête, je sais que ce sentiment va continuer à grandir.

FIN.