J'observe le soleil se coucher depuis la fenêtre de ma chambre. Ça n'a rien d'extraordinaire ou de fascinant. Je n'ai simplement rien à faire et ça m'éloigne un minimum de mes pensées. Elles sont assez désordonnées ces derniers temps.
Et puis de toute façon, les longues réflexions compliquées sur la vie, c'est plus le domaine de Killua. Moi, je suis celui qui fonce et qui agit en fonction de la situation.
On échange les rôles apparemment.
- Ce calme ne te ressemble pas.
- Le mensonge non plus et pourtant je me noie dedans.
Il roule sur le ventre pour mieux me regarder tout en abandonnant sa lecture. Ça fait une heure que l'on est dans la même pièce sans dire un mot. Moi, à contempler l'extérieur depuis la fenêtre et lui allongé sur le sol, un manga entre les mains.
- Est-ce que c'est un reproche ?
- À toi de voir.
- Mais quel gamin...
- Et fier de l'être.
Je n'ai pas l'énergie de me lancer dans une énième dispute vaine avec lui. De toute façon, je n'ai l'énergie pour rien. Mon moral est désastreux, plus qu'avant. Et tout ça à cause de cette vulgaire histoire de couple fictif, qui détourne mes sentiments. D'ailleurs, ils sont flous.
- Tu m'en veux ?
Ses saphirs cherchent mes pupilles, la culpabilité émane de tout son être. Il a joué sur le fait que je ne lui dise jamais non pour m'entraîner dans son délire, tss.
C'est drôle d'ailleurs, parce que quand on était plus jeunes, c'était moi qui avait cette manie là. Je poussais toujours Killua dans mes idées loufoques même si lui n'était pas vraiment partant. Il suffisait que je joue sur notre relation et il disait automatique oui avec un sourire vide.
Et étrangement, là tout de suite, c'est moi qui trace un sourire vide sur mon visage. Cette pauvre grimace suffit à le convaincre, il se lève et vient me prendre dans ses bras. Je ferme les yeux, sentant son parfum. C'est tellement...
- J'ai de la chance d'avoir un meilleur ami comme toi.
Un meilleur ami...?
J'avais déjà oublié où on en était. Son odeur, sa peau contre la mienne et sa voix grave m'avaient une fois de plus embrouiller l'esprit.
Je le repousse doucement en me levant à mon tour. Hors de question que je reste dans cette pièce une minute de plus.
Je ne veux pas avoir à faire face à ça maintenant.
Et puis de toute façon, même si j'acceptais ce que je ressentais, je devrais me faire à l'idée que ce n'est pas réciproque.
Non, toute cette situation n'est qu'un moment d'égarement. Je vais me reprendre.
- Tu vas où ?
- Prendre l'air.
- Mais où exactement ?
- On est pas mariés, tu n'es pas obligé de connaître tout mes faits et gestes.
Ma dernière phrase était sûrement un peu abusive, mais je me sens exaspéré. Par quoi ? Par lui, par moi, par nous. Ça m'énerve.
Je l'ai probablement vexé ou attristé, mais franchement, je dois admettre que je m'en fous royalement.
Je quitte l'immeuble, bougon. La légère pluie qui se rajoute au paysage n'apaise en rien ma sale humeur. Qu'il aille se faire voir avec son idée foireuse. Ça me fatigue de ne pas pouvoir mettre de mot sur ce que je ressens pour lui, ça m'énerve de ne pas pouvoir en parler avec lui, ça me fatigue de comprendre que mon monde se résume à lui...
Qu'est-ce qu'il m'arrive ?
- Je ne t'avais jamais vu aussi en colère.
- En quoi ça te regarde ?
Elle n'est même pas repoussée par mon ton un peu brutal. Elle me sourit, simplement. La douceur forme un voile apaisant sur ses traits. Je m'en veux presque de m'être emporté contre elle.
- Pardon Kana'.
- Non, je ne t'en veux pas. Je peux comprendre. C'est pas simple de tenir un couple. Les premières disputes sont les pires, crois-moi.
Moi, je crois surtout que sa gentillesse est aussi insupportable que la mélancolie qui s'empare de ses pupilles pendant un bref instant. Je m'en veux. Là, je me sens comme le pire des connards. Je me plains de ce que j'ai, de ce qui m'arrive, en oubliant qu'en fait, mes problèmes sont d'une insignifiance écrasante face à la réalité de certains. Dont celle de Kanaria, que j'ai tant détesté pour finir par l'envier et enfin lui faire croire que j'avais pris ce qui en fait n'avait jamais réellement été à elle.
- Pas faux...
- Dis, tu fais quoi là tout de suite ?
- Et bien...
Je suis normalement sensé rentrer et m'excuser auprès de mon meilleur ami pour m'être mis en colère sans raison valable. Mais, j'ai peur de retrouver la cause de ma peine justement. J'ai peur de plonger à nouveau dans ces réflexions sombres qui ne veulent décidément pas me lâcher.
Alors, je lui rends enfin son sourire, un vrai cette fois. Ce qui a le don de me calmer un peu.
- Rien du tout.
- Cool, parce que j'ai une belle collection de films qui aimerait être visionner.
- Qu'est-ce qu'on attend ?
Elle est joviale et espiègle. Intérieurement, j'ai la sensation dérangeante d'avoir face à moi le Killua du passé. Celui qu'il était auparavant, quand nous étions plus jeunes et moins attachés à la vie réelle.
Cette époque où je ne savais même pas que j'éprouvais plus que de l'amitié pour lui et où je n'aurais jamais aimé le savoir.
