21

Laurence se réveilla dans un lit qui n'était pas le sien mais l'endroit était familier. Le temps de se rappeler les péripéties de la nuit, Laurence constata que le lit était vide et froid.

- Merde,….

Il se leva d'un bond en sortant de la chambre mais l'appartement était vide. L'angoisse montait en lui.

- Pourvu qu'elle n'ait pas fait une connerie….

Il partait vers sa chambre pour s'habiller quand la porte d'entrée s'ouvrit devant une Avril chargée de courses.

- Alice !

- Bonjour Laurence, ça va ?

- Ben oui mais toi ?

- Oh moi, … dit-elle gênée. Les médocs m'ont groggy et j'avais l'impression de peser une tonne ce matin alors je suis partie prendre l'air et faire un tour de quartier et tiens … j'ai ramené des croissants pour le petit déj', à la française pour une fois !

- Mais il fallait me le dire, je t'aurai accompagnée j'ai cru … j'ai eu…

- Peur ? Non fallait pas….

- Vu comme tu étais en panique cette nuit, j'ai pensé à tout !

Alice se rappelait sans peine ses cauchemars.

- C'est vrai, tout ça m'a chamboulée, mon enquête, mon père, enfin voilà, je suis désolée de t'avoir dérangé….

Laurence voyait la conversation tournait en rond et chercher à changer de sujet.

- - Si on le prenait ce petit déjeuner ?

- Alors là pas de problème ! Tout est prêt, Ya plus qu'à lancer le café. Je m'occupe de tout !

- D'accord, je prends une douche en attendant.

En ressortant de la douche, Laurence vit les efforts non négligeables d'Avril à préparer leur petit déjeuner.

- Très sympa !

- Merci ! Mais pour l'instant, ne va pas dans la cuisine c'est un peu le chantier …mais je vais ranger !

- Heureusement que c'est toi qui le dis sinon je passerai pour un macho misogyne !

- C'est juste une occasion en moins de te l'entendre dire mais aujourd'hui je voulais marquer le coup. Tu sais je commence à me sentir un peu mieux ici, je commence à prendre mes marques.

- Ça me fait plaisir et pour être honnête je commence à me faire à ta présence.

Alice sourit.

- Tu dis ça comme si c'était pas gagné ! Je suis hyper facile à vivre ! dit-elle un sourire moqueur.

Laurence fit une moue dubitative avant de boire son café.

Les petites répartis entre eux étaient toujours présentes mais sans le venin du premier degré. C'était reposant et amusant.

Alice revint sur le sujet de la nuit pour apaiser sa conscience.

- Ça m'a rassurée de ne pas être toute seule même si je n'arrivais pas à me sortir de ma tête ces maudits cauchemars.

Laurence laissait Alice parler tranquillement.

- J'ai du mal avec tout ça…

- Pourquoi ? demanda Laurence.

- Ben, … c'est pas notre genre de dire les choses, à parler de nos soucis. Bref, tout va mieux.

- Ok d'accord, sinon que vas-tu faire aujourd'hui ?

- Ben d'habitude je fais du lèche-vitrine avec Marlène mais c'est à l'eau, elle est avec Tim… donc je la laisse tranquille. Tu n'as pas une idée ?

- Faire quelque chose tous les deux ? Mais je croyais que tu préférerais te débrouiller toute seule, avoir de l'oxygène !

- J'ai envie de prendre l'air, pas toi ?

- Bof ….

- Allez ! Et après le concert de rock !

- Ah oui le concert de rock…. Il n'y a peut-être plus de place…

Laurence croisait intérieurement les doigts…mais Alice avait de la ressource.

- Tu m'as promis et je suis allée réserver nos places juste avant de rentrer !

- Ah super….

- Mais non allez, tu vas aimer ! Sinon on va où ?

- Faut toujours tout que je fasse Avril !

- Bon ben je trouve l'endroit , tu gères la bouffe, ok ?

- La bouffe , tu changes pas !

- Non mais vaut mieux qu'on compte sur toi pour qu'il ne manque rien, des deux c'est toi la ménagère !

Laurence était content de la voir babiller et leur trouver une occupation commune. Il ne détestait finalement pas la vie à deux mais ne l'aurait avouer pour rien au monde. Tant que c'est pour Avril, il pouvait aller au bout du monde ou à un concert de minets à cheveux gras ! !

Avril avait trouvé dans ses notes un endroit calme et paisible qu'on lui avait conseillé lorsqu'elle avait fait un reportage sur un village du coin.

Partant pour cette aventure, Avril regardait méchamment Laurence alors qu'il conduisait. Une discussion assez vive avait éclaté lorsqu'Avril avait eu l'audace de vouloir conduire la voiture de Laurence.

- Tu la touches pas ! lui ordonna Laurence.

- Mais je l'ai déjà conduite !

- Je n'y voyais rien !

- Mais je sais conduire!

- Tu as le permis ?

- Ben non mais ça sert à rien et ils le donnent comme dans une pochette surprise !

- Non, pas question ! Si tu dis qu'ils le donnent t'as qu'à le passer !

- A cause de quoi, parce que je suis une femme ?

- Mais n'importe quoi !

- Mais tu le penses !

- Oh Alice c'est lourd là !

- Alors je peux te préparer le petit déj mais pas conduire ta voiture !

- Si c'était que de moi, il faudrait que tu aies un permis pour entrer dans une cuisine ! dit-il en souriant.

- Non mais quel goujat ! En le frappant au bras !

- Pas goujat, j'ai raison !

Les chamailleries se terminèrent au moment où ils atteignaient leur destination.

Ils trouvèrent le fameux coin sympa au bord d'un lac entouré d'une magnifique forêt.

D'autres personnes avaient eu la même idée mais l'espace était assez grand pour disposer d'une totale quiétude.

Laurence avait tout mis en place, couverture et couverts, sous le regard narquois d'Avril.

- Tu fais ça drôlement bien ! dit-elle en trinquant d'un verre de blanc avec Laurence.

Laurence haussa les épaules en souriant.

Ils attaquèrent le repas en discutant de tout et de rien Laurence essaya encore de négocier pour convaincre Alice de remettre le concert à une autre fois. En vain.

Laurence était battu, il ne pouvait se défiler.

Le temps passé, le silence se glissait entre eux sans qu'il ne soit une contrainte mais un moment de partage et d'appréciation du moment présent.

Adossé à un arbre Alice, voyait Laurence ranger tranquillement ses affaires et elle ferma les yeux en écoutant la nature ; un rayon de soleil réchauffait son visage.

Elle avait dû s'assoupir car le chant d'un oiseau la réveilla.

Elle sentit Laurence à ses côtés. Il profitait de sa sieste pour lire juste à côté d'elle. Elle s'était laissé aller sur son épaule. Concentré mais détendu.

Indiciblement elle appréciait sa présence et le bien-être que ça lui apportait, comme elle l'avait ressenti la nuit dernière. Elle se sentait protégée et à une place qu'elle sentait être la sienne.

Il la sentit éveillée et lui jeta un œil rieur.

- Tiens la belle au bois dormant est réveillée ! Ça va ?

- J'ai fermé les yeux 30 secondes !

- Oui bien sûr !

- Quelle heure qu'il est !

- Disons 3 heures et demie ! dit-il en regardant sa montre.

- Merde alors, j'ai dormi deux heures !

- Ah oui, bonjour la compagnie ! Quelle conversation !

- Fallait me secouer !

- Pourquoi faire ?

- Pour pas te planter !

- Mais tu plaisantes, je ne savais pas que j'avais un effet somnifère sur toi!

- Oui bon, on se bouge alors !

- Ca y est la tempête est réveillée et se jette partout ! Calme toi!

Alice regarda autour d'elle tout en s' étirant comme un chat pour se dégourdir.

- Il est chouette ce coin ! Faudra qu'on revienne !

- Oui j'ai vu …

- Oh regarde, ils font du vélo !

Ils voyaient passer du monde qui profitait du grand air pour se promener. Alice s'attarda sur une famille avec leurs deux enfants dont le plus jeune faisait des premiers pas très hésitants aidés par sa maman qui le guidait.

La photo laissait Alice rêveuse. Laurence voyait tout ce qui tournait dans la tête d'Avril.

- Tu veux des enfants Alice, lui dit le plus sérieusement du monde Laurence.

Ce n'était pas une question mais une affirmation.

Alice ne répondit pas mais ses yeux brillants parlaient pour elle. Swan lui prit la main en la serrant amicalement lui faisant sentir qu'il comprenait.

- Disons que c'est un peu ambigu dans ma tête. D'un côté, je sais qu'on ne répare pas son passé en promettant qu'on fera l'inverse de ce qu'on a subi. D''un autre côté, j'aimerai pouvoir donné tout l'amour qui m'a manqué. Mais un enfant ce n'est pas un jouet qu'on réclame et qu'on met de côté quand ça n'amuse plus.

Alice soupira.

- Pour être honnête, je ne sais pas.

- C'est normal, ça fait un moment que tu ne rêves plus. Mais tu ferais une super parent !

Alice regarda Swan avec les yeux écarquillés de surprise.

- Toi tu penses ça ? Vraiment !

- Ah oui, avec toi il saura se défendre, gueuler, se méfier mais aussi aider et tout faire pour réparer les injustices.

Il n'y avait pas d'ambiguïté dans les propose de Laurence.

- Tu le penses ? répéta Alice, incrédule.

- Avril, tu ferais un père formidable ! lui dit-il dans un sourire. Il apprendra le sport et la bagarre avec toi !

Alice restait pensive tout en regardant Laurence rangeait leur attirail.

- Et toi ça te fait quoi d'avoir un fils ?

Laurence soupira lourdement et s'arrêta le temps de rassembler ses pensées.

- Pour Thierry et moi c'est trop tard, je ne suis pas un père dans l'idée que je m'en fais mais je n'admettrai jamais qu'on touche un seul de ses cheveux !

- Protectrice comme une mama ! Tu ferais une très bonne louve !

- J'essaie de lui parler de certaines choses, de trouver des sujets de discussion, de points communs mais le temps est passé pour transmettre. On n'arrive pas trop à se confier, il est paradoxalement plus proche de ma mère. Mais on s'entend bien.

Laurence réfléchissait sur sa relation avec Thierry.

Un ange passa.

Avril se reprit plus rapidement.

- Ta mère, voilà quelqu'un de rock n'roll !

- Et ben voilà ! Emmène là ce soir à ma place !

- Ah non pas possible !

- Pourquoi ? dit il déçu.

- Je lui en ai parlé mais c'est elle qui insiste pour que tu sortes un peu pour voir le monde !

- C'est un complot en fait !

- Oui d'ailleurs à ce propos, je l'ai invitée demain à déjeuner !

- Quoi ! Mais pourquoi !

- Parce que je l'aime bien. Tu vas pas décevoir ta mère ? Elle veut manger une recette que tu fais à merveille paraît -il….

- Tu sais que ça ne me gêne pas mais si c'est pour te défausser du théâtre, tu l'as dans l'œil, moi aussi j'ai pris mes précautions et j'ai les places pour dimanche !

Il vit Alice faire grise, son plan démasqué.

Il se leva d'un bond et tendit la main à Alice pour la relever. Se fixant les yeux dans les yeux, le moment passé venait d'offrir une nouvelle facette de chacun.

Le temps faisant son œuvre, ils avaient fini par vivre une relation apaisée et complice. Ils se rendaient compte progressivement de l'attachement réciproque qui les liait. Alice le trouvait toujours trop macho et Laurence l'a trouvé toujours foutraque mais au fil des jours, ils apprivoisaient les détails de leur personnalité.

Alexina et Marlène étaient témoins de ce rapprochement qui les étonnait quand même. Leur nature respective était intacte : Alice, la bouillante tempétueuse et toujours partante et Laurence, arrogant, sage et réfléchi.

Dans la semaine suivant leur sortie, Alice était encore au journal quand elle entendit qu'une prise d'otage se déroulait dans un immeuble du centre-ville et que des coups de feu avait été tiré. Un policier aurait été blessé.

Le sang d'Alice ne fit qu'un tour. Elle appela le commissariat mais n'eut aucune réponse de Marlène ou de Laurence. Prise d'un pressentiment, elle fonça sur son scooter en direction du commissariat où régnait une grande agitation. Elle n'arrivait à avoir aucune information, ses indics habituels, Martin et Pagès étaient absents. Carmouille était présente et Alice dut déjouer sa surveillance pour entrer dans le bureau de Laurence en espérant le trouver à son bureau.

Vide.

L'angoisse devenait de plus en plus insoutenable. Elle se décida à parler à Carmouille.

- Dites Carmouille, où est Laurence ?

Carmouille était prise également dans l'ambiance survoltée du commissariat en raison de la prise d'otage et des rumeurs qui circulaient.

- Dégagez Avril, il est parti sur la prise d'otage. Le commissaire Tricard lui a demandé d'aller négocier.

Alice allait partir quand elle revint sur ses pas.

- C'est confirmé le policier blessé ?

Carmouille était folle de rage face à cette question.

- Avril vous n'êtes qu'un vampire à chercher des infos à sensation. Un policier à terre et vous vendez votre canard ? N'avez-vous pas honte ?

Avril était abasourdie par les propos de Carmouille. Ignorant la relation qu'elle avait avec Laurence, Carmouille ne voyait qu'en Alice la journaliste. Et le stress d'un collègue à terre la rendait encore plus désagréable.

- Et oh ca va Carmouille ! j'ai des amis ici, aussi je m'inquiète !

Carmouille se rendit compte qu'elle avait été dure avec Alice. Mais la situation ne se prêtait pas à la psychologie.

- Je ne sais pas grand-chose, je dois rester là. Tout le monde est parti à la prise d'otage, Ernest avec Laurence., lui dit-Carmouille, elle aussi inquiète.

Carmouille lui confirma l'adresse et Avril partit chercher des nouvelles sur place.

L'inquiétude ne la quittait plus d'imaginer Laurence pris dans la folie du preneur d'otage. Elle avait déjà eu peur pour lui à d'autres occasions mais leurs chamailleries et l'inconscience de la situation avaient masqué les dangers qu'ils couraient. Elle croyait à cette époque qu'il était indestructible. Aujourd'hui elle n'en était plus si sûre et elle ne raisonnait plus.

Elle arriva sur les lieux de la prise d'otage. Le quartier était barricadé à bonne distance de l'immeuble mais on voyait les gyrophares des voitures de police, des pompiers et des ambulances. Elle repéra immédiatement la voiture de Laurence sans pouvoir le distinguer parmi toutes les personnes au pied de l'immeuble.

Impossible de passer le barrage de flics. Elle se sentait inutile. Laurence était seul, elle ne pouvait l'aider comme elle l'avait fait si souvent. Elle se concentrait sur les mouvements des policiers pour deviner l'évolution de la situation.

Subitement, la déflagration d'un coup de feu traversa la cohue de la foule et un grand silence se fit. Tout le monde avait le regard porté sur la façade de l'immeuble espérant voir à travers les murs pour comprendre la situation.

Des cris et un brouhaha se firent entendre en même temps que l'on voyait plusieurs policiers sortir de l'immeuble escortant un homme. L'individu était plutôt porté comme un colis. Il fut installé dans le panier à salade sans ménagement et ils partirent à toute vitesse.

Les policiers firent traverser les badauds qui s'éloignèrent, déçus, le spectacle étant terminé.

Toujours pas de Laurence à l'horizon. Un ambulance était toujours en attente . Rien ne bougeait.

Enfin Tricard sortit accompagné d'une dame d'âge moyen avec ses deux enfants. Il les accompagna à l'ambulance qui partit aussitôt.

Alice, n'y tenant plus, s'approcha aussitôt de Tricard

- Tricard, Tricard ! Tout va bien ?

- Avril ! Mais qu'est ce que vous faites là ?!

- J'ai entendu parler de la prise d'otage, d'un policier blessé, Laurence était absent du bureau, et puis le coup de feu, Avril parlait à la vitesse d'une mitrailleuse. Où est Laurence ?

- Avril qu'est ce que vous faites là !

Le son de la voix de Laurence paralysa Avril.

Elle n'osait pas se retourner.

Laurence se rapprochait d'elle. Laurence ne tenait pas à parler à Alice en présence de Tricard.

Il fit un signe à Tricard qu'il s'en occupait, au grand soulagement du divisionnaire.

D'un signe de tête Laurence fit comprendre à Alice de patienter avant de parler que Tricard se soit éloigné d'eux. Dans ce même regard, elle voyait qu'il avait compris sa peur.

- Alors Avril on fouine ? lui demanda t-il avec arrogance pour donner le change aux policiers encore autour d'eux.

D'un geste de la main, il lui prit le coude pour partir vers sa voiture et avoir un peu d'intimité.

Avril était encore pâle de peur et de tout ce qu'elle avait imaginé concernant Laurence. De son côté, l'adrénaline donnait à Laurence une assurance qu'il n'avait pas vraiment après la prise d'otage.

Une fois seul, il essaya de lui parler.

- Alice, ça va ?

Avril le regarda, toujours en transe.

Laurence prit ses mains pour essayer de la réveiller de sa torpeur.

- Alice parle-moi !

- Oh mon dieu, je ne sais pas quoi dire ! j'ai cru que tu étais blessé, mort, je ne sais pas !

- Mais non tout va bien, regarde, je vais bien !

- Oui mais au journal quand on a su pour la prise d'otage, on a parlé d'un policier blessé. Je suis allée au commissariat, tu n'y étais pas…. Et j'ai pensé, j'ai pensé….

La nuit tombée, ils n'arrivaient pas à se voir vraiment.

Tellement obnubilée de voir Laurence sain et sauf, elle ne put se retenir de se serrer dans ses bras. Laurence, surpris, accepta de bonne grâce cette effusion qui lui faisait un bien fou aussi.

- Ca va Alice, tout va bien !Personne n'est blessé, encore des ragots de journaleux !

Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre un bon moment avant de reprendre leurs esprits. Puis soudain Alice montra une colère féroce contre le preneur d'otage.

- Mais il est fou ce con là !

Laurence essaya de la raisonner sans trop réussir.

- Tu sais il a des circonstances atténuantes. Il revient d'Algérie et il n'arrive pas à oublier ce qu'il a vu là-bas. Il ne supportait plus le regard des gens.

- Mais il a tiré !

- Oui il a tiré en l'air mais rien de grave, sa femme a réussi à le raisonner avec nous et tout s'est bien fini.

- Mais il aurait pu les blesser, te blesser !

- Mais ce sont des choses qui arrivent! Comme dans toute enquête !

- Non c'est pas pareil !...C'est pas pareil…. Je n'étais pas là !

- Mais Avril c'est le métier de policier, tu le sais.

- Avec moi, il ne t'arrive jamais rien et là…

- Il ne m'arrive jamais rien avec toi, c'est vite dit !

Laurence fatiguait de ne pouvoir calmer Alice. Elle essaya de s'expliquer

- Je veux dire… tu aurais pu ne pas rentrer ce soir ? Chaque jour, tu peux ne pas rentrer c'est ça ?

Elle venait de prendre conscience de la fragilité de son lien avec Laurence et imaginer la vie sans lui l'espace d'un moment. Elle avait pris conscience de la place qu'il occupait dans sa vie depuis longtemps mais encore plus maintenant.

Alice avait mis le doigt sur une évidence qui lui avait totalement échappé jusque-là. Alice sortit de sa catharsis, au moment où elle sentit Laurence prendre ses mains.

- Alice?

Elle se sortit de l'emprise de Laurence pour poser ses deux mains sur le visage de Laurence. Les yeux d'Alice étaient remplis de peur.

- J'ai cru te perdre. ! Si je t'avais perdu….

Et subitement elle l'embrassa comme si c'était le dernier jour de sa vie. Laurence répondit à ce baiser avec intensité.

Subitement il se reprit.

- Excuse-moi, je n'aurai pas dû ….

- Non c'est moi, Swan, le contrecoup de toutes ces émotions, je n'ose imaginer….

- Oui c'est comme moi, je n'imaginais pas que tu, que toi aussi…

Il se rendait compte qu'il allait déballer ses sentiments sur un trottoir en pleine nuit et que le moment manqué sévèrement de la grâce qu'il espérait un jour trouvé à évoquer ses sentiments.

Laurence prit le visage d'Alice dans ses mains et la regarda intensément.

- Viens, on rentre…dit Laurence troublé.

- Mais tu t'imaginais quoi ?

Il allait partir vers sa voiture quand Alice le retint par la main. Laurence se sentait comme un renard pris dans les deux d'une voiture, incapable de trouver le moyen de se sauver. Il n'arrivait qu'à regarder le bout de ses chaussures, proche de la torture.

- Dis moi, parle….

- Disons que …comment dire…. Enfin …je n'imaginais pas que tu t'inquiétais pour moi aussi, je pensais que je te tapais plutôt sur le système qu'autre chose, que je t'étais utile, sans plus….analysait Laurence non sans une certaine mauvaise foi cherchant à percer ce qu'Alice pensait de lui.

- - Mais c'est dégueulasse ce que tu dis là ! dit Alice en colère. On n'en est plus là ! Et puis d'abord c'est plutôt moi qui semblais te taper sur le système, je m'impose dans ta vie, tes petites habitudes ridicules, ton quotidien chronométré.

Laurence observait Avril qui montait dans les tours comme la furie qu'elle avait coutume d'être, une habitude qu'il croyait disparu. Il reprit sur le même ton qu'elle.

- Tu te rends compte que tu es en train de me pourrir en pleine rue pour une connerie alors que trente secondes avant tu t'inquiétais pour moi. Tu viens de découvrir que mon métier était dangereux alors que moi depuis le début je passe ma vie à te protéger, à t'épargner toutes les emmerdes dans lesquelles tu plonges allégrement sans un sou de jugeotte ! A mes risques et périls !

Cette tirade eu le mérite de clouer le bec d'Alice qui savait combien elle devait à Laurence de l'avoir sorti de mille et un mauvais pas.

Laurence reprit plus calmement voyant Alice entendre enfin ce qu'il lui disait.

- Parce que moi je m'inquiète tout le temps pour toi et bien plus encore.

- Quoi bien plus encore ? Qu'est ce que tu veux dire ?

Laurence n'avait plus envie de se taire sur ce qu'il ressentait.

- Quand nous nous sommes rencontrés, tout m'agaçait chez toi, vraiment tout. Et puis, j'ai vu combien il te fallait te battre pour trouver ta place qu'à force j'ai commencé à m'amuser de toi et puis tu me manquais quand je ne te voyais pas sur une enquête. Au fur et à mesure, j'ai commencé à aimer tes phrases à la con, ton obstination à vouloir me tenir tête et à tes analyses farfelues mais plutôt efficaces.

Alice le regardait bouche bée devant sa tirade.

Laurence poursuivait.

- Mais ya encore des trucs qui m'énervent, rassure-toi !

- Ah bon quoi donc ?

- Ça m'énerve quand tu ne te limites qu'à la facilité de tes dons sans chercher l'exigence dans ton travail. Ah oui, et puis, je ne supporte pas les regards des mecs que tu provoques sans pouvoir dire quelque chose alors qu'ils ne t'arrivent pas à la cheville parce que moi non plus, je n'y arrive pas, à ta cheville !

Laurence n'en revenait pas de son audace. Il se balançait d'un pied sur l'autre, ses jambes ne se tenant presque plus dessus.

Il finit par marmonner.

- Enfin bref….

Alice ne savait pas quoi dire devant cette déclaration qu'aucun homme ne lui avait jamais faite. Instinctivement, Avril comprit que Laurence avait tout cela dans sa tête depuis très longtemps.

Laurence n'avait qu'une envie : arrêter de se donner en spectacle.

- Viens on rentre, lui dit Laurence.

Ils se regardèrent dans les yeux, gênés, Laurence détourna son regard. Alice récupéra son scooter et Laurence l'a suivie, attentif à sa conduite après toutes les émotions qu'elle avait vécues.

Ils arrivèrent silencieux devant l'appartement, Laurence laissa Avril entrer la première. Laurence ne souhaitait pas s'attarder dans une autre conversation et n'avait en tête que le chemin de sa chambre pour trouver la fuite, sans embarras supplémentaire.

- Bonne nuit Alice à demain.

Il tourna les talons sans attendre de réponse.

Laurence avait l'impression d'avoir créé la fission de l'atome dans le cerveau d'Avril, à son corps défendant. Les mots étaient sortis tous seuls sans contrôle et avec quelques regrets. Dévoiler ses sentiments lui avait toujours sembler un aveu de faiblesse.

Laurence était couché depuis presqu'une heure dans son lit dans le noir et dans le silence de la nuit. Il imaginait que le silence d'Alice allait détruire la relation qu'ils avaient essayé de construire. Et par sa faute à lui, en plus !

- Tant pis pour moi, ça facilitera le retour à la normale, se dit il après s'être retourné une bonne vingtaine de fois sur lui-même pour trouver le sommeil. En vain.

Un bruit cependant attira son attention et la porte s'ouvrit. Il sentit une présence dans sa chambre, le clair de lune dessinait une silhouette se penchant vers son lit….

A suivre

PS remerciements à Satai Nad pour ces encouragements et ses conseils et bravo pour ses formidables et notamment la dernière "Jeux d'Ombres"