Chapitre 9: Juste une fois...
— Non.
— Déesse, sois-
— J'ai dit non!
— C'est ça petite, te laisse pas faire!
— John, tu n'aides pas, là.
Marinette avait reçu une visite alors qu'elle était retournée chez elle prendre quelques affaires. La voilà maintenant avec Nelson (aka Fate ou son père adoptif qui prenait son rôle trop au sérieux), John Constantine (aka grand frère casse-pied) et Zatanna Zatara (aka grande sœur surprotectrice).
Lorsque Marinette les vit apparaître dans son salon, la bleunette comprit immédiatement qu'elle n'aimerait pas ce qu'elle allait entendre.
Quand Fate lui expliqua que la Cour des Hiboux connaissait son identité, elle avait presque envie de rire. C'était étonnant qu'ils n'aient pas trouvé cette information plus tôt. Marinette n'avait pas cherché à se cacher cette fois-ci.
Ces gens lui avaient déjà tout pris une première fois. Marinette s'était jurée qu'elle ne fuirait plus. Elle en avait plus que marre de toujours se cacher, de toujours être celle qui doit fuir, d'être toujours celle à qui on demande de tout abandonner.
Ces quelques jours qu'elle avait passé en compagnie de Dick lui avait fait réaliser quelque chose d'extrêmement important : elle était heureuse.
Et cette fois-ci… Juste… cette fois-ci…
Elle se fichait bien d'être blessée.
Juste une fois…
Je veux goûter au bonheur… Juste une fois…
Zatanna s'avança vers elle et lui caressa la joue affectueusement.
— Marinette, je comprends que tu ne veuilles pas partir, mais les choses ont changé. Je ne sais pas encore pour combien de temps je pourrai tenir la Ligue loin de toi.
— Ce n'est pas tout. Je sais que Robin a découvert ton identité également. Pour le moment, il se tient tranquille, mais ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne crache le morceau à Batman.
Marinette resta silencieuse.
John décida d'intervenir, il était clairement agacé par la situation.
— Marinette, si tu veux rester, reste.
— John!
— Zatanna!
— …
— Ce que je veux dire, c'est qu'au lieu d'imposer à la p'tite ce que vous voulez, parce que soyons honnête aucun de vous deux ne voulait qu'elle quitte "le nid", laissez là faire ses choix.
Les trois commencèrent à se disputer sur la question. Marinette les aimait de tout son cœur. Fate, Zatanna et John sont les trois personnes qui l'ont accueilli lorsqu'elle était au plus bas. Ils lui ont appris à maîtriser ses pouvoirs. Ce sont également eux qui lui ont permis de se rendre compte à quel point elle avait été… manipulé toute sa vie.
La bleunette avait été conditionnée à toujours faire ce que les autres attendait d'elle. Elle devait toujours tout sacrifier pour le bien être des autres. Si quelque chose tournait mal, c'était de sa faute. Elle avait été trahie par les personnes qu'elle aimait de tout son cœur.
Même si elle avait ses torts dans l'histoire avec Lila… Rien ne justifiait le meurtre de son père.
C'était toutes ces petites actions, qui avait fait qu'aujourd'hui encore, elle était une personne avec aussi peu de confiance en elle. Marinette était encore sujette à des périodes de déprime intense.
Mais tout avait changé ces derniers temps…
Il… avait tout changé.
Ces jours passés auprès de Dick lui avait fait prendre conscience de ses sentiments. C'était inutile de le nier, elle était tombée amoureuse de Nightwing, de l'officier Grayson… De ce nigaud de Dick. Lorsqu'il faisait des blagues stupides qui n'étaient pas drôles, quand il se moquait de sa maladresse, quand il sautait de toit en toit pour protéger la ville… Marinette aimait toutes les facettes du jeune homme.
Et Dick partageait ses sentiments.
Marinette était capable de littéralement voir les émotions des gens. Elle pouvait voir leur âme. Dick avait de forts sentiments pour elle. Cependant, quelqu'un d'autre avait également l'affection du jeune vigilant.
C'était bien parce que Marinette avait conscience de cette réalité, qu'elle n'avait toujours rien tenté.
Elle était prête à patienter un peu. À lui laisser du temps.
Cependant… Elle était LA balance universelle.
Dick était fort. Nightwing était un adversaire redoutable. Mais, il ne pouvait rien faire contre le destin. Si elle restait avec lui, alors inévitablement, des catastrophes se cumuleraient autour d'eux.
Je devrais m'éloigner.
Fate et Zatanna avaient raison.
Mais… Je ne veux pas… Est-ce que... juste une fois… Je pourrais être égoïste? Juste une fois…
Marinette se racla la gorge pour attirer l'attention des trois autres adultes présents dans la pièce.
— J'ai… besoin de temps pour réfléchir.
— Marinette, il n'y a plus de-
— S'il vous plait.
Fate soupira. Zatanna la regarda tristement. John secoua la tête de droite à gauche, clairement contrarié. Ils eurent la "gentillesse" de la laisser toute seule.
Marinette rentra à l'appartement de Dick. Enfin… leur appartement, comme elle aimait le penser.
Au fond… La petite Marinette rêveuse ne l'avait jamais complètement quitté.
Les jours qui suivirent ne furent pas simples. Elle ne savait pas quoi faire.
Devait-elle partir?
Devait-elle prendre le risque de rester?
Pouvait-elle avouer ses sentiments?
Devait-elle juste les garder pour elle?
Fate entre temps, lui transmis des informations inquiétantes : elle avait plusieurs assassins à ses trousses. Et certains d'entre eux avaient déjà commencé à bouger.
Evidemment, Dick n'était pas un idiot, il se rendit vite compte que quelque chose la tracassait.
— Mari-...[...] Marinette!
— Uh?! Quoi?! J-Je suis désolée… Tu disais?
— Mari… Qu'est-ce qui ne va pas? Tu sais que tu peux me parler, n'est-ce pas?
— Je…
La franco-chinoise le regarda alors droit dans les yeux, plongeant son regard dans ses yeux azurs. Il était sincèrement inquiet pour elle.
— Je… dois partir Dick.
— Oui… Ton café et ton appartement sont quasiment réformés.
—… Non… Je dois… partir de Blüdhaven.
— … Quoi?! Mais… Pourquoi?
— …
— Marinette? Qu'est-ce qu'il se passe? Parle-moi.
Il prit sa main dans la sienne et posa son front contre le sien.
Ce n'était pas juste.
Pourquoi devait-il être aussi… aussi… attentionné?
Son esprit lui disait de couper court à la conversation. Son cœur était en train de se briser.
— Marinette?
— Je… suis recherchée par certaines personnes… qui m'ont retrouvé.
Dick ne dit rien. Il la regarda juste droit dans les yeux, l'incitant à continuer. Sa main se resserra autour de la main de Marinette.
Elle ferma les yeux un instant, puis inspira lentement.
Au lieu de lui dire qu'elle allait partir… Marinette finit par lui avouer la vérité. Le secret qu'elle gardait précieusement.
— Il y a plusieurs années… Lorsque j'habitais encore à Paris. Un terroriste est apparu. Il terrorisait la ville en utilisant un artefacte magique qui lui permettait de donner un super-pouvoir à la personne de son choix. Il utilisait cette capacité pour contrôler des gens et les transformer en super-villains.
— J'en ai entendu parler.
— Pour combattre ce terroriste, deux jeunes ont été choisis. Ces deux personnes se sont vus confier deux des pouvoirs les plus dangereux du monde. Deux pouvoirs qui représentaient l'équilibre du monde: le pouvoir de la création et le pouvoir de la destruction. Ce fut ainsi que deux héros sont apparus à Paris. Ladybug et Chat Noir.
— Hmm-Mmm.
— Et l'un de ces élus… c'était moi… J'étais… J'étais Ladybug.
Les yeux de Dick s'écarquillèrent légèrement.
— À l'époque j'avais 13 ou 14 ans, je ne m'en souviens plus très bien. J'étais naïve… et complètement insouciante… J'avais des rêves, des amis, une famille… un crush… À cette époque, je ne voulais pas devenir une héroïne. Mais d'un autre côté, devenir Ladybug était pour moi un immense honneur. J'avais du mal à joindre les deux bouts. J'étais constamment stressé. Il fallait que je vive ma vie de collégienne tout en ayant le sort du monde sur les épaules.
Marinette resta silencieuse pendant un temps, essayant de mettre de l'ordre dans ses idées.
— Je n'avais pas d'entraînement, pas d'encadrement… Je n'ai rencontré celui qui m'a choisi que plusieurs mois après avoir reçu mes pouvoirs… La seule chose qui me protégeait, c'était mon uniforme magique. Mon partenaire avait le même âge que moi, et lui non plus n'avait aucun entraînement. Nous étions deux gamins qui devaient se battre contre un homme adulte.
Dick fronça les sourcils, mais continua silencieusement à l'écouter.
Marinette lui raconta les combats, lui raconta à quoi servait les Miraculous. Puis, elle arriva finalement au cas Lila Rossi.
La bleunette lui avoua tout ce qu'il s'était passé.
— Elle a tué mon père Dick… Parce que je n'acceptait pas ses mensonges… Tout ça pour être la fille populaire du collège…Et moi… J'ai dû continuer à jouer aux héros, alors que je n'avais plus personne… Ce que je faisais n'avait plus aucun sens pour moi.
C'était amusant. Elle aurait sérieusement cru que raconter cette histoire la mettrait dans un état déplorable, qu'elle pleurait toutes les larmes de son corps. Mais au lieu de cela, la jeune femme ne ressentait rien. Juste un immense vide.
Marinette continua de lui raconter son histoire. Comment elle était partie au Tibet pour recevoir une formation de gardien. La mystérieuse disparition de Maître Fu… Comment elle a du travailler quatre fois plus dur que tous les autres, parce que les autres gardiens n'acceptaient pas qu'une femme soit parmis eux…
Les punitions…
Les coups…
L'entraînement inhumain.
— J'étais à leur merci. Je pensais que ce qui m'arrivait était juste. Que c'était normal.
Marinette lui parla de l'attaque de la Cour des Hiboux sur le temple et surtout… De son choix complètement fou de sceller les Miraculous en elle.
— J'étais tellement désespérée. Je pensais avoir de nouveau tout perdu. Je pensais que si je scellait les bijoux en moi et qu'ensuite je me suicidais, cela empêcherait la Cour d'avoir les bijoux.
Elle lui parla de sa rencontre avec Fate, puis avec les autres. Comment ils lui avaient fait comprendre que sa situation n'était pas normale. Comment il l'avait caché de la Ligue des Justiciers. Et… de Batman...
— Aujourd'hui, tous les Miraculous existant, qui avait été volé par la Cour des Hiboux, sont sous la protection de Fate, Zatanna et John et moi-même. L'objectif étant de ne laisser plus aucun humain entrer en contact avec ces bijoux et de les garder en sécurité. Personne n'est au courant de cette histoire… Et maintenant, la Cour est persuadée que je possède tous les Miraculous. Et… Ils connaissent mon identité… C'est pourquoi, Fate et les autres veulent que je quitte Blüdhaven pour revenir vivre dans la Maison des Mystères avec eux. Là où personne ne pourra me trouver…
— Hmm… Alors ces cicatrices sur ton dos… Ce sont les gardiens qui te l'ont fait ?
— Oui.
— Et donc… Tu sais… pour moi?
— Que tu es Nightwing? Oui. Depuis le premier jour. Je n'ai rien dit, parce que c'est ton secret. Et je sais à quel point c'est important.
— …
— Dick… Je dois partir. Mais… Je n'en ai pas envie.
Dick plongea son regard dans le sien. Il lâcha sa main, qu'il tenait fermement tout le long de son récit. Il prit son visage entre ses mains.
À cet instant, il n'y avait plus besoin de mot. Son regard lui disait tout ce dont elle avait besoin de savoir.
Leur visage se rapprochèrent.
Dick captura ses lèvres et l'embrassa avec passion. Leurs lèvres bougeaient, complètement synchronisées.
Leurs cœurs battaient à l'unisson.
La passion laissa place à des caresses désespérées.
Une danse endiablée.
Deux corps s'unissaient pour la première fois.
Juste pour cette fois… Elle oubliait tout.
Juste pour une fois… Laissez moi être égoïste.
