Re !

Et voici une dose un peu plus douce, pour alterner ^^

/!\ RISQUE DE SPOILERS À PARTIR DU CHAPITRE 960

/!\ WARNING : Prostitution, travail des enfants, maltraitances, violences, meurtres... Et dans un autre registre, Transidentité, relation "homosexuelle".

Cet OS a été écrit pour les Nuits du Fof, le but étant d'écrire en une heure sur un thème donné. Vous pouvez m'envoyez un MP pour plus d'informations, je ne mords pas !

Disclaimer : One Piece appartient à Eichiiro Oda, je ne fais que maltraiter ses personnages...

130ème Nuit du Fof, Thème N°4 : Brisé


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9# Fleur épanouie

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Izou a mal jusqu'au bout des orteils, affalé sur son lit, comme une poupée brisée.

Luce lui a donné une journée et une nuit de congés après son service spécial, mais il a l'impression que son corps ne s'en remettra pas de sitôt. L'enfoiré. S'il le pouvait, il lui ferait bouffer ses propres couilles avant de lui trancher la gorge.

Il soupire et ferme les yeux. La fatigue le rend vulgaire, mais il n'a même pas la possibilité de dormir, tellement son corps est perclus. Il n'a même pas eu le courage d'enlever son kimono avant de s'écrouler dans les draps. La solitude lui pèse, comme un poids sur sa poitrine, pour la première fois depuis longtemps.

Il aimerait tellement que Thatch soit là, pour compenser son sommeil fuyant.

Les gonds de la porte de sa chambre grincent soudain, indiquant que quelqu'un l'a poussée. Il s'apprête à rembarrer l'impertinent qui vient le déranger, quand une voix s'élève, étrangement douce et tremblante, comme si son propriétaire tâtait le terrain.

― Je peux entrer ?

Izou ne peut retenir son sourire alors qu'il accepte, soulevant ses paupières. La porte est refermée et un poids creuse le matelas, tandis que son ami s'installe à ses côtés, l'air inquiet. Il ne devrait pas être là. Il devrait se trouver aux cuisines, à attendre l'heure de préparer le repas de midi, mais le samouraï n'a pas coeur à le renvoyer. Il apprécie trop sa présence.

― Tu… Tu vas bien ?

― J'ai vu pire, ne t'inquiète pas pour moi, souffle-t-il.

― Ça ne me rassure pas !

Le cuisinier esquisse une moue boudeuse, arrachant un rire léger au prostitué, qui lève un bras pour remettre une mèche brune derrière l'oreille de l'adolescent. Ses cheveux ont bien poussé depuis son arrivée, mais cela ne le fait pas ressembler à une femme pour autant. Une ombre de barbe commence à apparaître sur les joues encore juvéniles et gonflées.

― Laisses-moi prendre soin de toi, Izou. S'il te plaît.

Le samouraï suspend son geste, alors qu'il croise les yeux bruns. Une drôle de lueur y brille et il a envie de la toucher des doigts pour s'y brûler. Pour sentir la morsure de la lumière de Thatch et s'y plonger sans un retour en arrière. Son coeur bat plus vite à cette pensée et il écarquille les yeux, soudain effrayé par la chaleur qui explose dans sa poitrine et s'étend dans tout son corps.

― Je vais prendre ton silence pour un oui !

Avant même que le jeune homme de vingt-et-un ans n'ait le temps de protester, son ami est déjà debout, allant prendre la bassine et le chiffon qu'il utilise pour se débarbouiller. Il comprend finalement qu'il verra les marques et les traces de sperme laissés par ses clients et blanchit. Il refuse que le cuisinier s'occupe de le nettoyer dans cet état-là. Rien que l'idée qu'il le voit à ce point sale lui noue la gorge.

Il ne pourrait pas supporter un regard de dégoût de sa part.

Il se redresse et tend sa main comme pour le retenir, mais ses doigts ne se referment que sur le vide. Ses muscles protestent de l'effort ainsi demandé et il esquisse une grimace. Cependant, un oreiller se retrouve soudain dans son dos, et Thatch pose ses mains sur ses épaules pour l'encourager à s'allonger.

Mais Izou ne peut s'enlever de la tête la réaction de son ami en voyant son corps, même si ce n'est pas la première fois. Sa main tremble, jusqu'à ce que le brun l'englobe entre ses doigts.

Leurs regards se croisent à nouveau et l'intensité qu'il lit dans les yeux noisette fait déglutir le samouraï, alors qu'un frisson parcourt sa colonne vertébrale. Il ne comprend pas ce qu'il est en train de ressentir, mais étrangement, sa peur semble s'être soudain envolée.

― Tout va bien, d'accord ? Je refuse de te laisser dans cet état. Je veux juste te protéger à mon échelle, tu peux comprendre ?

Thatch chuchote, mais c'est comme s'il avait hurlé ses mots. Son trop grand corps parle encore et Izou ne peut juste plus refuser. Avec un soupir, il ferme les yeux, abandonnant la bataille qu'il aurait de toute façon perdue si le cuisinier avait fait son regard de chiot abandonné sous la pluie.

Le silence reprend alors ses droits tandis que le plus jeune défait l'obi du kimono et passe le chiffon humide sur les traces des ébats forcés. Mais la tension est de plus en plus palpable, les doigts encore malingres se serrant de plus en plus contre le morceau de tissu et brisant le coeur du prostitué, qui soulève ses paupières. Il prend entre ses mains celles de son ami, les frottant doucement du pouce.

― Tu n'es pas obligé de le faire, tu sais, je comprendrais que ça te rebute trop pour…

― Tu es aussi idiot que moi, tu sais ? l'interrompt Thatch.

Le cuisinier se penche vers lui et Izou pressent soudain ce qui l'attend. Mais ni le dégoût, ni la lassitude ne s'emparent de ses tripes. Au contraire, un brasier impatient s'allume dans ses veines, alimenté par un coeur fou qui a déjà pourtant été consumé trop de fois par un espoir futile. Il ne connaît pas cette sensation au creux de son ventre, mais il sait déjà qu'il la chérira à jamais.

Une fleur s'ouvre dans son ventre lorsque les lèvres de Thatch se posent délicatement contre les siennes, en un contact délicat. Un pétale d'amour posé sur une bouche trop souvent martyrisée. Izou a peur de comprendre, comme il ne peut s'empêcher de vouloir connaître la vérité.

― Je ne suis pas dégoûté par toi ni par ton corps. Je suis en colère contre ceux qui te font subir ça. Je voudrais te garder loin d'eux, mais je suis trop faible pour ça, comme j'ai été trop faible pour protéger ma mère. Alors… Je ferais ce que je peux.

Un murmure, chuchoté contre ses lèvres comme un secret. Une confession qu'Izou inspire pour la garder au chaud dans sa poitrine et la fleur dans son ventre s'épanouit en bouquets foisonnants. Et il comprend soudain mieux Oden et Toki. Il y a des choses qui ne s'expliquent pas, mais qui se ressentent.

Et le jeune homme ressent, indéniablement.

― Je nous sortirais de là, je te le promets. Je te ramènerais chez moi. Ma famille sera sans doute méfiante à ton égard, mais fais-leur à manger et tu achèteras leur ventre à coup sûr.

Thatch éclate de rire tout contre ses lèvres, rayonnant sa joie, avant de reprendre sa tâche en babillant.

Izou traverserait mille enfers pour garder son sourire pour lui tout seul.


J'espère que ça vous a plu !

Il devrait y avoir au moins trois autres chapitres...