Pansy/Ginny
La soirée avait bien commencé. Quelques verres de Whisky-Pur-Feu et beaucoup de rires gênés après le début de la petite fête d'Halloween, la tension dans la salle commune des Huitième-Année avait presque disparu. Les trois invitées surprise y étaient pour beaucoup : Astoria était tellement adorable que personne ne pouvait lui résister, Ginny Weasley se déchaînait et n'hésiter pas à taquiner Potter - chose qui lui faisait gagner des points aux yeux de Pansy -, et Luna était tellement étrange qu'elle en devenait attachante, surtout qu'elle ne tenait pas l'alcool.
S'embrassant dans un coin, Weasley et Granger ne faisaient aucun mal - sauf peut-être à la Pudeur. Les Serdaigle venaient de partir, soi-disant pour réviser l'ASPIC blanc de DCFM du lundi suivant, mais les Serpentard suspectaient depuis longtemps quelques soirées qui pourraient être considérées comme des atteintes aux bonnes mœurs. Les Poufsouffle étaient tous à peu près ivre morts, dont Hannah Abbot qui reposait sa tête sur les cuisses d'un Londubat dans un état déplorable. Londubat était un Poufsouffle manqué, le fait qu'il ait invoqué l'épée de Gyffondor ne changerait jamais ça. Pas si Pansy avait voix au chapitre.
Tout se passait bien, donc. Sauf que Potter et Drago, cet immonde cancrelat à qui elle n'aurait jamais dû faire confiance, s'entendaient bien trop et s'étaient liés contre leurs ex-couvertures respectives. À savoir Pansy et la fille pour qui elle avait un fort faible : Ginny Weasley elle-même./
Pansy n'était pas aveugle. Elle voyait bien que c'était probablement réciproque, encore qu'elle ne savait pas vraiment pourquoi. Après tout, elle était celle qui avait voulu vendre Potter au Seigneur des Ténèbres, ce qu'on lui reprochait toujours alors que Potter en était venu à la même conclusion.
Pansy avait beau avoir conscience de l'attirance de la rousse pour elle, elle voulait prendre son temps, s'accoutumer à ces sentiments. Elle avait toujours pensé qu'elle se marierait avec Drago pour faire plaisir à leurs parents respectifs, mais le Ministère avait interdit les mariages arrangés et Drago avait été trop heureux d'être libre pour maintenir le contrat autrement. Alors qu'on lui avait toujours dit que les sentiments ne devaient pas interférer dans les choix qu'elle faisait, elle commençait à comprendre qu'elle pouvait aimer qui elle voulait, et le dire. Ses parents n'étaient plus en mesure de gâcher sa vie professionnelle si elle ne faisait pas ce qu'ils voulaient.
Elle n'était pas prête à aller aussi vite que le voulaient Drago et Potter. Et les enfermer toutes les deux dans un placard sans issue était le pire qu'ils aient pu faire. La grande inscription en lettres cursives sur l'intérieur de la porte fermée, Je m'ouvre au terme, signifiait sans doute qu'elles devaient s'embrasser ou autre pour pouvoir sortir, ce qu'elle ne se sentait pas encore vraiment prête à faire. Pire encore, Pansy était claustrophobe.
La soirée avait donc bien commencé, mais ça commençait à déraper un peu trop à son goût. Ginny sembla remarquer son trouble (probablement à cause de son hyperventilation) et l'aida à reprendre sa respiration, murmurant lentement dans son oreille et prenant de longues respirations audibles pour que Pansy se calque sur son rythme.
- Merci, Weasley, croassa-t-elle, essuyant rapidement les larmes qui avaient commencé à couler.
- Je connais ça, t'inquiète. Je suis désolée pour l'humour nul de Harry, il ne sait probablement pas que... enfin bref, désolée.
- Mais Drago sait que je suis claustrophobe ! Je me fiche que ce ne soit pas le cas de Potter, l'inverse serait même assez inquiétant, mais Drago ? Franchement, c'est... je ne sais même pas si je lui importe encore.
- Ah, les mecs, rit la rousse en fronçant du nez. Tous des imbéciles qui pensent tout savoir. Surtout bourrés, ils sont insupportables.
Elle avait un beau rire, pour la sœur de Ronald Weasley et son rire de phoque asthmatique.
- Tu m'étonnes. Drago est incapable de comprendre que j'ai besoin de m'adapter à la situation, que je ne peux pas me précipiter et baiser Potter en cachette comme si c'était une évidence.
- Quoi ? s'étrangla Ginny. C'est juste un exemple ou... ?
- Blaise aime beaucoup Drago, mais je suis sa meilleure amie, et je passerai toujours avant cet imbécile de Malefoy. Apparemment ils oublient le sort de silence une fois sur deux.
Pansy disait cela sur un ton badin qui eut raison de Ginny, laquelle explosa d'un rire qui ressemblait cette fois bien plus à celui de son frère - sifflant et incontrôlable, remplissant l'air ambiant. Cette pensée ramena soudain Pansy à leur situation et l'angoisse sourde revint. Elle s'arma de courage et posa sa main contre l'épaule nue de Ginny.
- Il faut qu'on sorte d'ici avant que je ne me liquéfie. Une idée de ce que notre imbécile de Sauveur a bien pu définir comme "terme" ?
- Pas quelque chose de trop intrusif selon lui, supposa la rousse après avoir repris contenance, donc pas plus loin qu'une galoche, je pense. Mais tu n'es pas prête, pas vrai ? Pansy.
- Je préfère tout foutre en l'air que de refaire une crise de panique et épuiser l'air de ce putain de placard. Ginny.
Elles se regardèrent quelques secondes les yeux dans les yeux avant de pouffer et s'embrasser. Longtemps. Jusqu'à ce que Pansy ne manque d'air et ne se précipite vers la porte, qui s'ouvrit facilement, sa main toujours entremêlée à celle de la rousse.
