Hello, hello, bonne année (en retard) à tout le monde !

Ça fait très longtemps (trois mois pour être précise) que je n'ai pas updaté cette histoire, je suis vraiment désolée pour les délais. Le travail et la fatigue ralentissent la rédaction. En plus, j'ai eu un gros blocage au moment d'écrire ce chapitre, je n'arrivais pas à construire un récit qui me paraissait fluide et logique. J'ai écrit genre, trois versions avant de sortir celle-ci, et je n'en suis que moyennement satisfaite. Mais j'ai décidé de la publier parce que je voudrais que l'histoire avance, et j'ai déjà beaucoup abusé de votre patience.

Attention, GROS SPOILERS sur le jeu dans ce chapitre. Excusez les éventuelles coquilles, fautes de frappe, de grammaire où d'orthographe.

Disclaimer : Final Fantasy XV ne m'appartient pas.


Chapitre 17 : l'Impératrice de Niflheim

Ignorant les regards expectatifs de ses compagnons, Noctis réunit tout son courage et, lentement, glissa l'anneau du Lucii sur son majeur. Il ne savait pas exactement à quoi il s'était attendu, mais certainement pas à ça : rien. Rien du tout. Pas un sentiment de puissance incontrôlé, pas même un tressaillement de sa magie au contact de cette relique ancestrale qui se passait de roi en roi depuis des siècles. Juste le contact froid de l'argent contre sa peau. Le jeune homme fixa sa main baguée, ne sachant pas s'il devait se sentir déçu ou soulagé.

Gentiana – Shiva avait eu la gentillesse de reprendre sa forme habituelle, sans doute pour éviter aux mortels de la fixer avec des yeux écarquillés sans pouvoir croire ce qu'ils voyaient – s'approcha de lui dans un bruissement d'étoffes.

– Il est temps, murmura-t-elle de sa voix chantante. Le Roi Élu doit revendiquer son trône, accomplir sa destinée.

Noctis réprima un frisson. L'heure était venue de quitter le Sanctuaire, leur refuge inespéré. Shiva leur avait révélé avoir dissimulé la pièce des yeux de leurs ennemis avec sa magie. Ce qui expliquait comment, par miracle, personne n'avait encore trouvé leur cachette. Un peu plus tôt, Tellus avait appris, via les réseaux sociaux, que le Lucis venait officiellement de perdre la guerre. Le nouveau gouvernement monté par Livius, Clélia et Drautos s'étaient inclinés sans surprise devant la puissance de l'Empire. Ça n'était pas surprenant. Ce qui l'était plus, en revanche, c'était l'annonce de la mort de Iedolas, sobrement annoncé par le Niflheim via un message court et sans explication quant au décès brutal et inexpliqué de l'Empereur.

Une nouvelle Impératrice régnait à présent sur le continent de l'Ouest, et s'érigeait en victorieuse de la guerre. Elle était ici même, à Insomnia, et Noctis savait qu'elle et son armée avaient investi la Citadelle. Seule la protection accordée par Gentiana les protégeait de leurs ennemis. Plus pour longtemps. Noctis savait qu'il ne pouvait pas éternellement se cacher.

Il poussa un soupir, et adressa un regard à son père, qui s'était péniblement relevé, soutenu par Tellus.

– Tu es sûr que tu veux venir ?

C'était la sixième fois qu'il posait la question. Et pour la sixième fois, Régis lui répondit exactement la même chose.

– Je ne vais pas te laisser y aller tout seul, Noct.

Un sourire forcé tordit la bouche du jeune roi. Il aurait aimé croire que son père aurait la force de le soutenir, de l'aider, mais les dernières forces de Régis étaient en train de l'abandonner. Gentiana avait pu soigner Ulric – ce dernier se tenait bien d'aplomb sur ses jambes, puissant et alerte, sans plus aucune trace de fièvre – mais elle était impuissante face au mal qui rongeait Régis.

– La magie du Cristal n'est pas un mal que je peux guérir, avait-elle soufflé d'un air sincèrement désolé. Tel est le fardeau de la lignée de Bahamut.

Noctis en avait pleuré. De grosses larmes s'étaient échappées de ses paupières en entendant le verdit de Shiva. Si une Astrale ne pouvait même pas soigner son père – ni même lui – alors qui le pouvait ? Le sort des rois du Lucis était véritablement scellé. Ils étaient condamnés par leur ascendance, et par une destinée que, personnellement, Noctis n'avait jamais demandée.

Le jeune roi regarda sa petite équipe. Cor, Clarus, et Ulric constituaient sa garde rapprochée. Il avait partagé sa magie avec Ulric, mais même avec trois soldats dotés de la magie du Cristal, ils constituaient une cible facile pour l'Impératrice et son armée. Mais Noctis ne voulait pas se battre. Régis et Tellus étaient les plus vulnérables du groupe. Tellus n'avait plus la magie – et il avait refusé de la recevoir de la part de Noctis – et Régis était clairement affaibli. Clarus jetait des regards replis de douleur et de regrets en direction de la dépouille de Gladio. Il n'avait même pas demandé à Shiva de lui ramener son fils. La mort, avait déclara Shiva de sa voix mélancolique, n'était pas un mal à guérir, mais un passage qu'il fallait un jour prendre.

C'était peut-être à leur mort qu'ils couraient tous. Mais la décision de Noctis était prise. Il refusait de fuir. Il refusait d'abandonner Ignis à son sort.

Et il y avait Prompto. Prompto était son vassal. Prompto était son ami.

Prompto pouvait être le lien qui unirait deux nations déchirées par la guerre. Et Noctis espérait sincèrement que cela suffirait.

OOO

Le soleil déclinait, et avec lui se terminait la toute première journée officielle de paix. Depuis quelques heures déjà, l'ensemble de la presse internationale diffusait l'annonce officielle de Stella que la guerre était terminée, et que le Niflheim en sortait vainqueur. Les journaux étaient imprimés par milliers, tandis que les éditions spéciales se multipliaient sur les plateaux télévisés où experts en armement, géopolitique et grandes personnalités intellectuelles débattaient sur l'avenir qui se profilait désormais devant eux. Les réseaux sociaux bourdonnaient d'activité, certains soulagés que la guerre soit terminée, d'autres enragés d'avoir perdu. Beaucoup se lamentaient de la chute d'Insomnia, qui représentait pour beaucoup le dernier « bastion » d'un monde libre.

En proie à l'emprise impériale, la capitale lucisienne était sous blocus et ses rues étaient méthodiquement passées au peigne fin pour neutraliser toute éventuelle résistance armée. Les civils étaient recensés et « priés » – pour ne pas dire sommés – de rester chez eux jusqu'à nouvel ordre. Quelques tentatives de manifestation contre Stella avaient été rapidement et facilement réprimées, non pas dans le sang mais dans une violence toute urbaine : plusieurs civils étaient rentrés chez eux couverts de bleus et certains avaient même fini à l'hôpital avec un nez ou une mâchoire cassée.

Prompto n'approuvait en rien ce qui se déroulait, mais se sentait complètement impuissant. La Citadelle, devenue prise de guerre par les impériaux, était remplie par les chants patriotiques et même traditionnels braillés par les troupes victorieuses. Le jeune homme grimaça en croisant un groupe de soldats occupés à piller de fond en comble ce qui avait été les appartements privés de Noctis. La totalité des tableaux avaient été retirés, sans doute pour les vendre au plus offrant ou bien comme butin de guerre, et les hommes riaient allégrement alors qu'ils vidaient l'intégralité de la garde-robe du prince, subtilisant au passage broche, montre ou tout objet de valeur.

Le prince soupira et abandonna l'idée d'intervenir. Le Niflheim fêtait sa victoire absolue après trois décennies de guerre et de souffrance. Les soldats impériaux découvraient probablement pour ce qui devait être la première fois une ville préservée des ravages de la guerre comme du Fléau. Le soleil brillait de tous ses rayons ici, et les daemons n'avaient pas envahi la région. Insomnia arborait un niveau de richesse et d'opulence presque insultant pour des impériaux dont les cités les plus riches étaient tombées les unes après les autres dans la misère et l'obscurité.

Stella était de loin la plus allègre de tous. Prompto la retrouva dans le bureau du roi, au dernier étage de la Citadelle. Il n'avait encore jamais eu l'occasion d'y pénétrer, et ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux en voyant le magnifique panorama qui se déployait sous la large baie perçant un mur entier de la pièce. Les buildings futuristes de l'hyper-centre se présentaient au regard, tandis que les pavillons des banlieues aisées sur la périphérie s'étalaient comme les motifs d'un gigantesque éventail. Une ceinture grise d'immeubles sales et d'aspect insalubre enserrait la ville, séparant l'hyper-centre des banlieues. Au-delà de la frontière autrefois représentée par le Mur, la campagne verte et boisée s'étendait à perte de vue. On pouvait même apercevoir les premiers monts desséchés annonçant le paysage aride de Hammerhead.

Loin de s'émouvoir du paysage, Stella était occupée à fouiller méthodiquement les tiroirs de l'immense bureau de bois ouvragé et finement sculpté de Régis. Le précieux parquet était recouvert de feuilles et de dossiers qu'on avait négligemment jetés au sol. Le vase de fleurs de Scylle qui devait décorer le bureau gisait maintenant au sol, la porcelaine en débris, l'eau se répandant lentement dans l'amas de papiers, et les pétales mauves des fleurs piétinées par Stella.

Qu'est-ce que tu fais ? demanda Prompto en constatant le désastre.

Il se lamentait de voir chaque pièce de la Citadelle mise sans dessus dessous. Lui qui nourrissait le maigre espoir de rendre son trône et son pays à Noctis – ou à Régis si ce dernier était encore en vie – cela s'avérerait difficile si chacun de ses compatriotes, y compris sa propre sœur et impératrice – s'affairait à piller tout ce qu'il trouvait. Stella ne lui accorda même pas un regard.

Je cherche, marmonna-t-elle en ouvrant un tiroir.

Elle n'offrit aucune explication supplémentaire. Ça lui ressemblait bien, quand elle ne voulait pas révéler ses plans et ses projets. Prompto la connaissait trop bien pour être agacé. Il se contenta de s'approcher en enjambant soigneusement chaque débris.

Il savait qu'il fallait se montrer diplomatique. Stella vibrait d'une énergie nerveuse, frénétique. Malgré la joie et la fierté apportées par la victoire, quelque chose la troublait toujours, et Prompto avait l'intime sentiment que ça n'avait rien à voir avec la mort de l'Empereur. Comme pour l'approuver, sa sœur referma brutalement le tiroir après avoir jeté l'intégralité de son contenu par terre. Elle poussa un soupir frustré qui ressemblait au feulement d'une panthère.

Il n'y a rien ! Juste une tonne de paperasse inutile ! Pas étonnant que le vieux Régis ait perdu la guerre, s'il passait son temps à signer ces foutus papiers !

Elle se laissa tomber dans l'immense fauteuil derrière le bureau avec son habituelle indolence. Prompto haussa les sourcils. Stella ne se rendait même pas compte de l'étrange scène qu'elle offrait, elle l'Impératrice de Niflheim, installée sur le siège même du pouvoir lucisien. Pour elle qui avait rêvé pratiquement toute sa vie de ce jour – le jour où elle se pavanerait, fière et victorieuse, dans l'imprenable Citadelle de l'imprenable Insomnia – c'était inattendu et inquiétant. Ses sourcils étaient froncés et sa bouche formait une ligne raide qui tirait les traits de son visage dans une grimace frustrée et furieuse.

J'ai déclaré la victoire, mais nous n'avons pas encore retrouvé Régis ni son rejeton, grogna-t-elle, les yeux brillants de rage. Tellus Scientia et Clarus Amicitia sont introuvables, tout comme ce salopard de Cor Léonis !

Prompto se mordit l'intérieur de la joue. Il avait lui aussi noté l'absence notable des cinq hommes, ainsi que celle de Nyx Ulric – dont le nom ne figurait ni sur la liste des morts ni sur celles des prisonniers. Il soupçonnait que tout ce petit monde avait réussi à prendre la fuite pour protéger Régis et Noctis, et espérait qu'ils avaient pu quitter Insomnia avant l'établissement du blocus impérial.

Tout le monde croit Régis mort à cause de la chute du Mur, poursuivit Stella. Et je ne les ai pas démentis. Mais je ne pourrais pas apporter de preuve si on m'en demande. Et des rumeurs courent déjà sur son marmot. Beaucoup prétendent qu'il aurait survécu et qu'il est en cavale, qu'il prépare une rébellion pour reprendre son trône.

Tu pourrais l'appeler par son prénom, fit remarquer le plus jeune d'un ton faussement léger.

Stella arbora une moue méprisante.

Je l'appellerai par son nom quand il méritera qu'on l'appelle par son nom.

Le regard de l'impératrice était incandescent. La notion des prénoms avait une valeur toute particulière pour les impériaux, et d'autant plus en ce qui concernait les familles royales ou impériales. Il était de coutume de ne pas appeler un prince ou une princesse héritière par son prénom avant qu'il ou elle ne monte sur le trône. Le prénom était ce qui allait rester dans l'histoire, ce qui marquerait la personne comme dirigeant de sa nation. Il serait associé à son règne, ses exploits et ses échecs.

Aux yeux de Stella, Noctis n'était qu'un gamin qui n'avait pas encore assumé sa charge de roi. Elle avait toujours trouvé scandaleux que son prénom soit affiché dans les gros titres alors qu'il n'était qu'un prince héritier. Pour elle, c'était lui accorder un honneur qu'il ne méritait pas. Si elle savait que Prompto avait révélé le sien au prince lucisien… Prompto réprima un frisson. Il n'osait même pas imaginer la réaction de sa sœur si elle savait à quel point il avait accordé sa confiance, son allégeance, à un prince étranger qu'elle méprisait.

Comme si elle avait lu dans ses pensées, la jeune impératrice plissa soudain les yeux dans sa direction.

Tu as reçu la magie du gamin de Régis, lança-t-elle en se redressant dans son immense fauteuil. Ça veut dire que... vous êtes devenus amis pendant que tu étais ici ?

Il y avait du jugement dans les yeux de Stella, de la jalousie dans le pli de ses lèvres, de la colère dans les tendons saillants de son cou. Le plus jeune pouvait littéralement percevoir l'épée de Damoclès au-dessus de sa tête, menaçant de s'abattre sur lui et sur le lien qui l'unissait à sa sœur. La loyauté de Stella dépendait de celle qu'elle recevait en retour. Prompto sentit la peur l'étreindre, la crainte de voir sa sœur s'éloigner de lui alors qu'il venait à peine de la retrouver. Il secoua la tête.

On se connait pas trop, marmonna-t-il. Ça fait que quelques semaines que je suis ici, c'est pas beaucoup pour faire connaissance.

Ce n'était qu'un demi-mensonge. Prompto ne pouvait pas prétendre qu'il connaissait bien Noctis. Son homologue n'était pas non plus ce qu'on pouvait appeler un individu très ouvert. Mais il avait trouvé chez le jeune prince des similitudes à sa propre situation qui les avait rapprochés. Plus important encore, les deux jeunes hommes partageaient un même désir de s'affranchir des frontières et de partager leurs différences pour construire un monde commun.

Noctis avait accepté les différences culturelles qui les opposaient et les avait intégrées sans se poser de question. Il avait remis son propre gouvernement en question pour comprendre le point de vue Prompto. Malgré les doutes et la peur qui avait obscurci son jugement, il s'était efforcé de passer outre ses craintes et avait offert à Prompto sa magie. Parce qu'il voulait le protéger. Parce qu'il doutait de sa destinée. Parce qu'il avait choisi un ami qui ne partageait pas forcément ses convictions, mais à qui il faisait néanmoins confiance.

Mais de ça, Prompto ne pouvait pas en souffler un mot à sa sœur. Il était persuadé qu'elle ne comprendrait pas. Qu'elle était trop engoncée dans la douleur d'avoir perdu son père, dans la vieille rancœur qu'elle nourrissait contre le Lucis depuis de longues années, pour comprendre. Elle était l'Impératrice de Niflheim, elle était l'épée de l'Empire, sa force vitale et offensive, et elle ne pourrait pas pardonner à la nation qui avait menacé son pays pendant si longtemps.

N'empêche qu'il t'a accordé sa magie, insista l'aînée en se levant lentement. Il est peut-être idiot, mais il ne doit pas faire ça avec n'importe qui.

Sa voix était devenue plus aiguisée que la lame d'un rasoir. Elle ressemblait à une louve qui guettait sa proie. Ses yeux bleus, glacés, se plantèrent dans ceux de Prompto comme deux lasers. Le doute s'insinuait en elle comme une tâche d'encre s'étalait sur une feuille vierge. Elle avait fait preuve d'une loyauté sans faille envers son cadet. Elle attendait qu'il lui rende la pareille, parce que c'était ainsi qu'elle fonctionnait. Son amour était inconditionnel, mais pas son soutien, et encore moins sa confiance.

Tu as raison, murmura Prompto en baissant les yeux, et il pouvait pratiquement sentir la tension émaner de Stella. Il ne partage pas sa magie avec n'importe qui. Je suis un prince impérial. Il a partagé sa magie avec moi parce qu'il… espérait que nos deux pays pourraient trouver un accord, entamer un processus de paix. C'était officieux, il l'a fait sans le consentement de son père ou de son gouvernement. C'était son geste pour montrer la bonne foi du Lucis.

C'était tellement plus, mais Stella n'avait pas besoin de le savoir, décida le jeune homme en affrontant sa sœur du regard. Cette dernière l'examina de longues secondes, à la recherche de la moindre faille pouvant trahir ses paroles.

J'espère que tu te rends compte que votre belle petite alliance n'est plus valable, finit-elle par lâcher.

Prompto afficha un sourire amer.

On est littéralement en train de piller sa maison pendant que sa ville est sous notre blocus. Tu crois que je ne m'en suis pas aperçu ?

Tu n'as pas l'air satisfait de la situation.

Le blond retint un gros soupir. Stella était comme un molosse accroché à un os. Elle ne lâcherait pas. Elle détestait les non-dits, elle voulait des réponses franches et n'admettait pas le doute. Cette fois, Prompto décida de répondre franchement.

Non, dit-il sur un ton catégorique en plongeant son regard déçu dans celui de l'Impératrice. Je n'ai jamais aimé ce genre de situation. Regarde autour de toi – il désigna le bureau de Régis en carnage – cet endroit appartenait à des gens. Ils vivaient là, les objets qu'on leur vole sont les leurs. Je n'ai pas aimé cette situation à Lestallum, je n'aime pas plus cette situation à Insomnia. On a gagné la guerre. Pourquoi en rajouter en écrasant ceux qui ont déjà perdu ?

Ça ne faisait que rajouter de la douleur, et ça ne faisait que renforcer le sentiment de haine envers deux peuples qui s'étaient fait détesté pendant trois décennies. Les lucisiens avaient peut-être jalousement conservé le Cristal derrière le Mur, mais les impériaux ne s'étaient jamais gênés pour imposer leur dominance totale sur les villes lucisiennes qu'ils avaient envahi les unes après les autres. Les impériaux n'y voyaient que la juste compensation de la misère et du chaos engendrée par les ténèbres qui rongeaient l'Empire, privé de la lumière du Cristal. Tandis que les lucisiens interprétaient leur agressivité comme infondée, nourrissant la rancune et l'incompréhension qui séparait les deux peuples. Le Protectorat d'Accordo avait constitué l'unique territoire où impériaux et lucisiens avaient cohabité sans s'entretuer.

Prompto rêvait de voir au moins cette même cohabitation de froide cordialité s'établir maintenant que la guerre était finie. Mais en contemplant la mine austère de Stella, il comprit que ça allait probablement rester un rêve. Au moins, son explication franche et honnête eut le mérite d'apaiser le nœud de tension qui semblait s'être logé dans le ventre de sa sœur. La jeune femme se détendit imperceptiblement, et son expression s'adoucit sans pour autant s'éclairer. Elle partageait la peine de son frère mais n'allait pas faire quoi que ce soit pour l'apaiser.

Tu as toujours été trop tendre pour la guerre, Prom, soupira-t-elle, confirmant les pensées de son cadet. Je comprends ton point de vue, mais je ne peux pas relâcher notre emprise maintenant. Le moindre signe de rébellion doit être écrasé. Du moins jusqu'à que nous ayons transféré le Cristal jusqu'à Gralea et sécurisé son emplacement.

Les préparatifs pour transporter la précieuse pierre jusqu'au Niflheim prendraient certainement toute la nuit. Le départ des premiers vaisseaux impériaux qui gravitaient dans le ciel pur d'Insomnia était prévu pour demain. En plus du Cristal qui bénéficierait de sa propre escorte armée, les blessés et les corps des soldats impériaux allaient être rapatriés par la même occasion. Prompto pensa à Aranea et à ses soldats. Les mercenaires avaient perdu un nombre incalculable de soldats en escortant le prince impérial au Lucis. Prompto savait qu'il avait une dette envers eux, une dette qu'il ne pourrait probablement jamais honorer.

J'ai obtenu le soutien d'Accordo, insista Stella qui voyait le visage de son frère se décomposer au fil des secondes. Et l'Oracle est de notre côté. Nous obtiendrons la faveur populaire avec le temps, à travers le soutien de l'Oracle et de la Chancelière.

Prompto voulut rétorquer que Stella avait capturé la première et fait du chantage à la seconde. Le soutien qu'elle en obtenait était forcé, et surtout fictif. La paix qu'elle bâtissait ressemblait à un colosse aux pieds d'argile : prête à s'effondrer à la moindre perturbation. Mais ça, Stella le savait. Accordo ou même Tenebrae n'avaient guère d'importance à ses yeux. Elle était toute entière tournée vers le Lucis, vers son désir de prendre une revanche longtemps ruminée contre le royaume de l'Ouest, pour Prompto ne savait quelle raison.

Le jeune homme regarda le carnage de papiers et de documents de toutes sortes jonchant le sol.

Dis-moi la vérité, demanda-t-il d'un ton qui oscillait entre fermeté et supplication. Qu'est-ce que tu cherches ici ? Tu soupçonnes le roi d'avoir un secret ?

Il doit en avoir une flopée, ricana Stella en secouant la tête, faisant onduler ses longs cheveux d'or blanc. Mais il y en a un qui m'intéresse plus particulièrement…

Elle poussa négligemment un délicat presse-papier qui semblait être en cristal pur – l'objet bascula du bureau et se fracassa en mille morceaux dans un vacarme épouvantable – pour faire de la place à un immense rouleau de papier qu'elle étala sur toute la surface du bureau. Curieux, Prompto s'approcha. L'espace d'un instant, le jeune homme fut frappé par la beauté de l'ouvrage. Le papier était d'une haute manufacture et recouvert d'un délicat filigrane représentant une Faucheuse – l'armoirie royale lucisienne. Un enchevêtrement de noms soigneusement calligraphiés reliés entre eux par des fils d'encre courbés comme des arabesques recouvraient l'intégralité du papier.

– Lucis Caelum, lut Prompto en posant les yeux sur le nom de la famille royale figurant en bonne place au sommet du papier.

Leur arbre généalogique, précisa Stella non sans froncer le nez avec dégoût. Ton cher prince est ici.

Elle tapota le nom de Noctis, figurant tout en bas du document. Il n'y avait pas de place en-dessous pour noter le nom de son éventuel descendant. Prompto remonta lentement la filiation de Noctis, depuis Régis jusqu'à un dénommé Marcus Lucis Caelum qui figurait tout au sommet du papier.

Il est incomplet, grogna Stella en serrant les poings. Je voulais remonter jusqu'au tout premier roi de leur lignée, mais ce Marcus n'est que le vingt-troisième monarque.

Prompto ne comprenait pas. Certes, le document qu'il avait sous les yeux était très certainement d'une valeur historique inestimable. Mais pas pour sa sœur. Stella ne s'intéressait pas aux vieux bibelots poussiéreux qui s'entassaient dans des salles d'archives oubliées. D'ù venait sa subite et suspicieuse passion pour les ancêtres de Noctis, dont elle ne pouvait déjà pas supporter l'existence ?

Qu'est-ce que tu cherches ? répéta Prompto en se tournant vers elle.

Stella le regarda gravement. Toute trace d'irritation et d'impatience avait disparu. Son expression était devenue trop sérieuse, trop solennelle.

Un nom, répondit-elle, énigmatique.

Ce n'était pas une réponse satisfaisante. Ce n'était pas une réponse du tout. Le cadet ouvrit la bouche pour insister, bien déterminé à lui sortir les vers du nez. Mais à cet instant précis, un coup bref fut frappé contre la porte. Avant que Stella ou Prompto n'aient le temps d'accepter – ou dans le cas de Prompto, de refuser – l'entrée à quiconque les dérangeait, la poignée fut tournée énergiquement et la porte s'ouvrit. Le Chancelier apparut dans l'embrasure, tout sourire.

Prompto retint à peine une grimace face à cette apparition de mauvais augure.

Éminence, Altesse, roucoula-t-il. J'ai une excellente nouvelle pour vous !

L'étincelle malsaine de ses yeux mordorés dansait avec plus de vivacité qu'à l'ordinaire. Il était comme un chat qui venait d'attraper une souris, et qui comptait s'amuser de longues minutes avec elle avant de se résoudre à la dévorer.

Mais si Prompto se sentait comme une souris, Stella n'en demeurait pas moins une louve qui ne se laissait jamais intimider, pas même par un individu aussi sinistre que l'était le Chancelier. Elle se plaça devant son frère – l'éternelle protectrice, incapable d'abandonner son cadet quand même ils étaient tous deux adultes et membres à part entière de l'armée impériale – et affronta Izunia du regard, les sourcils levés en signe d'interrogation.

Le roi et ses proches viennent de se rendre ! jubila le Chancelier. Ils se cachaient dans un vieux sanctuaire depuis le coup d'état, mais ils ont décidé de venir vers vous dans l'espoir de négocier et de trouver un accord. Le roi du Lucis vous demande audience, Éminence.

C'était une bonne chose que Stella lui tourne le dos, ainsi elle ne vit pas son visage quand Prompto ferma les yeux de dépit à l'annonce du Chancelier. Malheureusement, la mimique n'échappa au regard acéré de son dernier qui l'observait par-dessus l'épaule de l'Impératrice. Un sourire plissa ses lèvres de manière imperceptible, quelque chose comme un regard complice brilla dans ses yeux mordorés. Prompto détourna le regard, le cœur battant.

Ça pouvait être de la trahison. Lui comme le Chancelier le savait. L'héritier Argentum devait s'aligner avec l'héritière Aurum s'ils voulaient préserver l'équilibre impérial, s'ils voulaient que le peuple reconnaisse sa toute nouvelle impératrice. Elle ne devait pas savoir que Prompto avait juré allégeance à Noctis. C'était une trahison qu'elle ne pourrait pas pardonner.

Mais fidèle à lui-même, Izunia ne révéla rien des véritables sentiments qu'il avait vu l'espace d'une seconde sur le visage du prince impérial. Au contraire, il reporta un regard amusé sur Stella.

Éminence, chantonna-t-il. Il semblerait désormais que votre victoire soit totale. Absolument totale.

Le petit regard qu'il jeta en direction de Prompto ressemblait à un clin d'œil. Le jeune homme ravala le vif sentiment de nausée qu'il sentait monter en lui sans prévenir. Il avait l'impression d'avoir un couteau dans la main. Et qu'il s'apprêtait à le planter dans le dos de sa sœur.

Et le Chancelier ? Il se délectait du spectacle.

OOO

Noctis Lucis Caellum fit ses premiers pas de roi du Lucis sous les regards suspicieux et les mitraillettes de ses ennemis. Au moins, on ne les avait pas tués à vue, et il considérait ça comme une grande victoire, mais il concédait que cette chance était principalement due à la présence de Gentiana. Si Shiva avait choisi de se dissimuler derrière son apparence habituelle, cela suffisait à impressionner les impériaux. La plupart l'avait déjà vue aux côtés de Luna. Sa présence, à la fois douce et imposante, conférait au groupe de rescapés une aura presque irréelle. Aucun soldat n'avait osé les approcher, se contentant de les serrer de près tandis qu'ils s'avançaient dans les couloirs, en direction de la salle du trône.

C'était étrange de voir la Citadelle remplie d'impériaux. Des soldats vêtus de blanc et de rouge sillonnaient les couloirs de ce qui avait été son foyer, pillant et détruisant tout ce qui leur tombait sous la main. Les teintures frappées des armoires royales du Lucis avaient été retirées et jetées à terre pour être remplacées par les bannières de Niflheim. Partout, on entendait les consonances râpeuses du graléan tandis que les impériaux s'appropriaient un lieu qui ne leur appartenait pas. Si les regards posés sur Régis et Noctis reflétaient curiosité, méfiance et pitié – dans le cas de Régis, qui ne pouvait pas avancer sans se servir de Tellus et Noctis comme de béquilles – ceux adressés à Cor étaient ouvertement hostiles et haineux. Ce que Noctis supposait être des insultes en graléan fusaient régulièrement de la foule de soldats qui les encerclait. Le Maréchal resta de marbre, se contentant de lancer des regards glaciaux autour de lui tandis qu'il avançait en tête avec Ulric.

Noctis observa la foule autour de lui. Il se souvenait des photos que Prompto leur avait montrées au début de son séjour. C'était des hommes et des femmes de chair et de sang. C'était des gens avec leur culture, leur langue et leurs croyances. Il y avait quelque chose d'étrange à les voir ici. Ils représentaient cet autre côté du monde que Noctis n'avait jamais connu autrement que par les récits de guerre, les anecdotes sanglantes racontées par les anciens combattants, les critiques des géopolitiques et des intellectuels lucisiens qui estimaient qu'au mieux, les impériaux étaient des incultes, et au pire, des psychopathes assoiffés de sang. Si Prompto avait offert un premier chamboulement à cette image, certes grossière, mais que Noctis n'avait pu s'empêcher d'appliquer en dépit de son esprit critique, les soldats envahissant son royaume détruisaient méthodiquement tout ce qu'il avait pu imaginer sur le Nilfheim.

Ils n'étaient pas abois. Ils ne vénéraient pas le Lucis. Ils étaient fiers à leur façon. Ils refusaient de baisser les bras. Et quand bien même leur ancien Empereur avait été un individu belliqueux, ils avaient combattu pour leur survie. Pour la lumière. Et Noctis, même s'il souffrait de voir son foyer tombés entre leurs mains, n'arrivait pas à leur en vouloir. Ils étaient le peuple de Prompto.

L'antichambre menant à la salle du trône était remplie par une foule compacte, de laquelle se dégageaient les quelques silhouettes austères de Magitecks. Leurs yeux rouges, vides, étaient perdus dans le lointain alors qu'ils pointaient mécaniquement leur mitraillette en direction de Noctis et son escorte. Devant les portes closes menant à la salle du trône se dressait un homme qui détonnait au milieu des uniformes blancs des soldats de l'Empire. Il portait un curieux enchevêtrement de vêtements superposés les uns sur les autres, le tout recouvert par un long manteau qui élargissait sa carrure déjà conséquente. Un chapeau posé sur sa tête dissimulait un visage fourbe, duquel brillaient deux yeux aux étranges lueurs mordorées.

Un sourire qui n'avait rien de rassurant se dessina sur ses lèvres en voyant la petite escorte fendre la foule d'impériaux. Il ôta son couvre-chef et effectua une petite révérence ridicule.

– Bienvenue parmi nous, lança-t-il d'une voix moqueuse, et surtout dans un lucisien parfait. Je suis Ardyn Izunia, Chancelier de Niflheim, porte-parole de son Éminence, l'Impératrice de Niflheim.

Puis, se redressant, il adressa un clin d'œil à Gentiana.

– N'est-ce pas ici la divine escorte de Sa Majesté Lunafreya ? Plus belle et plus glaciale que la toundra ?

Noctis fronça les sourcils. Les paroles du Chancelier étaient lourdes de sous-entendus. Gentiana inclina la tête.

– Le Roi Élu bénéficiera toujours du soutien des Astraux et de la protection accordée par l'Oracle.

– Oh ? fit la Chancelier sans se départir de son sourire. Le Roi Régis aurait-il abdiqué en faveur de son digne héritier ?

Puis, jetant un regard à la main baguée de Noctis, il parut d'autant plus enchanté.

– Magnifique ! claironna-t-il. Toutes mes félicitations, Votre Majesté ! Longue soit la vie du nouveau roi.

Et il frappa sa poitrine dans une parfaite démonstration du salut lucisien. Mais venant de lui, le geste paraissait moqueur.

– Son Éminence l'Impératrice a accepté votre demande d'audience, ajouta-t-il d'un ton léger, même si Noctis le savait déjà. Elle vous propose un petit entretien en tête-à-tête : elle et son frère Son Altesse Impériale le prince Argentum, et vous et votre père. Votre... petite escorte pourra vous attendre ici.

Aussitôt, Noctis secoua la tête avec véhémence.

– Hors de question, rétorqua-t-il sèchement. Je ne les laisserai pas seuls ici !

Pas aux mains d'une foule armée. Ses compagnons avaient peut-être la magie du Cristal, mais ils étaient surpassés en nombre. Gentiana se tourna vers lui, ses yeux gris grand ouverts.

– Que le Roi Élu apaise son cœur, murmura-t-elle. Je resterais à leurs côtés, aussi longtemps que le Roi Élu le désire.

Ses paroles tirèrent des exclamations surprises de la foule. La plupart ne voulait clairement pas attaquer Gentiana, à la fois effrayés par les pouvoirs de l'escorte divine et par respect pour Luna. Noctis voulait être convaincu par son alliée, mais il n'aimait vraiment pas l'idée de les abandonner là. Mais Cor et Clarus se tournèrent comme un seul homme vers lui, le visage résolu.

– Laisse-nous, ordonna le Maréchal sans préambule. Nous t'attendrons.

– On n'a pas le choix de toute façon, ajouta Clarus.

Le jeune roi n'aimait pas cette idée. Mais il ne voyait pas d'autre solution. Il ignorait pourquoi l'Impératrice voulait le voir seul, mais c'était peut-être tout aussi bien pour la convaincre de trouver un accord. Elle voulait le Cristal, et seul Noctis pouvait en contrôler l'énergie. Alors il hocha la tête, défait, et laissa Tellus lâcher délicatement Régis pour s'éloigner et rejoindre Cor, Clarus et Nyx près de Gentiana.

Régis et Noctis se retournèrent vers le Chancelier. Izunia les examinait avec la même attention clinique que celle d'un scientifique étudiant une colonie de fourmis. Noctis n'aimait pas cet homme. Il dégageait une aura dangereuse, pauvrement dissimulée derrière une attitude exagérément burlesque. Il n'inspirait ni confiance ni bienveillance.

Le Chancelier leur adressa un dernier sourire sournois, puis pivota dans un tournoiement d'étoffes et poussa les portes menant à la salle du trône. Noctis laissa son père s'appuyer lourdement contre son épaule, et ensemble, père et fils emboîtèrent lentement le pas à Izunia. Quelle belle équipe ils faisaient, ironisa-t-il intérieurement, une belle équipe de bras-cassés. La salle du trône était complètement vide – ce qui faisait une étrange impression – et, fidèles à leurs paroles, les impériaux restèrent en arrière. Noctis n'osa pas se retourner pour croiser le regard de ses amis. Au lieu de ça, il fixa son regard droit devant lui.

Deux silhouettes vêtues de blanc se dressaient en haut des marches menant au trône. L'Impératrice de Niflheim, et le Prince Régnant Argentum. Noctis leva le menton, redressa ses épaules, et se força à rester fier, et à garder la tête haute.

OOO

Pour la première fois, Noctis comprit ce que les étrangers et les roturiers pouvaient ressentir en entrant dans la salle du trône. Pour lui, ce n'avait été qu'une pièce où il avait grandi. Aujourd'hui, elle lui semblait immense et méconnaissable : les hauts murs recouverts des drapeaux de Niflheim, l'interminable volée de marches des escaliers incurvés menant au trône, taillé dans un bloc de roche gris d'argent surmonté des emblèmes du Lucis, l'immense tapis menant au dais. La salle du trône vibrait de toute la puissance d'un monarque qui se savait fort et influent. Noctis se sentit tout petit, quand bien même c'était son propre trône qu'il voyait devant lui.

Le siège était vide. En dépit de sa légendaire arrogance, l'Impératrice n'avait pas eu la prétention de s'y installer. Si cette dernière se dressait en conquérante au haut des marches, Noctis préféra se concentrer sur Prompto. C'était la première fois qu'il le voyait en chair et en os depuis leur serment. L'image de son homologue, inconscient et le visage ensanglanté, hantait toujours son esprit. Aussi ne put-il retenir un grand soulagement en constatant que le prince impérial s'était remis. Il tenait bien d'aplomb sur ses deux jambes et paraissait alerte, bien qu'il paraisse toujours très pâle et que des cernes épais soulignaient son regard inquiet.

Une couronne d'argent brillait dans ses cheveux blonds. Noctis la remarqua au dernier moment. C'était un ornement fin, discret mais bien présent. Couplée à l'uniforme, au médaillon qui brillait contre sa poitrine, et au pistolet passé à sa ceinture, elle conférait à Prompto le rang qu'il portait. Il était un prince au même titre que Noctis venait de devenir roi. Noctis déglutit, sentit comme une pierre dans sa poitrine même s'il était heureux de voir Prompto en bonne santé, et revenu parmi les siens. Son regard glissa lentement vers la troisième personne debout à côté du prince impérial.

Au cours des dernières années, les tabloïds lucisiens s'étaient plu à répéter que l'Oracle et l'héritière Aurum se ressemblaient comme deux sœurs. Et il était indéniable que la princesse Aurum – ou plutôt l'Impératrice de Niflheim, à en croire les dires du Chancelier - partageait une indéniable ressemblance avec Luna. Ses longs cheveux blonds étaient peut-être un plus clairs, sa peau sans doute un peu plus blanche, mais les deux femmes avaient la même taille, la même carrure, les mêmes yeux bleus, la même élégance dans la façon de se tenir. Mais leur similitude s'arrêtait là. Quand Luna irradiait la douceur et la force tranquille, Aurum dégageait une arrogante fierté et une puissance brute. Ses yeux n'étaient pas deux saphirs remplis de sagesse comme ceux de l'Oracle, mais des blocs de glace, froids et aiguisés comme des lames. Elle portait à sa ceinture une longue épée, et Noctis devina le fourreau d'un poignard dans les replis de son uniforme. Au contraire de Prompto, sa tête était nue, mais son médaillon d'argent brillait contre sa poitrine opulente.

La sœur de Prompto était belle, constata Noctis non sans rougir. Elle irradiait d'une force et d'une assurance qui faisait défaut à son jeune frère, plus doux et plus conciliant. Pourtant et malgré leurs différences, ils se tenaient côte à côté, soudés.

Le Chancelier guida les deux lucisiens jusqu'au bas des marches avant de poser un genou à terre et de lancer une tirade en graléan qui devait être un salut officiel adressé à l'Impératrice. Il y eut un instant de silence, tendu et inconfortable, pendant lesquels vainqueurs et vaincus s'affrontaient du regard. Aurum n'avait d'yeux que pour Régis. Si un regard pouvait tuer, Noctis et son père seraient déjà probablement raide morts. L'attention de Prompto oscillait entre les deux hommes. Son regard sautait de Régis à Noctis, partagé entre une angoisse indescriptible et un profond soulagement de les voir en vie.

Régis grimaçait de douleur, à devoir rester debout et immobile même en s'aidant de son fils. Noctis allait intervenir pour qu'au moins, au moins on propose un siège à son père, mais l'Impératrice prit la parole à cet instant.

– Est-ce que vous savez pourquoi je n'ai pas ordonné qu'on vous abatte dès l'instant où vous êtes sortis de votre cachette ?

Sa voix était dure, forte, remplie d'assurance. Tout comme Prompto, elle parlait lucisien avec une aisance naturelle et sans une seule trace d'accent. Ses yeux glacés les toisaient avec une arrogance que Noctis n'avait encore jamais vu, lui qui avait pourtant fréquenté des enfants de noble imbus de leur personne. Ce n'était pas le même type d'arrogance, songea-t-il. Aurum ne s'appuyait pas seulement sur son lignage pour imposer sa prestance. C'était un chef d'armée et maintenant, un chef de la deuxième plus grande nation au monde. Elle était consciente de son pouvoir, et n'hésiterait pas à s'en servir.

Noctis ne pouvait pas prétendre avoir la même assurance. Le contact de l'anneau du Lucii était presque douloureux autour de son doigt. Il savait très bien quels pouvoirs étaient détenus dans ce simple bijou. Des pouvoirs qu'il ne souhaitait pas déchaîner.

– Parce que mon frère, reprit l'Impératrice quand Régis et Noctis restèrent silencieux, m'a convaincue de vous entendre. De vous écouter. De trouver un accord.

Á ces mots, Noctis sentit son cœur se gonfler d'espoirs. Il leva les yeux, accrocha le regard du prince impérial, mais les yeux bleus de ce dernier ne reflétaient qu'une profonde angoisse.

– Le pourparler, ricana Aurum en secouant la tête, faisant onduler ses longs cheveux comme des vagues d'or blanc. Maintenant que vous êtes à genoux devant nous, vous voulez discuter.

Cette fois, cette fois, Noctis entendit clairement le mépris teintant ses paroles. L'espoir qu'il avait ressenti quelques secondes plus tôt disparut tout aussi vite qu'il était apparu. Le visage de l'Impératrice était dur et ses yeux remplis d'une colère qui ressemblait à un orage prêt à éclater. Son cœur battit la chamade, mais c'est son père qui répondit, d'une voix très calme.

– Jusqu'à preuve du contraire, Éminence, nous sommes encore debout.

Il levait vers Aurum le même regard patient qu'il adressait souvent à Noctis. Á ses yeux, la jeune femme qui se dressait devant eux ne devait être guère plus qu'une enfant, en dépit de tous les pouvoirs dont elle était investie. Le vieil homme ne cilla pas même lorsqu'un filet de sang coula de sa narine droite, se répandant dans sa moustache grisonnante. L'Impératrice haussa les sourcils, clairement partagée entre sa colère et de la pitié.

– Vous ne me faites pas peur, vieil homme, répliqua-t-elle. Votre magie vous a abandonné. Et même si votre fils a certainement le pouvoir de me tuer – elle désigna l'anneau du Lucii qui ceignait le majeur de Noctis – il n'usera jamais de cette relique qu'il a au doigt. Il n'a pas l'étoffe d'un guerrier. Ça se voit dans ses yeux.

Et cette fois, ce fut un regard rempli de condescendance qu'elle adressa à Noctis. Il n'était rien à ses yeux, encore un enfant accroché à la main de son père. Un prince protégé par le Mur, qui n'avait rien connu de la guerre. Elle ne le considérait pas comme le roi qu'il était devenu. Il n'en avait pas l'étoffe, disaient les yeux froids de l'Impératrice.

Il sentit la main de son père presser douloureusement contre son épaule. Le visage de Régis était parfaitement calme, mais Noctis savait que la colère était en train de lentement monter en lui.

– Alors que voulez-vous ? demanda le vieil homme. Si vous ne voulez pas négocier, pourquoi avoir accepté notre demande d'audience ?

Pourquoi les avoir séparés des soldats impériaux, de Clarus, Tellus, Cor et Ulric ? aurait voulu interroger Noctis. Pourquoi cette rencontre loin des regards si ce n'était pour discuter d'un éventuel processus de paix ?

Apparemment, Prompto se posait la même question, car il braquait un regard indécis en direction de sa sœur. Il lui demanda quelque chose en graléan, mais l'Impératrice l'ignora et commença à descendre lentement les marches. Elle ressemblait à un loup qui s'approchait paresseusement d'une proie blessée. Ce n'était pas loin de la vérité. Le Chancelier s'effaça docilement lorsque la jeune femme arriva à sa hauteur. Aurum ne lui adressa pas un regard tandis qu'elle s'approchait de Noctis et Régis.

Le jeune roi se tendit, amorça un mouvement de recul. Sa magie bouillonnait en lui, et il était prêt à brandir son épée pour garder l'Impératrice en joue. Loin de son père, surtout. Elle ne lui inspirait aucune confiance. Mais Aurum continua d'avancer, le défiant du regard d'intervenir, de l'attaquer. Elle serait probablement ravie du prétexte. Finalement, elle arriva devant eux. Elle était un peu plus grande que Noctis, et un peu plus petite que Régis, mais se dressait de toute sa hauteur comme si elle les dominait tous les deux.

– Votre fils a de la chance, murmura-t-elle d'une voix doucereuse en fixant le vieux roi. D'avoir encore son père. Le mien vient de mourir.

Elle semblait encore plus dangereuse qu'à l'ordinaire. Pourtant, c'est avec un geste ferme, mais non-violent qu'elle empoigna Régis par le coude, et le tira vers l'avant. Affaibli, le vieux roi clopina derrière elle, s'aidant de sa canne pour ne pas tomber face contre terre. Noctis se précipita pour aider son père, mais il était bien incapable de le retenir tandis que l'Impératrice le guidait inexorablement vers les marches et força le vieil homme à entamer une pénible ascension vers le trône, se glissant sous son bras libre pour qu'il s'appuie contre elle.

C'est ainsi que Noctis se retrouva dans la situation irréaliste d'aider l'Impératrice de Niflheim – celle-là même qu'on décrivait comme une guerrière sans peur, une folle assoiffée de gloire et de pouvoirs – à soutenir Régis tandis qu'ils grimpaient lentement et laborieusement les marches en direction du trône.

Finalement, l'étrange convoi arriva en haut des marches. L'Impératrice aida Régis à s'asseoir dans son trône, et celui-ci s'y effondra dans un concert de soupirs endoloris avant de lever un regard étonné vers la jeune femme. Á côté de son père, Noctis fit de même. Á quoi rimait toute cette mascarade ?

– Mon père rêvait de votre trône, déclara l'Impératrice en reculant d'un pas pour se placer à côté de Prompto. Cette idée l'obsédait. Mais moi ? Je n'ai jamais voulu de votre royaume. Ou de votre pouvoir idiot. Bahamut vous a gracié de la magie du Cristal, tant mieux pour vous. Mais de quel droit vous êtes-vous approprié la lumière du monde, et laissé mon peuple souffrir dans les ténèbres du Fléau ?

– Vous connaissez les faits, rétorqua Régis dont la fatigue n'émoussa en rien la colère de sa voix. Votre père est celui à avoir déclaré la guerre à mon royaume. Je n'ai fait que protéger mon peuple.

Aurum ricana, mais n'insista pas. Sans doute se rendait-elle compte que c'était un débit stérile.

– Vous savez comment est mort mon père, Majesté ? demanda-t-elle en crachant le dernier mot comme s'il était empoisonné.

Du coin de l'œil, Noctis vit Prompto pâlir dangereusement et lancer un regard paniqué vers le Chancelier. Ce dernier se trouvait juste au bas des marches, et les écoutait de toutes ses oreilles, un masque d'intérêt poli sur le visage. Noctis se demandait bien pourquoi Izunia avait le privilège d'assister à cet entretien censé être privé.

– C'est moi qui l'ai tué, annonça crument l'Impératrice après que Régis eut secoué la tête en signe d'ignorance.

Elle ignora le regard choqué de Noctis, les sourcils haussés de Régis, et se tourna vers son frère. Prompto, bien que pâle, paraissait déjà au courant.

– Il avait perdu la raison, murmura-t-elle. Le trône du Lucis, le Roi de Lumière, il n'avait que ces mots à la bouche. Cette idée de prendre votre place pour devenir le roi du Lucis l'obsédait. Quand je lui ai exprimé un peu trop mes objections concernant ses projets, il a essayé de m'étrangler.

Prompto tendit la main, et Noctis vit Aurum enrouler les doigts autour de ceux de son frère. Il était vaguement surpris qu'une personne aussi arrogante qu'Aurum accepte les démonstrations ouvertes d'affection sous les yeux de ses ennemis, mais il était plus préoccupé parce tout ce qu'il venait d'entendre. Au-delà du choc des déclarations de l'Impératrice, Noctis ne comprenait pas pourquoi elle se comportait ainsi. Il s'était attendu à un face-à-face officiel, à une femme inflexible et furieuse. Il s'était attendu à des insultes, ou des débats. Mais pas ça. Pas l'Impératrice qui leur déballait sa vie comme si ça les concernait.

Il croisa le regard de Prompto et tenta d'y trouver des explications, mais n'y trouva qu'une profonde confusion faisant écho à la sienne. Régis poussa un léger soupir et inclina la tête.

– Je suis désolé pour votre père, Éminence. Même s'il n'était plus lui-même à la fin, je suis persuadé qu'il vous aimait. Il avait pour ses enfants un grand dévouement.

Á ces mots, un sourire qui n'avait rien de joyeux ou même de conciliant plissa les lèvres de l'Impératrice. Elle se tourna vers Prompto.

– Ses enfants. Tu entends ça, mon frère ? Le dévouement qu'il portait pour ses enfants !

Le jeune homme murmura une réponse en graléan, l'air dépité et effrayé. Il amorça un mouvement vers l'arrière, comme pour se cacher derrière sa sœur, mais l'Impératrice fut la plus rapide. Elle attrapa le prince par le bras et le tira devant lui, le forçant à lever la main pour exhiber son poignet – que Noctis remarqua débarrassé de son bracelet de cuir pour la première fois – aux yeux des deux lucisiens.

Au début, Noctis ne comprit pas ce qu'il était censé voir. Mais alors qu'il sentit son père se raidir, ses yeux identifièrent finalement l'étrange tatouage ornant la peau blanche de Prompto. Un tatouage qui ressemblait à un code-barres. Son cœur rata un battement.

– Voilà exactement comment mon père nous considérait, Majesté ! tonna l'Impératrice avec une rage aussi violente que soudaine. Comme de vulgaires pions pour servir sa cause. L'or et l'argent, le peuple et l'empire... Plus aucune de nos valeurs ancestrales n'avaient de poids à ses yeux, tellement il était aveuglé par ce maudit Cristal !

Sa voix retentit sous les voûtes de la salle du trône. Ses yeux brillaient comme deux braises incandescentes alors qu'elle lâcha la main de Prompto. Ce dernier, pâle comme un linge, jeta un regard effrayé vers Noctis. Le jeune roi fixa son homologue d'un air interdit. Prompto, un Magiteck ? Pourquoi ? Comment ?

– J'espérais que Iedolas ne parvienne jamais à de telles extrémités pour arriver à ses fins, murmura Régis. Prince Argentum, je suis sincèrement désolé...

Prompto secouait déjà la tête frénétiquement de droite à gauche, mais c'est sa sœur qui répondit à sa place.

– Vous connaissez le fonctionnement des Magitecks, Majesté ? l'interrogea-t-elle vertement. Vous savez comment ils sont fabriqués ?

– Avec le Fléau, soupira le vieil homme en baissant les yeux. Les Magitecks sont des humains infectés par le Fléau. Quand vous êtes né, Prince Argentum, je dois vous avouer que j'ai eu des doutes vous concernant. Ces doutes se sont confirmés quand vous nous avez amenés votre bataillon de Magitecks, et que nous les avons examinés.

Prompto était né pour devenir un Magiteck ? Prompto portait... Prompto portait-il le Fléau en lui ? Était-ce la raison pour laquelle il avait hurlé de douleur lorsque Noctis lui avait confié la magie du Cristal ?

Les questions sans réponses se bousculaient dans la tête du jeune homme, et de toute évidence, elles se bousculaient aussi dans la tête de Prompto. Le prince impérial écarquilla les yeux en entendant les paroles du vieux roi.

– Vous saviez ? couina-t-il d'une voix très peu princière.

– Vous venez d'avoir vingt ans, non ? répondit Régis avec un faible sourire. Vous êtes né la même année que le début de la production de Magitecks par l'Empire. Ça n'a pas été difficile à comprendre.

– Et vous avez quand même accepté de m'écouter ? insista Prompto. Mais...

– Vous êtes tel que tous ces soldats Magitecks devraient être, l'interrompit Régis. Des jeunes hommes libres de mener leur vie comme ils l'entendent.

Prompto arborait un visage où le choc et l'incompréhension se lisaient clairement, depuis ses yeux écarquillés jusqu'à sa bouche ouverte en un « O » parfait. Noctis se demanda vaguement si une expression similaire déformait ses propres traits. Il fixa Prompto sans réussir à concilier l'image du jeune homme avec celle des Magitecks qu'il avait vu quelques minutes plus tôt dans l'antichambre.

Malheureusement, l'Impératrice ne partageait de toute évidence pas leur surprise. Son visage se durcit encore davantage, et le regard qu'elle posait sur Régis était plus glacial que jamais.

– Ne jouez pas à ça, gronda-t-elle en direction du vieil homme assis sur le trône. Vous savez bien plus que vous ne le laissez entendre. Vous savez qui a donné à mon père cette idée révoltante, tout comme vous savez d'où vient le Fléau.

Noctis ne comprenait rien. Il avait l'impression de pédaler littéralement dans la semoule. Á quoi jouait l'Impératrice ? Pourquoi les questionnait-elle sur le fonctionnement – tordu – de son propre Empire comme si Régis et Noctis en étaient personnellement responsables ?

Prompto paraissait tout autant perdu que lui. Ses yeux valsaient entre Régis, Noctis et sa sœur avant que, finalement, il attrape cette dernière par la main, murmurant quelque chose en graléan. Cette fois, sa sœur se retourna franchement vers lui.

– Je suis sérieuse ! siffla-t-elle en agrippant le jeune homme par les épaules. Père était devenu fou, obsédé par le Cristal et par cette idée de roi de la lumière ! Qui lui a mis cette idée dans la tête ? Qui lui a parlé de ça, encore et encore, depuis des années ?

Le prince secouait la tête, plus pâle que jamais. Il balbutia quelque chose, mais sa sœur l'interrompit.

– Qui lui a donné l'idée des Magitecks, petit frère ? Qui a aidé Besithia à mettre au point le processus de contamination par le Fléau pour les fabriquer ?

La scène devenait surréaliste, et Noctis se demanda un instant si l'Impératrice n'était pas tout simplement devenue folle. Mais il voyait la compréhension briller soudainement dans les yeux de Prompto. Il voyait son visage perdre encore en couleur alors que la réalisation le frappait de plein fouet, comme si les paroles de sa sœur prenaient tous leurs sens. Noctis le vit tourner lentement la tête vers le bas des marches.

Vers le Chancelier de Niflheim.

Quelque chose d'important, d'essentiel, était en train de se dérouler sous ses yeux. Et Noctis avait le sentiment qu'il passait complètement à côté. Qu'il ne comprenait rien. Il sentait la même incertitude irradier de son père, qui observait la scène malgré la fatigue et la douleur qui l'accablaient.

– Il a corrompu l'esprit de notre père, il a corrompu notre pays, et maintenant, il corrompt notre victoire, dit Aurum en fixant elle aussi le Chancelier.

Ce dernier resta complètement silencieux. Mais l'Impératrice n'avait pas terminé.

– Il est la raison pour laquelle le Fléau accable le Niflheim. Il est la raison pour laquelle notre peuple souffre ! Mais il ne vient pas de l'Empire. Ce n'est pas un impérial. Il n'est pas né sur notre continent.

Et cette fois, cette fois, elle fixa Régis d'un regard accusateur. Ses yeux étaient deux coups de poignard destinés au vieux roi comme s'il était responsable. Et Prompto suivit son regard, et au-delà du choc, son visage exprimait une autre émotion que Noctis reçut comme un coup de poing en plein visage : de la trahison.

– Roi Régis ! appela Aurum d'une voix claquante comme un coup de fouet. Je ne m'attends pas à ce que vous reconnaissiez cet homme, mais laissez-moi vous le présenter.

– Oh ! la coupa le Chancelier de sa voix chantante – et mielleuse, dangereusement mielleuse. Éminence, ne vous donnez pas cette peine.

Il gravit quelques marches d'un pas délibérément lent. Son manteau ressemblait à une cape, son chapeau à une couronne, et il se dressait avec une prestance retrouvée. Il émanait de lui quelque chose d'encore plus mauvais, une aura sombre. L'air semblait vibrer d'une énergie puissante autour de lui, et ses yeux... Ses yeux brillaient presque d'une lueur rouge.

L'individu souriait. Il fixa Noctis droit dans les yeux, et il écarta les bras d'un geste théâtral.

– Inutile de continuer cette mascarade, puisque notre astucieuse Impératrice a tout découvert, roucoula-t-il. J'imagine que vous ne reconnaissez pas, mais peut-être devinez-vous comme... un air de famille, entre nous ?

Il ne laissa pas le temps à Régis ou à Noctis de répondre. Ni même de comprendre. Sa main droite virevolta dans les airs, et une pluie d'étincelles rouges et noires – de la magie, c'était la magie du Fléau – brillèrent entre ses doigts, modelant la forme d'une épée qui prit consistance et apparut finalement, toute d'acier, dans sa paume.

Noctis était figé d'horreur, d'incompréhension, et de... de... Il sentait sa magie, sa propre magie, celle du Cristal, qui vibra dans ses veines, comme une force qui voulait littéralement sortir et réagir à ce qu'il venait de voir. Car cette magie qu'il voyait se manifester chez le Chancelier, c'était la sienne. La leur.

– Fascinant, n'est-ce pas ? murmura le Chancelier en observant leur réaction. Ce qu'une magie si pure peut devenir ? L'essence même de la lumière du Cristal, corrompue en son cœur.

Puis, se lassant sans doute du suspense qu'il imposait à Régis et Noctis, il s'inclina.

– Ardyn Izunia, se présenta-t-il. Anciennement Ardyn Lucis Caellum. Frère aîné du roi Somnus, votre ancêtre direct. Celui qui fut le premier Roi de Lumière choisi par la Pierre Sacrée. C'est un plaisir de connaître enfin les membres de mon illustre lignée !


Voilà, merci à vous d'avoir lu ce chapitre. J'espère qu'il vous aura plu :).