Hey ! Bonne année tout le monde !

On se retrouve aujourd'hui pour l'épilogue de cette histoire qui a fêtait ses un an il y a quelques mois, déjà. Il s'agit d'un épilogue assez court, du genre narration contemplatif, mais qui clos selon moi très bien le récit de ce duo.

Je vous remercie d'avoir suivi ce projet jusqu'au bout et vous souhaite une bonne lecture !


Dragon's feels


La pluie ruisselait contre les fenêtres de la chambre, composant une délicate symphonie atténuée par le double vitrage. Les autres sons de la nuit s'étaient tût, laissant les grondements célestes seuls rythmer la quiétude nocturne. Une quiétude au cœur de laquelle elle s'était éveillée, drapée d'obscurité et de chaleur. Une étreinte apaisante dont elle était prisonnière, dont elle ne cherchait pourtant pas à s'échapper. Les paupières conservées closes, elle profitait au contraire de cette cage reposante, rassurante, lieu où elle avait toujours désirée séjourner. Allongée sur le flanc gauche, elle se laissait ainsi bercer par les clapotements réguliers contre la surface hyaline et le souffle paresseux au creux de sa nuque. Elle aurait pu demeurer éternellement ici, couvée par les bras protecteurs de son dragon, chérie comme le plus précieux des trésors.

Pourtant, une désagréable sensation l'arracha doucement à ce confort. Sensation qu'elle parvint à ignorer quelque temps, mais à laquelle elle finit par se plier malgré elle. Aussi, soupirant, elle ouvrit finalement les paupières. La chambre était plongée dans la pénombre. Seule la faible lueur d'un réverbère filtrait au travers des rideaux, éclairant ses doigts entrelacés avec ceux plus longs de son compagnon. Elle les observa un instant, la pâleur de ses phalanges ressortant sur la peau hâlée de leurs consœurs, admira leur imbrication parfaite, comme faites pour s'unir ainsi. L'éclat à présent habituel enserrant son majeur gauche d'une romantique promesse. Puis, prenant sur elle, elle s'extirpa précautionneusement de cette étreinte enivrante, abandonnant la chaleur des draps pour la fraîcheur du parquet sous ses pieds. Un frisson chatouilla son épiderme, serpenta le long de sa colonne vertébrale. Sans attendre, elle attrapa le sweat à capuche traînant sur l'édredon et l'enfila par-dessus son pyjashort. Immense, le vêtement l'enveloppa aussitôt, débordant sur ses cuisses et couvrant l'extrémité de ses doigts. À la chaleur agréable qui la préserva rapidement du froid nocturne, un doux parfum familier se mêlait, le même qui recouvrait les coussins et l'entourait chaque nuit pour la guider jusqu'aux ailes de Cresselia. Les paumes toujours appuyées contre le bord du lit, elle jeta ensuite un regard en arrière, s'assurant du sommeil de son colocataire. Loué fut Arceus, il dormait toujours, d'un sommeil profond qui soulevait sa poitrine d'un rythme régulier. Rassurée, elle finit donc de se lever et sortit de la chambre sans un bruit, évitant les lattes qu'elle savait grinçantes.

Elle évolua ensuite à l'aveugle dans le corridor pour rejoindre le grand séjour. Sniffi et Dièse dormaient paisiblement sur le canapé tandis que Noah occupait de son long corps squelettique le grand tapis en laine de Moumouton. Un îlot en marbre servait à délimiter le salon de la cuisine dans laquelle elle se faufila pour trouver de quoi calmer sa fringale nocturne. Elle opta finalement, après plusieurs minutes de réflexion, pour un pot de crème glacée et l'emporta avec elle jusqu'aux grandes baies vitrées du séjour qui offraient une vue imprenable sur les fortifications de Kickenham, et par-delà sur les vastes étendus des terres sauvages. Appuyant son épaule contre la surface transparente, elle contempla silencieusement les gouttes célestes tomber dans une danse fascinante sur les pierres sombres de la ville.

Elle avait toujours aimé la pluie. Il pleuvait aussi le jour où elle avait emménagé à Galar, le jour où sa vie avait complètement été chamboulée par le besoin maternel de repartir à zéro. Elle ne conservait que très peu de souvenirs de sa vie d'avant qui s'étaient peu à peu estompés de sa mémoire, tout comme le visage de son père. Pourtant, elle ne pouvait à présent que remercier sa mère pour ce choix spontané, les innombrables risques qu'elle avait pris en abandonnant tout ce qu'elle avait pour les mener, toutes les deux, dans cette campagne perdue d'une autre région. Car c'était ici, à Galar, que sa vie avait réellement démarré. C'était ici que se trouvait à présent tout ce dont elle avait besoin, tout ce dont elle avait toujours rêvé : une famille. Une grande famille que composaient ses amis et ses Pokémon. Elle avait obtenu l'amour de tant de personnes, la gloire de tant de manière, le bonheur sous tant de formes. Ici demeurait sa maison, et pour rien au monde elle ne l'échangerait.

Tandis qu'elle enfournait une énième cuillère dans sa bouche, un faible ronronnement retentit contre sa jambe. Détournant son attention de la fenêtre, elle croisa alors le regard de Compote qui venait de la rejoindre et frottait à présent son museau parfumé contre son mollet blessé. Souriant, elle s'agenouilla pour venir lui offrir une caresse. Le Dratatin en leva ses yeux de bonheur, poursuivant ses ronronnements. Puis, alors qu'elle s'asseyait sur le sol du salon, il vint s'installer contre sa jambe et, ensemble, ils reprirent l'observation du paysage. Un paysage qu'elle avait fini par connaître par cœur à force de visites. Bien que possédant un appartement à Winscor, gracieusement offert par la Fédération, elle passait la majeure partie de son temps libre ici, au cœur de ces ruelles médiévales, là où ses nuits étaient plus tranquilles, là où demeurait son petit-ami. Et, après plusieurs années de navette inutile, puis plusieurs mois de négociations avec Tarak et les dirigeants, qui avaient peur de voir dans le déménagement du Maître une délégation de ses responsabilités, elle avait fini par implanter officiellement son lieu de séjour ici. À présent, sa brosse à dents ne quittait plus celle de Roy, sa valise était rangée dans un coin du dressing, et ses photos avaient rejoint le grand mur du salon dédié aux proches de la famille. La demeure du champion était devenue la sienne, la leur. Un foyer vers lequel revenir.

Les minutes s'écoulèrent sans qu'elle leur prête attention. Le pot de crème, vide, fut abandonné à sa droite tandis que Compote, à sa gauche, avait repris sa quête de sommeil. Au-dehors, les pleurs célestes se poursuivaient, plus calmement, et pourtant intarissables. Il pleuvait aussi le jour de leur première rencontre, Kickenham revêtant pareil robe orageuse. Le jour où son cœur s'était brisé. Le jour où son espoir s'était rallumé. Le jour où cette bague, luisant faiblement dans la pénombre nocturne, avait rejoint délicatement son majeur. Depuis son arrivée à Galar, elle avait ainsi appris à aimer la météo capricieuse de la région, à la contrôler à son avantage. Des gouttes qui avaient de nombreuses fois chassé ses larmes et orné ses sourires, glacé ses os et embrassé ses étreintes.

Ce soir encore il pleuvait, pourtant dans sa poitrine, un bonheur solaire rayonnait.

Elle demeura sans bouger, laissant les souvenirs couler en elle telle la bruine sur les tuiles de la ville. Sa respiration se fit calme, religieusement silencieuse, et elle aurait certainement pu s'endormir ainsi, le regard perdu dans la contemplation de ce paysage détrempé. Elle ne perçut qu'à peine le départ de Compote, retourné auprès de Confiture, le jeune Verpom chromatique offert par Roy pour leurs cinq ans. Ne prêta attention ni au léger courant d'air qui vint caresser l'arrière de ses cuisses ni le grincement familier du parquet dans la salle voisine. Ce ne fut que lorsque deux bras, immenses et musclés, vinrent l'enserrer dans une étreinte ardente qu'elle permit à son esprit de revenir à la réalité. Et d'observer, au travers de la surface hyaline décorée de gouttelettes, les orbes turquoise de son geôlier retrouvé. Elle pouvait sentir son cœur battre entre ses omoplates, son souffle régulier contre sa nuque, l'agréable parfum qui l'accompagnait tout le temps chatouiller ses narines.

« Tu étais donc ici p'tite tête, murmura-t-il de sa voix grave encore marquée de fatigue. »

Le surnom, empreint de cette éternelle affection, embrassa la base de sa nuque avec dévotion, la faisant délicieusement frissonner.

« Tu vas attraper froid. »

Tournant la tête dans sa direction, elle se laissa absorber par ses prunelles lumineuses et vint répondre contre ses lèvres :

« Heureusement, tu arrives à temps. »

La chaleur se répandit ensuite dans sa bouche, réveillant les effluves du dessert dégusté plus tôt. Le baiser était doux, langoureux, sans aucune précipitation. Car ils avaient le temps, la vie devant eux pour apprendre à se connaître, à se savourer sans jamais se lasser. Pour se blottir ainsi, princesse glorieuse entre les ailes de son dragon protecteur. Ils avaient souffert pour en arriver jusqu'ici, s'étaient cherchés durant des années.

L'histoire d'une petite tête et d'un cœur voué à se briser.

Mais à présent, ils étaient heureux, simplement ensemble.

Leurs doigts s'entrelacèrent, comme une évidence, un besoin vital. Retournant à la contemplation du ciel mélancolique, elle sentit Roy s'installer plus confortablement derrière elle, enlaçant son corps de ses bras et ses jambes afin de partager sa température perpétuellement haute. Il emmitoufla ensuite son museau contre la clavicule de l'Indomptable, contre le tissu marqué à présent par l'odeur des deux dresseurs, et plaça leurs mains jointes contre le ventre rebondi de sa petite tête. La quiétude fut ainsi rendue à la demeure, ne laissant qu'une dernière déclaration partagée sur le bord de leurs lèvres.

Ensemble, pour une toute nouvelle histoire.


Et voilà pour cette histoire !

N'hésitez pas à partager vos avis, je serais heureuse de les lire.

Ce projet est à présent noté comme terminé, cependant je me garde le droit, comme le reste de mes histoires, de rajouter des chapitres bonus si le coeur m'en dit, donc restez à l'affût ;)

Enfin, je voulais vous laisser sur une petite anecdote, sur le fondement même de cette histoire. Tous les noms des personnages de SwSh sont tirés de plantes. Pour Roy par exemple, son nom vient du Laburnum anagyroides, ou cytise faux ébénier, un arbre qui dans le langage florale (que j'ai trouvé) signifie "abandon, coeur brisé". D'où l'idée de cette histoire :3

Merci d'avoir lu !

Chu ~