Chapitre Neuf
Le silence qui régnait dans la pièce était pesant.
La jeune femme, habillée de son uniforme de police flambant neuf, jeta un regard à son supérieur, assis sur la chaise à sa droite.
La mâchoire légèrement crispée, il semblait chercher ses mots, ce qui n'était pas dans ses habitudes.
En face d'eux, installée de l'autre côté de la table, se tenait une des employées de la maison close.
Mains délicatement posées sur ses jambes croisées, elle semblait, elle, très à son aise.
Un raclement de gorge peu naturel brisa soudain le calme et le policier s'exclama:
- Bonjour Ginny, comment tu vas?
Haussant les sourcils, sa coéquipière se tourna vers l'autre femme.
Un léger sourire était apparu sur le visage de cette dernière et l'amusement était clairement audible dans sa voix lorsqu'elle répondit:
- Je vais bien, merci. Même si je pense que tu n'en as pas grand chose à faire.
- Ce n'est pas vrai!
Le ton brusque fit sursauter la policière.
Ginny secoua la tête, visiblement pas convaincue.
- Si tu voulais vraiment savoir comment j'allais grand frère, il te suffisait de faire les trente kilomètres qui sépare ta maison de la mienne. Pourtant, je n'ai pas souvenir d'avoir eu le plaisir de ta présence chez moi.
La policière se figea sur sa chaise. Grand frère?
Un ricanement retentit dans la pièce.
- Ta maison!
Le mot, littéralement craché, montrait bien tout le mépris qu'il inspirait à l'homme.
- Ce que tu appelles "Chez toi" n'ai...
- Ne commences pas!
L'homme se tut aussitôt. La jeune femme n'avait pas spécialement haussé le ton mais tout dans son attitude montrait clairement la menace.
- Tu veux vraiment qu'on ait cette discussion, Ron? Je te rappelle que Harry m'a accueillie et m'a protégée, lui. Contrairement à toi! Alors, ça te pose peut être un problème de te dire que ta petite sœur est une prostituée et qu'elle considère la maison close comme sa maison mais si je suis libre et en sécurité aujourd'hui, c'est grâce à lui et à ce qu'il m'a offert.
Un silence de plomb retomba sur la salle.
Avec un soupir, Ron murmura:
- Tu n'es pas libre Ginny, ce que cet individu t'a proposée est...
- Harry, le coupa sèchement la jeune femme, il s'appelle Harry. Et "cet individu", comme tu le nommes, a risqué sa vie pour moi. Toi, tu as fait quoi? A part me tourner le dos grand frère? Tu estimes que tu vaux mieux que lui parce que tu as un travail honorable?! Tu es peut être un bon flic, mais en tant qu'homme, tu ne lui arrives même pas à la cheville!
Avec énervement, la jeune femme rejeta ses cheveux en arrière et se rassit au fond de son siège.
Le visage fermé, elle enchaîna:
- Inutile de perdre du temps en politesse. Poses tes questions sur l'agression d'aujourd'hui et casses toi! Ça fait longtemps qu'on a plus rien à se dire.
Le talon de sa chaussure tapait sur le sol carrelé, de manière rythmique.
Il avait beau essayer de s'en empêcher, sa jambe se remettait à tressauter dès que son esprit se focalisait sur autre chose.
Veuillez patienter, lui avait-on dit à l'accueil de l'hôpital. On viendra vous voir pour vous donner des nouvelles.
Et puis plus rien. Ah si, on lui avait quand même plus ou moins gentiment indiqué le chemin de la salle d'attente.
Depuis, assis sur sa chaise, Drago rongeait son frein.
Combien de temps était passé? Une demi heure? Une heure? Deux peut être? Il ne savait plus trop.
Soudain, la porte s'ouvrit. Drago leva aussitôt la tête avec espoir.
Mais l'homme qui entra n'était visiblement pas un médecin: habillé d'un jean noir et d'un blouson en cuir, il poussa un léger grognement avant de s'asseoir à son tour avec brusquerie, sans même adresser un regard à Drago.
Les minutes défilèrent à nouveau dans un silence pesant.
Il était clair que l'autre homme était également là en attente de nouvelles d'un proche. Cela réconforta un peu le blond de se dire qu'il n'était pas tout seul dans cette galère.
Au bout d'un certain temps, la porte s'ouvrit de nouveau, sur un membre du corps médical cette fois.
Presque d'un même mouvement, Drago et l'homme se levèrent.
Le regard du médecin passa de l'un à l'autre puis demanda:
- Je suis le chirurgien qui a pris en charge monsieur Potter. Vous êtes des proches?
-Oui.
La réponse parfaitement synchronisée des deux hommes fit lever un sourcil au médecin tandis que Drago et l'inconnu en blouson de cuir se jetaient un regard surpris.
Cet homme était un proche d'Harry? Le blond avait beau se creuser les méninges, il n'avait aucun souvenir d'avoir déjà vu cet individu à la maison close.
Ce dernier, après avoir dévisagé Drago, s'adressa au médecin:
- Je suis le parrain de monsieur Potter. Harry avait mon numéro sur lui en cas d'urgence, les ambulanciers m'ont prévenu.
Hochant la tête, le chirurgien se tourna vers Drago, certainement pour lui demander son lien de parenté mais l'autre homme le coupa:
- S'il vous plait, comment va Harry?
Le ton implorant ne laissait aucun doute sur l'inquiétude que ressentait cet homme.
- Votre filleul va bien, répondit le médecin. Des hématomes assez importants au niveau du visage, de la gorge et de l'abdomen et une côte fêlée. Rien de grave en somme. Néanmoins, on le garde en observation pour quelques jours.
L'homme en blouson hocha la tête, visiblement soulagé.
-Nous lui avons donné un sédatif pour qu'il se repose, enchaîna le chirurgien. Il faudra attendre demain pour les visites.
Avec un sourire rassurant, l'homme tourna les talons, sa blouse de chirurgie suivant le mouvement, et sortit de la pièce.
Drago le suivit des yeux, sentant un immense poids s'enlever de ses épaules. Harry allait bien. Il était bien amoché mais il allait bien. C'était tout ce qui comptait.
- Si Harry m'a parlé de toi, je ne m'en souviens pas et j'ai une très bonne mémoire.
Le blond sursauta. Dans ses pensées, il avait complètement oublié la présence du parrain de Harry à ses côtés.
L'homme le fixait avec curiosité et méfiance, attendant clairement une réponse.
Avec un soupir, Drago répondit simplement:
- Je gère un chantier de rénovation à la maison close.
- C'est toi le blondinet en manque qui lui fait du rentre-dedans?
Outré, Drago se retourna vers l'homme qui souriait de toutes ses dents.
- Je ne suis pas en manque! S'écria-il avec hargne.
L'individu éclata de rire.
Drago dut prendre sur lui pour ne pas bouder comme un enfant.
Toujours hilare et les larmes aux yeux, l'homme tendit sa main vers son vis-à-vis et se présenta:
- Sirius Black.
Avec une légère hésitation, Drago lui serra la main et déclina son identité.
- Ravi de faire ta connaissance, répliqua joyeusement Sirius. Allez, ne trainons pas plus ici, les hôpitaux ce n'est pas mon truc.
Drago lui emboîta le pas. Tandis qu'ils se dirigeaient ensemble vers la sortie, Sirius s'exclama:
- Dis moi jeune homme, qu'est-il arrivé à ta joue?
Drago se sentit rougir lorsqu'il répondit:
- Dirons nous que j'ai approché Harry d'un peu trop près sans lui demander sa permission au préalable.
Un nouvel éclat de rire retentit dans le couloir et Drago se demanda pourquoi il prenait la peine d'ouvrir la bouche.
A suivre...
