Chapitre 20 : Mai, juin & juillet
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Juin 1943,
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Charlus en était venu à la conclusion qu'elle était adorable.
Pas mignonne et gentille.
Mais adorable dans le sens qu'on pouvait l'adorer, comme une idole, la vénérer.
« Et pourquoi les mages égyptiens étaient si attachés aux serpents, Dorea ? demanda-t-il.
-Parlons plutôt de rampants, voulez-vous ? Ces animaux sont près de la terre. Ce ne sont pas des quadrupèdes, mais ce ne sont pas de poissons non plus.
-Des reptiles en soi, avança prudemment Charlus sachant pertinemment que ce n'était pas ce qu'elle voulait dire.
-Evidemment. Mais ce n'est pas ce que je voulais dire, Mr Potter. »
Et voilà, il le savait.
« Ce que je voulais dire, c'est qu'ils ont une apparence de poisson avec leurs écailles et leur sang froid. Mais qu'ils vivent sur terre, pour la plupart, comme les animaux… à poils, dirons-nous, reprit-elle avec une moue embarrassée. Ne me faites pas de jeu de mots grossier, voulez-vous, je le vois danser dans vos yeux. Bon. Donc ces particularités étranges, plus tout un tas de superstitions – ne jamais sous-estimer la puissance de la superstition – en ont fait un animal très prisé par les sorciers égyptiens de l'Antiquité. Naître Fourchelangue était une vraie bénédiction chez eux.
-Ah oui ? demanda-t-il distraitement sans quitter son visage passionné des yeux.
-Oui, d'autant plus qu'en Egypte coule le Nil, qui regorge de crocodiles. Le venin de certains serpents permet de confectionner une potion qui éloigne les crocodiles de celui qui l'a bue. C'est une potion très longue à réaliser et qu'on n'utilise plus aujourd'hui. Il existe d'autres façons de faire bien moins compliquées. Mais dites-moi, Mr Potter, avez-vous prévu d'aller en Egypte ou est-ce de la curiosité ?
-De la curiosité, reconnut-il toujours stupéfait d'avoir réussi à l'entraîner à l'écart avec lui.
-Je vois. Je ne suis pas stupide, vous savez, j'ai très bien vu qu'il n'y avait plus personne autour de nous. Je dois dire que cela me soulage. Ma cousine Charis a invité mon cousin Theophilius, qui, pour changer, n'a pas arrêté de me courir après, reprit-elle avec agacement. Mais ne pensez pas pouvoir reprendre vos sales manières.
-Loin de moi cette idée, mentit-il effrontément mais elle fit mine de le croire. »
Est-ce qu'il pensait la revoir au pique-nique en l'honneur du printemps organisé par Charis et Caspar Croupton ? Non. Est-ce qu'il l'espérait ? Inconsciemment sûrement.
Mille fois oui, plutôt.
La veille, il s'était rendu compte qu'il l'avait revu tous les mois depuis le bal du ministère. En janvier chez Fleury et Bott. En février lorsqu'il était ivre au mariage Adalbert Yaxley. En mars aux Trois-Balais et à Scribenpenne. En avril chez les Meliflua. Et en mai, lorsqu'il avait fait un tour de stade avec son équipe à fin d'un match qu'il avait fait brillamment gagner à son équipe contre les Flèches d'Appelby. Il avait failli en tomber de son balai, à la voir debout applaudir comme une gamine au milieu des autres supporters. Il s'était rattrapé à la dernière seconde. Tomber après un tel match aurait fait tâche, surtout pour un Attrapeur. Il avait passé la soirée à rêvasser dans son lit, surpris de se sentir si étrange.
Puis la vie avait continué.
Jusqu'à hier soir.
C'était un signe du destin, non ? Le destin avait remis Dorea Black sur son chemin pour une bonne raison, non ? Surtout si elle y revenait tous les mois ?
« Vous êtes bien silencieux, Mr Potter, j'en suis presque inquiète, se moqua-t-elle avec évidence, un très discret sourire étirant ses lèvres bien dessinée.
-Je suis pensif, reconnut-il.
-Pensez à voix haute, je vous en prie, continua-t-elle sur le même ton.
-Je me disais que vous étiez tout de même imprudente de vous isoler avec un homme sans éprouver aucune crainte, préféra-t-il répondre.
-C'est vous qui devriez avoir peur de vous isoler avec moi. Je sais me défendre mieux que vous, j'en suis certaine. »
Ah ce culot, qu'est-ce que c'était plaisant. Il ne put s'empêcher de lui sourire moqueusement en arquant un sourcil de défi. Elle lui répondit en relevant un peu plus le menton, comme si elle faisant en sorte de dégager le cou pour que le soleil puisse atteindre sa peau pâle. Elle s'appuya contre l'arbre derrière elle, sans doute inconsciente des idées qui tournaient dans la tête de Charlus. Parce qu'elle le faisait exprès, là, non ? Elle le défiait de tenter quelque chose, non ?
Il s'avança d'un pas, la gorge sèche, et posa son coude sur l'arbre de façon presque innocente, pour quelqu'un qui n'avait jamais goûté au désir. Sa tête se reposa très bien dans sa main, et son regard glissa souplement sur le visage, le cou, et la petite poitrine de la sorcière devant lui.
« Remontez votre regard vers mon visage, Mr Potter, dit-elle distraitement sans même ouvrir les yeux. »
D'accord, elle était encore plus maligne que ce qu'il avait cru. Il remonta docilement ses yeux jusqu'à sa bouche, surpris de se sentir si… patraque.
« Je ne sais pas si ta maman te l'a dit, mais il ne faut pas jouer avec les hommes comme ça, Dorea, ne trouva-t-il qu'à dire.
-C'est vous qui vous montez la tête, Mr Potter. Je suis une jeune fille respectable, et ma baguette est vive. J'apprécie votre conversation, mais vous savez ce que vous risquez si vous vous approchez trop. »
Tant d'indifférence alors qu'elle l'avait suivi à l'écart, c'était à rendre fou.
Il leva sa main libre, malgré les mises en gardes de Dorea Black pour attraper l'une des nombreuses mèches qui avaient l'habitude de sortir de son chignon. Elle ouvrit brusquement les yeux. Comme son visage restait impassible, pour changer, il ne la lâcha pas.
« Enlever vos mains de moi, Mr Potter, je ne me répèterai pas, dit-elle d'un ton si naturel qu'il ne pensa même pas à obéir.
-Ah oui ? »
Il aurait finalement mieux fait d'obéir, puisque l'instant d'après, il se retrouva la tête en bas, pendu aux arbres dans un cocon de lianes. Quand avait-elle tiré sa baguette, nom de nom ? C'était impossible !
« Je vous avais prévenu, Mr Potter. J'aime votre conversation, mais vous n'êtes pas quelqu'un d'assez sérieux pour moi, fit-elle avec un ennui visible. Au plaisir de vous revoir.
-Eh ! Black ! l'appela-t-il en se tortillant en vain. Ne me laisse pas comme ça ! Black !
-Je vous avais prévenu, Mr Potter, répéta-t-elle avant de soupirer lourdement. »
Et elle le laissa comme ça. Alors là… là… C'en était assez ! Il s'était excusé deux mois plus tôt pour sa conduite peu gentleman, il avait discuté avec elle une bonne partie de cette après-midi et elle ne le trouvait pas assez sérieux pour elle ? Ben voyons ! Et puis, qu'est-ce que ça pouvait faire, hein ?
Si c'était comme ça, il jetait l'éponge !
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Une semaine plus tard,
Juillet 1943,
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Il devenait fou. Il allait péter sa baguette.
Elle était là, juste devant lui, alors qu'il venait de capturer le Vif d'Or. Le sourire de Dorea Black, juste au dessus de son poing qui tenait fermement le Vif, lui retourna l'estomac. Lorsqu'il releva les yeux vers les siens, lorsqu'il reçut son clin d'œil, il dégringola. Oh il se reprit vite, mais le mal était fait.
Elle le rendait dingue.
Elle le poursuivait ou la magie se jouait de lui ? Elle s'amusait avec lui ou il se montait la tête ? Il n'avait jamais été ami avec une fille. A part Emily. Mais Emily était la sœur de Carley et la femme d'Anderson. C'était différent. Elle était intouchable. Ou sa cousine Ambuela. Mais c'était sa cousine.
Il remonta en chandelle la main tenant le Vif tendue devant lui. Ne plus penser à ses yeux de glace. Ne plus penser à la façon dont elle l'avait suspendu comme un jambon dans la propriété des Croupton. Ne plus penser au regard moqueur d'Ignatius lorsqu'il l'avait trouvé comme ça. Ni à ses explications bidon qu'il n'avait pas crues. Ne plus penser à…
Et ces stupides supporters des Frelons qui faisaient leur ridicule bruit d'abeille !
« Et c'est une victoire du club de Flaquemare avec 370 points contre 260 points ! s'égosilla le présentateur. Charlus Potter vient de capturer le Vif d'Or avec une facilité déconcertante ! Il vient de garantir sa place pour la prochaine Coupe du Monde ! »
Il montra le Vif d'Or à l'arbitre, un vieux Suédois sourd, qui hocha la tête avec approbation avant de lui attraper le bras pour l'élever en l'air. Orlando lui fonça dessus, fou comme à chaque fois, Enid Forty se contenta d'un signe militaire, et le capitaine de l'équipe de Flaquemare, Fergus Dingus, poussa son sempiternel cri de guerre. Le stade ne tenait plus en place lorsqu'ils firent un tour de piste, durant lequel il tâcha en vain de ne pas chercher le minois de Dorea Black.
Ils rentrèrent dans les vestiaires la seconde d'après.
« ON A GAGNEEEE ! s'égosillait Mike Orlando et Stanley Abbott comme des gorilles. »
Le hurlement de Fergus Dingus retentit à nouveau, faisant exploser de rire les deux batteurs Dany Abercrombie et Daran Rowle. Charlus préféra maintenir le bouton de la douche appuyé pour que le jet coule en continue sur sa tête en les ignorant. Il la voyait partout depuis ce stupide pique-nique du moins de juin, ou plutôt il croyait la voir partout. Mais là, c'était bien elle, en chair et en os qu'il avait vue. Et elle lui avait fait un clin d'œil ! Elle avait oublié dans quelle position elle l'avait laissé la dernière fois, ou quoi ? Tant d'indifférence le tuait lorsqu'il croyait voir un signe dans le moindre sourire. Il ne savait même pas ce qu'il attendait d'elle. Il savait juste qu'il était en colère de se sentir à nouveau… attiré par une fille qui de toute évidence le menait en bateau.
Merde, c'était le Glaçon quand même.
Bien sûr qu'elle était belle. D'une beauté froide, hein. Mais elle était inaccessible, tous ceux qui avaient été à Poudlard en même temps qu'elle le savait. Et lui, il pensait l'attraper ? Comme ça ? Parce qu'il l'avait décidé ?
Parce que si c'était juste une question d'attirance, ça aurait dû passer. Et la revoir là, dans ce stade, ne devrait pas le mettre dans cet état là.
« Ben alors Potter, tu gueules pas comme un débile avec eux ? fit la voix moqueuse d'Enid. »
Il leva les yeux pour voir la tête d'Enid au dessus de la cabine de douche. Ouais, depuis l'année dernière et l'entrée de la première fille à l'équipe de Flaquemare, ils avaient aménagé les douches en petites cabines individuelles. C'était pas plus mal, avait reconnu Charlus à voix haute après une gueulante de ce bon gros macho de Stanley Abbott. Son opinion avait calmé le jeu pour un temps. Puis le gars s'y était fait. Plus un con qu'autre chose le type de toute façon.
« Je ne suis pas un débile, mamzelle, répliqua-t-il.
-T'es contrarié, Potter ? demanda-t-elle. »
C'était bizarre sa manie de grimper sur la cabine pour passer la tête entre le haut de la cloison et le plafond et de taper la discute comme ça. Mike détestait ça, et on l'entendait gueuler dans tous les vestiaires. Mais c'est parce que Mike faisait son petit pudique.
« Peut-être bien. Qu'est-ce que ça peut te faire ? répliqua-t-il avec agacement.
-C'est que tu nous as fait toute une dépression avec cette Esméralda au début de la saison, j'ai pas envie que ça recommence, ça plombe ton jeu et l'équipe, dit-elle avec une franchise toute autocentrée.
-Je n'ai pas fait une dépression, râla-t-il en finissant de se savonner les cheveux.
-Tu jouais mal en tout cas, rétorqua-t-elle sans compassion. Faut pas se mettre mal pour une fille comme ça, hein. On est plein sur terre. Moi, je peux rien pour toi. Mais si une fille te prend la tête, laisse-moi lui briser le cœur, tu seras vengé comme ça.
-Elle n'est pas branchée fille, avoua-t-il avec un demi-sourire.
-Ah donc y a bien une fille. Tu devrais attendre la fin de la saison pour la voir, histoire que ça abîme pas tes chances pour la coupe d'Europe de l'année prochaine, se permit-elle de le conseiller. Ce serait con si tu te retrouvais sans le poste d'Attrapeur pour la coupe d'Europe et sans la fille. Si au moins t'es toujours Attrapeur de Flaquemare, ça te consolera de la fille.
-Et s'ils me lâchent quand même? demanda-t-il désabusé.
-Y a pas de raison. Et pense à leur dire d'enfin me titulariser. Ce sera en payement de mes bons conseils. »
Un bref éclat de rire plus tard, et la tête bourrue d'Enid disparut.
Elle avait dix-neuf ans, la fille, elle venait d'un petit village moldu au Nord de l'Angleterre, des parents moldus absents, et elle obtenait tout avec du travail et du culot. Elle était venue d'elle-même au Club de Flaquemare lorsque son CV avait été renvoyé – parce que c'était une fille – pour leur demander plus d'explications. Elle s'était invitée dans leur partie. Elle leur avait mis la misère, surtout à Stanley Abbott qui était le Gardien de l'équipe – ce qui devait expliquer aussi pourquoi il avait tant pesté – puis elle était partie en claquant la porte. Lui, Charlus, il s'était soigneusement moqué d'eux, et avait reconnu qu'Enid était plus douée que cet imbécile de Dopkiks qui avait été invité à l'essai. Mike l'avait reconnu aussi. Les Batteurs avaient marmonné un assentiment pendant que Fergus Dingus – déjà capitaine à l'époque – proposait de faire revenir la fille le lendemain parce qu'elle dépotait. L'entraîneur avait refusé. Elle était revenue sous l'apparence de Dopkiks à qui on ne voulait pas demander ce qui lui était arrivé, et à la fin, le Polynectar ne faisant plus effet, l'entraîneur avait poussé la Beuglante du siècle. Le Manageur avait accouru avant qu'il n'envoie Enid chez les Aurors pour faire signer Enid Forty, la première sorcière à entrer dans l'équipe de Flaquemare. La guéguerre entre le club de Flaquemare et les Harpies de Holeyand avait plus ou moins pris fin à ce moment-là.
Il se rhabilla en vitesse pour retrouver les autres pour le pot. Il devait faire acte de présence une vingtaine de minutes, histoire de se montrer, puis il pourrait sortir avec les gars. Le pot, c'était surtout pour le Manageur et le Capitaine. Lui, il signait quelques autographes aux fils à papa qui avaient acheté une place VIP, et puis voilà.
Alors lorsqu'il la vit, encore une fois, devant le buffet en train de prendre une Bièreaubeurre, alors qu'il se l'était enfin sortie de la tête, il jura.
« Ben qu'est-ce qui te prend de jurer comme ça ? s'étonna Mike.
-Rien, grommela-t-il. »
Ce n'était pas qu'il n'était pas content de la voir. Mais il ne voulait pas la voir maintenant ! Déjà, il y avait tous ses coéquipiers – et coéquipière – et en plus… mais c'était bizarre de la voir ici ! C'était un endroit de sa vie de tous les jours. La voir ici, c'était comme la voir chez lui, c'était un peu trop…
« Allons par là, dit-il en faisant signe à Mike. »
Il jeta un coup d'œil à Dorea Black en s'éloignant d'elle. Elle n'avait pas dû le voir. Tant mieux. Il aurait été bien embêté qu'elle raconte la manière dont elle s'était amusée avec lui. Et puis… non mais enfin, il lui en voulait ! Zut à la fin, ce n'était pas une manière de traiter les gens ! Elle le roulait dans la farine, puis elle lui faisait un grand sourire avec un clin d'œil. Et elle ne voyait pas où était le problème ? Elle devait pourtant voir qu'elle lui… qu'elle lui plaisait ! Qu'elle l'envoie paître ailleurs pour de bon si elle ne le trouvait pas assez sérieux pour elle.
Il joua si bien à cache-cache, qu'il réussit à l'éviter soigneusement. Et lorsque Mike et Enid proposèrent de s'éclipser discrètement, il fut même déçu qu'elle ne soit pas venue vers lui. Non mais c'est vrai ça, était-elle à ce point indifférente pour ne pas venir le saluer en coup de vent ?
Il fallait l'oublier.
Ils empruntèrent le réseau de Cheminette pour se rendre à la Cave du Détraqueur. Ce n'était pas pour une question de filles qu'il allait là-bas, c'était pour une question de tranquillité. Merci Merlin, il ne payerait jamais pour aimer une fille. Ça ne dérangeait pas Orlando. Ni Enid. Chacun son job, elle disait. On reverrait plus tard pour cette pseudo-solidarité-féminine avec elle.
Bref. On y était plus tranquille puisque la discrétion était plutôt une des valeurs de la maison. Alors qu'au Chaudron Baveur, une fois sur deux, ils faisaient la une de Sorcière Hebdo. Quand il sortait avec Rowle, c'était toujours au Chaudron Baveur. Son épouse était comme qui dirait jalouse. A moins qu'elle vienne avec eux. Là, c'était le jackpot assuré pour les mauvaises soirées. Elle était coincé Rosemary Rowle, genre pire que… pire que la Grand-mère Sionach. Pire que le Grand-père Priscus aussi. Quel idiot ce grand-père quand même. Quel arriéré. Sa pauvre maman qui n'était pas vraiment heureuse. Tout ça à cause du vieux Priscus Potter… Et sa Grand-mère Ombeline qui avait dû être bien malheureuse elle aussi de vivre avec un homme qui ne l'aimait que pour son sang bien pur.
Et ça y est qu'il retombait dans des pensées moroses. C'était toujours la même chose lorsqu'il buvait du Whiskey-Pur-Feu ces temps-ci.
« Bah Potter, qu'est-ce qui t'arrive ? On est arrivé y a bien trois heures et t'es toujours assis là à ruminer entre chaque verre. Tu déprimes encore ? demanda Mike, une fille gloussante sur les genoux.
-Je ne déprime pas, rétorqua-t-il avec un coup de poing sur la table.
-Il n'a pas fait de dépression, Orlando, il était seulement… triste ? corrigea Enid Forty.
-Triste ? Allez Forty, c'est García qui a brisé son p'tit cœur, on le sait tous.
-Oh mais t'en fais pas, il a…
-Ferme-la, Forty, la coupa-t-il violemment. »
Qu'elle ne commence pas à étaler sa vie comme ça. Il avait eu un moment de faiblesse lorsqu'il lui avait avoué qu'il y avait une fille là-dessous. Elle n'avait pas besoin de le dire à tout le monde.
« Potter est pas content, pouffa-t-elle. Alors, avec qui tu pourrais te consoler ce soir…
-J'ai pas besoin d'être consolé, protesta-t-il. Laissez-moi avec mon Whiskey. »
Il ramena son verre devant ses yeux et regarda la jolie teinte ambrée du liquide.
« Blonde ou brune ? demanda Enid. »
C'est pas vrai, elle n'allait pas faire comme Grand-père Priscus ?
« Blonde, d'accord, choisit-elle elle-même.
-Brune ! explosa-t-il malgré lui.
-Ben voilà, c'est pas bien compliqué. Voyons voir... »
Ah ça, c'était bien un truc qui l'énervait chez Enid et Mike. Trop de culot, tue le culot. Et trop de connerie… trop de conneries. Il se leva rageusement, laissa une flopée de Mornilles sur la table et se dirigea vers la sortie. Il allait rentrer chez lui… ou chez ses parents plutôt. Il raconterait ses malheurs à sa maman et puis elle le consolerait, comme d'habitude. Merlin il en avait marre de se traîner comme ça à chaque fois qu'il buvait un peu de Whiskey ces temps-ci. C'était insupportable.
« Alors mon chou, on marche pas droit ? »
Il s'aida de la fille pour se redresser, et lui jeta un coup d'œil.
« Merci, marmonna-t-il. Tu m'aides à sortir d'ici, Dorea ? demanda-t-il. »
Ses yeux tout gris larmoyant brillaient un peu trop, et son nez était un peu court. Il ne se souvenait pas qu'elle ait des tâches de rousseurs sur le nez. Remarque, il ne l'avait jamais vue de si près aussi. Pourtant, il était sûr qu'elle n'avait qu'un trou aux oreilles. Et il ne l'avait jamais vu les cheveux lâchés. Ça lui allait bien.
« Et voilà mon chou, dit-elle d'une voix rauque en l'aidant à sortir dans la ruelle. Ça va aller pour rentrer ?
-Pourquoi tu es gentille avec moi cette fois, Dorea ? demanda-t-il en pleurnichant.
-Allez, allez, faut pas faire du bruit comme ça, mon chou, la Brigade va venir voir ce qui se passe sinon.
-Dorea… ma Dorea… la supplia-t-il en s'agrippant à elle. »
Elle était petite ce soir. Et puis, sa robe était quand même beaucoup échancrée. La porte du pub claqua derrière eux et il la poussa contre le mur pour s'appuyer dessus et non plus sur elle.
« Pourquoi tu es si indifférente comme ça avec moi ? pleurnicha-t-il. Je suis gentil pourtant, je te parle et tu me parles et puis… et puis on rigole… enfin je rigole bien avec toi, mais toi tu restes toute froide sauf quand tu me parles de ta Magie Antique. Tu l'aimes ta magie, hein ? Et moi, qu'est-ce que je pourrais être pour toi, hein ?
-Mon chou, faut rentrer chez toi, s'impatienta-t-elle. Ou alors on rentre. Mais faut choisir.
-Juste un baiser, hein ? »
Il posa sa main sur sa joue – elle était quand même vraiment plus petite ce soir – puis perdit l'équilibre et écrasa ses lèvres sur le siennes plus qu'autre chose. Il se cogna au passage la tête contre le mur et jura contre sa bouche. Pour premier baiser, on pouvait pas faire pire. N'empêche, lorsqu'il se recula et qu'il vit les mèches roses dans ses cheveux, là, quelque chose vrilla dans sa tête.
« Mais t'es pas Dorea, bafouilla-t-il en tombant sur le derrière.
-Oh je ne sais pas qui est cette demoiselle, Monsieur, mais on vous entend pleurnicher dans toute la rue, intervint une voix pas vraiment commode dans son dos.
-Hein ? ne trouva-t-il qu'à dire en tournant la tête dans tous les sens pour échapper aux lumières qui sortaient des baguettes.
-Putain, c'est Charlus Potter, couina une autre voix.
-Je me fiche bien de qui est ce type, il est en état ébriété sur la voix publique et ça, c'est au poste direct, reprit la première voix.
-Non mais c'est Charlus Potter, l'Attrapeur d'Angleterre, sergent ! couina la première voix.
-L'Attrapeur de la Coupe du Monde ? comprit la première voix.
-Mais oui ! »
C'était quoi l'embrouille encore ?
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[…] Charlus Potter, le grand Attrapeur de l'équipe de Flaquemare et d'Angleterre, a été arrêté hier soir sur le Chemin de Traverse, après le match qu'il a fait gagner à son équipe, pour état d'ivresse sur la voie publique. Mais paraît-il qu'il n'était pas seul. La Brigade Magique a fermé les yeux sur la position embarrassante dans laquelle l'Attrapeur a été trouvé. Apparemment, il était occupé avec l'une des… employées de la Cave du Détraqueur entre deux maisons de l'Allée des Embrumes. […]
Sorcière Hebdo, première semaine de juillet.
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Une semaine plus tard,
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« Trois mois, TROIS MOIS ! Tu n'as pas fait la une de Sorcière Hebdo pendant seulement TROIS MOIS ! explosa Grand-père Priscus.
-Oh ça va, grommela-t-il en s'enfonçant dans le fauteuil. »
Il était dans le bureau de son Grand-père. Son père était appuyé contre les étagères dans un coin, sa mère était contre la porte, et son frère assis sur l'un des fauteuils de la pièce. C'était une réunion de famille ou une réprimande publique ?
« Tu m'as dit que tu acceptais de te marier cette année…
-Je n'ai au grand jamais fait cette promesse, dit-il posément.
-… et que tu te trouverais une jeune femme convenable tout seul…
-Je n'ai pas tout à fait dit ça non plus, commenta-t-il distraitement.
-… et je vois que tu continues à avoir des mœurs des plus détestables ! Cette fois, c'est décidé, tu vas épouser la sorcière que je te trouverai…
-Non, dit-il simplement.
-… et PAS DE DISCUSSION ! »
Charlus ne baissa pas les yeux devant son Grand-père. Il fit même mieux. Il se leva lentement de la chaise sans le lâcher du regard.
« Je me marierai quand j'en aurai envie, et avec qui j'aurai envie. Tu n'as aucun droit de m'imposer quoique ce soit. J'ai vingt-cinq ans, je suis majeur, j'ai ma propre maison et mon propre coffre à Gringott's. Je fais ce que je veux, dit-il lourdement. J'en ai plus qu'assez de cette mascarade. J'ai accepté d'être patient pour te faire comprendre que les Lilas et les Astrida me sortaient pas les yeux, mais de toute évidence, c'est peine perdue.
-Comment oses-tu… commença le Grand-père rouge de colère.
-De plus, le coupa Charlus. Nous sommes en juillet, je devrais être en train de me reposer parce que je me suis entraîné toute la journée et que nous avons encore des dizaines de matchs jusqu'au mois de septembre, mais tu me fais perdre mon temps avec tes histoires de mariages et de Sorcière Hebdo. Alors il suffit ! Si mon père n'ose pas lever la voix contre toi, moi, je le fais ! Et plutôt deux fois qu'une ! »
Le silence se fit total dans la pièce. Que sa mère n'ose pas intervenir, il pouvait le comprendre. Que son frère reste muet comme une carpe aussi, ce n'était pas ses affaires. Mais que son père…
« Laisse Charlus tranquille, Papa, nous en reparlerons après la saison de Quidditch. »
Son père aurait mieux fait de se taire, finalement. Toujours à procrastiner, encore et encore, à fuir la réalité et à se laisser pousser au pied du mur, comme quand il avait vingt-cinq ans et à appeler sa mère pour le sortir de là.
« Il n'y a pas de après la saison de Quidditch. Plus tu vas me dire de me marier, moins je vais le faire, rétorqua Charlus. Ou alors, avec une Moldue, par exemple, simplement pour…
-C'est bon Charlus, nous avons compris l'idée, le coupa son père d'un ton sec. Tu as entendu, Papa ? Si tu continues à vouloir imposer quoique ce soit à Charlus, il serait capable d'épouser le première Moldue qu'il rencontre, tu n'as envie pas de ça, si ?
-Ne prends pas ce ton avec moi, Robertus. Je suis encore le patriarche de cette Maison !
-Il suffit ! intervint sa mère.
-Sors d'ici, Annabella, cette discussion ne te concerne pas !
-Parle autrement à ma mère, Grand-père ! »
Tout ceci devenait ridicule.
« Je m'en vais, soupira Charlus en se détournant. Et je ne reviendrai pas ici avant la fin de la saison, prévint-il.
-Charlus, attends, essaya de le rattraper sa mère.
-Ecoute Maman, je… C'est bon, j'ai épuisé le peu de patience que j'avais. Lorsque Grand-père arrêtera de me donner des ordres, je reviendrais, d'accord ? dit-il doucement. »
Il serra sa mère dans ses bras, lui embrassa la tempe avec douceur et s'éloigna d'elle brusquement. Il dévala les escaliers en apnée et entra dans la cheminée après avoir pris une grosse poignée de poudre de Cheminette. La seule personne qu'il avait envie de voir, c'était Ignatius. Et vu l'heure, Ignatius devait encore être au bureau.
« Ministère de la Magie ! »
Il arriva dans l'une des grandes cheminées du Grand Hall. Il était dix-huit heures. Les petites-mains du Ministère commençaient à partir, mais ce n'était pas le gros des effectifs. Il se dirigea vers les ascenseurs devant lesquels trois sorciers patientaient. Il entra dans l'ascenseur avec eux.
Il s'accrocha bien aux manettes en bois qui pendaient dans la cabine d'ascenseur avant que la machine ne s'actionne. Il s'en félicita lorsque la secousse fit s'étaler un des sorciers contre le côté de la cabine.
Comment sa mère pouvait-elle dire que son père était la liberté incarnée lorsqu'il avait vingt ans ? Il courber toujours l'échine devant son père. Charlus se sentait presque humilié pour lui. Et comment sa mère avait-elle pu supporter de vivre dans la même maison que son Grand-père ? Il était insupportable à vouloir donner ses ordres désuets par-ci par-là.
« Niveau 2. Département de la justice magique, annonça la voix de l'ascenseur. »
Deux des trois sorciers se précipitèrent dehors. Il tourna distraitement la tête vers le dernier occupant… occupante. Bon Dieu, encore elle ?
« Bonjour Mr Potter, le salua-t-elle avec un petit sourire crispé.
-Euh… Miss Dorea, bafouilla-t-il. »
Là, pour le coup, il ne pensait vraiment jamais se retrouver avec elle dans un ascenseur du Ministère de la Magie. Et il se retrouva bien bête, face à elle, à ne pas savoir quoi lui dire. Il se sentit surtout honteux lorsqu'il se rappela son comportement de la semaine dernière, lorsqu'il avait cru la voir dans la Cracmol de la Cave du Détraqueur parce qu'elle l'obnubilait bien trop. Elle était bien plus belle, bien plus élégante et bien plus raffinée que la fille. Comment avait-il pu oser les confondre ? Et surtout, comment avait-il pu rêver le soir même d'elle… Un rêve doux, tendre et… chaud : Dorea et lui un peu plus haut que le septième ciel. Merlin, pourvu qu'elle ne soit pas Legilimens. Il se traînait comme une loque ces temps-ci, il s'insupportait lui-même. Il n'avait pas besoin qu'elle comprenne en plus à quel point elle lui faisait perdre le contrôle !
« Vous travaillez au Ministère ? bredouilla-t-il pour se reprendre.
-Oh non, réfuta-t-elle. Ma nièce Walburga, la fille aînée de mon frère, vient d'être admise à Ste-Mangouste après une bévue dans sa potion à Poudlard. Je vais chercher mon frère au Département des Transports magiques pour le prévenir. Son épouse est directement allée à l'hôpital.
-C'est grave ? ne trouva-t-il qu'à demander.
-Je n'en sais rien, je ne suis pas Guérisseuse, reconnut-elle. Mais suffisamment pour la faire aller à Ste-Mangouste donc j'imagine que oui, en déduit-elle. Et vous, que faites-vous ici ?
-Je… Je vais voir un ami au Département des créatures magiques. »
« Niveau 3. Département des accidents et catastrophes magiques, annonça à nouveau la voix. »
Les portes s'ouvrirent mais personne ne monta dans l'ascenseur qui se referma après un son de clochette.
« Vous vous invitez sans raison précise au ministère ? s'étonna-t-elle.
-Euh… »
Il se sentit un brin enfant gâté d'un coup. Il n'avait pas vraiment réfléchi plus que cela lorsqu'il avait pris la poudre de Cheminette.
« Enfin, vous avez sûrement vos raisons, se reprit-elle. Ce doit être vraiment grave pour qu'on vous ait laissé entrer sans faire d'histoire. »
Il avait ses entrées grâce à son poste d'Attrapeur dans l'équipe d'Angleterre à la coupe du monde du 1942, et ce laissez-passer devait toujours être actif, songea-t-il. Il n'y avait même pas réfléchi en y repensant.
« Parce qu'on vous a embêté à l'entrée ? préféra-t-il demander.
-J'ai dû laisser ma baguette à l'accueil, dit-elle d'un ton agacé qui la fit froncer les sourcils. Et je n'aime pas beaucoup ça. »
Deux mois plus tôt, la savoir désarmée lui aurait donné des idées bien peu sages en tête. Là, il se sentit juste agacé avec elle. Et si quelqu'un venait l'embêter dans les couloirs, hein ?
« Vous voulez que je vous accompagne jusqu'à votre frère ? demanda-t-il.
-Pourquoi ? s'étonna-t-elle. Vous savez où se trouve son bureau ? Oh non, ne me dites pas que, vous, vous voulez me protéger. Vous avez été le premier à vouloir obtenir ce genre de faveurs de ma part.
-Eh, ce n'est pas vrai ! J'ai… Je…
-Vous a-t-on déjà dit que vous ne saviez guère mentir, Mr Potter ? s'amusa-t-elle de toute évidence. »
Un sursaut de témérité força ses lèvres. Un petit sourire plus tard, il lui lança un clin d'œil.
« Si je ne sais guère mentir, vous devez avoir compris que… »
-Niveau 4. Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, annonça la voix. »
-Je crois que c'est votre niveau, Mr Potter. A une prochaine fois, lui dit-elle en le poussant hors de la cage. »
Il se retourna juste à temps pour voir les grilles se fermer entre eux. Elle agita la main et il se retrouva incapable de lui répondre.
Qu'avait-il voulu lui dire au juste ?
.
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Une semaine plus tard,
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Comme il ne voulait plus aller dans la Maison des Potter mais qu'il tenait à voir ses parents, il continuait de fréquenter la Maison des Fortescue, perdue dans les campagnes du Pays de Galles. Grand-mère Sionach, cette vieille peste aigrie, avait organisé un repas de famille avec ses trois enfants, Willem, Annabella et Richard, leurs époux et épouses, et ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. Si bien qu'ils étaient… une bonne quinzaine car ses deux cousins avaient eu un empêchement, un problème avec leur bateau de pêche, il n'avait pas tout compris. Enfin, ils auraient été deux de moins si elle n'avait pas invité en plus sa sœur et l'arrière petite-fille de sa sœur qui avait, comme par hasard… tout juste dix-huit ans. Un âge très correct pour se marier en soi.
Ils s'étaient donnés le mot où quoi ?
Et puis ne lui dîtes pas qu'il voyait le mal partout. Il était toujours assis à côté de sa cousine Ambuela aux repas de famille chez les Fortescue. Et aujourd'hui, comme par hasard, il était à côté de cette petite-cousine au troisième ou quatrième degré.
Ce n'est pas qu'elle était stupide.
Bon, elle n'était pas très intelligente, mais elle avait de la conversation. Et sa voix était plutôt agréable. Mais son rire ressemblait vraiment à un gloussement de dindon. Et puis, elle était trop blonde. Et trop petite aussi. Et puis ses joues étaient trop roses, comme celle d'un bébé. Elle était trop jeune. Elle faisait trop jeune plutôt. Et puis le dernier roman de Maléficia Nott, ça allait deux minutes. Elle n'était pas très gracieuse non plus. Et puis sa robe était trop verte. Et puis elle ne mangeait rien. Bon sang, faut se nourrir jeune fille. Et puis elle buvait littéralement chacun de ses mots. Même un simple « oui ». Franchement, elle n'avait pas quelque chose d'un peu original à raconter ? Discourir sur la Magie Antique par exemple.
Ne lui dîtes pas qu'il avait pensé ça. S'il vous plaît.
Et voilà qu'il comparait Laetitia Bulstrode à Dorea Black. Oh non. Elle était revenue dans sa tête.
« Charlus, mon garçon, voudrais-tu montrer les jardins à Laetitia, je te prie. Elle ne les a jamais vus, pépia sa Grand-mère. »
Non, il n'en avait pas envie. S'il l'avait osé, il aurait même dit qu'il préférait montrer les jardins à Dorea Black.
C'est pas vrai, il avait osé se l'avouer. Mais c'est qu'au moins, elle ne minaudait pas avec lui, elle ! Et puis elle lui répondait spontanément sans rester la bouche entrouverte à attendre qu'il lui sorte un compliment de circonstance !
Aïe. Gros silence autour de la table. Evidemment, Grand-mère Sionach essayait de le coincer. Elle s'attendait à ce qu'il se sente obligé de dire oui à présent que tout le monde avait entendu ce tour de main on ne peut moins subtil pour les éloigner de la table.
« Charlus, répéta sa Grand-mère avec impatience. M'as-tu entendue ?
-D'une manière très intelligible, Grand-mère, en convint-il sans pour autant bouger le petit doigt.
-Qu'attends-tu alors ?
-Rien du tout, répondit-il avec insolence en enlevant la serviette de table de ses genoux pour la reposer sur la table. »
Le petit sourire victorieux de sa Grand-mère lui donna simplement envie de lever les yeux au ciel. Qu'est-ce qu'ils étaient lourds ces vieux. Il se leva, s'épousseta pour se redonner une apparence convenable avec une lenteur entourée du silence de toute sa famille et jeta un coup d'œil à Laetitia qui rougissait un peu plus. Désolée, ma jolie, pensa-t-il sincèrement. Puis il se dirigea vers la porte de la salle à manger sans accorder aucun regard à personne. Il s'arrêta derrière sa mère pour lui embrasser la joue.
« On se revoit rapidement, Maman, dit-il assez fort pour annoncer qu'il prenait congé. »
Sa Grand-mère le comprit parfaitement au vu de son hoquet de stupeur.
« Charlus Potter !
-Oui Grand-mère Sionach ? demanda-t-il avec ennui en croisant les bras devant lui.
-Comment oses-tu faire preuve de tant d'insolence ! ne trouva-t-elle qu'à éructer.
-Voyons, laissez-moi réfléchir, dit-il à voix haute. Ah oui. Grand-père Priscus et vous n'arrêtez pas de me coller dans les pattes des jeunes femmes, tout à fait charmantes je n'oserais pas dire le contraire. Mais ceci ne m'intéresse pas. Donc, je prends congé.
-Quelle impertinence ! s'offusqua la vieille Fortescue. Annabella, dis quelque chose ! Et vous, Robertus, vous ne pouvez pas…
-Je vous avais dit de ne pas jouer à l'entremetteuse, Mrs Fortescue, la coupa son père pour le plus grand étonnement de Charlus. Vous vouliez présenter Laetitia à Charlus, très bien, je dirais même que c'était une bonne idée après tout. Les asseoir côte à côte, passait encore. Mais votre petite proposition était de trop.
-Robertus ! s'écria Mrs Fortescue.
-Mrs Fortescue, Charlus ne tient pas à se marier tout de suite, laissez-le donc tranquille. »
C'était le monde à l'envers ? Son père prenait son parti ? Et le défendait malgré les consignes données par Priscus Potter ?
« Il a vingt-cinq ans ! Il vit seul ! Je suis sûre que sa maison est… est une vraie porcherie ! Son impertinence mériterait la correction sévère d'une épouse et vous… Je te préviens, Charlus Potter, le menaça la vieille Sionach Fortescue, si tu n'es pas marié avant la fin de l'année, ne compte pas sur moi pour te coucher sur mon testament !
-Grand bien me fasse ! répliqua Charlus avant d'exploser de rire. »
Il tourna les talons pour se diriger vers la sortie.
« Oh Annabella, je vous le dis, votre fils est amoureux d'une jeune femme mystère pour tenir tête à votre mère de la sorte, entendit-il babiller sa tante Falbala. »
Amoureux, lui ? Il n'irait peut-être pas jusque là. Disons qu'il avait une femme en tête et qu'il était toujours décidé à voir si elle restait de glace même dans l'intimité.
Bon sang, la magie s'acharnait contre lui, non ? Comment expliquer sinon qu'il ait transplané sur le Chemin de Traverse, juste devant une boutique, derrière la vitrine de laquelle il la voyait ? Il se frotta les yeux avec ses poings pour se remettre les idées en place. Mais Merlin, c'était bel et bien Dorea Black. Mrs Brodette était en train de prendre ses mesures pendant qu'une jeune femme qui lui ressemblait assez la regardait en riant. Et là, son visage pétillait. Oh ce n'était pas encore ça. Mais elle était bien moins impassible que la semaine dernière. Un peu comme celle d'encore avant, dans le stade de Flaquemare. Bon sang, il la voyait partout.
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Une semaine plus tard,
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Je la vois vraiment partout, se lamenta-t-il en détournant le regard.
« Tout va bien, Charlus ? lui demanda Ambuela à son bras. »
Le vernissage de la saison d'été se finissait dans deux semaines, et Ambuela avait tenu à lui montrer quelques toiles qu'elle avait trouvées particulièrement réussies. L'une d'elle était un portrait d'une jeune femme qui ressemblait trait pour trait à Dorea Black.
« Oui pourquoi quelque chose n'irait pas ? demanda-t-il en s'efforçant de prendre un ton dégagé.
-Eh bien tu es figé devant ce tableau, expliqua simplement Ambuela.
-C'est qu'il est très beau, bafouilla-t-il en suivant des yeux la courbe de la lèvre du portrait de la jeune fille qui ressemblait à Dorea.
-Le tableau ou le modèle ? se moqua allègrement Ambuela.
-Le tableau bien sûr, se défendit-il.
-J'aime beaucoup le coup de pinceau d'Arcturus Black, reconnut Ambuela en gobant son mensonge. Il y a quelque chose de frais dans sa peinture. »
Charlus aurait plutôt dit quelque chose d'outrageusement séducteur mais il s'abstint.
« On a l'impression que le modèle est revenu d'une balade en montagne, mais qu'elle est encore perdue dans ses souvenirs de contemplation. Comme si l'horizon en haut de la falaise était toujours sous ses yeux et qu'elle s'y enfonçait, tu ne trouves pas ? »
C'était exactement le regard de Dorea Black, celui qu'elle avait lorsqu'elle était pensive.
« Charlus, chuchota un peu plus fort Ambuela. Dis, tu ne trouves pas ?
-Si, si, répondit-il nerveusement. Comment as-tu dit que le peintre s'appelait ?
-Arcturus Black. Il n'expose pas beaucoup de toiles, mais elles sont toujours magnifiques, reconnut Ambuela.
-Et le modèle ? demanda-t-il en espérant que sa cousine ne s'en étonnerait pas.
-Le Glaçon, se moqua Ambuela.
-Pardon ?
-Le modèle c'est le Glaçon, tu sais Dorea Black. Elle était à Serpentard, un an en dessous de moi. Elle était présente avec Arcturus Black à l'inauguration. Je crois que c'est son oncle. Et je peux te dire qu'elle mérite toujours son surnom. Si elle a décroché un sourire à cette soirée, c'est le bout du monde. »
Donc c'était bien elle. Il ne devenait pas fou.
Ou si, puisqu'il l'avait reconnue au premier coup d'œil.
Merlin, aidez-le.
