Bonjour !

Voilà un nouveau chapitre qui nous rapproche du procès à grands pas. Je suis en train d'écrire le prochain et je pense qu'il n'en restera plus beaucoup. J'ai un peu peur que cette histoire s'éternise. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

Bonne lecture !


Le diagnostic tomba avec une évidence et une fatalité terrible. Hermione savait que la santé de Drago n'était pas bonne, mais avoir le rapport médical officiel sous les yeux rendait les choses réelles. Son état de dénutrition avait causé l'apparition d'un ulcère gastrique profond, sa blessure mal cicatrisée abritait un oedème et il souffrait de diverses infections plus ou moins graves. Hermione soupira. Elle signa en bas du parchemin à côté du paraphe d'Emma Stina et le plia. Elle regarda la cire couler sur la jointure, goutte après goutte, avant d'y apposer le sceau de l'hôpital que lui avait prêté son chef pour pouvoir envoyer le rapport au Ministère.

Le hibou disparut dans le ciel de Londres et Hermione récupéra l'original du rapport médical avant de se rendre dans le bureau du médicomage Brook.

« Voyons cela, marmonna l'homme en parcourant les documents du regard.

Hermione sentait son ventre se nouer. Elle savait que c'était maintenant qu'elle saurait combien de temps Drago allait rester hospitalisé et par conséquent, dans combien de temps allait se passer son procès.

– Connaissons-nous l'origine de sa blessure ?

– Il dit être tombé dans un escalier depuis un étage, répondit Hermione avec le plus de neutralité possible.

– Bien. Je préconise donc un traitement nutritif progressif pour ne pas agresser l'organisme et des soins quotidiens sur les lésions et infections. Il était grand temps pour lui d'être placé entre les mains de médicomages même si son pronostic vital n'est plus engagé. Quoi qu'il lui soit arrivé, les soins dont il a bénéficié précédemment lui ont sauvé la vie. Mais ici, nous serons en mesure de lui apporter un rétablissement complet d'ici un mois si tout se passe bien.

– Et après ça ? demanda Hermione la gorge nouée.

– Eh bien j'ignore quel accord a été passé entre Monsieur Malfoy et le Ministère, mais je m'arrangerais pour qu'il ne reste pas dans cette chambre indéfiniment. Nous sommes un hôpital, pas une prison ou un hôtel.

Hermione hocha distraitement la tête.

– Il me semble savoir qu'il a de la visite en ce moment, mais dès qu'il sera seul, je vous demande de commencer les soins. »

Il congédia Hermione et la jeune femme se retrouva dans le grand couloir, sans savoir quoi faire. Qui pouvait être en train de voir Drago ? Harry ? En pensant à lui, Hermione sentit une grande tristesse l'envahir. Elle se dirigea machinalement vers la chambre du blond dans l'espoir d'en apprendre plus et d'expliquer à Stina la procédure à suivre.

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Dans la chambre, Drago et sa mère s'étreignirent.

« Mon Drago, murmura Narcissa en savourant de pouvoir à nouveau voir son fils en vie. Mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

– C'est une longue histoire, Mère, mais je vais bien, répondit brièvement le jeune homme.

Narcissa observa son visage émacié et son corps squelettique d'un œil critique et inquiet.

– J'ai reçu une lettre du Ministère qui me disait que si je voulais te voir, je devais me rendre ici aujourd'hui, expliqua-t-elle. Je veux savoir ce qui s'est passé pendant presque quatre mois sans aucun signe de vie.

Sa voix était ferme, mais légèrement tremblante en fin de phrase. Combien de fois avait-elle essayé de se rassurer en se disant que si son fils était mort, elle l'aurait su dans les journaux ?

– Je vous raconterai tout, promit Drago. Mais pas ici. Je n'ai pas confiance ni dans les Aurors, ni dans cet hôpital. Je vous assure que je vais bien maintenant. J'ai été aidé ces derniers temps et je me suis rendu aux Aurors de mon plein gré. Je ne pouvais pas fuir éternellement, ajouta-t-il en voyant l'expression stupéfaite de sa mère.

– Je vais appeler nos avocats pour qu'ils soient préparés lorsque tu seras convoqué devant le Magenmagot. Ils viendront ici dès que possible.

Un court silence suivit. Drago remarqua que sa mère était un peu plus maigre que quand il l'avait vue pour la dernière fois, mais ses yeux brillaient et elle ne pouvait pas les détacher de lui. Elle semblait respirer à nouveau après des mois à végéter sans but. Il hésita à poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment déjà. Un mouvement derrière la porte lui indiqua qu'il n'avait peut-être plus beaucoup de temps.

– Avez-vous vu mon père ? lâcha-t-il finalement.

Narcissa lui répondit d'abord par un sourire triste.

– Pas depuis le procès, dit-elle ensuite. Les visites sont interdites pour le moment, mais nous nous envoyons des lettres régulièrement. Il s'inquiète pour toi, ajouta-t-elle plus doucement.

Drago ne répondit rien. Il ne savait pas vraiment s'il était triste que son père soit enfermé pour probablement le reste de sa vie ou s'il s'en fichait. Il y avait trop de douleur, de rancœur et d'inquiétude. Il avait demandé de pouvoir le voir dans sa lettre au Ministère ; il ne savait plus s'il en avait vraiment envie.

– Je vais certainement le rejoindre sous peu, nous pourrons nous raconter nos journées, tenta de plaisanter Drago. »

Ce n'était pas vraiment au goût de sa mère qui pinça les lèvres. Personne ne vint les déranger pendant l'heure qui suivit et leur conversation fut comme une bouffée d'oxygène pour chacun d'eux. Ils parlaient de choses futiles, mais significatives pour eux, pour la famille qu'ils étaient. Narcissa expliqua comment elle avait fait réarranger la roseraie au manoir en rajoutant des plants colorés. Drago apprécia l'entendre parler des gens qu'elle voyait, lui rappelant ses amis et ses souvenirs d'avant la guerre. Il eut l'impression de sortir de sa condition pour quelque temps et d'oublier où il était. Jusqu'à ce que quelqu'un toque à la porte à plusieurs reprises.

« La visite est terminée, annonça l'Auror. Les médicomages ont besoin de la place.

Narcissa se leva avec rigidité et un œil dur envers l'homme qui se tenait dans l'encadrement.

– Je reviendrai dès que possible, assura-t-elle à Drago. Je te ramènerai des affaires et je t'écrirai, les avocats aussi. »

Elle le prit dans ses bras, serrant contre elle le corps chétif de son fils. Elle se recula et passa une main sur sa joue. Sa bouche s'ouvrit puis se referma, comme si elle n'était pas bien certaine de quoi dire. Qu'elle était heureuse de le voir ? Qu'elle était inquiète et qu'elle aurait préféré le savoir loin de ce pays ? Sûrement tout à la fois. Elle lui sourit tendrement, sincèrement, comme si elle appliquait un baume sur toutes ses plaies visibles et invisibles.

Et Narcissa sortit de la chambre. Elle n'adressa pas un regard de plus aux deux Aurors qui gardaient la porte et se dirigea vers la sortie. Dans le couloir, elle croisa deux médicomages dont une jeune femme qu'elle reconnut sans peine. Hermione détourna les yeux en croisant ceux de l'épouse Malfoy et se hâta vers la chambre. Narcissa n'en manqua rien et se promit d'éclaircir ces mystères.

« Monsieur Malfoy, voilà votre repas, fit sèchement la médicomage Stina en posant le plateau sur la table de la chambre.

Drago ne lui prêta pas attention car il ne regardait qu'Hermione, cherchant un moyen de pouvoir communiquer avec elle. Quand elle capta son regard, elle secoua très légèrement la tête de gauche à droite, comprenant ses pensées mais sachant pertinemment qu'ils étaient coincés.

– Votre traitement commence dès aujourd'hui, déclara-t-elle sur un ton professionnel. Vous devez prendre les potions pendant chaque repas sans omission. Nous programmerons une intervention magique d'ici la fin de la semaine si votre état général s'est stabilisé.

Elle fit mine de feuilleter le dossier de son patient en regardant du coin de l'œil sa collègue. Il fallait qu'elle trouve une solution pour pouvoir parler à Drago. Elle trouva quelque chose soudainement et espéra qu'Emma ne s'en rende pas compte.

– Vous devez prendre votre potion maintenant car nous ne pouvons pas vous laisser la fiole, dit Hermione en allant chercher le plateau de nourriture sur laquelle elle était posée. »

Elle glissa le dossier sous le plateau et attrapa les deux objets en même temps pour aller les poser sur la desserte à côté du lit en priant pour que le dossier ne dépasse pas de sous le plateau et que sa collègue ne se rende pas compte qu'elle ne le tenait plus. Drago attrapa la fiole et jaugea son liquide pourpre avant de l'avaler d'une traite. Ce n'était ni bon ni mauvais, mais une sensation de lourdeur lui tomba dans l'estomac comme s'il venait de boire un verre de plomb.

Hermione s'approcha pour récupérer la fiole et elle vit très clairement les doigts de Drago s'attarder contre les siens quand il lui tendit le contenant en verre. Elle s'empressa de retourner vers la porte où Emma Stina attendait déjà avec agacement et elles sortirent.

« Ce patient est une perte de temps terrible, se plaignit-elle. Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu ne peux pas t'en charger toute seule.

Hermione sentit une vague de satisfaction l'envahir ; si elle avait le soutien de sa collègue, peut-être qu'elle pourrait faire une requête auprès de leur chef pour qu'il lui accorde les autorisations nécessaires.

– Je travaille ici depuis quatre ans, enchaîna Emma, et je ne vois pas ce que j'ai de plus que toi dans un cas comme celui-là. Ce n'est pas comme si on te demandait de faire des opérations magiques engageant son pronostic vital. Et j'ai sérieusement autre chose à faire que d'attendre qu'il ait fini son assiette trois fois par jour.

Hermione ne dit rien et se contenta de hocher la tête. Elle attendit qu'elles arrivent à la porte séparant la section réservée du reste de l'hôpital pour intervenir.

– C'est pas vrai ! s'exclama-t-elle en maugréant. J'ai oublié le dossier dans la chambre.

Emma soupira grassement.

– Je suis désolée, s'excusa Hermione. Mais laisse-moi y aller. Je ne fais que l'aller-retour et comme tu le dis, tu as d'autres choses à faire plus importantes que ça.

– Ne traîne pas, je n'ai pas envie de me faire passer un savon par Brook. »

Hermione lui adressa un sourire compatissant et la rassura en deux mots. Emma passa la porte et lorsqu'elle fut éloignée de quelques mètres, Hermione se retourna et marcha droit vers la chambre de Drago. Elle passa devant les Aurors le visage impassible, feignant avec assurance que sa venue était normale et elle entra dans la chambre en remerciant Merlin qu'aucun des deux hommes ne lui demande des explications.

Drago stoppa tout mouvement en voyant la porte se rouvrir et il se redressa en voyant Hermione.

« Je n'ai pas beaucoup de temps, expliqua-t-elle précipitamment.

Ils se retrouvèrent face à face sans savoir quoi dire ni quoi faire.

– Qu'est-ce qu'elle fait avec toi ? demanda finalement Drago.

– Je n'ai pas l'autorisation de m'occuper de toi seule parce que je ne suis pas vraiment médicomage.

Drago leva les yeux au ciel.

– C'est absurde.

– Je dois vraiment partir, fit Hermione.

Elle se rapprocha de lui et se pencha légèrement pour attraper le dossier toujours glissé sous le plateau. La tension sembla monter en flèche en une seconde durant laquelle ils retinrent leur respiration puis la brune se recula.

– Et après ? lança Drago qui ne voulait pas vraiment demander explicitement s'ils n'allaient jamais pouvoir être seuls.

– Je suis de garde cette nuit. Débrouille-toi pour me faire appeler vers deux ou trois heures. Tu peux prétexter que tu as des douleurs musculaires, c'est un des effets secondaires de la potion.

– Sympathique, ironisa Drago qui se souvenait douloureusement de la nuit qu'il avait passée tétanisé par les crampes chez Hermione.

– Emma n'est pas de garde et je ferai en sorte qu'ils ne demandent pas à quelqu'un d'autre de la remplacer. Avec de la chance, on aura un peu de temps et je crois qu'il n'y a qu'un seul Auror qui reste la nuit. »

Drago hocha la tête et Hermione se dirigea à nouveau vers la porte avant de se retourner. Elle lui adressa un léger sourire et sortit, jetant un coup d'œil aux Aurors qui n'avaient pas l'air particulièrement préoccupés.

La fin de journée de Drago ne se déroula qu'avec un unique but, feindre une crise au milieu de la nuit. Hermione et l'autre médicomage étaient revenues en coup de vent pour le repas du soir pour lui faire prendre sa potion et étaient reparties. Et dès lors, Drago luttait contre le sommeil. La première nuit qu'il avait passée à Sainte-Mangouste l'avait assommé. Il ne savait pas vraiment si c'était d'être dans un environnement nouveau ou d'avoir l'impression d'être définitivement hors de danger de mort, mais il n'avait jamais dormi aussi lourdement depuis des mois. Et cette nuit-là semblait vouloir se dérouler de la même manière, sauf qu'il savait que s'il s'endormait, il ne se réveillerait jamais après quatre ou cinq heures de sommeil seulement.

Pour couronner le tout, les potions avaient effectivement des effets secondaires. Il avait mal aux jambes et à la sensation de poids dans son estomac n'avait fait qu'empirer. Il tenta de positiver en se disant qu'il aurait moins à faire semblant, mais cela ne le rassura pas vraiment. Les Aurors firent effectivement un tour de garde vers onze heures et seulement un sur deux resta. Pour rester éveillé, Drago commença à faire les cent pas dans la chambre, mais les mouvements augmentèrent les douleurs dans ses jambes et son genou ce qui l'obligea à s'allonger un peu. Et au bout de quelques minutes, il sombra.

Drago se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre et soudainement hyper-conscient de son environnement : la lumière toujours allumée qui l'éblouissait, le silence de la chambre dans lequel sifflait sa respiration saccadée. Il tourna frénétiquement la tête, tentant de s'habituer à la lumière et de déterminer l'heure qu'il était. Il se maudit de s'être endormi et finit par se dire qu'il tenterait le coup peu importe à quel point la nuit était avancée puisqu'il n'avait de toute façon aucune idée de combien de temps il s'était assoupi.

Hermione fit une énième halte au cinquième étage de l'hôpital, cherchant à calmer son stress dans une des rares boissons du salon de thé disponibles à trois heures trente du matin. Aucune nouvelle ne lui était parvenue de nulle part et elle commençait à croire qu'elle allait devoir se résoudre à ne pas voir Drago cette nuit. Elle souhaitait pourtant lui parler de tant de choses. Elle redescendit au quatrième étage avec sa tasse de thé tiède et à peine eût-elle rejointe l'accueil qu'une petite boule de lumière apparut devant son visage, lui indiquant qu'une urgence était signalée dans la section ministérielle. Elle se débarrassa de son thé sur le comptoir de l'accueil et partit à la course.

Elle fut soulagée de ne croiser personne et quand elle passa la large porte, elle lâcha un vague « Je m'en occupe ! » à la médicomage qui était à l'accueil en espérant qu'elle n'appelle personne d'autre.

« Il a commencé à gémir et à se plaindre et là, il ne bouge plus, commença l'Auror qui avait signalé le problème.

Mais Hermione ne l'écouta pas, sachant pertinemment le fond de l'événement.

– Je m'en charge, déclara-t-elle en refermant la porte de la chambre derrière elle. »

L'Auror jeta un œil curieux par le hublot et Hermione s'approcha du lit où Drago restait immobile.

« C'est moi, murmura-t-elle.

Elle vit Drago ouvrir un œil, puis deux et jeter un regard sur la porte.

– J'ai bien cru qu'il allait me laisser mourir, ce sale type, maugréa-t-il.

– Sauf que tu n'étais pas en danger de mort, remarqua Hermione.

Drago haussa un sourcil en se redressant un peu sur le lit et la jeune femme sourit, amusée. Elle fit quelques tours avec sa baguette et une note apparut avant de s'envoler vers l'extérieur de la chambre.

– Espérons qu'ils n'enverront personne d'autre, fit-elle en s'asseyant sur le fauteuil près du lit. Je te conseille de rester allongé par contre.

– De toute façon, j'ai effectivement mal aux jambes à cause de votre potion. C'est bien la peine de me faire avaler ça si ça n'arrange rien.

– Je te signale que c'est toi qui a décidé d'être amené ici, rétorqua Hermione. Tu n'as pas à te plaindre si l'hôpital fait son travail.

La tension dans la chambre monta d'un cran, totalement différente de celle de l'après-midi.

– J'aurais fini ici de toute façon, alors autant que je décide quand et comment.

– C'est peut-être mieux pour toi comme ça, enchaîna Hermione en croisant les bras, mais pas pour moi ! Tu aurais pu me prévenir avant de faire quoi que ce soit.

– Je n'ai pas de compte à te rendre, Granger, claqua Drago qui ne comprenait pas pourquoi ils en venaient à ce stade de la conversation.

– J'ai pris des risques ! J'en prends encore aujourd'hui.

– Mais je ne t'ai jamais demandé de venir me chercher ! s'énerva Drago. Tu ne peux pas me reprocher ce que toi seule décide.

Hermione sentit une boule se loger dans sa gorge et elle se leva.

– Je ne vois pas ce que je fais ici alors.

Elle avait envie de tourner les talons et de s'en aller, mais elle trouvait cela tellement dommage qu'ils se soient donné tout ce mal pour faire avorter une discussion par un claquement de porte. Ils s'observèrent un moment en silence. Drago soupira et détourna le regard, se plongeant dans des réflexions assez sinistres. Plus le temps passait plus il se disait effectivement que son idée de se rendre en établissant toutes ces conditions auprès du Ministère n'avait pas été brillante. La plupart des conditions n'avaient servi qu'à le rassurer brièvement, mais dans les faits, c'était à des années-lumières de ce qu'il s'était imaginé. Que s'était-il imaginé d'ailleurs ?

– Tu as vu ta mère ? demanda doucement Hermione, abandonnant finalement.

– Oui, répondit Drago dont le regard s'était illuminé d'une lueur particulière. Tu as vu Potter ?

– Pas aujourd'hui, répondit tristement Hermione. Je ne sais vraiment pas comment vont se passer les choses maintenant.

– Combien de temps va durer le traitement ?

– Un mois, guère plus, si tout se passe bien et l'inverse serait peu probable, déclara la jeune femme. Tu seras sans doute transféré ensuite, mais je n'ai vraiment aucune information.

Drago ne répondit rien. Ils se perdirent tous les deux dans leurs préoccupations, leurs inquiétudes quant à l'avenir qui se profilait péniblement devant eux.

– Je pense que je ne vais pas demander à être représenté pour le procès, annonça le blond à voix basse, comme s'il se parlait à lui-même.

– Quoi ? s'exclama Hermione. Mais que comptes-tu faire sans avocat ?

– Je ne sais pas, je vais voir comment ça se passe et j'aviserai. Quel intérêt de payer une fortune pour que des incapables me défendent alors qu'ils n'ont même pas réussi à éviter la prison à mon père.

Drago serra la mâchoire et passa une main dans ses cheveux. Il bâilla, rattrapé par le sommeil qu'il n'avait pas complètement terminé.

– Je vais te laisser, dit Hermione. Tu dois te reposer.

Elle marqua une pause, s'attardant quelques secondes dans le regard de Drago. L'image de la nuit où elle s'était réveillée en sursaut sous ses hurlements de douleur s'imposa soudainement dans son esprit. Elle, agenouillée à côté du canapé, lui, dans ses bras, tremblant et glacé.

– Je ne sais pas si on pourra se revoir seuls, ajouta-t-elle.

Drago se leva du lit, réprimant une grimace.

– Je ne travaille pas demain matin.

Le jeune homme hocha la tête. Il aurait voulu qu'elle reste plus longtemps, mais il ne trouvait rien à dire pour la retenir. Et à cet instant, Hermione combla la distance entre eux et l'entoura de ses bras. Le visage dans ses cheveux, Drago eut à peine le temps de lui rendre son étreinte qu'elle s'éloignait déjà, laissant un sentiment de trop peu dans le ventre tordu du jeune homme.

– Bonne nuit, Drago, sourit la brune en passant la porte.

– Bonne nuit, Hermione, souffla-t-il dans un murmure alors qu'elle n'était déjà plus là. »

Les jours passèrent cruellement semblables aux deux premiers. Hermione batailla comme elle put, soutenue par Emma, pour pouvoir s'occuper de Drago seule, mais le médicomage Brook ne se démonta pas. Il avait pris le temps consciencieux de passer un savon à l'ancienne Gryffondor pour ne pas avoir attendu avant d'aller dans la chambre de Drago, lui rappelant sévèrement qu'elle ne travaillait à Sainte-Mangouste que depuis quatre mois et que son expérience de la guerre ne lui donnait pas des diplômes de médicomagie.

Le traitement était plus qu'efficace. Drago prenait du poids à vue d'œil et se renforçait. Les interventions magiques s'enchaînèrent autant que pouvait le permettre son corps et au bout de vingt jours de soins, il ressemblait davantage à l'homme qu'Hermione avait connu pendant la guerre. Ils ne purent pas se revoir seuls et communiquaient de temps à autre par parchemins interposés laissés nonchalamment sur un coin de table. Hermione avait essayé de voir Harry au Ministère. Il lui manquait et elle ne supportait plus son silence. Mais lorsqu'elle y allait, il était toujours occupé et elle ne recevait pas beaucoup de son attention plus que quelques minutes.

La seconde personne qu'elle voulait voir autant qu'elle redoutait se trouver avec elle était Ginny. Et justement, un soir, la cadette Weasley vint frapper à la porte.

« Je suis contente d'être à nouveau en ville, dit-elle en passant la porte. Ces deux semaines de compétition ont été vraiment pénibles.

Hermione l'invita à s'asseoir sur son canapé pour lui raconter comment s'était passé son séjour sportif aux États-Unis.

– Je n'arrive toujours pas à croire qu'il reste des équipes masculines qui font des manières parce qu'elles refusent de jouer contre nous, râla Ginny. Je me dis plutôt qu'ils ont peur de se faire battre par des femmes.

Elle rit de sa plaisanterie, puis son regard se perdit lentement dans son thé.

– Comment est-ce que ça va se passer pour toi avec la grossesse ? demanda Hermione.

– J'ai parlé avec mon entraîneuse, expliqua Ginny. Je suis presque à deux mois donc j'arrête la saison complètement.

– Et ça ne te dérange pas trop ?

– Si, admit la jeune femme. Mais je préfère ça plutôt que prendre des risques inutiles. J'ai déjà eu du mal à être au top de ma forme pendant les derniers match à cause des nausées, je n'ai pas envie en plus de mettre en danger le bébé ou moi.

Hermione félicita sa sagesse ; elle savait que parfois, des femmes arrivaient en panique à l'hôpital parce qu'elles avaient continué le sport après le deuxième mois.

– Je sais que je vais devenir aussi gracieuse qu'une baleine, ironisa Ginny, mais je me dis que c'est juste une parenthèse et que ce qui m'attend après en vaudra la peine.

– J'en suis certaine, oui, sourit Hermione.

– Mione, je voulais te demander quelque chose, reprit Ginny après un court silence. J'ai vu Harry quand je suis rentrée à Londres et il s'est complètement refermé quand je lui ai demandé de tes nouvelles. Est-ce que tout va bien ?

Le sourire disparut des lèvres d'Hermione. Au bout de quelques secondes, elle relâcha le soupir qui s'était bloqué dans sa gorge.

– Non, répondit-elle dans un souffle. Ça ne va pas vraiment.

Ginny fronça les sourcils, l'incitant à continuer. La brune hésita un long moment, sachant très bien que parler de n'importe quel Malfoy à un Weasley ne pouvait rien amener de positif.

– Il m'en veut parce que je lui ai menti, expliqua brièvement Hermione tout en cherchant comment aborder la suite. C'est compliqué…

– Je suis sûre qu'il exagère, tenta Ginny. Il s'emporte des fois parce qu'il a du sang, mais ce n'est certainement pas si grave.

Hermione se passa une main derrière l'oreille pour y remettre une mèche rebelle ; si seulement cela pouvait être aussi simple que ce que Ginny pensait.

– Si, ça l'est, lâcha Hermione. Et il a raison de m'en vouloir. Je pense que tu vas m'en vouloir aussi et je ne peux pas t'en empêcher. »

Et Hermione rassembla tout son courage pour expliquer à sa meilleure amie tout ce qu'elle avait dit à Harry lorsqu'il avait découvert que Drago était resté chez elle. De la même manière qu'avec lui, Hermione observa le long de son récit le visage de la rouquine se décomposer. Elle la coupa plusieurs fois pour lorsqu'elle parla des événements d'Ilfracombe, de son égarement onirique.

« Attends, l'interrompit-elle une nouvelle fois. Tu veux dire qu'il était là quand je suis venue te voir pour le bébé ?

Ses yeux grands ouverts trahissaient l'incompréhension et le désarroi.

– Tu veux dire qu'il l'a su avant Harry ? ajouta-t-elle, presque sèchement.

– Je suis désolée, répondit tristement Hermione. Je ne savais vraiment pas quoi faire.

– Tu aurais pu me le dire ! s'exclama Ginny en se levant du canapé.

– Et qu'est-ce que ça aurait changé ? Tu n'aurais pas plus apprécié le savoir ici.

– Non, certainement pas, claqua la rouquine. C'est Malfoy, par Merlin, c'est un…

– Je sais, Ginny, coupa Hermione qui sentait l'agacement prendre par d'elle aussi.

Elle avait l'impression de revivre la discussion avec Harry et c'était trop pénible de perdre ses deux meilleurs amis. Sans parler que Ginny emporterait avec elle Ron et les autres Weasley dès le moment où elle s'éloignerait.

– Je te l'ai dit parce que je te fais confiance, déclara Hermione après un moment. Mais personne n'est au courant en dehors de toi et Harry. Et tant que le procès n'est pas démarré, personne ne doit le savoir.

Ginny croisa les bras et leva un sourcil dans une expression exaspérée. Elle s'apprêtait à répondre de façon cinglante quelque chose qu'elle ne pensait pas vraiment quand on toqua à la porte. Hermione se leva et s'en alla ouvrir, ne sachant pas tellement si elle était inquiète ou heureuse de trouver Harry derrière la porte.

– Salut, lança-t-il avec une légère gêne.

Hermione eut envie de le prendre dans ses bras, mais elle avait l'impression que c'était déplacé. Elle ne l'avait pas vu depuis plusieurs jours et il n'était plus revenu chez elle depuis plus de deux semaines.

– Ah, je vous dérange peut-être ? fit Harry qui avait jeté un œil à l'intérieur de l'appartement en attendant qu'Hermione dise quelque chose.

– Non, pas du tout, répondit la jeune femme.

Elle rentra à l'intérieur en l'invitant à faire de même. Harry salua Ginny d'un bisou sur la joue et elle sembla se détendre légèrement. Mais elle n'était pas près d'oublier la conversation qu'elle venait d'avoir puisqu'elle rattaqua.

– Tu te rends compte que tu me demandes de couvrir Malfoy ? Et toi ? ajouta-t-elle en se tournant vers Harry. Tu ne vas pas me dire que ça ne te met pas hors de toi !

– Bien sûr que si, répondit l'Auror qui comprenait sans problème de quoi il était question. Mais je te le demande aussi, garde ça pour toi.

Ginny ouvrit la bouche pour rétorquer vivement, mais se retint, soufflant à la place ce qui aurait pu s'apparenter à la fumée d'un dragon en colère.

– À ce propos, j'ai des nouvelles pour le procès, dit Harry en direction d'Hermione.

– Je rentre chez moi, annonça Ginny avant de transplaner sans plus de cérémonie.

Hermione soupira tristement. Elle sentit Harry hésiter puis l'entourer d'un bras réconfortant. Elle avait envie de pleurer et se retint sans pouvoir s'empêcher de se tourner vers son meilleur ami pour se blottir contre lui.

– Je suis tellement désolée, murmura-t-elle d'une voix tremblante.

Harry la serra un peu plus fort.

– J'en parlerai avec elle, dit-il alors qu'Hermione s'écartait.

– Tu voulais me parler du procès.

Harry hocha la tête et ils s'assirent tous les deux sur le canapé.

– Dans combien de temps les soins se terminent ?

– Je pense que dans une dizaine de jours ça devrait être fini, répondit Hermione. Mais je n'ai pas de regard sur sa sortie ou sur n'importe quoi d'autre d'ailleurs. Si tu as des questions, il vaut mieux que tu voies ça avec Brook.

– J'ai terminé le dossier, expliqua Harry. Mais j'ai besoin que tu viennes au Département pour faire une déposition.

Hermione hocha fébrilement la tête et le jeune homme se leva soudainement, commençant à marcher dans le salon.

– Écoute, Mione, fit-il après un moment alors qu'il s'arrêtait en face du canapé. Je ne veux pas qu'il t'arrive des histoires. Je n'ai absolument pas envie d'aider Malfoy et je pense qu'il ne mérite pas ton aide non plus. Mais je ne veux pas te laisser tomber.

Il se passa une main dans les cheveux et réajusta ses lunettes sur son nez.

– Tu écriras ce que tu voudras dans la déposition et le dossier admettra cela comme la véritable histoire.

Hermione sentit son cœur se serrer et la boule dans sa gorge prit une autre forme.

– Harry, je…, débuta-t-elle. Je ne peux pas te demander ça, c'est beaucoup trop de risques pour toi.

– Tu ne me le demandes pas, c'est moi qui te dis de le faire. J'ai pris plus de risques pour moins que ça, mais je ne comprends toujours pas pourquoi toi, tu prends tous ces risques. Ça me dépasse et ça m'énerve beaucoup.

– Merci, murmura Hermione dans un souffle. Ne t'inquiète pas pour moi. »

Harry leva les yeux au ciel ; comme si c'était possible qu'il ne s'inquiète pas pour elle. Il rentra chez lui et Hermione se retrouva seule. Quand elle se rassit sur le canapé plus tard dans la soirée avec un bol de nouilles sautées, elle se sentait un peu plus soulagée que d'habitude. Ce que lui avait dit Harry représentait tant. Mais la sérénité de son esprit s'estompa en un instant quand un majestueux hibou vint cogner son bec brillant contre sa fenêtre. Il délivra à Hermione une lettre scellée avant de repartir dans les airs par grands battements d'ailes. La jeune femme se figea sans s'en rendre compte. Que pouvait bien lui vouloir Narcissa Malfoy ?