Il était 13h28.
Belle était déjà prête.
Elle portait un t-shirt ample vert clair avec une ombre de cerf orange clair en motif, un short en jean avec des fleurs brodés dessus et avait mit des baskets basses noirs. Elle avait laissé ses cheveux lâchés, sauf pour une mèche qu'elle avait tressée. Elle portait un collier avec une lune en pendentif et avait mis des petites boucles d'oreilles créoles.
On sonna à sa porte.
Elle ouvrit et vit son copain.
Il portait un simple t-shirt noir et un jean gris. Il avait une montre à son poignet et avait laissé ses cheveux détachés.
- Tu es en avance.
- J'avais envie de te voir.
- Cliché.
- Je sais.
La libraire sourit.
Elle aussi avait envie de le voir.
Elle déposa un léger baiser sur les lèvres de son copain.
- On y va ?
- Pas tout de suite.
Adam prit la taille de sa copine, puis il l'embrassa longuement. Belle passa les bras autour du cou de son copain et profita du moment.
Quand ils s'arrêtèrent, il dit :
- Maintenant on peut y aller.
- Tu n'es pas croyable.
- Il va falloir t'habituer.
L'homme d'affaire prit la main de Belle et la conduisit à sa voiture.
Elle fut assez surprise de voir qu'il conduisit dans une Renault Zoé, et pas une Ferrari ou une BMW. En entrant, elle dit :
- Et bien monsieur Beast, on essaye d'être proche du bas peuple ?
- Non, on essaye d'aider la nature.
- La député Pocahontas Leïka doit t'apprécier.
- J'en doute. Elle pense que je suis un riche entrepreneur qui utilise l'écologiste washing.
- Elle a de bonnes raisons.
- Je sais, et je ne lui en veux pas.
- Où est-ce que tu m'emmènes ?
- Tu verras.
- Tu ne peux pas me donner un indice ?
Adam lui lança un regard furtif avant de se reconcentrer sur la route, un sourire complice au visage.
- Un seul ? Tu es sûre ?
- Tout dépend de ce que tu vas me dire.
- Très bien. L'endroit où nous allons a un lien avec la culture.
- Si tu veux m'impressionner sur tes connaissances, tu vas perdre des points.
- Si j'avais eu envie de le faire, je t'aurais montrer ma bibliothèque personnelle.
- Tu commences à te montrer arrogant.
- Excuse-moi...
Belle sentit dans sa voix qu'il était sincèrement désolé.
Elle se détendit.
- Ton indice est très mince.
- C'est pour que tu ait au moins une idée de l'endroit où l'on va.
- Mouais. Je peux mettre de la musique ?
- Si tu veux.
- Parfait. Où est-ce que tu met ton câble ?
- Dans la boîte à gant.
- Merci.
La libraire sortit le câble pour brancher son téléphone aux enceintes, puis, elle lança sa playlist.
"Divorced / Beheaded / Died / Divorced / Beheaded / Divorced / Survived / And tonight we are / Live ! / Listen up, let me tell you a story / A story that you've heard before / We know you know our names / And our fame and our faces / Know all about the glories / And the disgraces / I'm done 'cause all this time / I've been just one word and a stupid rhyme / So I picked up a pen and a microphone / History's about to get overthrown [...]"
- C'est quoi ?
- Ex-wives de la comédie musicale Six. C'est la première chanson.
- Une comédie musicale ? Et elle parle de quoi ?
- Tu connais Henry VIII ?
- C'était un roi anglais de la Renaissance, un des rivaux de François Ier ?
- Exact. Et il a eu 6 femmes.
Adam siffla.
- Toby Marlow et Lucy Moss ont créés cette comédie musicale autour de ces 6 femmes qui ont partagés la vie d'Henry VIII.
"[...] Everybody knows that we used to be six wives / Raising up the roof till we hit the ceiling / Get ready for the truth that we'll be revealing / Everybody knows that we used to be six wives / But now we're ex-wives [...]"
- Intéressant.
- "All you ever hear and read about / Is our ex and the way it ended / But pair doesn't beat a roayl flush / You're gonna find out how we got unfriended / Tonight we gonna do ourselves justice / 'Cause we're talking you the court / Every Tudor Rose has its thorns / And you're gonna hear'em live consort [...]" Chanta Belle.
Pendant tout le trajet, le blond vénitien découvrit la musique qu'écoutait sa copine.
Elle écoutait un peu de tout, des comédies musicales, du rap, de la pop... Il avait remarqué que les textes avaient souvent un sens sentimentale, ou bien engagé.
- On est arrivé.
Après s'être garé et être sortit de la voiture, Adam conduisit sa copine au lieu de rendez-vous.
- Le Musée des Beaux-Arts ? Et tu dis que tu ne vas pas étaler ta culture ?
- Fais moi confiance.
- Si tu me laisse payer mon entrée.
- C'est gratuit le dimanche.
Belle le fusilla du regard.
- Quoi ?
- Tu penses que je n'ai pas assez d'argent pour me payer une entrée au musée ?
- Je n'ai jamais dit ça ! Le dimanche est le seul jour de libre que j'ai, et je crois savoir que c'est aussi le tien.
- Mouais.
- Belle...
Le couple fit la queue puis entra dans le musée.
La libraire ne parlait plus à son copain.
Pendant la moitié de la visite, elle se comptait de regarder les œuvres et de lire les fiches descriptives.
Au bout d'une heure, ils arrivèrent dans une salle où se trouvait un immense tableau dans des tons sombres.
Belle lut qu'il s'agissait d'Un enterrement à Ornans peint par Gustave Courbet entre 1849 et 1850.
Elle voulut s'en aller, mais elle remarqua que son copain restait devant.
Elle le regarda, perplexe. Elle se décida alors à examiner le tableau plus en détail.
- Tu connais cet artiste ?
- Pas vraiment... Je sais juste que son tableau L'Origine du monde à fait scandale, mais c'est tout.
- Scandale. Ce mot résume sa vie et son œuvre.
- Pourquoi tu ne m'en parles pas ?
Belle était irrité. Il voulait étaler sa science, alors qu'il le fasse.
- J'aime beaucoup Courbet, je peux t'en parler pendant des heures, mais si tu veux te renseigner, il y a beaucoup d'info sur le net et dans les livres.
La libraire fut surprise.
Adam la regarda et lui dit :
- Ce tableau n'est pas celui que je préfère, mais il est très fort, surtout quand on connaît son histoire. Ils ont tous notés sur la fiche.
Belle fronça les sourcils et décida de relire. Elle comprit alors ce que voulait dire Adam.
Ce tableau avait fait scandale à l'époque. Le format choisit par l'artiste était destiné aux tableaux historiques et religieux, pas aux scènes quotidiennes. Il avait défié les règles de son époque. Et le pire, c'était que les visages n'étaient pas embellis, qu'ils étaient réalistes, étant donné que ce sont des gens de la ville natale de Courbet qui avait posé.
La châtain regarda à nouveau le tableau.
Après une demie-heure, le couple acheva sa visite.
Ils se rendirent au café du musée.
- Alors ? Tu as aimé ?
- Tu n'as pas dit grand chose.
- Je ne connais pas toutes les œuvres du musée.
- Hum. Pourquoi tu m'as emmené ici ?
- Je te l'ai dit, nan ? C'est un endroit que j'apprécie.
- Oui, mais pourquoi ?
- Quand je viens ici, que je regardes les peintures et les sculptures, je me demande "Combien de temps a-t-il fallut pour à l'artiste pour maîtriser cette technique ?", et je n'ai pas de réponses. Peut-être que ça a pris un mois, deux ans, quatorze ans ? Je n'en ai aucune idée. Ça me permet de ne pas considérer ce que j'ai comme acquis.
Belle regardait son copain.
Elle était impressionnée.
- Tu viens ici pour ne pas prendre la grosse tête.
- En gros.
- C'est pour ça que tu aimes Courbet ?
- Ce type était un provocateur.
- L'Origine du monde ?
- Et Un enterrement à Ornans, et la grande partie de ses peintures. Même ses prises de position l'étaient.
- Ça à l'air intéressant. Je crois que je vais me renseigner.
- Tu me donneras ton avis.
- Avec plaisir.
Un silence confortable s'installa.
La libraire avait eu peur qu'il se montre prétentieux et arrogant, mais il ne l'avait pas été, même devant cette peinture de l'artiste qu'il appréciait le plus.
Elle relança la conversation sur une œuvre qu'elle avait aimé.
Après avoir finit leur boisson, le couple sortit du musée et flâna dans le parc à proximité.
- Au fait, tu ne m'as pas dit comment était ta journée d'hier.
- Il ne s'est rien passé d'exceptionnelle. J'ai vendu des livres, j'ai lu des livres, j'ai déjeuné avec Charlotte...
- Alors c'était toi son rendez-vous important.
- "Rendez-vous important" ?
- On a eu une entrevue dans la matinée au sujet du projet à Paris, elle m'avait dit qu'on avait pas beaucoup de temps car elle avait un déjeuné avec une personne importante.
- Et tu n'as pas cherché à savoir qui c'était ?
- Je la connais depuis qu'elle a 9 ans, et on travaille ensemble depuis 3 ans, donc quand elle a dit "personne importante", je sais que je ne dois pas lui poser de question. Je tiens à la vie.
- Pas Hunt.
- Comment ça ?
Belle se rendit compte de son erreur. Elle c'était promis de ne pas parler tout de suite de ses problèmes à son petit ami, mais elle ne voulait pas non plus que quelqu'un d'autre le lui apprenne.
Elle soupira. Maintenant que c'était lâché, autant le lui dire.
- Ça fait plusieurs mois que ce type me harcèle pour avoir ma boutique. Son assistant vient au moins une fois par semaine pour me refaire la même proposition, tourné différemment. Et Hunt ne veut pas seulement ma librairie...
- Il te fait des avances ?
Belle hocha légèrement la tête.
Adam serra les poings. Il n'avait jamais apprécié Gaston, tout le monde le savait, mais il n'aurait jamais pensé le détester à ce point.
- Ce type... Je vais le...
- Tu ne vas rien faire !
Le blond vénitien regarda sa copine.
-Je ne veux pas que tu m'aides, je ne suis pas le genre de personne qui mendie parce qu'elle est dos au mur.
- Je peux au moins te soutenir moralement ?
- Je pense pouvoir accepter.
L'homme d'affaire sourit et prit la main de Belle. Ils retournèrent à la voiture, main dans la main. Belle continua de mettre sa musique tandis que son copain la ramenait chez elle. Arrivé à destination, le couple sortit de la Renault.
- Bon. Eh bien, c'était une super sortie. Merci Adam.
- De rien.
- Je me demandais, c'est quand ton anniversaire ?
- Le 30 mai.
- Le 30 mai... C'est dans deux semaines !
- Je sais.
- Tu... Tu as déjà prévu quelque chose ?
- Cette année c'est un samedi, donc je vais faire une petite fête privé.
- Petite ? Et c'est quoi une "petite fête" pour un millionnaire ?
- Une fête avec des amis proches et ma famille. C'est à dire moins de dix personnes.
- Waouh ! C'est la même chose que chez nous, simples mortels !
Adam sourit et la prit dans ses bras en disant :
- Je ne suis qu'un humain.
Et il l'embrassa.
Belle entoura ses bras autour du cou de son copain et passa ses mains dans ses cheveux, profitant du baiser.
Après quelques instants, le couple mit fin au baiser.
- Tu n'es pas un simple humain. Tu es ma Bête.
Adam sourit malicieusement.
- Je dois rentrer.
- Tu ne veux pas prendre quelque chose avant de partir ?
- Si je fais ça, ça va finir comme la dernière fois.
Belle rougit à l'allusion.
- Tu veux dire la première fois.
- Tu m'as comprise.
La libraire déposa un baiser furtif sur les lèvres de son copain.
- Rentre bien.
Et elle se rendit chez elle.
Adam remonta dans sa voiture et retourna dans son manoir.
Après avoir dîné et s'être douché, les deux amoureux étaient tous deux dans leur lit respectif, repassant le fil de journée.
Leur premier rendez-vous.
Conseil : écouter Ex-wives sur YouTube pour avoir le rythme de la chanson.
Un enterrement à Ornans de Gustave Courbet est exposé au musée d'Orsay à Paris.
