Bonjour, bonjour ! Désolée pour le retard !
Chapitre 10
Obito :
Tu me connais, je ne suis pas facilement inquiet.
Obito :
Mais bon…
Obito :
Je t'ai envoyé une quinzaine de messages, tous lus, tous sans réponse.
Obito :
Je me suis aperçu qu'à aucun moment je ne te posais la question, alors…
Obito :
Est-ce que ça va ?
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Non.
Obito :
Puis-je faire quelque chose pour toi ?
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Non.
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Merci de t'inquiéter. Ça ira mieux.
Obito :
Peux-tu seulement me dire si c'est grave ?
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Ça dépend du point de vue, j'imagine.
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Oui.
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Non.
Cookie :
J'ai seulement besoin de réfléchir à quelque chose.
Obito :
Ça concerne ton Nagato ?
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Oui.
Obito :
Très bien. Hésite pas si tu as besoin de quelque chose. Sushi et moi, on sera toujours là pour toi.
Cookie :
Merci.
13 avril
Le chauffeur de bus donna un coup de frein brutal et Naruto bascula vers l'avant, tentant de se retenir à la barre métallique sans lâcher le large paquet qui encombrait ses bras. Il avait peut-être vu trop grand, pensa-t-il en se collant dans un angle pour ne plus subir les aléas de conduite. La pluie s'écrasait diluvienne contre les carreaux du véhicule et comme tous les autres passagers, Naruto laissait son parapluie goûter et inonder le sol qui luisait d'humidité.
D'ici quelques arrêts, il parviendrait à la clinique privée où Konan avait finalement accouché. Quand il avait reçu le texto de Yahiko – « Bébé arrivé, Konan en pleine forme, mais fatiguée. On t'aime » –, il avait senti ses mains trembler d'excitation, puis d'un peu de terreur, et de nouveau cette sourde joie qui lui donnait envie de sauter partout.
Immédiatement, il avait entraîné Sasuke avec lui pour aller acheter un cadeau, le brun avait mollement donné son avis en bougonnant qu'il pleuvait des cordes et que ce n'était pas le moment de sortir.
Naruto avait choisi exprès de venir voir le couple ce jour-là : Sasuke avait son rendez-vous avec le docteur Terumi, puis ensuite, il devait passer chez Shizune qui était rentrée de congés, puis le juge pour faire un point sur son comportement depuis sa libération. C'était un événement important et Sasuke avait refusé que Naruto l'accompagne, alors il avait décidé de rendre visite à sa famille.
Il appuya sur le bouton d'arrêt à la dernière minute en remarquant que, perdu dans ses pensées, il avait failli rater la station, s'excusa bruyamment quand le chauffeur pila et le remercia avec force avant de se jeter hors du bus, le parapluie protégeant davantage le cadeau qu'il transportait que lui.
Quand il pénétra dans la clinique, il prit le temps de s'ébrouer, gouttant lentement dans l'entrée et repliant son parapluie. Il était impatient de rencontrer le fils de ceux qu'il considérait comme un pan entier de sa famille, le dernier pan de sa famille. Même s'il s'était éloigné d'eux, les quelques années qui avaient précédé, il tenait à eux et souhaitait absolument prendre part à leur bonheur.
Naruto soupira une nouvelle fois en s'approchant de l'accueil. Ils en avaient bavé, eux aussi. Tous les natifs en bavaient, mais eux avaient cumulé les emmerdes, il était plus que temps que la roue tourne et leur apporte un peu de félicité.
— Bonjour, salua-t-il, je cherche la chambre 324, s'il vous plaît !
L'hôtesse lui adressa un immense sourire pour lui indiquer la direction des ascenseurs qui lui permettraient d'accéder au troisième étage, il la remercia chaleureusement avant d'embarquer son cadeau et son parapluie.
Killer Bee l'avait sollicité pour un tournage, cet été, le genre de plans qu'il ne pouvait pas refuser, surtout depuis qu'il avait dépensé toutes ses économies pour Bébé. Il fallait qu'il se reconstitue son pécule et, malheureusement, l'interdiction de travail dans les Quartiers Hauts n'était pas près de toucher à son expiration.
Cela ne l'empêchait pas de se demander comment Sasuke allait se débrouiller sans lui pendant deux mois.
Si Naruto avait pensé que la conversation que son meilleur ami avait surprise avec Sakura forcerait Sasuke à s'éloigner définitivement, il n'en était rien. Bien entendu, il continuait à y faire allusion régulièrement, sous forme de piques acerbes et rancunières, mais Naruto n'en prenait pas ombrage.
Il s'engouffra dans le premier ascenseur qui accepta de se présenter à lui et appuya sur le bouton qui le conduirait jusqu'au troisième étage.
Quand il fut arrivé sur le bon palier, il leva immédiatement le nez pour repérer la chambre. Il était quelque peu en avance sur l'heure convenue, mais ça devrait aller. Il allait taper à la porte, la main sur la poignée, quand il perçut des voix à l'intérieur.
— Alors, disait Yahiko d'un ton étouffé, il n'était pas à moitié aussi intelligent que tu le disais et il ne te méritait pas, voilà tout.
— Et ce sera bien tant pis pour lui, renchérit Konan.
— Je vous aime tellement, remercia Nagato.
La main de Naruto glissa, retombant contre son corps alors qu'une exhalation fébrile lui échappait. Son rythme cardiaque accéléra, se calquant sur la pulsation de l'angoisse qui montait en lui à l'idée de se trouver de nouveau face à son frère adoptif. Fronçant les sourcils, il mit une nouvelle fois les doigts sur la clenche : après tout, il n'y aurait pas des milliards de naissances dans la famille, il pouvait bien laisser ses rancœurs de côté pour faire plaisir à Yahiko et Konan qui auraient adoré les avoir tous deux à leurs côtés pour un tel moment, non ?
Il haleta de plus belle et reposa sa main sur la poignée, s'exhortant au calme. Il devait le faire. Il était capable de mettre ses rancœurs de côté l'espace de quelques minutes.
Pourtant la force ne lui venait pas. Il laissa la rancune mordre son cœur et récupéra ses doigts, foudroyant le battant de toute la colère qu'il éprouvait.
Quatre ans auparavant, Nagato était un modèle, pour lui. Si Naruto avait appris à aller piocher des inspirations un peu partout dans son entourage – il avait la chance de côtoyer des gens formidables et dignes d'admiration – son frère adoptif avait été un exemple d'engagement politique, au même titre que Konan et Yahiko. Refuser d'employer des méthodes guerrières, préférer les argumentations raisonnées, c'était tout à leur crédit. Il les avait vus agir et retourner des personnes fermement convaincues du bon droit des grandes nations et il s'était inspiré d'eux pour persuader Shikamaru, Neji, Hinata et même Sakura que tous auraient à gagner à viser une égalité parfaite.
Alors quand Nagato avait choisi de rejoindre Katsu, Naruto s'était senti trahi comme il ne l'avait jamais été.
Peut-être que c'était parce que c'était la seconde fois en peu de temps. Il s'était aussi senti trahi quand Sasuke avait décidé de partir, bien avant de se sentir coupable. Coup sur coup, les deux personnes les plus importantes pour lui qui salissent tout ce qu'il pensait être un fondement pour lui. Il avait tenu bon, comme il avait pu, il était resté debout, mais le prix à payer pour ça était cette colère fourbe qui mordait son cœur par moments et manquer de l'étouffer.
Il ne parvint pas à abaisser la poignée pour entrer, il ne trouva pas la force de feindre la joie alors qu'une telle tristesse et une telle rage l'envahissait au simple son de la voix de Nagato.
Percevant des pas à l'intérieur de la chambre, il décida d'aller se cacher à l'angle du mur, embarquant avec lui le cadeau. Il savait que c'était puéril, mais pour l'instant, il n'était pas encore en mesure de se tenir face à Nagato sans lui sauter à la gorge, ce n'était pas possible.
Quand la porte claqua, Naruto ferma douloureusement les paupières avant d'émerger du coin du couloir lorsque les pas s'éloignèrent dans la direction opposée, lents et calculés. Il observa la silhouette recroquevillée de son frère adoptif, la démarche claudicante et raidie.
Un dégoût sans commune mesure monta en lui alors qu'il serrait les mâchoires. La colère dansa sur son visage et une tristesse toute neuve prit naissance au creux de son cœur lorsque Nagato s'appuya contre un mur, au bout du couloir, accablé par la douleur de ses blessures. Il le regarda tâter ses poches à la recherche de quelque chose – un antidouleur, peut-être – puis jurer d'une voix éraillée quand il ne trouva pas, se remettant en mouvement, adossé contre le mur, s'arrêtant quelques mètres plus loin pour étouffer une exclamation de souffrance.
Sans pouvoir se contrôler, Naruto lui en voulut d'être aussi pathétique, d'être aussi faible, de porter ses regrets comme un fardeau trop lourd. Il aurait préféré le retrouver en pleine forme, riant de bon cœur.
Parce que franchement, où était l'intérêt de haïr quelqu'un qui se débrouille bien mieux tout seul pour se blâmer ?
D'un mouvement de tête, il chassa ses pensées et cette envie indécente de se porter au-devant de lui pour lui offrir de l'aide, puis s'avança dans le couloir pour taper à la porte de la chambre de Konan. Le bruit attira l'attention de Nagato qui se tourna vers lui, leurs regards se croisèrent un instant. L'aîné prit une respiration et voulut prononcer un mot, mais il parut se rétracter, baissant la tête, détournant les yeux et Naruto pénétra dans la chambre avec un sourire.
— Coucou ! s'exclama-t-il.
Aussitôt qu'il eut fermé la porte derrière lui, il oublia la présence de son frère adoptif dans le couloir pour se concentrer sur les jeunes parents. Yahiko s'approcha de lui pour l'enlacer avec fougue et ébouriffer ses cheveux, Naruto lui rendant son étreinte avec force en le félicitant avec entrain. Il le lâcha et s'avança vers Konan, hésitant à faire de même. Il la consulta du regard, une grimace embarrassée sur le visage :
— J'ai envie de te faire un câlin, mais j'ai peur de serrer trop fort et de tout casser dans ton ventre.
Le sourire sur ses lèvres trouva un écho fatigué chez Konan qui attrapa sa main pour la presser.
— Seulement un bisou, tu me serreras fort quand je pourrai rentrer à la maison, d'accord ?
Naruto embrassa son front avec tendresse, puis il fit demi-tour, repoussant Yahiko pour s'approcher du berceau.
— Waaaah, chuchota-t-il, il est beau, votre fils… Bonjour Ryuusuke, c'est Tonton Naruto ! Là, je parle pas fort parce qu'on est dans un hôpital, mais tu verras, d'habitude, je suis toujours en train de rigoler. J'ai hâte que tu grandisses pour que je t'apprenne à rendre chèvre tes parents !
— Fils, c'est Papa, répliqua Yahiko, surtout ne l'écoute pas ! C'est pas gentil de vouloir rendre les gens chèvres !
Le rire de Naruto envahit la pièce, contagieux.
Yahiko :
Je sais que t'es inquiète, moi aussi.
Yahiko :
Tu veux que j'aille casser la figure à Itachi ?
Yahiko :
Ça changera pas grand-chose, mais ça se tente, non ?
Yahiko :
Je peux aussi passer le voir.
Yahiko :
On dira du mal de Konoha en se rappelant le bon vieux temps.
Yahiko :
D'habitude il aime bien quand on fait ça.
Yahiko :
Je me rendrai ridicule en jouant du saxophone.
Yahiko :
En mangeant des pancakes.
Yahiko :
L'option cassage de gueule reste valide, je peux m'arrêter en chemin.
Yahiko :
T'en penses quoi ?
Nagato :
Que tu t'es planté de conversation.
Yahiko :
Ah.
Yahiko :
Mais du coup, t'es chaud ?
29 avril
— Il n'est pas venu me voir en prison.
La phrase tomba dans le silence du studio de Sasuke. Naruto était assis au bout du lit, près de la table qu'il avait installée pour pouvoir travailler sur ses cours et son meilleur ami était allongé, les yeux tournés vers la fenêtre sur laquelle ruisselait toujours la pluie battante. Les pieds de Sasuke effleuraient presque le dos de Naruto, mais aucun d'eux ne semblait s'en soucier.
Le blond releva la tête et se tourna vers lui, muet. Il n'était pas nécessaire de demander de qui il parlait. Il n'y avait qu'une seule personne capable de rendre Sasuke aussi triste et en colère à la fois.
— Je sais qu'il a été informé de ma condamnation. Et il n'est jamais venu.
— T'aurais voulu qu'il le fasse ? T'aurais accepté de lui parler ?
Nouveau silence. Sasuke arracha son regard à la grisaille qu'il apercevait à travers le carreau.
— J'en sais rien. J'aurais voulu avoir la possibilité de choisir. Même ça, c'est lui qui a décidé à ma place.
Sa voix était devenue basse sur la dernière phrase. La colère qui vibrait dans ces quelques mots incita Naruto à se tourner plus franchement vers lui.
La pluie avait forci, dressant entre la fenêtre du studio et son vis-à-vis un épais rideau d'eau. Avril, pluies diluviennes ; mai, orages violents, se souvint Sasuke. Dans peu de temps, des éclairs majestueux zébreraient le ciel.
Quand il était plus jeune, souvent l'envie lui avait pris de monter sur le toit pour les observer. Les orages avaient quelque chose de fascinant. Combien de fois avait-il rêvé de savoir en maîtriser le pouvoir destructeur, d'en comprendre le fonctionnement ? Il avait lu des dizaines et des dizaines d'articles, fouillant dans les vieux cours de son frère pour obtenir des informations, dont certaines lui échappaient trop souvent et cette frustration s'était rajoutée aux autres. Puis il avait grandi, compris, et la foudre n'avait jamais cessé d'exercer sur lui cette envie dévorante.
Sasuke n'était pas stupide au point de penser que son frère n'avait pas ressenti le besoin de le visiter en prison. C'était ça qui le mettait en colère, plus que tout le reste. Il lui reprochait de ne pas avoir essayé et d'avoir décrété d'entrée de jeu que le cadet refuserait tout contact. Plus encore : ça le contrariait de savoir que son aîné avait probablement raison.
— J'aurais voulu qu'il fasse quelque chose pour moi, même s'il savait que c'était inutile, je crois. Qu'il puisse perdre sciemment son temps pour moi. Et il ne l'a pas fait.
Naruto haussa les épaules.
— Il attend ton retour, informa-t-il.
— L'aurait-il fait, si tu ne lui avais rien promis ?
— Est-ce réellement si important ?
— Pour moi, ça l'est.
Naruto ne répondit pas immédiatement, prenant le temps d'examiner Sasuke. C'était rare qu'il soit aussi prompt à se livrer et il craignait de faire un faux-pas qui l'inciterait à se refermer. C'étaient des conversations qu'il menait en équilibriste, réfrénant son impulsivité, pesant le poids de ses mots avant de les prononcer, par crainte du retour en arrière.
— Ton frère t'aime, Sasuke.
— Et parce qu'il m'aime, je devrais lui pardonner de le faire si mal ?
— Je n'ai pas dit ça, soupira Naruto.
Sasuke s'était de nouveau braqué. Le blond se détourna, se replongeant dans son étude, alors que son ami saisissait le livre qu'il devait lire. Il n'était pas question pour Naruto d'insister. Même si son objectif était finalement de réconcilier les deux frères, de rendre à Sasuke un semblant de famille, il ne comptait pas y jouer la relative tranquillité qu'ils étaient parvenus à instaurer tant bien que mal.
— Mais peut-être, reprit-il en fermant son cahier pour en saisir un nouveau, peut-être que parce qu'il t'aime, il mérite une autre chance ?
— Pour toi, tout le monde mérite une autre chance, trancha Sasuke d'un ton sec.
Sauf Nagato, compléta-t-il en pensée, son regard devenant flou sur les pages de son livre. C'était même étrange que Naruto semble considérer que son frère adoptif était le seul à ne pas avoir droit à l'erreur, une telle intransigeance ne lui ressemblait pas.
Naruto haussa les épaules, encore.
— Tu ne penses pas qu'il peut faire mieux ?
— Je n'ai pas envie de lui en laisser la possibilité.
Naruto roula des yeux avant de les glisser sur l'eau de pluie qui ruisselait contre les carreaux. Cette inflexibilité ressemblait tellement à son meilleur ami… C'était justement ce trait de caractère, cette sévérité qui l'avait si souvent poussé à vouloir faire mieux, à chercher à quel moment il échapperait enfin à ces jugements intraitables pour lui arracher un compliment. Le perfectionnisme de Sasuke n'avait aucun égal, il savait pointer tous les défauts, même les plus infimes. C'était motivant, quand il s'agissait de progresser, et énervant quand il retournait ce jugement sévère contre lui-même ou contre ses alliés.
— Comme tu veux, soupira Naruto. Mais Itachi, c'est pas un méchant. Il est à côté de ses pompes, je suis d'accord, mais clairement, c'est un mec gentil.
— J'avais oublié que c'est ton nouveau meilleur ami. Si tu l'aimes tant, te gêne pas pour aller chez lui, la clé est sur la porte.
L'ironie mordit Naruto qui eut un mouvement agacé, mais se força à souffler pour garder son calme. C'était difficile de ne pas envenimer la conversation, surtout quand Sasuke se dissimulait derrière son ton passif agressif habituel.
Trente minutes passèrent dans un calme seulement troublé par leurs respirations et le craquement de la nuque de Naruto quand il s'étira. La pluie cessa un court instant et la luminosité nouvelle de la pièce les fit plisser les paupières. Sasuke se renfonça un peu plus dans son oreiller, tourna la page de son livre. Naruto bougeait les mains dans l'air, et son meilleur ami savait qu'il était en train de marquer ses pas, pour apprendre ses enchaînements. Il commençait à bosser sur son prochain tournage.
— Tu as toujours voulu être cascadeur, nota Sasuke.
Étonné, Naruto garda les mains en l'air pour lui jeter un regard perplexe.
— Oui, confirma-t-il. Pourquoi ?
Sasuke ramena ses genoux contre lui, tourna les yeux vers la fenêtre.
— Je n'ai pas la moindre idée de ce que je ferai quand j'aurai mon diplôme.
Naruto ne réagit et Sasuke haussa les épaules, tournant ses yeux vers la fenêtre.
— J'imagine que je ne peux pas savoir ce que je veux faire, si je ne sais pas qui je suis.
— Moi, je sais.
Naruto, avec cette réplique, s'attira une œillade perplexe.
— T'es mon meilleur ami, clarifia Naruto avec un sourire lancé par-dessus son épaule.
Sasuke évalua Naruto des rétines, longuement, puis il s'attarda rapidement sur les mots imprimés dans son livre.
— Et si ça me suffisait pas ? murmura-t-il en détournant ses yeux quand le regard bleu le chercha avec curiosité.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Haussant les épaules, Sasuke repartit dans sa lecture sans répondre et Naruto décida d'ignorer cette phrase insensée pour se lever, faire quelques mouvements d'étirement. Son meilleur ami l'observa du coin de l'œil, grimaçant un peu quand son tee-shirt se souleva pour révéler la cicatrice qu'il arborait dans le dos.
Il détestait cette trace. Elle était inesthétique, hideuse, avait la forme d'un sourire sardonique qui paraissait se rire de lui à chaque fois qu'il l'apercevait, comme si elle chuchotait qu'elle ne lui laisserait jamais oublier qu'il avait voulu tuer Naruto et briser ce lien qui le rattachait au blondinet exubérant.
Il secoua la tête discrètement, se forçant à lâcher la marque des yeux pour se replonger dans son livre qu'il ne parvenait pas à trouver aussi passionnant que l'avait prétendu le professeur Sarutobi. C'était convenu, pauvre et assez mal écrit. Ça manquait peut-être d'un peu de sources, ça n'allait pas assez loin dans les mécanismes de formation des prix et toute la partie des marchés dérivés avait été totalement remisée au placard. Vraiment, ce livre n'avait pas grand-chose pour lui.
Ses pensées étaient attirées vers ses sentiments, vers le bien-être teinté de frustration qu'il éprouvait quand il était aux côtés de Naruto. Vers ce qu'il avait failli laisser échapper. Cette insatiable envie d'être plus qu'un meilleur ami, de s'installer de façon définitive dans le cœur de Naruto, de pouvoir faiblir devant lui, comme il l'avait fait et d'avoir la sensation qu'il pouvait le faire sans craindre de le perdre.
Quand Naruto lui tendit la main pour qu'il vienne l'aider à s'entraîner, il la saisit en restant dans ses pensées. Ce n'était pas la première fois qu'il aidait Naruto à marquer ses pas. C'étaient des mouvements lents, inachevés, il ne tapait jamais vraiment, ne prolongeait pas les gestes. C'était très semblable à une valse paresseuse et quand ils terminèrent leur course contre un mur, Sasuke n'émergea pas vraiment de ses pensées immédiatement.
Les doigts serrés sur les poignets de Naruto pour le maintenir contre le mur le temps de reprendre son souffle, Sasuke laissa ses rétines parcourir le visage de son meilleur, puis ses lèvres retombèrent légèrement, son regard se voilant de quelque chose que Naruto ne put identifier.
— Et si ça me suffisait pas ? relança Sasuke à voix basse. Et si je voulais être plus ? Et si…
Il détourna les yeux et déglutit.
— Et si…
Il hésita encore.
— Et si je ne voulais pas être seulement ton meilleur ami ?
L'œillade emplie de perplexité qu'il reçut en retour le fit reculer un peu, puis il s'approcha de nouveau, plus près, plus près, se perdant dans le bleu qui scrutait ses gestes.
Naruto avait le cœur battant, incertain de ce qui était en train d'arriver, pas sûr de comprendre ce que Sasuke voulait de plus ou ce qu'il pourrait y avoir au-dessus de « meilleur ami » dans la hiérarchie mentale de son vis-à-vis.
Il avait bien une idée, mais ça ne pouvait pas être ça, n'est-ce pas, il ne pouvait pas être en train de suggérer que, peut-être, ils pourraient être ensemble ? Si ? Il devait mal interpréter, il y avait forcément une signification qu'il n'avait pas vue et puis, d'abord, pourquoi était-il si près ? s'insurgea Naruto en sentant ses joues cuire de malaise.
Il arrêta de se poser des questions quand Sasuke l'embrassa.
Incapable de formuler ce qu'il ressentait, ce fut la première idée qui lui traversa l'esprit, pour faire comprendre à Naruto que, merde, ça faisait des années qu'il ne voulait plus être son meilleur ami. Alors, peut-être qu'il allait prendre une droite, que Naruto allait le repousser et lui expliquer que non, que jamais, que ça n'existait pas dans sa lecture du monde, mais sur l'instant, Sasuke ne s'en préoccupa pas.
Le baiser était maladroit. C'était plus une bouche qui s'écrase contre une autre, c'était un geste désespéré et brutal : la force qu'il y mit fit reculer le crâne de Naruto qui heurta le mur, le faisant vibrer. Les deux gardaient les yeux ouverts, comme ne réalisant pas vraiment ce qu'il se passait.
Quelques secondes s'écoulèrent, Naruto battit des cils, Sasuke voulut s'écarter, s'excuser, trouver une explication plausible à son geste désespéré ; il ne put pas. Naruto avait levé les bras pour l'enlacer, les rapprocher, reprendre le baiser avec passion et Sasuke se laissa emporter dans ce tourbillon délicieux, abaissant finalement les paupières.
Shisui :
Alors ? Il t'a répondu ?
Obito :
Oui Pas besoin de s'inquiéter Je me suis enflammé pour rien, il a seulement beaucoup de travail !
Shisui :
Même à l'écrit tu es un terrible menteur.
Obito :
Ok, il m'a répondu qu'il allait pas bien, mais qu'on peut rien faire pour lui.
Shisui :
Je suis à deux doigts de déserter pour aller le voir, là.
Obito :
Quelle brillante idée, ça me permettrait d'éviter les partiels !
Obito :
J'ai horreur des partiels.
Obito :
Y a des étudiants stressés partout.
Obito :
Et je suis encore plus stressé qu'eux.
Obito :
Imagine que je me plante en répondant à une de leurs questions ?
Shisui :
Fais soigner ton syndrome de l'imposteur.
Shisui :
Tu es professeur des universités, Obito, tu n'es plus un simple étudiant.
Shisui :
Tu as fait tes preuves, déjà !
Shisui :
Crois en toi !
Shisui :
Tu veux qu'on aille dîner ensemble ce soir ?
Obito :
D'accord. 😁
Shisui :
… C'est fourbe, ce que tu viens de faire. Tu as détourné mon attention pour m'empêcher de déserter.
Obito :
Oui.
Obito :
Mais je déteste vraiment les étudiants stressés, ils bavent et pleurent sur leurs copies en affirmant qu'ils n'y arriveront jamais et que les profs sont injustes, même si le sujet c'est « De quelle couleur est le cheval blanc de Madara ? » ️
1er mai
Allongé à plat ventre dans son lit, les cheveux décoiffés et en pétard, sa peau nue recouverte de chair de poule partout où la fraicheur ambiante pouvait se déposer, il se redressa sur ses avant-bras pour contempler Naruto, assis près de lui.
La conversation avait commencé un peu plus tôt, alors qu'ils étaient toujours engourdis de plaisir et de sommeil, Sasuke s'adonnant bien plus facilement qu'il le pensait à la confession sur l'oreiller.
Il avait voulu expliquer à son ami – il avait encore toutes les peines du monde à rajouter « petit » devant ce mot – comment il avait pu tomber si bas.
C'était Mei qui lui disait que ce n'était pas une faiblesse de se raconter, de se confier. Que ça n'était pas donner des armes contre soi aux autres, mais, au contraire, leur offrir une chance d'être plus attentionnés et moins blessants. Il avait voulu essayer. Et les mots avaient fini par couler tout seuls, plus intimes que jamais.
— Le problème, affirma Sasuke en reportant ses yeux sur le plafond, c'est que ces types savent. Ce sont des connards sans race, mais ils ont un talent certain pour analyser la psychologie des gens. Ils savent appuyer sur tes faiblesses. Et je suis faible.
— Non, tu ne l'es pas, contredit Naruto en se redressant. Arrête.
Un ricanement cynique franchit les lèvres de Sasuke.
— Bien sûr que si, je le suis. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils m'ont choisi. Ils se sont engouffrés dans mes failles. C'est une stratégie classique de ce genre d'organisations. Exciter la violence. Appuyer là où ça fait mal.
Il soupira.
— C'est facile de tomber. Bien plus facile qu'on peut le croire. Avec les bons leviers, quelqu'un qui manque de confiance tombe vite.
— Je ne peux pas croire que tu manques de confiance, souffla Naruto, uniquement parce que ton frère est un putain de génie.
Son dos toucha de nouveau le mur et un frisson le parcourut.
— C'est pas ça, se froissa Sasuke.
Il tira la couverture sur lui, enlaçant son oreiller pour enfoncer son menton dedans.
— C'est plus compliqué. Tu sais que ma relation avec Itachi n'est pas simple. C'est pas à cause de ses capacités, il y a d'autres choses qui s'accumulent.
Il laissa ses doigts courir sur le matelas, effleura la cuisse nue de Naruto en réfléchissant à la prochaine phrase qu'il allait prononcer.
Comme il ne trouva pas de manière adéquate de formuler son idée, il fronça les sourcils et revint à son cheminement de pensée initial.
— Mais voilà, nous ne sommes que les pions de personnes plus puissantes que nous.
— Nous ?
Les yeux noirs de Sasuke s'ancrèrent dans ceux, trop bleus et hypnotisant, de Naruto. Le brun sourit tristement.
— Tu sais que Nagato me ressemble. Lui et moi avons suivi un cheminement similaire.
— Vous n'avez rien de commun, grommela Naruto, écartant par réflexe sa cuisse de la caresse qu'elle recevait.
Sasuke lui tourna une œillade sceptique et la peau de Naruto revint contre sa paume.
— Vraiment ? Deux gars irrémédiablement gays qui pètent un câble quand ils ont perdu tous leurs appuis, déçoivent tout le monde et se retournent contre quelqu'un qui veut les sauver ? La seule différence entre Nagato et moi, c'est…
Il déglutit, tourna les yeux.
— C'est que tu n'es pas mort. Mais je comprends que tu ne veuilles pas l'admettre.
Ce fut au tour de Naruto de changer de position : il avança le buste, décolla ses jambes du matelas pour les replier et croiser les bras dessus.
— Pourquoi je ne voudrais pas l'admettre ?
Ça n'avait pas réellement de sens. Non, ce n'était pas pareil, Sasuke et Nagato n'avaient pas commis les mêmes choses du tout.
— Parce que si tu admets qu'on est pareils, alors, il te faudra lui pardonner, ou me retirer ton pardon. Ton sens inné de la justice, ironisa Sasuke. Mais tu ne peux faire ni l'un ni l'autre.
Naruto enlaça ses genoux, posa son menton dessus. Son petit-ami lui trouva l'air sombre alors qu'il gardait le silence un instant, ne répliquant pas immédiatement.
— Ton résumé était réducteur, asséna Naruto. Il y a plein d'informations que tu n'as pas.
Il soupira.
— Je peux te pardonner, parce que j'étais la victime. Je peux décider si c'était si grave ou pas si grave. Jiraiya est mort et je peux pas considérer que ce n'était pas si grave parce que c'est définitif. Les conséquences ne sont pas les mêmes.
— Pardonner, c'est considérer que ce n'est pas si grave ? demanda sincèrement Sasuke.
À vrai dire, si c'était le cas, alors jamais il ne pardonnerait à son frère. Naruto se trémoussa près de lui, caressa son dos avec tendresse.
— Non, bien sûr que non. Ce serait bête d'amoindrir ses souffrances uniquement pour le pardon. Je ne peux pas non plus admettre qu'on peut trouver une solution, ou qu'il peut mieux faire, parce que Jiraiya est bel et bien mort et que rien ne le ramènera à la vie.
Sasuke ne prit pas la parole immédiatement, savourant d'abord la caresse. Il s'étira paresseusement et Naruto se dit qu'il ressemblait un peu à un chat.
— Essaie d'y penser, tout de même. Je n'ai pas toutes les informations, c'est vrai. Mais ça n'empêche pas le fond de la question. Tu me pardonnes d'avoir commis l'irréparable parce que j'ai été entraîné et que j'étais mal dans ma peau. Tu devrais peut-être écouter Nagato expliquer ce qu'il s'est passé pour lui, tu ne penses pas ?
Pas que Sasuke en ait grand-chose à faire, bien entendu. Si Naruto ne souhaitait pas accorder le pardon, ce n'était pas à lui de lui dicter sa conduite, il serait bien mal placé pour ça. Lui s'en fichait un peu, il avait son pardon et une place de choix dans sa vie, c'était bien suffisant et il n'avait certainement pas l'intention de pousser Naruto à aller s'expliquer avec son frère, ce bougre serait bien capable de lui demander d'en faire autant.
— J'irai parler à Nagato quand tu iras parler à Itachi, conclut Naruto d'un air satisfait.
Gagné ! Et c'était, bien entendu, parfaitement hors de question dans l'immédiat. Peut-être qu'un jour, il se sentirait prêt. Et peut-être qu'un jour, Naruto se sentirait prêt. Pour l'instant, c'était parfaitement exclu.
Sasuke s'était de toute façon promis de faire un premier pas vers sa famille en buvant un café avec son cousin Obito. L'homme avait toujours été très sympa avec lui. Il avait une tronche bizarre, mais son caractère affable était agréable. Jovial, à l'écoute, prêt à dégainer un surnom pourri pour toute personne qu'il appréciait, Obito était un des rares Uchiwa qui ne considérait pas la réussite professionnelle et économique comme un critère de respectabilité. Et il n'avait jamais marqué la moindre préférence entre Itachi et lui, ce qui était un avantage certain. Et il lui avait envoyé des nouvelles en prison.
Durant sa captivité, il n'avait reçu que peu de courriers. Et tous venaient d'Obito qui monologuait longuement à propos de ses recherches, la plupart du temps. Ça lui avait fait chaud au cœur, surtout quand son cousin avait évoqué la possibilité d'une sortie, de le voir.
Naruto et Obito se ressemblaient un peu : c'étaient de vrais battants, des exemples pour tous ceux qui avaient la chance de les regarder vivre.
Sasuke secoua la tête.
— Ne fais pas de promesses de ce genre.
— Pourquoi pas ? Tu sais très bien que je ne reviens jamais sur une parole.
— Tu remets entre mes mains ta relation avec ton frère, grommela Sasuke. C'est risqué.
Naruto haussa les épaules.
— J'ai confiance en toi. Je sais que tu prendras la bonne décision.
Il ne lui laissa pas le temps de répondre, l'entraînant de nouveau sous la couette.
Conversation de groupe : Les Étagiers
[Participants : Shikamaru, Neji, Naruto, Hinata, Saku…]
Sakura : Neji ? Ça va ? On a entendu un grand bruit suivi d'un cri.
Shikamaru : Quelle galère… Oui, il va bien. Il s'est à moitié assommé sur son bureau.
Karin : Mais quelle drôle d'idée. Pourquoi ?
Neji : JE N'AI PLUS QU'UN AN POUR TERMINER MON MÉMOIRE ET JE NE SUIS QU'À L'ÉCRITURE DU PREMIER TIERS, TU SAIS CE QUE ÇA VEUT DIRE ?
Karin : Outch, je vois.
Hinata : Neji, tu refais une crise de stress. Tout va bien, tu es largement à l'avance.
Neji : RIEN
Neji : NE
Neji :VA
Neji : ET CE PC QUI REFUSE DE FAIRE CE QUE JE LUI DEMANDE.
Neji : VOUS VOUS RENDEZ COMPTE QU'ON ME DEMANDE DE PRODUIRE MON MÉMOIRE EN TIMES NEW ROMAN AVEC UN INTERLIGNE 1,5 ? J'AI TOUT PENSÉ EN GARAMOND ! MA MISE EN PAGE EST FICHUE ! MON MÉMOIRE EST FICHU ! JE SUIS FICHU !
Neji : FICHU ! J'AURAI JAMAIS MON CONCOURS ET J'AURAI PLUS QU'À ALLER BRADER MES COMPÉTENCES OU PIRE, ALLER TRAVAILLER AVEC MON ONCLE.
Naruto : Fichu pour fichu, du coup, tu peux aussi bien venir avec nous dans le salon, te poser quelques minutes, respirer un grand coup et nous refaire une dernière fois ta présentation orale prévue demain ? Ça te permettra de déstresser.
Neji : Merci. J'arrive.
14 mai
Outre leurs goûts pour les hommes, Sakura et Karin partageaient un amour certain du corps humain, de la médecine de façon générale. Elles avaient aussi en commun leur sens du travail qui rendait confortables les longs silences dans lesquels elles s'enfermaient pour étudier, chacune installée à un coin de la table qui occupait l'espace de leur appartement.
Le bout d'un stylo bloqué entre ses prémolaires, son regard balayant sur le fond alors qu'elle analysait la problématique du devoir qu'elle devait remettre au professeur, Sakura laissa ses réflexions l'orienter dans différentes voies, repensant à l'aveu que lui avait fait Naruto quelques semaines auparavant.
À vrai dire, ça expliquait beaucoup de choses et elle s'en voulait d'être passée à côté d'une telle information, alors qu'elle se prétendait sa meilleure amie. Ils n'avaient pas eu l'occasion d'en reparler et elle n'avait révélé à personne ce qu'elle avait appris, dans leur bande d'amis, se demandant bien comment elle pourrait annoncer à Hinata qu'elle perdait son temps à courir après Naruto, vu qu'il était irrémédiablement gay. Et amoureux de Sasuke. Depuis toujours.
Elle connaissait la douleur que c'était de contempler la personne aimée dans les bras de quelqu'un d'autre et elle n'avait jamais souhaité être à l'origine de tels sentiments, encore moins si ça heurtait Naruto.
Au début, elle ne l'aimait pas. Elle était originaire de Konoha, sa famille s'était installée à Ame peu de temps avant sa naissance. Elle jouissait d'un appartement dans les quartiers hauts, alors, quand ce gamin débraillé des quartiers inférieurs était venu, s'était annexé à leur groupe, elle l'avait pris comme une offense : il n'avait aucune manière, il était bruyant et agité. Et il ne considérait pas les femmes comme des princesses à choyer.
Avec le recul, elle avait envie de claquer la gamine qu'elle avait été, elle avait envie de se secouer jusqu'à ce que les neurones se connectent. Sakura avait fini par comprendre pourquoi Naruto ne l'épargnait pas et ne la traitait pas comme une chose fragile, quand elle avait rencontré Konan. Elle avait d'abord pensé que la Native était une personne haute en couleur, très différente des femmes qu'elle connaissait, elle l'avait décrite comme étant masculine. Petit à petit, elle avait compris que c'étaient les femmes d'Ame qui étaient ainsi. À force, elle avait voulu devenir comme elle.
Comme elles.
Et le coup final avait été porté par la naissance de son amitié avec Karin. Si elles s'étaient d'abord haïes parce qu'elles avaient eu le malheur d'aimer le même homme, concentrant leurs regards sur leurs différences, elles avaient, petit à petit, accepté de voir leurs ressemblances. Et leurs souffrances communes, tellement pareilles, avaient été pour la plupart dépassées parce qu'elles avaient accepté l'idée que, peut-être, elles n'avaient pas mal pas à cause de celle qui leur faisait face, mais à cause de l'homme qui avait mal agi.
Elle adressa un sourire à son amie qui la regardait curieusement, puis elle tourna la tête vers la porte quand elle entendit des coups. Reposant le stylo qu'elle mâchouillait, elle se décida finalement à aller ouvrir et perdit toutes ses couleurs.
Derrière le battant qu'elle avait écarté avec entrain se tenait Sasuke.
Elle inspira une bouffée, incapable de prononcer le moindre mot, scrutant son visage, constatant qu'elle le trouvait – malheureusement – toujours incroyablement attractif.
Bien entendu, ce fut sa meilleure amie qui la tira de l'embarras dans lequel elle se noyait.
— Qu'est-ce que tu fous là ? cracha Karin depuis la table.
Elle n'avait même pas besoin de le voir pour savoir qui provoquait une telle crispation dans les épaules de sa meilleure amie. Cette dernière se plaça de sorte que Sasuke puisse voir Karin également et les yeux noirs du repris de justice glissèrent sur sa droite avant de revenir vers elle.
— Je souhaitais vous parler.
— Bah pas nous, dégage.
Sasuke sentit la moutarde lui monter au nez sous la réplique cinglante de Karin appuyée par le hochement de tête de Sakura. Il s'en fallut de peu pour qu'il tourne les talons en renonçant, mais un regard à Naruto le convainquit d'essayer encore.
— Très exactement, j'aimerais que vous m'écoutiez.
Elles échangèrent un regard, mais ne répondirent pas, il considéra que c'était un accord.
— Sakura, je me suis comporté avec toi comme le dernier des connards. Je n'ai aucune excuse pour justifier le mal que je t'ai fait ni pour l'expliquer et peu importent les problèmes que j'avais, j'aurais dû en parler avec toi qui étais mon amie plutôt que de passer ma colère sur toi. Tu mérites mieux que ça. Et tu méritais mieux que le petit ami lamentable que j'ai été en te trompant avec Karin et en te rabaissant sans cesse.
Sakura inspira une goulée d'air tremblante et Sasuke se redressa pour ancrer ses yeux dans ceux de Karin.
— Karin, je suis désolé de t'avoir entraînée avec moi dans Taka. Je te serai toujours reconnaissant de ne pas m'avoir dénoncé pour le braquage et je suis désolé de t'avoir laissé porter cette responsabilité seule. Toi aussi tu méritais mieux que la personne violente et aigrie que j'étais.
Il prit une pause pour cocher mentalement ce qu'il avait dit, puis il passa de l'une à l'autre.
— Je vais faire mieux. Quand j'aurai fait mieux, je viendrai vous demander pardon. Merci de m'avoir écouté.
Il tourna les talons sans ajouter un mot de plus.
L'instant n'avait pas duré plus de cinq minutes, comme beaucoup de ces moments qui marquent pourtant un virage drastique dans une vie. Il n'avait pas fallu plus pour que la vie de Sakura s'effondre, pour que l'existence de Karin déraille.
Elles contemplèrent son dos alors qu'il s'engouffrait dans le couloir en direction des escaliers, talonné par Naruto qui leur jeta un regard équivoque.
Elles mirent bien quelques minutes de plus à échanger un long soupir, refermant la porte de leur appartement. Ce fut Karin qui parla la première en s'appuyant contre le battant :
— Je n'ai aucune envie d'avoir de la compassion pour ce connard.
— Clairement, approuva Sakura, je n'avais pas l'intention de me jeter dans ses bras non plus. Mais…
Elle se tut, mordilla ses lèvres et leva les yeux sur sa meilleure amie, en proie au doute.
— Il avait l'air sincère, souffla-t-elle finalement en trouvant la réplique de ses hésitations dans les gestes nerveux de Karin.
— J'aime pas ça, vraiment, je te jure, j'aime pas ça. Mais…
— Oui, reprit Sakura, oui, je suis d'accord. On pourrait… Lâcher du lest ? Pas devenir ses amies, tu vois, mais… Naruto me manque, balança-t-elle d'une voix douloureuse. Et il est toujours avec lui, alors, alors, si on l'acceptait de temps à autre, on pourrait… Tu vois ?
Karin hocha la tête.
— Et il sera toujours temps de dire non, finalement, si on se sent pas.
Soulagée, Sakura approuva et elles se replongèrent dans leurs révisions, ne parvenant pas vraiment à se concentrer. Ce ne fut que longtemps après que Karin lâcha :
— En attendant, Utakata est largement plus beau que lui.
— Utakata est plus beau que tout le monde.
Merci de m'avoir lue, à bientôt !
