Chapitre 9

Dire que Dumbledore eût été préoccupé eût été un doux euphémisme. Assis dans un fauteuil au velours élimé, le vieil homme demeurait immobile, le regard perdu en triturant sa barbe. La veille, Severus avait regagné le square Grimmaud dans un état tel qu'il n'avait jamais connu. Oh bien sûr, Dumbledore connaissait par cœur les colères de Voldemort et leurs conséquences. Il n'avait été que trop témoin des nombreux châtiments qu'avait pu subir Severus et c'était précisément pour cela qu'il ne savait que trop comme celui-ci savait résister à la douleur. Pourtant, la veille, la silhouette qu'il avait retrouvée affalée dans l'entrée de la maison des Black n'avait rien de celle de son fidèle professeur de potions. L'homme, en sang, ne tenait plus debout et n'était plus que l'ombre de lui-même, une ombre secouée de tremblements. Sans mot dire, il avait fait léviter son espion jusqu'à une chambre et avait veillé à ce que lui soient prodigués les soins nécessaires, se relayant, pour ce faire, avec Minerva puisqu'il n'était que trop conscient de la rage qu'éprouvaient les autres membres pour Snape. Mais ce n'était pas uniquement l'état de son Professeur de Potions qui perturbait Albus Dumbledore. Au petit matin, Snape avait repris conscience et, posant ses yeux sombres sur Albus il avait déclaré d'une voix éraillée :

La fille …. Il était furieux pour la fille…. Elle est en danger.

La fille. Le vieux sorcier savait pertinemment que son collègue parlait de Miss Granger, toujours alitée à l'étage inférieur. Il n'avait pas pu s'empêcher de soupirer : tout aurait été plus simple si Severus avait respecté ses ordres :

Pourquoi m'as-tu désobéï, Severus ? avait-t-il demandé avec un ton paternaliste que l'autre homme haïssait.

Parce que quand bien même je ne porte pas les Gryffondors, et en particulier les amis de Potter, dans mon cœur, ce n'est qu'une gamine et qu'elle ne mérite pas de mourir, surtout pas dans ces conditions, avait soufflé le maître des potions, épuisé.

Hm… J'ai l'impression que ce n'est pas la seule raison pourtant….

Et bien peut-être est-ce aussi parce que cette histoire d'occlumencie m'intrigue… Et pas que moi. Lui aussi est intrigué … Et vous savez comme moi que ce n'est pas un bon signe …

Hmmm ….. Repose-toi mon garçon, avait simplement répondu le vieux sorcier avant de sortir.

A présent, il était de retour dans son bureau et cette discussion l'avait laissé perplexe. S'il était tout à fait honnête, il devait bien avouer que cette histoire d'Occlumencie l'intriguait également et ne ressemblait en rien à quoi que ce soit qu'il connaisse. Il n'était donc pas particulièrement surpris que Tom soit, lui aussi, curieux. Comme souvent, Dumbledore devait écouter son instinct et son instinct, à cet instant présent, lui soufflait que toute cette histoire était extrêmement importante et qu'il devenait crucial de protéger la fille. Dans la nuit, en l'entendant hurler, il était monté la voir et, profitant de son état de semi conscience, il avait, lui aussi, tenté de pénétrer son esprit. Comme le lui avait rapporté Severus, il s'était retrouvé face à une grande chouette avant de se retrouver projeté en arrière. Il devait bien se l'avouer, cela l'avait légèrement agacé : Dumbledore adorait pouvoir sonder l'esprit des gens, c'était là un outil bien pratique et rester sur cet échec lui déplaisait fortement. A présent, il eût aimé savoir si cette drôle de nouvelle propension à l'occlumencie -ou quoi que ce soit qui y ressemble- s'appliquait aussi à d'autres domaines magiques : Granger avait-elle développé de nouveaux pouvoirs ? Etant donné l'état actuel des choses -et en particulier de la jeune femme-, c'était difficile à dire. Pourtant, il devait absolument en savoir plus. Aussi décida-t-il de rendre visite à la jeune femme.

Hermione regagnait en force chaque jour. Aux yeux de tous, elle semblait aller mieux -ils ne savaient pas que tout cela n'était qu'une façade-. Oh bien sûr, son visage portait encore les traces de sa mésaventure chez les mangemorts, tout comme son corps mais elle semblait joviale, plus énergique … Molly, en maman poule qu'elle était, lui avait défendu de mettre un pied hors du lit et, à dire vrai, Hermione en avait bien profité, ne se sentant pas capable d'affronter qui que ce soit. Pourtant, aujourd'hui, son esprit ne semblait penser qu'à toute cette histoire et surtout, surtout à ses parents qui lui manquaient terriblement et Hermione se surprit à rêver de pouvoir aller s'enfermer dans la bibliothèque. Elle en était là de ses réflexions quand les jumeaux Weasley firent leur entrée dans sa chambre. A dire vrai, ces derniers temps, alors que tout le monde commençait à l'étouffer de trop de solicitude, les jumeaux étaient devenus sa bouffée d'oxygène. Fidèle à leurs habitudes, ils profitaient de leurs visites pour la faire rire et cela lui faisait le plus grand bien. Alors qu'ils lui rapportaient leur dernier projet en date pour la boutique, une idée germa dans la tête d'Hermione : si il y en avait deux qui n'avaient pas peur d'affronter la colère de Molly weasley (on pouvait même penser qu'ils y étaient désormais immunisés) c'étaient bien ces deux là :

Fred ?

Moi c'est George ! s'exclama Fred avec un sourire en coin.

Non, reprit Hermione, toi, tu es Fred ! »

Les jumeaux se regardèrent avec surprise : comment diable Granger savait-elle les reconnaître ? Quoiqu'à la réflexion, était-ce si surprenant de la part de mlle Je Sais Tout ?

Et qu'est-ce qui te fait penser que je suis Fred ?

C'est évident, tu as un petit grain de beauté là, indiqua la sorcière en se touchant la tempe, que George n'a pas et George en a un ici, ajouta-t-elle en se touchant la joue, que tu n'as pas.

Evident, s'esclaffa George !

Bref, je me demandais…. Vous n'avez pas peur de votre mère, n'est-ce pas ?

Pas peur …. Je n'irais pas jusque là, reprit prudemment George. Disons qu'on a surtout l'habitude qu'elle nous hurle dessus !

Mais vous le cherchez bien, fit remarquer Hermione. Je veux dire, d'une certaine manière, ça vous amuse de la faire râler …

Oh oh …. Qui êtes vous et qu'avez-vous fait à Hermione Granger …

En fait je suis un mangemort, j'ai juste bu du Polynectar lors de mon séjour chez Voldy et Snape m'approvisionne tous les jours, lâcha hermione avec sarcasme s'attirant les rires des garçons.

Hahaha on s'en doutait ! Plus sérieusement, pourquoi ces questions ? Demanda prudemment Fred.

Et bien je me demandais… Je sais que Molly refuse que je sorte mais je commence à devenir folle ici…

De toute évidence, plaisantèrent les jumeaux d'une même voix s'attirant un regard exaspéré de leur amie.

Bref, comme vous n'avez pas peur et que je ne suis pas encore capable de me déplacer seule je me demandais si vous pourriez m'aider à aller jusqu'à la bibliothèque.

Ca alors ! La bibliothèque…. Commença Fred

Pas de doute, compléta George

Hermion est de retour parmi nous ! s'esclaffèrent-ils à l'unisson.

Sans ajouter un mot, Fred se saisit d'Hermione, la soulevant comme un poids plume pendant que George s'assurait que la voie était libre. Quelques instants plus tard, les garçons avaient déposé Hermione sur un grand fauteuil et étaient repartis à la boutique, la laissant seule avec ses livres qui lui permettaient de s'échapper. Hermione ne vit pas le temps passer. Elle était plongée dans un livre fort intéressant intitulé : Magie Ancienne et Mythologies :

Il est fort tard, vous devriez probablement être couchée. Molly Weasley hurlerait si elle vous trouvait là.

La voix -et surtout la personne à laquelle elle appartenait- arrachèrent un cri de surprise et d'effroi à la jeune sorcière qui, instinctivement, saisit sa baguette qu'elle ne quittait plus :

Allons Granger, vous êtes ridicule !

Ridicule…. Vous oubliez que je sais qui vous êtes vraiment ….

Et qui suis-je vraiment, demanda Snape avec sarcasme ?

Un mangemort… Le larbin de Voldemort…. Et le meurtrier de Mènera…. J'étais là, je vous ai vu ….

Le regard de Snape s'assombrit considérablement tandis qu'il s'avançait tant bien que mal vers la jeune femme qui, saisie de terreur, se recula dans son siège comme si elle eût souhaité pouvoir y disparaître. Prenant appui sur les accoudoirs, Snape se pencha au dessus d'elle et gronda :

Petite sotte, vous ne savez RIEN de moi ….

Hermione déglutit avec difficulté mais elle refusait de s'avouer vaincue : elle refusait de laisser les mangemorts continuer à prendre le dessus sur elle alors, d'un ton venimeux elle répliqua :

J'en sais bien assez.

Vous n'êtes qu'une idiote, Granger et si vous pensez que vos livres, ajouta-t-il d'un regard dédaigneux, peuvent changer cela, vous êtes encore plus stupide que je ne le pensais …

Comment osez-vous ?! S'insurgea-t-elle.

J'ose Granger parce que je sais précisément comment vous vous êtes retrouvée chez les mangemorts. Etes vous vraiment stupide pour vous retrouver à découvert alors que le simple fait d'être l'amie de Potter vous met une énorme cible sur le dos ? Avez-vous seulement songé aux conséquences d'une telle action ?! Pas seulement pour vous mais pour votre famille, vos amis, l'ordre …

Je …. Je …. Bafouilla Hermione, rouge de honte, de culpabilité, de colère et de tristesse. Je vous interdis de parler de mes parents, s'écria-t-elle les larmes striant ses joues.

Vraiment, vous m'interdisez …. Et pourquoi ne pourrais-je pas mentionner vos parents ? Avez-vous honte de vos origines subitement ?

Mes parents ne savent même pas que j'existe, explosa Hermione avant de se reprendre devant l'air surpris de son interlocuteur, je veux dire …. Je veux dire que…. Qu'ils sont morts pour moi »

Et, au prix d'un effort surhumain, elle se leva et réussit à sortir de la pièce. Son professeur ne tenta pas de l'en empêcher mais, quand bien même il ne parvenait pas à lire dans ses pensées, il savait que la jeune sorcière lui cachait quelque chose et il se promit de découvrir quoi. Son regard se posa sur le livre que Granger avait laissé là : Magie ancienne et mythologies. Il devait bien l'avouer, la jeune femme avait de bons goûts en terme de lecture aussi décida-t-il de prendre le livre et de le monter dans sa chambre.