Helwa retint sa respiration. Valar ! Elle savait que ce moment devait arriver mais elle aurait aimé avoir encore un peu de temps. Helwa n'avait toujours rien digéré de son voyage à Bree. Tout était encore à vif dans son cœur. Elle ne l'avait pas vu depuis trois jours et il lui manquait, même si elle ne voulait pas réellement se l'admettre, et la peur de devoir discuter avec lui l'empêcha de bouger un muscle :

—Helwa je sais que vous ne voulez voir personne et que je ne suis certainement pas la personne avec qui vous voudriez discuter mais j'aimerais vous parler.

Non, il n'était pas la personne avec qui elle voulait discuter mais elle aimerait bien le voir, juste pour le regarder, l'observer être qui il était, loin d'elle, comme si elle n'existait pas. Parfois Helwa aurait voulu pouvoir être invisible pour pouvoir le contempler à sa guise sans avoir peur d'être découverte :

—Helwa s'il vous plaît...

La jeune femme frissonna au son de sa voix. Il n'avait pas parlé fort mais elle l'avait tout de même entendu et sa supplication la décida. Alors, comme si elle n'était plus maître de son corps, Helwa se leva, se rendit jusqu'à sa porte et l'ouvrit.

Elle vit Elladan, sur le point de repartir, se retourner, l'espoir rallumé dans ses yeux :

—Je ne pensais pas que vous ouvririez, lança-t-il sérieux.

—Moi non plus, répondit Helwa faiblement et sincèrement.

Elle ne savait pas pourquoi elle le faisait. Tout son être lui criait de refermer cette porte et de ne plus en sortir jusqu'à ce que tous ces derniers jours soient oubliés.

Tous deux se tenaient sur la défensive, l'une prête à refermer la porte, l'autre à essuyer une remarque acerbe et désagréable :

—Que vouliez-vous me dire ? Demanda-t-elle de but en blanc.

Elladan esquissa un sourire à la franchise de son interlocutrice :

—Peut-être pourrions-nous parler plus confortablement dans votre chambre ? Je trouve ce couloir assez inapproprié.

Helwa hésita. Sa chambre était son espace privé alors faire rentrer Elladan à l'intérieur ne l'enchantait pas mais elle préférait que personne à part eux ne puisse entendre leur conversation. La soirée avait beau être avancée, le couloir était malgré tout bien emprunté et Helwa ne pouvait pas se promettre de ne pas hausser la voix, étant toujours à fleur de peau.

La jeune femme rentra dans sa chambre en l'invitant à entrer. Elle s'assit sur le bord de son lit car ses jambes tremblaient un peu et n'étaient pas très sûres, les mains coincées sous ses cuisses. Elladan resta debout. Il fronça les sourcils en l'observant :

—Ma présence vous met-elle mal à l'aise ? Demanda-t-il.

—Pourquoi pensez-vous cela ? Répondit Helwa sur la défensive.

—Vous semblez nerveuse, répondit-il en continuant de la détailler de son regard incisif.

Helwa regarda partout sauf vers lui, bien trop gênée pour oser affronter son regard. Elle ne pouvait s'empêcher de repenser à ses paroles neuf jours plus tôt.

Une erreur.

Pourquoi venait-il la voir ? Voulait-il la mettre mal à l'aise et se moquer d'elle ? De sa demande alors qu'elle avait bu ? Oh il le pourrait et Helwa pensait même qu'elle le méritait tellement elle avait été stupide cette nuit-là. Quelle épreuve mortifiante cela avait-il dû être pour lui ! Et Helwa était sûre qu'il soupçonnait quelque chose désormais alors elle tenta de contrôler la rougeur de ses joues. Pourtant tout son corps trahissait son état émotionnel. Helwa était au-delà de la nervosité. Elle eut l'impression que pour la première fois de sa vie elle pourrait défaillir.

Elladan était dans sa chambre et ils étaient seuls ! Cela lui semblait tellement inapproprié et indécent. Être seule ainsi avec un homme dans sa chambre, en particulier celui qu'elle désirait. Cependant jamais le prince de Fondcombe ne s'abaisserait à avoir de tels rapports avec elle. Ce serait le déshonorer lui ! Quelle honte ce serait pour lui que d'autres sachent qu'il l'avait touchée ! Helwa frissonna à la pensée du prince regardé avec dégoût par ses confrères par sa faute. Elle ne laisserait pas cela arriver :

—Je me demande simplement ce que me vaut votre visite. Je ne m'attendais pas à vous recevoir. Vous me prenez au dépourvu.

Elladan ne répondit pas immédiatement et marcha jusqu'à sa fenêtre. Au seuil de son balcon, il regarda au-dehors. La nuit tombait lentement sur Fondcombe :

—Vous n'avez reçu personne depuis trois jours... Je m'inquiétais, avoua-t-il finalement.

Ce fut au tour d'Helwa d'hausser les sourcils, très étonnée par cette remarque, venant de sa part surtout. Lui s'inquiétant pour elle était une chose qu'elle avait du mal à se représenter. Elrohir à la rigueur oui, mais Elladan ?

—Vous vous inquiétiez, répéta Helwa sur un ton moqueur, Et pourquoi cela ? Aviez-vous peur que je me sois soudainement noyée dans ma baignoire ?

Helwa fut la première surprise du tranchant de ses mots et de son agressivité sarcastique. Tout était sorti sans qu'elle ne puisse le contrôler, trop bouleversé par les mots du prince. Elle se mordit la lèvre, ne voulant pas que ce dernier prenne la mouche. Il était prince que diable ! Helwa lui devait un minimum de respect. Cependant, Elladan ne releva pas sa remarque. Il continua de fixer l'extérieur, droit, les mains jointes dans le dos :

—Je ne suis pas le seul, Helwa. Ma mère, mon frère et Glorfindel s'inquiètent aussi pour vous, sans parler de Maître Ardamir qui tourne en rond depuis trois jours dans la bibliothèque.

Helwa ne répondit rien mais sourit tout de même discrètement en imaginant son précepteur tourner autour d'une table en râlant. Aussi Elladan continua :

—Tous jugent bon de vous laisser seule pour faire votre deuil, pour vous recentrer sur vous-même et vous remettre.

—Mais pas vous apparemment, répondit-elle avec sarcasme et une pointe d'incompréhension.

Elladan se tourna vers elle et se rapprocha à mesure qu'il parla :

—Non. Il m'est d'avis que vous laisser seule ne fait qu'empirer les choses. Vous ne faites que broyer du noir et ressasser vos problèmes. Mais je comprends la méprise de mes parents et de mon frère. Ils n'ont pas toutes les cartes en main comme moi.

Helwa comprit tout de suite l'allusion à la soirée à Bree. En effet, elle lui avait raconté beaucoup de choses et Elladan avait dû comprendre que ce n'était pas le décès de son grand-père qui la laissait ainsi mais toute sa mauvaise relation avec lui et que cela ne serait pas l'affaire de quelques jours de s'en remettre.

Elladan était maintenant très proche d'elle et Helwa eut soudain très chaud. Elle se sentit très mal à l'aise et sentit ses joues rougir d'un seul coup :

—Je pense que pour inverser cette tendance, il est bon de vous bousculer un peu et de vous inciter à reprendre vos activités. Il n'y a rien de mieux que de s'occuper pour oublier ce qui nous tracasse.

Au grand damne d'Helwa, il avait raison. La jeune femme se sentait toujours mieux quand elle s'occupait dans la cité. Mais hors de question de lui donner raison ! Ce serait lui faire trop d'honneur et surtout elle admettrait son erreur.

Le regard d'Elladan fixé sur elle, Helwa tenta de reprendre contenance et de lui tenir tête. Le déni était tout ce qu'il lui restait :

—Je ne vois pas de quoi vous voulez parler Elladan. Tout va bien. J'avais juste besoin de me reposer après notre voyage. Cela me semble justifié, non ? Demanda-t-elle en se levant pour lui tourner le dos et se placer devant la fenêtre à son tour, mal à l'aise.

—Oh je vois, et vous croyez sincèrement que je suis assez naïf pour avaler ce mensonge ?

Helwa tressaillit. Mais pourquoi avait-elle pleuré devant lui et pourquoi lui avait-elle presque tout dit, lui expliquant tous ses griefs ? Elle commençait à désirer abréger cette conversation qui partait sur un terrain qu'elle n'appréciait pas beaucoup :

—Je vous assure. Je vais beaucoup mieux. Tout cela est derrière moi désormais. J'avais trop bu ce soir-là. Toutes mes émotions étaient démultipliées, je n'avais aucune inhibition.

Helwa se mordit la lèvre immédiatement. Elle avait subtilement laissé entendre qu'elle ressentait des sentiments pour lui car elle lui avait demandé de l'embrasser ce soir-là et la jeune femme venait de dire que ce n'était que le reflet exagéré de ses propres sentiments. Heureusement il ne sembla pas relever son erreur :

—Helwa... N'essayez pas de vous mentir à vous-même. Ce que vous avez exprimé à Bree était dur et douloureux. Cela ne peut s'être évaporé en quelques jours. Ce que vous avez vécu est difficile et il est normal que cela vous affecte encore.

Helwa se retourna vivement, l'exaspération la submergeant :

—Mais par Earëndil que voulez-vous à la fin ? Pourquoi venez-vous me torturer ainsi avec vos questions ? Ne pouvez-vous donc pas me laisser tranquille ?

Elladan resta totalement stoïque devant l'éclat de la jeune femme et cette dernière serra les poings de rage. Elle aurait voulu le pousser hors de sa chambre mais elle savait qu'elle perdrait le combat. En combat à mains nues, il était clairement plus fort qu'elle :

—Ce que je veux, c'est vous faire prendre conscience que vous n'allez pas aussi bien que vous le dites et que vous avez besoin d'aide. Maintenant si vous avez des envies de meurtre sur ma personne je comprendrais, rajouta-t-il sur un ton plus doux.

—Je n'ai pas besoin d'aide, Valar ! Et surtout pas de la vôtre. Je... Je veux que vous sortiez de ma chambre et que vous me laissiez tranquille.

Helwa sentit les larmes lui monter aux yeux et elle se détesta pour cela. Elladan la poussait dans ses limites, faibles ces derniers temps, et elle se sentit craquer. La jeune femme s'assit sur son lit et les larmes coulèrent en silence sur ses joues. Helwa avait mal et elle ne pouvait pas se retenir plus longtemps.

Elladan s'approcha et posa délicatement sa main sur son épaule :

—Helwa... je ne vais pas partir alors que vous pleurez devant moi. Ce serait vous abandonner dans votre douleur et il est hors de question que je fasse cela.

Elle repoussa sa main :

—C'est parce que je pleure que vous devez partir, sanglota-t-elle.

—Pourquoi vouloir vous cacher ? Votre douleur est légitime.

Helwa se prit la tête entre les mains. Mais pourquoi s'acharnait-il ? Elle aurait voulu lui crier ses réponses à la figure, lui intimer de sortir immédiatement de sa chambre mais elle n'en avait plus la force. Helwa avait honte de pleurer ainsi devant lui mais elle n'arrivait plus à s'arrêter. La jeune femme se sentait trop seule avec sa douleur. Il lui semblait que sa tête allait exploser. Elle ne savait plus quoi penser. Helwa ne comprenait pas pourquoi il lui disait tout cela. Il n'avait jamais fait attention à elle auparavant :

—Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi ? Implora-t-elle les joues toujours baignées de larmes.

Elladan s'agenouilla devant elle pour être à sa hauteur. Il lui releva le menton pour qu'il la regarde dans les yeux. Helwa ne se déroba pas. Seul sa douleur et sa confusion comptaient à ce moment et rien d'autre. Pas même le fait qu'il était à quelques centimètres d'elle, qu'il la touchait et qu'il la fixait dans les yeux avec un regard empli de compassion :

—Helwa, regardez-vous, vous êtes emplie de souffrance. Il y a trop d'émotions négatives à l'intérieur de vous que vous n'arrivez pas à exprimer et qui explosent sans que vous ne contrôliez rien.

—Regardez-moi ! Rétorqua-t-elle, J'ai vingt-deux ans et je pleure comme une enfant ! Je suis pitoyable et pathétique...

—Je vous regarde Helwa et je ne vois qu'une personne qui souffre et qui pourtant refuse l'aide qu'on lui tend par fierté et peur. Ce n'est pas un comportement d'enfant. C'est l'attitude d'une adulte envahie par sa peur du jugement que pourraient porter les autres sur elle. L'enfant, lui, aurait accepté la main tendue sans hésiter...

Le prince avait parlé doucement mais Helwa comprit parfaitement le reproche qui lui était fait :

—Alors je suis une idiote bornée c'est ça ?

Elladan soupira lourdement, comme désespéré :

—Helwa, est-ce là tout ce que vous tirez de mes paroles ? Demanda-t-il interloqué par sa réaction.

—Vous devez me trouver idiote de réagir ainsi. Je suis en train de me ridiculiser.

—Helwa tout ce que je veux, c'est que vous alliez mieux. Que vous sortiez de cette chambre, que vous alliez à l'entraînement, prendre vos cours avec Maître Ardamir. Je voudrais aussi que vous preniez confiance en vous.

—Pourquoi voulez-vous m'aider ? Vous n'avez jamais fait attention à moi auparavant. Je ne suis rien pour vous. Alors pourquoi maintenant ? Est-ce un jeu ?

Elladan se releva vivement, l'expression du choc peinte sur son visage :

—Non Helwa ! Je vous assure, croyez-moi, je ne joue pas. Non... comment pourrais-je ? Comment pouvez-vous penser que...

Il y eut un silence, les deux protagonistes n'osant pas rencontrer le regard de l'autre. Puis Elladan se passa une main sur le visage, visiblement ennuyé par quelque chose. Était-il gêné qu'Helwa l'ait percé à jour ?

—Valar... Bien sûr que je me soucie de vous. Vous êtes en difficulté et vous pensez que je vais vous laisser ainsi, seule ? Je... Je ne supporte pas l'idée de ne rien faire.

Helwa avait séché ses larmes et la peur de se laisser embobiner et trahir ses propres sentiments grandissaient en elle. Hors de question de se laisser aller comme le soir aux maisons de guérison :

—Non vous mentez. Vous mentez mais vous mentez bien. Pendant toutes ces années vous ne m'avez adressée que quelques phrases par-ci par-là comme si je n'étais rien de plus qu'une mouche bourdonnant autour de vous, ridicule et indigne d'intérêt. Un tel changement soudain ne peut se produire. C'est incohérent.

—Mais pourquoi ne pas me faire confiance ? Je viens à vous plein de bonne volonté et tout ce que je récolte ce sont des accusations de mensonges et de manipulations injustifiées. Ne croyez-vous pas que vous êtes dans le faux ?

Helwa sentit la colère monter en elle. Il s'acharnait encore et encore. Peut-être jusqu'à ce qu'elle lui laisse le bénéfice du doute qui lui serait fatal. Helwa n'en pouvait plus. La jeune femme pensait trop et était déjà fatiguée de ces trois derniers jours. Elle n'avait plus aucune patience :

—Vous n'êtes qu'un hypocrite ! Explosa-t-elle, Choisissez enfin un camp et cessez de retourner votre veste et de me mentir ou je vous jure que je ne répondrais plus de mes actes ! Maintenant sortez Elladan !

Le prince recula doucement à son éclat de voix, comme calculant chacun de ses mouvements. Ce calme, ce flegmatisme apparemment à toute épreuve, agaçait Helwa au plus haut point. Ne pouvait-il donc pas se mettre en colère pour une fois et quitter la pièce ?

Mais cette fois Helwa était énervée et elle avait envie que quelqu'un réponde à sa colère pour pouvoir se défouler :

—Retourner ma veste ? Qu'est-ce que tout cela signifie ? Que me reprochez-vous enfin ? Exprimez-vous clairement et cessez de parler par énigmes Helwa où le nœud de ce problème ne saura jamais résolu.

—Le nœud du problème c'est vous Elladan, vous qui ne désirez qu'une chose : jouer avec moi jusqu'à ce que je vous tombe dans les bras et que vous puissiez vous en délecter. Rien de tout ce que je dis n'est une énigme et vous le savez très bien ! Ce que vous n'acceptez pas c'est que je vous ai percé à jour et que jamais votre manipulation ne fonctionnera sur moi.

—Si je comprends bien vous m'accusez de vous manipuler et de vous mentir sur mes intentions dans le but de vous faire tomber amoureuse de moi. C'est cela ?

Helwa hocha faiblement la tête car le regard d'Elladan était soudainement brûlant et elle pouvait y voir que de nombreuses émotions s'entrechoquaient à l'intérieur de lui :

—Alors voilà donc l'opinion que vous avez de moi. Quelle piètre récompense après avoir essayé de vous venir en aide. Tout ce que vous voyez en moi ce n'est que manipulation, mensonge et charme. Voilà donc tout ce que je suis à vos yeux ? Cria-t-il soudainement perdant son calme.

Helwa sursauta quand Elladan cria sa question. Elle fut comme frappée par la foudre. Le prince n'avait jamais élevé la voix à son encontre, et encore moins pour l'accuser ainsi de porter un mauvais jugement sur lui et l'accuser d'ingratitude à son égard. Pourtant malgré sa peur elle releva la tête rapidement, elle aussi énervée par des années de ressentiment et de sentiments refoulés et cachés. Elladan avait essayé de lui faire la cour pour s'amuser et de cela il ne pourrait pas se déresponsabiliser :

—Vous avez tenté de me faire la cour les premiers mois de notre rencontre, ne le niez pas ! Pendant des semaines vous n'avez fait que cela alors oui c'est une partie de l'opinion que j'ai de vous. Heureusement j'étais prévenue de votre comportement trompeur.

Helwa, partit dans sa diatribe, ne put retenir sa dernière phrase qui accusait indirectement son ami et son erreur ne passa pas inaperçue cette fois-ci :

—Prévenue ? Qui vous aurait donnée de telles informations à mon égard si tôt après votre arrivée ? Serait-ce... C'est Elrohir n'est-ce pas ? C'est lui qui vous a dit que je charmais des femmes pour le simple plaisir de les voir tomber dans mes bras...

Helwa acquiesça, rouge de honte d'avoir ainsi trahi Elrohir et resta immobile jusqu'à ce qu'Elladan peste en se dirigeant rapidement vers sa porte :

—Valar ! Je vais lui en toucher deux mots ! Non mais de quel droit se permet-il une telle intrusion dans ma vie privée ? Et de porter un tel jugement biaisé sur mes actions qui plus est ?

—Non attendez ! Ne faites pas ça ! Il n'a pas voulu vous porter préjudice ! S'exclama Helwa dans la seconde qui suivit.

La jeune femme ne l'avait jamais vu perdre ainsi ses moyens mais ce qu'elle savait, c'est que cela n'annonçait rien de bon. Helwa avait l'impression qu'Elladan allait littéralement tuer son frère. Était-ce donc si grave qu'elle ait connaissance de cette facette de lui ? Elle se précipita à sa suite et lui attrapa le bras par réflexe, elle qui ne le touchait jamais d'habitude. Elladan parut d'ailleurs étonné et se stoppa, se retournant vers elle :

—S'il vous plaît... implora doucement Helwa, N'y allez pas. Je ne veux pas semer la discorde entre vous. Il ne voulait pas vous faire du tort.

Cette fois elle n'hésita pas à plonger son regard dans celui du prince pour le supplier de rester où il était. Elle vit un milliard de pensées traverser les yeux de l'Elfe. Elle sentit son hésitation et sa colère le tirailler. Et finalement, elle entendit son soupir de résignation.

Helwa lâcha son bras, le sentant se détendre légèrement. Les yeux d'Elladan brillaient toujours d'un éclat tourmenté, reflétant la tempête de son esprit :

—Comment pourrait-il ne pas m'avoir porté préjudice en m'accusant ainsi ? Siffla-t-il sarcastique.

—Elrohir a simplement voulu me prévenir pour que je ne sois pas blessée si vous veniez à avoir des propos charmeurs. Et je vous ferais remarquer que vous êtes votre propre porteur de préjudice. Vous avez donné raison à ses paroles.

Helwa vit Elladan serrer les poings de rage, ou de frustration, peut-être les deux. La jeune femme accrocha une nouvelle fois son incroyable regard et crut y lire une sorte de... regret ? Elladan admettrait-il ses actes ? Cela prit du temps avant que le prince ne reprenne la parole après avoir retrouvé son calme :

—J'ai effectivement été un temps comme cela, cependant... je vous prie de me croire : j'ai changé, et quand je vous affirme que je ne veux que votre bien car je vous apprécie et que je ne supporte pas de vous savoir en détresse, ce n'est là que la vérité.

—Vous n'avez jamais été proche de moi. Je ne suis qu'une ombre qui suit votre frère. Pourquoi aurais-je votre attention ? Contra Helwa.

La jeune femme n'arrivait pas à croire ce que le prince disait. Elle avait bien trop peur que tout cela ne soit qu'un jeu, un énorme mensonge dont elle serait la victime. Tout cela semblait bien trop surréaliste pour être vrai. Être ainsi le centre de son attention faisait battre son cœur à mille à l'heure :

—Pourquoi ne pas accepter de me croire ? Reprit Elladan visiblement poussé à bout par la jeune femme. Je n'ai jamais vu quelqu'un réagir comme vous. Je ne sais pas quoi faire pour que vous croyiez en mes paroles.

—Je ne veux pas y croire ! S'écria Helwa, Si je vous écoutais en vous pensant réellement sincère, je pourrais en venir à croire que je suis réellement quelqu'un pour vous, ce qui est naturellement impossible au vu des dernières années. Ce serait donc une grossière erreur de ma part et vous pourriez me repousser et cela serait douloureux. Voilà pourquoi je ne prends pas vos paroles au sérieux !

Elladan s'approcha alors d'Helwa qui voulut reculer mais il fut plus rapide et il lui attrapa les mains. Aussi près de lui, Helwa se sentit impressionnée et resta immobile. Pourquoi était-il aussi grand ? Elle avait beau ne pas le regarder et fixer ses pieds, elle le sentait l'observer :

—Et si c'était là votre plus grande erreur Helwa ? Demanda Elladan doucement.

La jeune femme nota sa voix légèrement tremblante et fronça les sourcils :

— Ne croyez pas que parce que je ne vous parle pas autant que mon frère, je ne vous observe pas.

—Vous devriez occuper votre temps à autre chose, s'énerva Helwa.

La jeune femme avait peur. Le doute commençait à s'insinuer en elle et malgré qu'elle connaisse le danger qu'il représentait, se sentir exister à ses yeux était une sensation inimaginable et si belle !

Elladan était source de souffrance pour elle, parce qu'il était tout ce qu'elle n'était pas, parce que jusque-là elle avait cru qu'il ne la regardait même pas, n'étant qu'une ombre derrière son frère jumeau. Mais maintenant Helwa commençait à douter et elle avait peur de se tromper. Il semblait si sincère, si soucieux. La jeune femme pouvait ressentir son appréhension. Mais pour quelle raison pouvait-il ressentir une telle émotion ?

Elladan sourit légèrement à sa remarque. Il nota que les mains d'Helwa, qu'il tenait toujours, tremblaient dans les siennes :

—J'aime occuper mon temps ainsi. Vous êtes beaucoup plus intéressante qu'un poème ou un texte en langue ancienne.

—Charmante comparaison, asséna Helwa sarcastique.

Le sarcasme la calmait parfois, ou lui redonnait contenance la plupart du temps. Pas cette fois. Elladan était trop près. Elladan la touchait. Elladan avait son regard fixé sur elle. Helwa pouvait sentir son odeur. Le prince envahissait littéralement tous ses sens et embrouillait toutes pensées rationnelles :

—Je peux en trouver de bien plus belle, si vous le désirez, rétorqua-t-il, sa voix chutant brusquement d'une octave, faisant involontairement frissonner Helwa.

—Lâchez-moi.

—En aucun cas.

—Et pourquoi cela ?

Elladan se pencha à son oreille :

—Parce que cela est bien trop agréable pour que je vous laisse vous échapper.

Helwa ne put s'empêcher de tressaillir et elle se détesta car elle était persuadée qu'il l'avait senti :

—Cessez cela !

—Cesser quoi ? Demanda le prince innocemment.

—De dire de telles choses, s'énerva Helwa, et pour la deuxième fois lâchez-moi !

—Et pour la deuxième fois c'est toujours hors de question. Pourquoi ne pourrais-je pas exprimer ce que je pense ?

Helwa ignora sa question :

—Lâchez-moi, je ne voudrais pas vous frapper.

—Je sais que vous ne le ferez pas, auquel cas vous l'auriez déjà fait depuis longtemps.

Et c'était là la vérité. Helwa ne voulait pas frapper Elladan. Elle était bien trop nerveuse et émoustillée dans le même temps par sa proximité avec lui. Mais en aucun cas elle ne lui aurait donné raison :

—Vous êtes d'une prétention sans limite, siffla-t-elle tentant de se rendre méprisante, et vous ne pouvez pas vous exprimer, simplement parce que ce sont des mensonges et que vous ne le pensez pas.

—Alors que puis-je faire pour vous prouver que je pense chacune de mes paroles ? Car il me semble que nous tournons en rond autour de ce point.

—Soyez sincère pour une fois, répondit la jeune femme de but en blanc sans réfléchir.

Elladan ne répondit rien. La demande d'Helwa l'avait stoppé. La jeune femme releva alors les yeux vers lui. Il semblait en véritable conflit avec lui-même. Helwa sentit même sa poigne se desserrer et en profita pour dégager ses mains. Elle ressentit immédiatement un grand soulagement. Remettre de la distance entre eux lui permit de réorganiser un peu plus ses pensées.

Elladan revint vers elle, capta son regard et après avoir pris une grande inspiration, il déclara :

—Je vous aime.

Ces trois mots tombèrent sur Helwa avec le poids d'une avalanche de rochers acérés. Elle resta interdite un moment après qu'Elladan ait prononcé ces trois mots puis, elle se mit à rire nerveusement :

—Et c'est ainsi que vous souhaitez gagnez ma confiance ? Se moqua-t-elle pour garder contenance, Je suis au regret de vous annoncer que je ne vous crois toujours pas. Allez maintenant sortez, je crois que cette conversation est terminée.

Sous l'air désinvolte qu'elle tentait de se donner, Helwa avait, bien sûr, été ébranlée par ces paroles. Elle les avait imaginées et repoussées tant de fois dans ses rêves. Les entendre de sa propre bouche lui tournait presque la tête et lui donnait envie de pleurer tellement elle ressentait une pressante envie d'y croire. Mais Helwa ne pouvait pas. Une telle relation était impossible et Helwa ne voulait pas faire la liste de toutes les raisons de ce douloureux état de fait, même si cela aurait été le meilleur moyen de faire revenir son cœur sur terre.

Alors qu'elle se dirigeait vers la porte pour l'ouvrir, la voix d'Elladan s'éleva dans son dos, empreinte de souffrance et de résignation :

—Je ne puis être plus sincère. Je manipule souvent les autres avec mes mots, c'est vrai, mais la seule fois où je suis réellement sincère, que je décide de révéler mes véritables sentiments, on ne me croit pas. Quelle ironie ! J'aurais pourtant essayé de me faire voir de vous sous un meilleur angle mais je comprends maintenant que je ne vous inspire que mépris, colère et dégoût...

Helwa ne répondit rien, déstabilisée par la véritable souffrance qu'elle ressentait dans sa voix. Elle se retourna et sentit sa raison flancher. Il avait vraiment l'air éploré à cet instant. Helwa ne voyait aucun signe du Elladan manipulateur et imperturbable qu'elle connaissait bien.

Aurait-il pu être sincère ? Non c'était impossible, il ne pouvait pas l'aimer. Elle était humaine. Elle allait mourir, elle allait vieillir. Il était prince, elle était roturière. Il y avait trop d'obstacles !

Il lui semblait pourtant réellement sincère. Mais malgré tout, elle ne pouvait s'expliquer ce qui pouvait l'attirer chez elle, s'il était véritablement amoureux d'elle. Helwa avait du mal à comprendre mais sa souffrance ne pouvait être feinte. Elle lisait dans ses yeux les émotions qu'elle voyait dans les siens lorsqu'Helwa se regardait dans un miroir.

Soudain Elladan releva vivement la tête :

—Serait-il possible que vous ayez des sentiments pour mon frère ? Serait-ce pour cela que vous vouliez m'embrasser à Bree ? M'auriez-vous confondu avec lui ? Dites-le-moi je vous en prie ; pour que je connaisse enfin la réponse à tous mes tourments... Si Elrohir est vraiment l'élu de vos sentiments, je vous promets de vous laisser tranquille, mais je vous en prie dites-moi à qui appartient votre cœur !

Il ne pouvait pas jouer la comédie, Helwa en était sûre maintenant. Mais alors comment pouvait-il l'aimer, elle, une humaine, mortelle ? Que pouvait-il lui trouver ? Sa tête bourdonnait de questions et elle n'arrivait pas à ordonner ses pensées pour former une phrase cohérente. Elle tremblait presque du raz-de-marée d'émotions et de questions la submergeant :

—Je... Non, je ne ressens rien pour votre frère... Enfin je veux dire... C'est seulement de l'amitié. Mais je ne comprends pas pourquoi vous... comment pouvez-vous avoir des sentiments pour moi... Je ne comprends pas...

—Vous ne ressentez rien pour mon frère ?... Alors pourquoi me repoussez-vous quand j'essaye de vous montrer oh combien ! vous me fascinez ? Je sais que vous devez vous penser indigne de mes sentiments mais je peux et veux vous aimer pour deux, Helwa Isil. Laissez-moi simplement une chance. Laisse-moi du temps. Je me montre vulnérable devant vous, je vous ouvre mon cœur, ne me repoussez pas injustement.

Helwa n'arrivait pas à y croire et mit une main sur sa bouche pour s'empêcher de crier et de pleurer. Il l'aimait. Elladan l'aimait, elle, Helwa Isil ! Celui qui faisait battre son cœur depuis quatre années avait des sentiments pour elle ! Elle pensait rêver. Après tout ce qu'Helwa s'était infligée pour ne pas trop souffrir de ses propres sentiments, elle avait la possibilité de lui montrer ce qu'elle ressentait pour lui. L'incompréhension persistait mais elle le croyait. En tout cas, Helwa croyait la souffrance et le besoin qu'elle lisait dans ses yeux car elle n'était que trop intime avec ces émotions.

A cet instant, elle ne pouvait pas résister à ses sentiments. Elle ne voulait plus s'empêcher de l'aimer même s'ils ne pourraient jamais vivre ensemble. Ce moment lui semblait hors du temps, comme si rien ne pouvait lui arriver. Helwa se sentait libérée de ses tourments à l'égard de son amour.

La jeune femme prit alors son courage à deux mains et s'approcha de lui et osa se coller contre lui, la tête posée entre son cou et son épaule. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait vraiment fait cela mais la jeune femme se sentait bien pour une fois en sa présence. Elle respira son odeur et sursauta légèrement quand Elladan passa, presque timidement, ses bras autour de sa taille, ne sachant pas comment réagir à son geste inattendu.

Helwa inspira et chuchota presque imperceptiblement, se sentant effrayée d'une telle révélation même si Elladan l'avait fait pour elle :

—Jamais Elrohir n'a été l'élu de mon cœur. Il n'y a ... Il n'y a que vous, depuis le début.

—Serait-ce possible ? Murmura Elladan pour lui-même, tenant toujours Helwa entre ses bras. Je... Je ne comprends pas. Pourquoi alors étiez-vous si loin de moi, si distante et cependant si près de mon frère ?

Helwa esquissa un sourire désabusé :

—Elrohir est mon meilleur et seul ami. Comment ne pourrais-je pas être proche de lui ?

—Vous sembliez tant ne pas pouvoir me souffrir et je ne savais pas pourquoi. J'essayais de vous aborder, de commencer des conversations et vous sembliez toujours hâtive de les finir.

—Je ne... Je ne voulais pas souffrir. Je pensais cela impossible. De plus dès les premiers jours votre frère m'a dit que vous... étiez un séducteur, que vous aviez brisé le cœur de nombreuses Elfes. Et votre comportement des premiers mois lui a donné raison alors je n'aurais jamais pu penser que vous étiez sincère cette fois-ci. L'étiez-vous ?

Il y eut un silence et Helwa sentit Elladan se raidir légèrement :

—Non, je ne l'étais pas totalement. A cette époque mes sentiments n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui à votre égard. Vous étiez simplement intrigante et exotique. Mais sachez que je pensais chacun de mes mots. Tous mes compliments étaient sincères, même à cette époque. Et ensuite... j'ai décidé de m'éloigner de vous car vous ne répondiez jamais à mes compliments. Vous restiez toujours de marbre et cela m'impressionnaient autant que cela m'agaçait. Je sentais que je vous rendais triste et je ne le voulais pas alors j'ai pensé que vous laisser plus d'espace vous ferait changer d'avis à mon sujet. Puis mes sentiments ont évolué mais le mal était fait et vous ne me regardiez plus.

—Votre entreprise a réussi Elladan, n'en doutez pas car c'est à cette époque, après que vous ayez pris vos distances que j'ai commencé à vous apprécier plus que de raison.

Helwa avait du mal à se retenir de trembler d'émotions. La jeune femme ne bougeait pas. Elle appréciait d'être contre lui mais, inexpérimentée et toujours timide, elle se sentait gênée tant par la conversation que d'être collée à lui. Jamais Helwa n'aurait imaginé se retrouver ainsi avec Elladan.

Elle ressentait toujours un vide d'incompréhension à la pensée qu'il puisse avoir des sentiments pour elle. Dès qu'elle tentait de le comprendre, cela lui laissait l'impression d'une page blanche, comme un concept impossible à se représenter. La jeune femme ne comprenait pas comment cela était possible. Helwa aurait presque envie de lui crier qu'il se trompait, qu'il ne pouvait pas l'aimer elle, mais la sensation de ses bras autour d'elle la rassurait quelque peu. Le prince semblait être là où il voulait être. Mais comment pouvait-il l'aimer ? Comment la voyait-il ? Que pensait-il d'elle ? Helwa aurait tout donné à cet instant pour être doué de télépathie et entrer dans l'esprit d'Elladan pour résoudre ce mystère, se voir à travers ses yeux et comprendre :

—Si seulement j'avais compris vos sentiments plus tôt ... soupira-t-il.

—J'ai tout fait pour vous les cacher. Je... je ne suis pas digne de vous. Je ne suis qu'humaine et vous êtes un prince Elfe. Vous ne devriez même pas me regarder... ni me toucher Elladan.

Helwa eut soudainement envie de pleurer, toutes ses peurs lui revenant de plein fouet. Sa voix s'étrangla et par réflexe elle l'enlaça plus fort pour trouver du réconfort, s'accrochant Elladan comme à une bouée pour ne pas couler.

Ce dernier la décrocha lentement de lui et releva son menton tremblant et chercha à accrocher son regard fuyant :

—Helwa... Je suis libre de regarder qui je veux, je suis libre de toucher qui je veux. Et c'est vous que je veux regarder, c'est vous que je veux toucher, c'est vous que je veux écouter, c'est vous que je veux et que vous soyez humaine, roturière et tant d'autres choses encore que vous pourriez m'opposer, cela n'y changera rien. J'ai trop longtemps attendu pour ce moment. Je ne le laisserais pas s'échapper.

—Mais...

—Non, dit-il en posant un doigt sur sa bouche, Pas de « mais ». Je jure sur tous les Valar que rien n'est mensonge ni tromperie et que je sois jeté dans les cavernes d'Utumno si je vous trahi et maintenant laissez-moi profiter de la femme de mes rêves en paix, ajouta-t-il avec un petit sourire.

Helwa resta interdite un instant devant la profondeur de son serment, puis elle leva un sourcil :

—La femme de vos rêves ? Vraiment ?

Elle savait qu'il parlait d'elle mais Helwa trouvait la formulation légèrement exagérée. Le prince lui adressa un clin d'œil et hocha la tête :

—Effectivement... et elle est merveilleuse. Courageuse et tourmentée, forte et sensible, déterminée et farouche ; différente... Je pourrais la regarder des heures durant sans ressentir d'ennui. Je ne peux m'empêcher de poser les yeux sur elle lorsque je la vois.

Helwa rougissait, ses yeux rivés aux siens, à mesure qu'elle l'écoutait décrire cette femme incroyable qui n'était autre qu'elle-même. La jeune femme avait du mal à se représenter ainsi mais elle se laissait bercer par sa voix calme et ses mots poétiques jouant une agréable mélodie à ses oreilles :

—Ses yeux sont perçants et brillent d'un éclat ardent, autant que les étoiles le soir, au-dessus de notre cité. Sa peau est claire et mes doigts brûlent de la toucher, de parcourir son corps. Je suis captivé par son regard même quand celui-ci n'est pas tourné vers moi. J'aime sa voix même quand celle-ci me repousse. Mon cœur est ravi par sa beauté, sa grâce, sa vivacité d'esprit et son caractère piquant.

Elladan se tût et laissa remonter sa main droite le long du dos d'Helwa pour venir caresser ses cheveux. Cette dernière le sentit plonger son nez dedans et respirer son odeur, ce qui la fit rougir plus fortement encore si cela était possible. Les papillons dans son ventre n'étaient plus bataillons mais légions, embrasant tout son corps :

—Et vous belle dame, pourriez-vous me décrire celui qui fait battre votre cœur plus vite ? Reprit Elladan joueur.

Si le prince l'avait fait pour elle, Helwa devait le faire pour lui. Elle inspira et ferma les yeux pour mieux laisser parler ses sentiments, n'ayant pas le même talent avec les mots que lui :

—Il est... incroyablement beau, commença-t-elle doucement, comme tout droit sorti d'un rêve. Ses yeux sont verts comme deux émeraudes scintillantes et ils vous traversent et lisent en vous comme dans un livre ouvert. Ils sont un océan calme et profond dans lequel j'ai peur de me perdre. Il est grand, si grand que parfois je m'en énerve car je ne m'en sens que plus petite et faible. Son esprit est fort et vif. Il apprécie les belles choses et est un érudit de haute volée. Sa parole est habile et peut être du venin comme du miel, vous transpercer de douleur ou vous emmenez dans les étoiles.

Elladan laissa glisser ses doigts sur sa nuque, l'incitant tranquillement à continuer :

—Je le croyais inaccessible, murmura Helwa, mais je n'en suis plus si sûre... et pourtant j'ai peur de me réveiller et de découvrir que ce n'était qu'un rêve...

Le prince fit glisser sa main qui se tenait sur sa nuque vers le visage d'Helwa, tourné vers son cou, et caressa ses lèvres de son pouce. A ce contact inattendu, la jeune femme sursauta légèrement et frémit d'anticipation au souvenir de leur premier baiser :

—Ses lèvres... Soupira Elladan. Vous ai-je parlée de ses lèvres ?

—Il ne me semble pas, non, répondit Helwa en riant et en relevant la tête vers lui, accrochant son regard. Comment sont-elles ?

—Douces, merveilleuses elles aussi. Elles récréent Valinor à elles seules ! J'ai l'impression que je ne pourrais jamais m'en lasser. Le souvenir de cette nuit, où ses lèvres ont croisé les miennes dans l'obscurité de ce couloir me hante et je brûle de désir de les toucher à nouveau.

—Je crains de ne pouvoir égaler cette perfection, Prince Elladan, se moqua Helwa, les joues toujours plus rouges que rouge.

—Cela, c'est à moi d'en juger... répliqua-t-il en se penchant vers elle.