C'est un chapitre important, qui explique un certains nombres de choses. Je pense qu'il fait parti des plus chargés en émotions, au moins jusqu'ici. Il a été compliqué à écrire, autant par son contenu qu'à cause des circonstances. Je dois vous prévenir, aussi, que cette fois il y a des gros mots. J'en dis souvent des plus gros dans la vraie vie, mais je préfère vous prévenir.
Merci encore à ceux qui commentent, suivent et/ou favorisent ! Je vous souhaite à tous une très bonne lecture :)
Chapitre 10
Une explosion de cris indignés. Sa courte déclaration avait déclenché un véritable capharnaüm.
_ Pour qui vous prenez-vous ?
L'éructation outrée d'Hector avait dominé la soudaine tempête, et Véra cherchait la réponse tandis que ses collègues l'agonisaient de reproches.
_ Alors que nous vous avons accueilli dans notre communauté !
Ah oui, voilà.
_ Vous ne connaissez pas nos coutumes, vous méprisez notre histoire !
C'est ça. Véra jeta un coup d'œil en direction de Minerva, qui semblait dépassée. Bon, c'est vrai qu'elle avait d'abord eut une longue discussion avant d'accepter entendre la proposition. L'annoncer de but en blanc à la foule des professeurs de Poudlard n'avait pas été une bonne idée.
_ Vous n'appartiendrez jamais à Poudlard, c'est ça que vous ne pouvez pas supporter ! Vous êtes juste une moldue jalouse !
_ Bordel de merde, Hector !
Le silence fût aussi soudain que le bruit.
_ Je ne suis pas Moldue, Hector, je suis Cracmolle. Je ne crois pas que tu saisisses la différence, alors je vais te l'expliquer. Je vais vous l'expliquer à tous une bonne fois pour toute, et je vous expliquerai aussi comment j'en suis venue à la conclusion que Poudlard ne peut pas rester une école.
Minerva hocha la tête, et Véra prit une grande inspiration. Les autres se rassirent.
_ Je suis Cracmolle, donc. Ça veut dire que j'ai passé les premières années de ma vie dans une famille de sorciers. Mes deux parents sont sorciers. Se sont rencontrés à Poudlard, d'ailleurs. Et m'ont parlé de Poudlard au-dessus du berceau. Car avec deux parents sorciers britanniques, c'est forcément à Poudlard que j'aurais fait mes études, pas vrai ? Mais à sept ans je n'avais toujours pas fait de magie accidentelle. On me parlait de moins en moins de Poudlard. Et je m'installai, un jour, chez mes grands-parents moldus. Dans une maison moldue, sans magie du soir au matin et du matin au soir, sans mon grand frère ni mes parents, mais chez des gens que je n'avais vu que deux fois par ans pendant ma première vie. Votre communauté, ma famille Hector, ne m'a pas accueillie comme vous dite. Elle m'a rejetée. Oh, je ne le reproche à personne. Ne pas être capable de faire de la magie, au milieu de vous, c'est tout à fait invivable, c'est vrai. Encore que Poudlard ne soit pas non plus mon idée de l'enfer sur terre. Mais j'y reviendrai.
Comme je le disais donc, vous m'avez d'abord rejetée. Vous rejetez loin de vous les enfants cracmols, vous les renvoyez dans ce monde bizarre, parallèle, atrophié, chez les moldus. Et vous ne vous en souciez plus, parce que vous avez la Magie, et un Secret à garder. Gardez-le, vous avez sans doute raison de le garder. Je crois que j'aurais quand même pu continuer à voir mes parents, à jouer avec mon frère, sans vous trahir, mais on ne me l'a pas permis. Et bien ! Tant pis ! J'ai fini de grandir dans cet univers parallèle que vous méprisez Hector, j'en ai appris et embrassé les coutumes et l'histoire.
Je l'ai si bien fait, loin de vos querelles de consanguins, que j'avais fini par vous oublier, vous et la magie et les merveilles de Poudlard.
Jusqu'à ce que je revoie mon frère, cet été. Ô mon très cher frère. Comme tu avais manqué à mes derniers jeux d'enfants. Et il m'a demandé de prendre part à vos jeux d'adultes.
Le discours ne plaisait pas, et Neville en particulier semblait curieusement mal à l'aise, les yeux fixés sur le bout de ses chaussures. Véra s'offrit une gorgée d'eau avant de reprendre.
_ Donc. Je revoyais mon frère pour la première fois depuis des années, et il me proposait Poudlard. Il va sans dire que j'acceptais. Vous le savez, puisque je suis là. Mais je veux préciser une chose, pour en venir à la différence entre Cracmol et Moldu : on m'avait déjà promis Poudlard. On m'avait fait croire il y a longtemps que Poudlard serait ma maison, comme elle avait été la maison de mes parents, et puis tout à coup on m'a rejeté, on m'a envoyé au loin, on m'a caché dans un placard terne et miteux et je devais oubli toutes les merveilleuses promesses qu'on m'avait faites et que tout à coup on refusait de tenir. Je ne crois pas que vous ayez jamais beaucoup réfléchi à cette question, hein Hector ? Pourtant combien d'entre vous ont une cousine ou un oncle Cracmol ? Quand avez-vous pris la dernière fois de leurs nouvelles ? Vous ont-ils jamais manqué ?
Le vieux concierge ricana, et ce fût comme si une porte grinçait. Peut-être qu'après ça, il serait plus facile à aborder ? Mais rien n'était moins sûr. Véra soupira. Elle découvrait tout à coup toute son amertume. Mais elle n'était pas là pour ça. Elle se reprit :
_ Pardon. Encore une fois, je ne suis pas venue vous faire de tels reproches. Voyons, je devais vous dire pourquoi je pense que Poudlard donc… Et bien. Par où commencer, maintenant ? Voilà, je vais reprendre par notre entretien de juillet, si vous voulez bien Minerva. Donc. Souvenez-vous, ce jour-là nous avons abordé un problème Serpentard. Vous m'aviez alors dit qu'en vérité rien n'était aussi simple que « Serpentard ». Et c'est vrai. Dès la rentrée j'ai pu m'en rendre compte. C'est vous-même, Filius, qui m'aviez parlé en fait d'un problème « avant tout humain ». Vous ne vous en rappelez pas ? Bah, tant pis. Ce n'est pas très important. Vous me comprendrez mieux je crois si j'en décris les symptômes.
Il y a les Serpentards d'abord, les Serpentards qui restent toujours entre eux, qui se protègent entre eux du monde extérieur. Ils sont traités en pestiférés par leurs camarades : ceux qui ne les regardent pas avec haine, et ils sont rares, les regardent avec pitié et mépris. Et il y a ceux qui ne les regardent pas du tout aussi, ceux qui détournent les yeux, ceux qui font demi-tour au bout d'un couloir plutôt que de passer au milieu de mes septièmes années. Oui, bien sûr que j'ai remarqué tout ça. Je sais que vous avez vos raisons. Encore une fois, je ne veux rien vous reprocher. Mais vous avez ces comportements, c'est un fait. Vous ne les auriez pas en dehors de Poudlard. Taisez vous Hector. Les Serpentards sont des enfants, et ils se comportent comme vous l'attendez d'eux, en réaction à vos propres attitudes. Parlons-en de vos attitudes, d'ailleurs. Oui Hector, bien sûr que vous êtes épouvantable, vais-je encore parler de vous ? Non, vous me fatiguez et tout le monde sait ce qu'il en est. Vous êtes odieux avec mes élèves. Je me fiche que d'autres professeurs aient été odieux par le passé, bon sang quel âge avez-vous ? Soyez professionnel, merde ! Mais ce n'est pas ce qui m'a fait penser à la solution extrême que je vous ai présentée. Non. Ce sont vos silences, vos regards hantés. Les tasses de Minerva qui ne contiennent jamais que du thé (oh, bien sûr qu'on l'a tous remarqué !), les brusques sautes d'humeurs des uns et des autres, les potions de sommeils sans rêves… On m'a dit Filius que vous étiez un duelliste hors pair. Est-ce que c'est encore vrai, quand je vois votre main trembler ? Et vous avez tous des tremblements, des absences, quand vous passez devant ces portraits grossièrement réparés, vous pâlissez tous quand Crivey vient assister à vos cours. Qu'attendez-vous pour réagir ? De lui faire passer ses ASPICS ? Non, vous ne pouvez pas rester à Poudlard. Parce que vous y avez vécu trop de choses terribles. Vous y avez perdu trop de choses précieuses. Poudlard était un champ de bataille, oui. Et Poudlard est une tombe, Poudlard est le cimetière de vos joies. Comment pourrait y grandir, comment pourrait s'y épanouir une nouvelle génération de sorciers plus tolérante, plus ouverte ?
Une inspiration, grande, pour chasser la boule dans sa gorge. Poudlard est tellement différente de ce qu'on lui avait raconté, vingt ans plus tôt.
_ Et vous n'êtes pas les seuls, à trembler et à boire des potions de sommeil sans rêves. Alors s'il vous plait. Pour vous, pour vos élèves. Envisagez cette idée. Envisagez l'idée d'ouvrir une nouvelle école. Je ne vous dis pas d'oublier, mais d'aller de l'avant. Vraiment.
Hector se leva à nouveau, lentement.
_ Quel toupet vous avez. On vous demande de tenir les Serpentards, pas de vous mêler de …
_ Taisez-vous, Cornabav.
Ce n'était pas Véra, ni Minerva qui avait parlé. C'était le Baron Sanglant, qui venait d'entrer au travers d'un mur, accompagné de la Dame Grise, du Moine Gras et de Nick Quasi-Sans-Tête.
_ Taisez-vous, Cornabav, parce que vous ne comprenez pas Poudlard à moitié aussi bien que ne la comprend miss Claythorne, ajouta la Dame Grise.
Il va sans dire que la stupéfaction était tout à fait générale.
_ C'est vrai miss, reprit le Moine Gras en souriant à Véra, Poudlard est une école, et a vocation à faire grandir des enfants en sorciers accomplis mais aussi en adultes tolérants, joyeux, d'esprit brave et de d'intelligence généreuse. Le Baron et la Dame le savent mieux que quiconque, eux qui ont bien connus les Fondateurs. Ils ont su nous le rappeler, à nous tous esprits, fantômes et portraits de Poudlard. Nous l'avions tous oublié, après des années éprouvantes, épouvantables. Il est bon miss, que vous ayez accepté l'offre qu'on vous a faite il y a quelques mois, car vous avez pu voir ce à quoi nous étions devenu aveugle. Nous venons vous dire à tous, continua-t-il en se tournant vers l'assemblée des vivants, en tant que fantômes attitrés des Quatre Maisons, que nous comprenons la nécessité de réformer Poudlard. Nous savons bien que ces vieux murs ne sont pas près de s'écrouler, nous n'avons aucune crainte d'être oubliés. Aussi n'ayez pas peur, vous, de commencer une nouvelle aventure. De prendre un nouveau chemin. De bâtir une nouvelle école. Vous vous heurterez à des obstacles, vous aurez de nombreuses interrogations, mais nous serons toujours là, entre les murs épais et solide du château, où vous serez toujours les bienvenus.
_ Maintenant Minerva, lui dit Nick, hâtez-vous de rejoindre votre bureau, où les portraits de vos prédécesseurs vous aideront à rédiger une lettre au Ministère. Oh, et le professeur Rogue aussi, bien entendu.
Oh.
