Jour 22 : Enfant (mot de l'Enfer) + Bronn x Cersei (demandé par Deborah)
Contexte : UA post saison 8
Note : j'ai tellement écrit dans l'urgence hier que je viens seulement de réaliser que j'avais pas relié à Noël. Tant pis.
Merci à Marina, Angelica, Lassa, Black Angelis et Lamangaka pour leurs reviews sur les précédents textes !
- Alors ?
La voie était si basse que Bronn failli ne pas l'entendre.
- Elle s'est endormie, répondit-il tout aussi doucement. Je suis désolé, j'espérais qu'elle ne t'aurais pas réveillée.
- Il n'y a pas de soucis, voyons. Au moins je n'aurais pas eu à me lever. Merci.
- De rien.
Le silence retomba entre eux, ce qui n'était guère inhabituel. Ils ne parlaient pas souvent – qu'auraient-ils bien pu se dire, en même temps ? Parler était dangereux, car parler risquait de faire remonter à la surface des non-dits qu'ils avaient pris le soin d'occulter. Non pas qu'ils ignoraient les avoir, simplement, ils avaient passés un accord tacite pour rester silencieux à leur existence. Pourtant, ce soir-là, Cersei demanda, d'une voix toujours aussi basse :
- Tu crois qu'il dirait quoi, en nous voyant comme cela ?
- Il dirait que nous sommes idiots de rester dans ce lit à ne rien faire.
- Non. Ça c'est toi qui le dit. Et moi. Mais certainement pas lui. Jaime croyait en l'amour qui se passe de sexe.
- C'est vrai que c'était un abruti de romantisme.
- Oui...
Le ton de Cersei est empreint d'une nostalgie rêveuse, tout comme le sont les yeux de Bronn – chose dont ils ont tous les deux conscience, mais qu'ils prennent soin de faire semblant de n'avoir pas remarqué. Et cela fonctionne plutôt correctement ; Cersei et Bronn ont tous deux appris à faire semblant, à mentir, à dissimuler. Et cela tombe bien, car des choses, ils en dissimulent beaucoup. Alors ils parlent de choses et d'autres, de sujets neutres, s'engagent dans des conversations peu dangereuses.
- C'est bientôt Noël, fait remarquer Cersei.
D'ordinaire, Cersei a en horreur les banalités ; mais avec Bronn, les banalités lui conviennent. Les banalités n'entraînent pas sur un terrain glissant. Du moins, habituellement. Car avant qu'il ne puisse se retenir, le Mercenaire lâche mélancoliquement :
- La première fois que Jaime m'a embrassé, c'était à Noël.
Il sent Cersei se tendre face à l'information. Il ne lui en veut pas – lui-même se tend en réalisant qu'il l'a laissé s'échapper. Cela fait pourtant partie des silences qu'ils avaient convenus. Aucun d'entre eux n'ignorait le passé qu'avait entretenu Jaime avec eux, tout comme aucun d'entre eux ne voulait se le voir rappelé ; Cersei parce qu'elle ne souffrait l'idée que Bronn lui ait dérobé Jaime, Bronn parce qu'il ne pouvait ignorer le fait que la blonde était restée jusqu'au bout le grand amour de son bien-aimé et qu'il ne pourrait jamais l'égaler.
Alors qu'elle avait enfin envoyé ses armées dans le Nord, voyant que la guerre ne voulait pas finir et qu'elle risquait bien d'effectivement tout détruire, Cersei pensait enfin être réunie avec Jaime. Ils ne restaient jamais fâchés bien longtemps, après tout, ils n'étaient qu'un. Jaime pouvait être parti, lui faire la tête, il ne la bouderait pas bien longtemps. Du moins, le croyait-elle, car c'était au bras de Bronn qu'elle l'avait retrouvé. Le Mercenaire n'étant jamais rentré dans le sud, Cersei avait présumé qu'il était mort dans cette guerre, mais il n'en était rien. Il avait simplement décidé de rester dans cet Enfer pour être aux côtés de Jaime. Comment avait-elle pu ne pas le comprendre plus tôt ? Il s'était bien jeté devant les flammes d'un dragon pour le sauver. Oui, Bronn était amoureux de Jaime, cela semblait tellement évident. Réaliser ceci aurait pu la faire amèrement rire, si elle n'avait pas vu les yeux verts de Jaime briller en regardant le brun.
Il était amoureux de Bronn. Cela n'aurait pas dû la surprendre, après tout, ils venaient de traverser cinq mois d'une guerre impitoyable. La menace d'une mort imminente, qui pouvait vous saisir d'un jour à l'autre, vous conduisait souvent à accélérer les relations, à se poser moins de questions.
Des questions, lui, Bronn s'en était posé beaucoup, en entendant dire que Cersei Lannister s'avançait finalement pour les aider à vaincre les morts. Il savait que Jaime l'aimait, ne l'aurait jamais embrassé ou ne lui aurait jamais fait l'amour dans le cas contraire. Mais lorsqu'il avait vu la lionne, enceinte jusqu'au coup, s'avancer vers son jumeau après des mois de séparation, Bronn avait douté. Comment par les Sept pouvait-il lutter face au grand amour ? Il n'était pas aveuglément amoureux au point de penser que Jaime n'avait plus de sentiments pour Cersei. Mais il avait fixé ses beaux yeux verts dans les siens remplis de doute, lui avait pris la main, et Bronn c'était dit que tout n'était pas perdu.
Cersei n'avait pu que remarquer le geste évidement, mais n'avait rien dit, tâchant de se montrer digne, de faire semblant de ne pas être touchée des baisers que déposait Jaime sur les lèvres de Bronn. En retour, le mercenaire faisait semblant d'ignorer les mains qu'il posait sur le ventre de Cersei pour sentir son enfant, leur enfant. La guerre continuait, leur quotidien aussi, jusqu'au jour où un cri avait déchiré la nuit pour voir naître un jeune enfant, un lueur d'espoir et de vie dans ce monde menaçant de n'être plus que Mort. Jaime avait pris sa fille dans ses bras, et Bronn avait compris qu'il devrait se battre. Cersei avait surpris son regard et silencieusement, elle décida de s'engager dans la lutte pour Jaime qui venait de se créer. Ils se battaient doucement, l'air de rien ou de moins de pas grand choses, et si Jaime voyait, il faisait semblant de ne pas voir. Ou peut-être ne voyait-il réellement pas.
Ils étaient tout les deux autour de lui lorsqu'il cessa complètement de voir. Il s'était pris un coup d'épée pour sauver quelqu'un d'un Marcheur Blanc, et Bronn tout comme Cersei auraient été prêts à lui crier combien un sacrifice était idiot – mais Jaime avait monopolisé la parole, avait pris de ses dernières forces pour les faire lui jurer de veiller sur sa fille ensemble, et Bronn et Cersei s'étaient retrouvés liés par une stupide promesse. Mais comme ils l'avaient fait à Jaime, ils l'a respectaient, tout en l'insultant une bonne dizaine de fois par jour. Avant de se mettre à pleurer, parce que contrairement à avant, Jaime n'était plus là pour leur renvoyer les insultes adressées.
Un mois, deux mois, trois mois étaient passés.
Trois mois d'un deuil qu'ils n'avaient pas eu le temps de faire entre une victoire arrivée finalement trop tard pour être fêtée et un royaume trop détruit pour être reconstruit. Trois mois d'un deuil qu'ils n'avaient pas pu faire, car trois mois à s'occuper d'une vie qui commençait à découvrir le monde.
Trois mois de nuits écourtées, de couches à changer, de pleurs d'enfants.
Trois mois de rapprochements timides, d'acceptation timide, jusqu'à cette révélation.
Jaime avait embrassé pour la première fois Bronn à Noël.
Cersei quitte ses souvenirs douloureux, revient au présent, digère l'information. Elle doute de pouvoir un jour apprécier de nouveau Noël, pas quand elle imagine son jumeau embrasser quelqu'un d'autre qu'elle, qu'il s'agisse d'un homme lui importe peu – l'essentiel, c'est que ce n'est pas elle, car elle a attendu cinq mois avant d'agir comme il l'aurait fallu. Jaime a embrassé Bronn et bien plus encore, n'a pas eu besoin que l'un d'entre eux ne lui dise pour le savoir, et tout cela à cause d'elle. Alors peut-être que si elle en veut autant à Bronn de lui avoir volé Jaime, c'est parce qu'elle se déteste de l'avoir fait fuir.
Bronn à ses côtés est toujours tendu, ses pensées tambourinent en lui, regrettant d'avoir dit une telle chose tout en étant heureux de l'avoir fait. Après tout, lui-même voyait grandir le fruit des amours de Cersei et Jaime, ne pouvait-elle pas elle aussi souffrir un peu, comprendre ce qu'il ressentait ?
Mais Cersei fini simplement par hocher la tête et rompre la tension.
- Jaime détestait Noël.
- J'ai cru comprendre que vous ne fêtiez pas vraiment Noël avec votre père ? Demanda prudemment Bronn.
- Nous ne fêtions pas grand chose avec mon père. Alors j'imagine que si tu as pu lui donner un Noël heureux... c'est une bonne chose.
- Je ne lui aurait jamais donné plus de jours heureux que toi. Et tu lui as donné des enfants. C'est bien plus que je ne pourrais jamais faire.
- Mais c'est grâce à toi que la dernière est encore en vie.
Bronn ne cherche pas à le nier. Il n'a tenu le coup que grâce à ce bambin qui n'était même pas le sien, mais dont les yeux verts étaient trop semblables à ceux de Jaime pour qu'il accepte qu'ils se ferment eux aussi.
Ceux de Cersei sont clos lorsqu'elle rajoute en murmurant :
- C'est aussi grâce à toi que je suis en vie. Je crois que je me serais laissée mourir. C'est horrible, non ? J'ai une fille que j'aime par-dessus tout, mais parfois, je n'ai qu'une envie à l'esprit : rejoindre son père.
- J'ai souvent envie de rejoindre Jaime aussi. J'imagine que nous ferions la course pour voir qui l'attraperai en premier.
- Et lui nous dira combien nous sommes idiots de l'avoir rejoints alors que nous pourrions profiter de la vie et l'un de l'autre.
En temps normal, Bronn aurait fait semblant de ne pas comprendre ce que veut dire Cersei. Mais cette nuit a été courte, le bébé agité et Bronn fatigué de tous ces non-dits. Alors il s'approche de Cersei, lui dit :
Et il aurait bien raison.
Puis il dépose un incertain baiser sur ses lèvres. Embrasser Cersei est étrange. Il en tire autant de satisfaction que de culpabilité – comment peut-il trahir Jaime de cette manière ? Cersei, qui répond à son étreinte, songe de même. Peut-être ne pourront-ils jamais réellement cesser de se sentir coupables. Mais peut-être que ce n'est pas bien grave ; après tout, Jaime aurait été certainement heureux de les voir enfin s'entendre.
Note de fin : Pour demain... vous commencez à connaître la chanson, j'ai pas encore écrit (mais j'ai celui du 24!)
