BON-JOUR tout le monde, j'espère que vous allez tou-te-s très bien ^^
MERCI MILLE FOIS pour tous vos retours sur le chapitre précédent ! Malgré l'ascenseur émotionnel, vous l'avez siii bien accueilli, ça m'a fait tellement, tellement plaisir ToT De ce fait, je ne voulais pas vous faire attendre plus longtemps, voici donc le chapitre 10 !
Bon, évidemment, vous avez sûrement compris de quoi il allait être question dans ce chapitre... Par conséquent, voici les TW du jour : TW PTSD, descriptions et violences assez graphiques, mention de suicide et surtout : du gros, GROS drama en perspective (même moi à l'écriture, j'étais dans le mal). Mais c'est le dernier côté Touya, c'est promis x)
Un grand, grand merci à Blue Aaren pour sa bêta express (je t'offrirai une boîte de mouchoirs promis), les phrases soulignées dans le chapitre lui appartiennent :)) Et aussi, un IMMENSE anniversaire à ma très chère Moira-chan ! Toi qui attendais avec impatience d'en apprendre plus sur l'accident de Touya, j'espère que ce chapitre te plaira x3
Bonne lecture !
Les personnages de My Hero Academia appartiennent à Kohei Horikoshi, mais l'histoire, elle, m'appartient.
Chapitre 10 – Dabi
4 août, chambre 777 de la station balnéaire d'Ishigaki, quelques heures plus tard :
Lentement, Touya ouvrit les yeux.
Les cicatrices de son torse le faisaient souffrir et il avait du mal à respirer. Il se sentait extrêmement fatigué, comme si ses veines avaient été remplies de plomb. Épuisé, il avait la sensation d'être cloué au… Il sentait une matière douce sous sa tête et contre sa peau. Lentement, il se releva et réalisa qu'il se trouvait dans son lit. À sa droite, assis au bord du matelas et éclairé par la lumière des étoiles, se trouvait Hawks.
Il portait les mêmes vêtements que ceux de la soirée, ce qui donna à Touya un indice quant au temps écoulé depuis… l'incident. Qu'est-ce que Hawks faisait là, et où était passé Shoto après sa crise ? Comment s'était terminée la soirée ?
« - Qu'est-ce que je fous ici ? » demanda-t-il à Hawks en tentant de se redresser.
« - Ta mère a appelé la sécurité pour te ramener à ta chambre. » expliqua-t-il en se rapprochant de lui. La poitrine du brun se serra et il se sentit atrocement coupable. Hawks le rassura d'un sourire. « Elle parle avec le père d'Eri dans sa chambre. »
Touya n'ajouta rien, il ne demanda même pas l'heure qu'il était ; évidemment que sa mère parlait avec Aizawa, le contraire l'aurait étonné. Une fois encore, il avait inquiété tout le monde avec sa crise. Il se sentait tellement nul…
Hawks se pencha vers la table de nuit pour récupérer une compresse froide, qu'il déposa sur le front de Touya ; cela le détendit, mais il refusa de le regarder. Il pouvait supporter la pitié des autres, mais pas la sienne.
Ils restèrent dans le silence. Touya aurait tellement voulu pouvoir pleurer, pouvoir expulser tout ce chagrin, cette haine et cette colère. Être privé de glandes lacrymales le forçait à tout conserver en lui, et il commençait à saturer. Il n'en pouvait plus de lutter, il était tellement épuisé.
« - Tout est ma faute. »
Il passa ses mains sur son visage et soupira très fort. Hawks s'approcha de lui, mais il évita le contact en se tournant sur son flanc gauche, jetant la compresse au passage. Il voulait juste… dormir, et oublier. Comme il en avait l'habitude.
« - Ne dis pas ça, Touya… » tenta de l'apaiser Hawks ; en vain.
« - J'ai gâché la soirée. » rétorqua-t-il sans se retourner. « Et j'ai gâché ma vie. »
Hawks ne trouva rien à répondre. C'était le but caché de Touya ; il voulait le dégoûter au point qu'il prenne la fuite, comme tous les autres l'avaient fait avant lui. Touya finirait par le détruire lui aussi, comme il savait si bien le faire. Il était si doué pour tout foutre en l'air…
« - Je ne t'en voudrais pas à mort parce que tu m'as empêché de regarder un film, Touya… » reprit Hawks en riant faiblement ; cette fois-ci, il réussit à lui arracher un bref ricanement. Comment se débrouillait-il pour lui remonter le moral même dans les pires instants ? « … Tu me fais une place ? »
Même s'il ne le vit pas sur son visage, Touya perçut l'hésitation du blond dans sa voix. Lui-même douta pendant un instant, puis il se décala du bord pour que son homologue puisse s'allonger ; il ne se retourna cependant pas vers lui. Touya sentait son souffle chaud contre sa peau, cela le rassurait autant que cela le décontenançait de le savoir aussi proche de lui.
De nouveau, un silence qu'aucun d'entre eux n'osa briser. Touya réfléchissait sans réellement le faire ; en réalité, il attendait le moment où Hawks finirait par en avoir marre, et partirait. Mais celui-ci ne bougea pas d'un iota.
« - Tu me poseras jamais de questions à ce sujet, hein ? »
Touya ne pût s'empêcher de demander. Hawks avait été témoin de son état plus qu'alarmant, et il eut presque envie de le brusquer pour qu'il lui demande enfin ce qui avait bien pu lui arriver. Soit le blond se foutait éperdument de son accident – Touya avait quelques doutes – soit il était un Saint descendu sur Terre pour le remettre dans le droit chemin. Dans tous les cas, c'était humainement impossible d'avoir autant de patience.
« - Et toi, tu ne comprendras jamais que j'attendrais le temps qu'il te faudra pour que tu m'en parles ? »
Touya s'apprêta à répliquer mais il continua.
« Je ne vais pas te forcer à me parler, encore moins après ce qu'il s'est passé ce soir. Tu me crois vraiment capable de te laisser tomber, si tu ne me dis pas la vérité ? »
Le tremblement de la voix de Hawks trahit sa déception et le brun se détesta encore plus. Son cœur et sa poitrine se serrèrent, non pas uniquement parce que le maître-nageur pensait ne pas avoir sa confiance et que cela le blessait, mais parce que ce dernier avait entièrement raison.
Mais il fallait qu'il sache. Il fallait que Hawks sache qui était vraiment Touya, quel genre de monstre il pouvait être.
Quel avait été son vrai rôle, dans cette nuit du 7 août.
« - La question est pas là, abruti. » Derrière lui, Hawks ria légèrement. « … Tu changerais de discours, si tu savais ce que j'ai fait. »
Touya souffla ces mots sans même le réaliser. Il le pensait vraiment ; droit comme il l'était, le blond n'accepterait jamais de rester ne serait-ce qu'une seconde de plus avec un type comme lui. Pas après ce qu'il avait fait.
Hawks dut percevoir la sincérité de ses mots, puisqu'il ne rajouta rien. En revanche, il posa timidement sa main sur l'épaule de Touya, pour le rassurer. Le brun apprécia le geste mais ne put s'empêcher de penser que lorsqu'il lui aurait révélé de quoi il était question, il s'empresserait de retirer ses doigts.
Touya lui devait la vérité. Pour la première fois, il ressentit le besoin d'en parler. De mettre des mots sur ce qu'il avait fait.
« - Ça date de l'époque où tout le monde m'appelait Dabi. »
Dabi. Il passait tellement son temps à se faire ainsi surnommer que certains pensaient qu'il s'appelait vraiment comme ça.
Il crut que Hawks le couperait pour lancer une raillerie à ce sujet, mais il ne prononça aucun mot. Sa main glissa jusqu'au bas de la manche de son tee-shirt, et Touya rapprocha instinctivement son dos vers son torse. Quasiment dans ses bras, il continua.
« - C'est Tenko qui m'a surnommé comme ça. Il disait que mon prénom était pourri. »
« Y'a que ton paternel pour choisir un prénom aussi naze. On va te trouver un surnom », qu'il lui avait dit. Tenko avait toujours été en complet décalage par rapport aux autres, c'était ce qui l'avait séduit dès le départ. Il avait été le seul capable de répondre à ses joutes verbales avec autant de méchanceté et de sarcasme. Aux yeux de Touya, leur amitié était la chose la plus précieuse qu'il n'ait jamais eu.
« - C'était ton copain ? » osa demander Hawks en le voyant se perdre dans ses pensées.
« - Un chieur comme Tenko ? Risque pas. » répliqua-t-il, dégoûté à l'idée d'imaginer les lèvres gercées de son meilleur contre les siennes. « C'était mon meilleur pote... Le meilleur que j'ai jamais eu. »
Il repensa aux après-midis passés à la salle d'arcade, aux nuits perdues à jouer aux jeux vidéo… Toutes ces fois où Tenko s'incrustait chez lui lorsque la situation devenait trop tendue avec son père, et inversement. Deux âmes inséparables.
« - On faisait tellement tout ensemble qu'il a fini par me présenter à ses autres potes. » continua doucement Touya. Sans l'avoir vraiment réalisé, ses doigts s'étaient emmêlés dans ceux de Hawks, encore plus proche de son corps et d'autant plus attentif. « Jin était en cours avec nous, il nous a rapidement présenté sa copine et on est devenu une petite bande. Personne pouvait nous saquer. »
Les soirées où l'attention se portait immédiatement sur eux dès qu'ils débarquaient. La clé du toit de la fac' que Tenko avait volé pour qu'ils puissent fumer en paix. Les après-midis film d'horreur à l'appart' de Jin… Ses meilleurs souvenirs.
« - C'est Himiko qui m'a fait aimer la photo. » Hawks caressait tendrement ses phalanges pour l'encourager à prendre son temps. « Elle… C'était une poupée, cette fille. J'ai jamais fait d'aussi belles photos qu'avec elle. »
Touya ne s'était jamais résolu à les effacer. Dès qu'ils avaient un instant, la blonde posait pour lui et ils ne s'arrêtaient que lorsqu'ils étaient pleinement satisfaits, ou épuisés. Elle était la seule avec qui il pouvait réellement partager sa passion, elle le comprenait mieux que tous les autres.
« - Tenko me traitait de pédale chaque fois que je sortais mon appareil. » Derrière lui, Hawks laissa échapper un rire ; il accepta de le rejoindre l'espace d'un instant. « … Jin disait que j'avais un talent. Il m'a même aidé à dégoter un job à la con : photographe pour la soirée d'anniversaire d'une nana du campus. Il arrêtait pas de dire qu'elle était à fond sur moi, en plus. »
Inconsciemment, le brun serra les doigts du blond entre les siens. Il commença à trembler de tout son être, sachant pertinemment de quoi il s'apprêtait à parler ; ou plutôt, de qui.
« - … J'y ai rencontré son cousin. »
Il se trouvait atrocement ridicule quand il y pensait, mais Touya avait flashé sur Kai au premier regard. Arrogant au possible, terriblement sexy, une bête de sexe… un cocktail mortel dont il était devenu fou.
« - Tenko et Kai pouvaient pas se voir. J'passais mon temps à les faire chier par rapport à ça. »
Deux abrutis possessifs et jaloux, tout simplement. Tenko craignait que son meilleur ami finisse par l'abandonner, Kai s'imaginait que les deux compères passaient leurs nuits ensemble. Ça faisait plus rire Touya qu'autre chose. Il adorait rendre fou Tenko en parlant de son copain devant lui, et Kai le retenait dans sa chambre dès qu'il lui faisait croire que son meilleur ami l'attendait.
Avec le recul, il se disait que cette haine avait sauvé la vie de Kai.
« - C'est pour ça… qu'il était pas là, pour l'anniversaire d'Himiko. »
Ils avaient enfin terminé leur année – inutile de préciser qu'ils s'étaient tous vautré aux partiels, même Himiko qui n'était pas à la fac avec eux aurait eu plus de chance de réussir. Elle passait son temps à les bassiner avec son anniversaire qui approchait. Touya savait parfaitement qu'elle ne le fêterait pas avec sa famille ; ses parents avaient mal digéré le fait que leur fille mineure passe la majorité de son temps chez son petit-ami plus âgé qu'elle, et attendaient sa majorité pour la foutre dehors. Alors, ils s'étaient promis de le célébrer ensemble, tous les quatre.
La nuit du 7 août.
« - Jin a presque dû nous payer pour qu'on accepte de foutre les pieds dehors, avec Tenko. » Hawks lâcha un faible rire en s'imaginant le brun bouder devant l'entrée, mais Touya ne le suivit pas. Il préféra continuer avant que son courage ne l'abandonne. « On a compensé avec l'alcool. J'me suis jamais mis aussi minable de toute ma vie. »
Qu'est-ce qu'il se sentait débile, quand il y repensait. Kurogiri, une bonne connaissance de Tenko, gérait un bar et avait accepté de fermer les yeux sur leurs âges, pour l'occasion. Sur le moment, Touya s'était dit qu'il pouvait bien lâcher prise le temps d'une soirée, boire plus que de raison avec ses meilleurs amis pour fêter les 19 ans de Himiko… Tout oublier, juste quelques heures.
L'ironie du sort, c'est que Touya ne se rappelait absolument pas ce qu'il s'était passé dans le bar, l'alcool ayant effacé le moindre souvenir heureux de cette soirée.
Alors qu'il ne pourrait jamais oublier la suite des événements.
« - Jin, c'était pire. On n'arrivait même pas à le porter avec Tenko, c'est un gars de la sécurité qui l'a foutu dehors. »
Touya se rappela très brièvement leur hilarité lorsqu'ils avaient retrouvé l'air extérieur, plus heureux et libres qu'ils ne l'avaient jamais été. Ils étaient tellement cons, et tellement inconscients.
Il commença à trembler sans pouvoir s'arrêter ; il n'avait pas froid, il sentait la culpabilité lui tordre le ventre et lui couper la respiration. Il serrait les doigts de Hawks avec tant de vigueur que ses phalanges prirent une teinte blanchâtre ; ce dernier devait certainement avoir mal, mais il n'en dit rien. Touya crut avoir perdu l'usage de la parole, convaincu que les mots ne sortiraient plus et qu'il ne terminerait jamais son récit. Mais après une très longue pause, il arriva finalement à articuler :
« - … On était venu avec sa bagnole. »
Le silence qui suivit fût si profond qu'ils purent entendre le bruit des vagues, par la fenêtre ouverte. Dans le couloir, des bruits de pas pressés frappaient le sol malgré l'heure tardive. La brise qui s'infiltrait dans la chambre de Touya soulevait les rideaux du baldaquin, bien qu'ils fussent noués aux barreaux du lit. Une ambiance des plus paisibles, on ne peut plus en décalage avec les révélations que le brun osait enfin faire.
Seules leurs respirations entrecoupaient le silence qui les entourait. Touya pensa même que Hawks avait fini par s'endormir, ou bien… il ne savait pas trop. Peut-être avait-il fini par partir, peut-être même que le brun avait rêvé et qu'il était lentement en train de se réveiller. Il n'était plus tellement sûr de rien, au final.
Or, il sentit une masse étrangère se rapprocher encore plus de lui, et la pression sur ses doigts se raffermir. Hawks était toujours là, et attendait patiemment qu'il continue. Touya voulait tellement pleurer, cracher sa tristesse et enfin s'en débarrasser. Se libérer de ce poids, se libérer de tout.
« - On n'a pas vu le panneau Stop posé au sol et on a grillé la priorité. Un camion nous a percutés et la bagnole a fini dans une station essence. Himiko a traversé le pare-brise, Jin est mort sur le coup. La voiture a explosé en percutant la pompe. »
Il revoyait encore le corps de la blonde quitter la voiture et la nuque de Jin se rompre, sous ses yeux. La vitesse à laquelle ils avaient quitté la route et avaient été projetés vers la station-service. Le boucan qu'avait provoqué l'explosion. L'ivresse qui avait disparu de son organisme, remplacée par l'adrénaline, l'horreur, le choc et la peur.
L'accident.
Les sanglots qu'il ne pouvait exprimer lui nouèrent la gorge et l'empêchèrent de continuer. Il avait l'impression de tout revivre, d'être à nouveau coincé dans la voiture de Jin, entre les corps de ses amis. Il en ressentait presque à nouveau les flammes sur sa peau.
En levant les bras devant ses yeux, il expliqua à Hawks que le côté gauche de la voiture avait pris feu en premier ; là où se trouvait Tenko, coincé sous la ceinture du siège passager dont le boitier s'était verrouillé. La peur de perdre son meilleur ami avait été plus forte que la douleur des flammes, au point que Touya n'avait même pas senti sa peau brûler à petit feu tant l'adrénaline l'avait galvanisé et lui avait fait rassembler ses dernières forces pour tenter de le sauver.
En vain. Le système de sécurité ne s'était pas désenclenché.
« - Ce connard répétait tout le temps qu'on méritait d'être heureux. »
Le regard vague, Touya fixait le vide en se remémorant les derniers instants où Tenko était encore en vie. Ses derniers moments avant la fin.
« - Le dernier souvenir que j'ai de lui en vie, c'est quand il m'a hurlé de dégager de la bagnole. » Son cœur manqua un battement, et contre la peau de son épaule, il sentit le souffle de Hawks s'entrecouper. « J'me suis débattu à mort quand les pompiers m'ont sorti du feu. Ils ont rien pu faire pour Tenko. »
Ses cordes vocales étaient à jamais marquées du souvenir de cette nuit, lorsqu'il avait hurlé de toutes ses forces sur les pauvres secouristes qui ne pouvaient même plus s'approcher de la voiture tant l'incendie s'était intensifié. « JE VOUS DIS QU'IL RESPIRE ENCORE », s'était-il écrié. Alors qu'au fond de lui, il était parfaitement conscient que son meilleur ami venait de mourir contre lui.
Touya abrégea la période post-accident. Son coma de six mois, la chirurgie réparatrice, les séances de rééducation. Le syndrome de Marie-Antoinette qui avait rendu blanc ses cheveux roux, les séances de psy' qu'Aizawa l'avait forcé à suivre, et qu'il avait fini par laisser tomber. Endeavor faisant jouer ses relations pour qu'il n'y ait aucune poursuite engagée contre lui, et la dégradation de leur relation alors qu'il le forçait à se remettre le plus rapidement possible.
Le retour à la vie normale. Le regard des autres sur son corps, les remarques dès qu'on le voyait quelque part. L'enterrement de Tenko sans son corps, entièrement désintégré par les flammes… Le coup de poing qu'il avait donné à un de ses cousins, qui avait osé dire pendant la cérémonie qu'ils avaient été complètement stupides ce soir-là. La rage qui avait pris Touya aux tripes lorsque ce salopard avait osé sortir « qu'en jouant avec le feu, on finit par se brûler ». La fin de son histoire avec Kai, le stress post-traumatique et la dépression. Sa vie, depuis les cinq dernières années. Son envie régulière de tout laisser tomber à cause du poids de la culpabilité. Celle d'être en vie, celle d'avoir pris les leurs.. Et sa voix commença à se briser. Si ses canaux lacrymaux n'avaient pas cramé avec le reste ce jour-là, les larmes lui seraient venues.
Derrière lui, il sentit l'autre main de Hawks lui frotter tendrement le dos, pour le détendre. Il l'entendit même le remercier de lui avoir confié tout ça, mais il ne rajouta rien de plus. Ils avaient besoin de temps pour réfléchir à ce qu'il venait d'être dit, autant l'un que l'autre ; Touya ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Au lieu de l'apaiser, ce silence l'enveloppa jusqu'à écraser sa poitrine. À chaque nouvelle inspiration, ses poumons se remplissaient de stress et d'appréhension.
Hawks allait forcément se barrer. L'abandonner à son triste sort, à l'inévitable réalité où il n'était qu'un monstre, et Touya ne lui en voudrait même pas. Au moins, même s'il venait à le laisser tomber, il aurait fait un énorme progrès quant à son état… C'était au moins ça.
« - Ce n'est pas ta faute, Touya. »
Il s'attendait si peu à ce que ces mots soient prononcés qu'il en sursauta presque. Pas sa faute, hein… Il en rirait presque. On le lui avait répété tellement de fois, mais jamais il ne pourrait y croire. Pas après ce qu'il avait fait.
« - Bien sûr que si. » chuchota-t-il si bas qu'il faillit ne pas s'entendre lui-même. « J'ai tout foutu en l'air. »
« - Touya… » Le corps de Hawks se rapprocha du sien mais il se décala rapidement avant qu'il ne puisse le toucher à nouveau ; il libéra même ses doigts. « C'était un accident. Aussi tragique qu'il ait pu l'être, c'était un-
- Ouais, et pourquoi j'suis le seul à être resté en vie, hein ? » cracha-t-il en se retournant vers le blond qui le regarda d'un air complètement décontenancé. « Pourquoi j'suis pas passé par le pare-brise moi aussi, pourquoi j'ai pas claqué quand le camion nous a envoyés dans le décor ? »
Il ne parvenait plus à contrôler sa haine ; il se détestait tellement fort. Ces questions se baladaient sans cesse dans son esprit, et elles le tuaient à petit feu.
Pourquoi avait-il survécu, alors que tout était sa faute.
« - Pourquoi j'suis le seul connard à encore respirer, alors que c'est moi qui… »
Son visage se tordit de douleur et il ne parvint pas à continuer. Ses yeux, voilés par la tristesse qui n'avait plus su s'en écouler, rencontrèrent finalement ceux de Hawks, bordés de larmes. Cette tristesse lui allait si mal, lui qui semblait n'être né que pour répandre l'amour et le bonheur. Et lorsqu'il ne put se résoudre à se retenir davantage, qu'une première goute s'écoula le long de son visage pour mourir sur le haut de son tee-shirt, Touya s'effondra dans ses bras. Ils se resserrèrent autour de son torse, ses doigts fins se perdirent dans ses cheveux.
Et la question fatidique.
« - Touya.. Est-ce que c'était toi qui… ? »
Il hocha frénétiquement la tête avant qu'Hawks n'ait le temps de terminer sa phrase. Le brun n'arrivait toujours pas à le formuler clairement, entendre le blond le faire à sa place était au-delà de ce qu'il pouvait supporter. Sa prise autour de son corps se raffermit, et Touya osa passer un bras derrière son dos. C'était finalement assez pratique, cette manie qu'avait Hawks de lire en lui comme dans un livre ouvert ; il n'avait pas besoin de révéler ses pensées les plus atroces.
Il venait à peine d'avoir son permis. Il avait bu, beaucoup trop, mais tellement moins que Jin et les autres. Il s'était dit que ça passerait, qu'ils pourraient rentrer tranquillement. Qu'ils ne risquaient rien.
« - J'les ai forcés à me laisser le volant. » murmura-t-il entre deux sanglots du blond. « J'leur ai dit… que j'voulais pas qu'on ait d'accident. »
Il se réfugia dans la nuque de Hawks qui le serra de toutes ses forces. Et il explosa. Il lui raconta toute la vérité ; comment cette culpabilité rythmait le moindre de ses pas, à quel point c'était dur de vivre avec l'idée qu'il ait causé la mort de ceux qu'il aimait le plus. Le poids d'avoir ôté la vie à de pauvres innocents, malheureusement présents au mauvais endroit, au mauvais moment, pauvres victimes d'un connard alcoolisé. Et son père qui aurait pu perdre son titre de magistrat en se salissant autant les mains pour son compte, sa manière de le brusquer et de le rendre encore plus coupable qu'il ne l'était déjà…
... Il lui parla même de cette nuit où il avait vidé sa boite de somnifère dans son estomac. Tout. Il n'oublia aucun détail.
Sentir Hawks sangloter dans ses bras lui fendit le cœur. À l'entendre, c'était comme s'il pleurait pour eux deux. Mais paradoxalement, Touya ne s'était jamais senti aussi… libre. Et étrangement, soulagé ; désormais, il était convaincu qu'il ne l'abandonnerait pas. Qu'il l'acceptait tel qu'il était, et qu'il ne le laisserait pas tomber. Il ne pouvait pas rêver de meilleur soutien, pour tenter d'enfin sortir la tête de l'eau.
Hawks ne prononça aucune phrase bateau que la situation aurait pu justifier. Il ne lui répéta pas que ce n'était qu'un accident, qu'il ne pouvait pas s'en vouloir toute sa vie… Ils restèrent dans le silence. Ses doigts caressaient sa tignasse emmêlée et Touya huma son parfum. Une douce odeur de cannelle et de sel envahit ses sens, un parfum tout aussi réconfortant qu'étrange. Fidèle à lui-même, décidément. Il essuya finalement ses larmes.
« - Tenko avait raison, tu sais. » À l'entente du nom de son meilleur ami perdu, Touya s'écarta pour l'interroger du regard. « Tu mérites d'être heureux. »
Son cœur rata un battement et il recommença à trembler. Il s'apprêta à se blottir à nouveau contre lui, lorsque Hawks saisit son visage en coupe et plongea son regard de miel dans le sien.
« - Tu mérites de vivre, Touya. »
La plus belle déclaration qu'on ne lui ai jamais fait, et celle à laquelle il voulait le plus croire. Il voulait croire que l'accident l'avait épargné pour une bonne raison, qu'il finirait par vivre une vie paisible, rythmée par son travail passionnant et les soirées pizza-télé avec l'élu de son cœur. Il voulait y croire, sincèrement. Et si Hawks en était persuadé, il acceptait d'y réfléchir, ne serait-ce qu'un peu.
Il le vît hésiter, puis le blond déposa finalement un tendre et bref baisé sur son front. Le contact de ses lèvres pulpeuses et brûlantes contre sa peau le surprit moins que ses mains posées sur ses cicatrices, agissant comme si elles n'étaient pas là, comme si... elles n'avaient jamais existé. C'était la première fois qu'un corps étranger les touchait… Touya ne le repoussa pas.
Il allait à nouveau se faufiler pour reprendre sa place contre Hawks, mais la porte de sa chambre s'ouvrit précipitamment. Touya n'eut pas le temps de se retourner que le blond avait déjà sursauté au point de se retrouver au sol. Et pour cause ; Rei et Aizawa venaient de pénétrer dans la chambre, accompagnés du propriétaire de la station. Touya fronça instinctivement ses sourcils tandis que le blond se redressait.
« - Endeavor-san ! » dit-il en se relevant du sol. Le brun lui lança un regard noir qu'il préféra ignorer. « J-Je, euh… Ça fait plaisir de vous voir ! »
Fidèle à son tic, il se gratta frénétiquement le crâne et le brun soupira. Hawks aurait pu être mignon, à agir comme s'ils avaient été pris sur le fait ; cependant, le plus vieux avait détesté la façon dont il avait interpelé son paternel, comme s'ils se connaissaient depuis son enfance et qu'il était un membre important. Il ne voyait même pas ce qu'il pouvait bien foutre ici, d'ailleurs. Il se retint néanmoins de lui demander, trop lessivé pour supporter une énième dispute avec lui. Dans tous les cas, Rei lui bondit dessus à la seconde où elle traversa l'encadrement de la porte.
« - Mon chéri, tu es enfin réveillé… »
Un sourire fendit le visage encore triste de Touya ; il se redressa légèrement pour accueillir sa mère entre ses bras, son parfum de jasmin l'enveloppa immédiatement et il se sentit définitivement apaisé. L'ancienne infirmière porta son regard sur Hawks qu'elle remercia sincèrement. Très modeste, ce dernier lui répondit qu'il n'avait rien fait de bien exceptionnel, même s'ils savaient tous à quel point c'était faux. Il avait tout changé, ce soir ; tout avait changé. Touya sentait ses muscles se détendre, il inspirait comme s'il pouvait enfin respirer normalement. Après cinq ans d'apnée, c'était une des meilleures sensations qu'il n'ait jamais ressenties.
« - Nous devrions les laisser. » suggéra la voix grave et fatiguée de Aizawa. « Ils doivent avoir besoin de parler. »
Rei se retourna vers son ancien collègue pour acquiescer ses propos, et Endeavor indiqua à Hawks de le rejoindre. Cela ne plut pas à Touya ; il ne craignait pas qu'il trahisse sa confiance, mais… Il ne voulait pas qu'il traîne trop avec son père non plus.
En voyant ses sourcils froncés et sa mine inquiète, le blond se rapprocha une dernière fois du lit pour lui indiquer doucement :
« - On se verra demain. Tu m'appelles quand tu es réveillé ? »
Il avait l'air aussi déçu que lui de devoir le laisser, et Touya esquissa un sourire. Il lui lança à qu'il n'avait pas besoin qu'il le materne, et Hawks rit de bon cœur ; le brun fût rassuré de voir que leur relation n'avait pas pris un caractère trop sérieux qui les empêcherait d'être aussi complice qu'avant. L'employé de la station finit par s'approcher d'Endeavor avec qui il commença immédiatement à discuter, et les trois adultes sortirent finalement. Touya s'allongea à nouveau dans ses draps, contre sa mère qui lui caressait tendrement les cheveux. Il inspira un grand coup ; Aizawa avait raison, ils avaient vraiment besoin de se parler.
... J'ai pour projet d'ouvrir une cellule de soutien psychologique, si jamais vous êtes intéressé.e.s /pan
En vrai, j'espère que le chapitre ne vous a pas trop mis mal et qu'il vous a plu malgré le drama x) Je bosse actuellement le chapitre 11, qui devrait arriver dans moins de deux semaines si tout va bien x3 Rassurez-vous, il sera bien plus détente et fluff que les chapitres précédents ! Je vous dis à la prochaine ^^
Des bisous,
Zodiaaque.
