Je dédis ce chapitre à Snoopgol.

Je n'ai pas d'autre mots plus sincères que Merci et Pardon.


Chapitre 8 : Entre Espoir et Folie

Trois ans plus tard…

A l'instar de celui de Voldemort, le nom d'Hermione Black était devenu tabou, presque interdit. Surtout devant le chef des Aurors, Harry Potter. Rongé par la culpabilité et la haine de lui-même, pas un jour ne passait sans qu'il ne cherche le plus infime et insignifiant détail quant à la disparition de celle qu'il considérait toujours comme sa sœur, si ce n'est plus. Cette obsession avait détruit pas mal de choses dans sa vie, dont sa relation avec Ginny Weasley. A contre cœur, cette dernière n'avait eu d'autre choix que de mettre fin à leur histoire tant l'atmosphère entre eux était devenue froide et dénuée de sentiments autre que ceux se rapportant à la recherche d'Hermione, aussi aimée soit elle. Accusant le coup, Harry lui avait certifié comprendre sa décision et avait quitté leur domicile sans faire d'histoire. Il ne savait que trop bien les conséquences de la colère mal placée…

Dire qu'Harry était fatigué s'apparentait à un euphémisme tant ces derniers mois avaient été rudes et particulièrement frustrant. C'était la sixième famille de Moldu sauvagement assassinée depuis de le début de l'année et il ne savait plus quoi faire, au grand dam de ses équipes ne demandant qu'à arrêter les fautifs. Toutes les pistes qu'ils avaient suivies les menaient au même point : l'incompréhension. Il n'y avait aucun lien, aucune similitude entre les différentes familles assassinées si ce n'était leur statut de moldus. Découvrir l'identité des futures victimes s'avéraient donc particulièrement compliqué, voire impossible. Sans réel mode opératoire, les options étaient bien trop nombreuses pour ne serait-ce qu'envisager un suspect.

Le dernier massacre, car il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce que les Aurors avaient découverts sur place, remontait à cinq jours à peine. Les premiers sur les lieux avaient été Sirius et son père, ce dernier ayant été particulièrement touché par la scène macabre sous ses yeux. Un bébé. Les monstres avaient tué un bébé dans son berceau, son doudou encore accroché dans ses petites mains potelées et sans défenses. Un bébé du même âge que Calista, la très jeune petite fille de James et Lily Potter.

Penser à sa petite sœur tira un sourire sur les lèvres d'Harry. Elle était un véritable rayon de soleil dans leurs vies. Lily avait annoncé sa grossesse lors du Noël suivant la disparition d'He…de sa disparition. Tout le monde était si heureux, surtout James, que chaque personne présente ce soir avait oublié ne serait-ce qu'un court instant la tristesse habitant leurs cœurs. Calista est née le dix-neuf septembre de l'année suivante, partageant ainsi sa date d'anniversaire avec sa marraine. En espérant qu'elle puisse la rencontrer un jour…

Reportant son attention sur le dossier criminel, Harry se dit que cette dernière affaire détenait toutefois un côté positif. Sirius avait trouvé une survivante, celle-ci respirant à peine lorsqu'elle fut transportée d'urgence à Ste Mangouste dans le secret le plus absolu. C'était une jeune femme d'une quinzaine d'années qui, ils l'apprirent un peu plus tard grâce aux journaux Moldus, n'avait aucun lien de sang avec la famille dans laquelle elle se trouvait ce soir-là. C'était la baby-sitter et ses parents la pleuraient désespérément, ignorant tout de l'endroit où elle se trouvait. Sirius avait farouchement insisté quant au fait qu'il était cruel de la tenir ainsi éloigné de tous, mais Harry n'avait pas flanché face à ses regards noirs. Il ne pouvait pas.

Bonnie Jones, tel était son nom, détenait de potentielles informations quant aux meurtriers sévissant depuis des mois. Alors qu'importait qu'on le juge trop sévère ou complètement sans cœur, qu'importait sa mère le regardant de plus en plus souvent avec déception et pitié, ou encore que Sirius ne lui adressait plus la parole, Harry ne laisserait pas cette chance passer. Le problème majeur dans toute cette histoire était que la fille n'avait pas dit le moindre mot depuis son réveil, se contentant de les observer avec crainte et suspicion. Le fait qu'elle soit Moldu n'arrangeait rien à la situation, bien au contraire. En tant que chef des Aurors, Harry avait réussi à obtenir une dérogation quant à la non-divulgation du monde magique à une Moldu. Pour une fois, il avait été heureux d'avoir des relations haut placées au sein du Ministère.

Harry fut sorti de ses pensées par l'arrivée du Patronus de Remus.

De toute les personnes l'ayant surpris après sa disparition, ce dernier gagnait la compétition haut la main. Les premières semaines, l'homme avait été dévasté, son humeur se frayant difficilement un chemin entre apitoiement et tristesse. Plus d'une fois, lors des pleines lunes, il s'était attaqué à ses meilleurs amis avec férocité, son loup plus en colère que jamais. Il ne sortait plus, s'éloignant du monde et de tout ce qui lui rappelait la femme qu'il avait une seconde fois perdue. Ses rares apparitions n'avaient que pour seul but d'aller vérifier la petite flèche bleue de la boussole des Black, seule preuve qu'elle était toujours en vie malgré son absence insoutenable.

Et puis Lily avait annoncé sa grossesse.

Le jour suivant, sous les yeux ébahis des habitants du Square Grimmaurd, un Remus rasé de près et habillé dans de nouvelles robes de sorcier fit son apparition dans la cuisine à l'heure du petit-déjeuner. Lily en avait eu les larmes aux yeux tant la joie de revoir son ami avec un semblant de vie dans le regard fut grande. Chaque personne présente à ce moment-là se souvenait encore des mots prononcés avec ferveur par cet homme nouveau et sûr de lui.

« Elle est en vie. Le jour où elle reviendra, je ne veux pas qu'elle trouve un semblant d'être humain se morfondant de désespoir comme un animal blessé. J'ai attendu dix-sept ans avant de la revoir et j'attendrai tout aussi longtemps si cela me permettrait de ne serait-ce qu'entendre sa voix. Elle mérite le meilleur, et à l'heure d'aujourd'hui je suis loin de l'être. Elle nous a donné tellement de raisons d'être fier d'elle, à notre tour de lui en donner. Je vais me battre, jour après jour, pour tenter de devenir le compagnon qu'elle mérite d'avoir. Mais surtout, je vais combattre le mal de ce monde jusqu'à la racine pour que plus rien ni personne ne puisse l'arracher une énième fois loin de moi. Chaque Mangemort, chaque criminel, chaque danger, je vais les anéantir un par un pour qu'à son retour, elle soit enfin en sécurité. Pour qu'elle n'ait plus jamais à regarder derrière son épaule par peur de se faire attaquer par je ne sais quelle ordure. Sirius a tué Bellatrix, à moi de faire le reste. Et le jour de son retour, parce qu'elle reviendra sans aucun doute, nous serons heureux. Ensemble et heureux. »

Par la suite, Remus, James et Sirius devinrent des Aurors sous la direction d'Harry, ce dernier acceptant difficilement la place sous les yeux rieurs et fiers de son père. Et depuis ce jour, Remus tenait sa parole en arrêtant, un par un, les plus grands criminels que comptait le Monde Magique. Tout se déroulait parfaitement jusqu'aux premières attaques de Moldus. Cela rendait tout le monde un peu fou, et plus particulièrement Remus, lequel se voyait éloigner de la promesse qu'il s'était fait de débarrasser le mal avant son retour.

- Viens à Ste-Mangouste Harry, lui dit le Patronus. Je viens de finir de lire le compte rendu médical au sujet de Bonnie Jones. Il y a un élément étrange dont je voudrais te parler.

Le Patronus n'avais pas encore totalement disparu qu'Harry transplanait dans le couloir des Blessés Graves de Ste-Mangouste. Remus l'attendait, ses mains dans les poches et la posture défensive. Dans son uniforme d'Auror et les cheveux tirés en arrière, il était plus intimidant encore que Sirius, lequel jouissait pourtant d'une réputation particulièrement sombre tant ses nombreux coups de folies étaient spectaculaires. Mais Sirius ne riait plus depuis trois ans et Harry serait bien le dernier à le réprimander pour des actes qu'il serait prêt à faire lui-même. Seul son statut de chef des Aurors lui ordonnait de conserver un tant soit peu de self-control.

- Quel est le problème ?, demanda Harry sans détour.

- Selon le rapport médical, des premiers soins ont été fournis à Bonnie Jones avant notre arrivée.

- Il y aurait donc un autre témoin potentiel ?

- Peut-être, mais là n'est pas le plus surprenant. Les premiers soins étaient magiques Harry. On lui a fait boire une potion de régénération sanguine et une autre pour apaiser la douleur.

- Raison pour laquelle elle ne criait pas malgré l'étendue des blessures.

- Exactement, confirma Remus. Ne reste plus qu'à savoir qui et pourquoi. James a soulevé l'hypothèse quant à une forme particulièrement sadique de torture. La guérir au minimum afin de la garder en vie le plus longtemps possible, mais si tel était le cas, la potion antidouleur ne servait à rien. On ne peut pas égorger un bébé et vouloir ensuite apaiser la souffrance d'une adolescente. Ça n'a pas de sens.

- Je suis d'accord avec toi. Elle a parlé ?

- Toujours pas. Une idée ?

- Bien qu'illégal, je serais prêt à utiliser du Véritaserum ou la Légimencie sur elle si cela nous apportait un semblant de réponse, mais je n'ai pas envie qu'on nous enlève l'enquête suite à la plainte d'un médicomage. Alors je vais tenter une méthode plus…psychologique. Ne laisse personne entrer tant que je suis dans la chambre.

Un simple hochement de tête assura Harry du soutien de Remus. Depuis le début de l'enquête, seul Remus le soutenait dans chacune de ses décisions, appuyant ses idées envers et contre tous. Cette façon de faire avait créé deux « clans » au sein de leur famille. D'un côté, James et Sirius se voulant plus conciliant avec la victime et davantage présent sur le terrain. De l'autre, Harry et Remus plongés corps et âmes dans chaque dossier et prêt à tout pour obtenir les informations souhaitées. Certains évènements resteraient à jamais silencieux, accord tacite entre eux. Disons simplement qu'Harry ne voyait aucune objection quant à la présence parfois prononcée de Moony. Comme le disait si bien Dumbledore, quelques sacrifices sont nécessaires pour le plus grand bien.

La chambre de Bonnie Jones ressemblait à toutes les chambres d'hôpital. Blanche, impersonnelle et aseptisée. Emmitouflée dans sa couverture, laquelle avait été charmée pour conserver la chaleur, l'adolescente apparaissait particulièrement fragile. Sa peau blanche faisait ressortie la cicatrice descendant de sa tempe à la jonction de son cou. La Magie, aussi puissante soit-elle, ne pouvait pas tout guérir. Malgré sa respiration calme et régulière, Harry n'était pas dupe au point de croire qu'elle dormait réellement. Ses mains crispées et sa position trop figée en étaient les principaux indices.

- Bonjour Bonnie, commença-t-il d'un ton impersonnel. Voilà cinq jours que tu es ici, ne pipant mot et jouant la morte. Cinq jours depuis le massacre de la famille pour laquelle tu travaillais. Cela a du être une épreuve terrible, et crois-moi lorsque j'affirme connaitre le sens du mot douleur, mais cela n'empêche que ton mutisme se compare à de l'égoïsme.

Au fond de lui, Harry savait que ses mots étaient durs et injustes. Cependant, il fallait faire avancer les choses, quitte à la faire pleurer ou l'entendre hurler. Sa patience avait atteint la limite maximale et plus aucun retour en arrière n'était possible. Il ne ressortirait pas de cette pièce sans rien.

- D'autres familles sont mortes. Des parents, des enfants et des bébés. Egorgés dans leur lit, les traits du visage déformés par la peur et l'agonie. Et toi, qui est vivante et relativement en bonne santé, refuse de parler en sachant pertinemment que ces massacres vont continuer si personne n'arrête les responsables. Tu nous regarde comme des monstres, les yeux emplis de méfiance face à notre magie et notre médecine alors que tu n'en es même pas digne. A dire vrai, te laisser mourir aurait été du pareil au même. Peut-être même mieux, qui sait.

Les lèvres de Bonnie tremblaient et des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues. Harry s'excuserait plus tard, lorsqu'il aurait ses réponses. En attendant, il devait se dépêcher avant l'arrivée de son père et Sirius, lesquels n'hésiterait pas à le foutre dehors à coup de pieds aux fesses.

- Arriveras-tu à te regarder dans une glace en sachant que d'autres victimes seront bientôt dénombrées simplement parce tu as gardé le silence ? Tu ne risques absolument rien ici. Tout le monde te croit morte, même tes parents. Alors dis-moi Bonnie, qu'est-ce qui te retiens de parler ? La peur ? A moins que tu ne sois complice de ces œuvres macabres ?

Harry comprit qu'il avait réussi son coup au moment où Bonnie se recroquevilla avant d'éclater en sanglots. Son corps tremblait et le moniteur auquel elle était rattachée ne tarderait pas à attirer l'attention des médicomages, mais il s'en fichait royalement. Il n'était plus un garçon stupide manipulé par un vieux fou et prêt à se sacrifier pour le monde. Il n'avait plus envie d'être considéré comme gentil et droit dans ses chaussures. Il avait fait plus de mal qu'il ne voulait bien l'admettre et n'avait rien d'un héros. Sans Elle et Ron, il n'aurait même pas survécu à sa première année à Poudlard. Il était Harry James Potter, chef du Département des Aurors et la neige tomberait en Enfer avant qu'il n'abandonne cette affaire. Des pas pressés dans le couloir lui firent comprendre que Remus n'allait plus pouvoir retenir la porte bien longtemps.

- Il était démoniaque, souffla Bonnie d'une voix tremblante.

A la fois surpris et soulagé, Harry ne dit mot. Il ne voulait pas la couper dans son élan au risque de la faire taire à nouveau, et cette fois-ci définitivement. Sa méthode ne fonctionnerait pas une seconde fois.

- Il n'avait rien d'humain, reprit-elle faiblement. Ses yeux étaient jaunes et ses dents anormalement aiguisées. Je n'arriverais jamais à me défaire de l'image atroce du sourire qu'il me lança avant de se jeter contre moi. Sa force était incroyable et j'arrivais à peine à respirer sous son poids. Il avait une baguette magique et il a lancé des…des…

- Des sorts. Tu te rappelles de leurs noms ou de leur couleur ?

- Je…je crois qu'il a dit un truc comme « crucifier » mais je ne suis pas certaine. J'avais tellement mal que je voulais mourir, pleura Bonnie à chaudes larmes. A-après ça, i-il a dit quelque chose de bizarre…

- Quoi ?, insista Harry avec impatience. Qu'a-t-il dit Bonnie ?

- Que j'avais de la chance que ce ne soit pas la pleine Lune.

La réalisation frappa Harry une seconde avant que la porte de la chambre n'explose sous un Bombarda retissant de son cher parrain. Le souffle court, Sirius prit connaissance de la scène se déroulant devant lui. Bonnie était en pleurs, quoique dans un état stable, et son neveu souriait d'un air à la fois fou et absent. Par Merlin, il ne reconnaissait plus Harry depuis la disparation…de sa sœur. La culpabilité le rongeait à un point tel que James et Lily craignirent à un moment qu'il ne mette fin à ses jours. Tout le monde fut soulagé lorsqu'il entra à l'Académie des Aurors avant de déchanter face à son comportement toujours plus froid envers les criminels qu'il traquait. Et pas seulement les criminels d'ailleurs.

- Il se passe quoi ici ?, demanda Sirius d'un ton incertain.

- Bonnie s'est décidée à parler et nous connaissons désormais la nature du coupable.

- C'est-à-dire ?

- Un loup-garou.


Depuis la naissance de Calista, Lily passait de nombreuses après-midi chez Molly Weasley, laquelle se faisait un plaisir de l'accueillir. Comme à son habitude, la dernière des Potter s'amusait avec Victoire, leurs jeux consistant bien souvent à des ateliers peintures. Pour leur part, les deux mères de famille buvaient un verre de limonade dans le jardin tout en regardant les gnomes creuser des trous dans la pelouse, et cela au grand dam de la matriarche Weasley.

- Je ne sais plus quoi faire, soupira Lily d'un air las. J'ai déjà loupé toute l'enfance d'Harry, je ne veux pas en plus devenir une étrangère pour lui. Je sais qu'il se sent coupable et qu'il souhaite arranger les choses, mais j'ai honte d'avouer qu'il me fait parfois un peu peur.

- Je comprends ce que tu veux dire, répondit Molly. Je ne sais plus quoi faire moi-même avec Ginny. Depuis son départ pour les Harpies, je reçois à peine un hibou par mois et les jumeaux n'arrangent rien à la situation tant ils dénigrent Harry à chacune de ses visites. Nos enfants sont des idiot Lily.

- Si ce n'était que les enfants ! James et Sirius sont comme deux gamins ne supportant pas d'avoir tort. Je sais qu'Harry est très dur en ce qui concerne l'enquête sur les massacres de moldus, je lui ai moi-même fais la morale quant à la façon dont il traitait la jeune Bonnie. Mais je mentirais si j'affirmai ne pas être un tantinet d'accord avec lui. Bien que le monstre ayant fait ça s'en prenne pour l'instant à des moldus, rien n'indique qu'il ne voudra pas continuer son massacre dans le monde magique. Il faut l'attraper et Harry en détient les capacités. Nous n'avons pas gagné la Guerre en discutant mais en se battant, et je crois que James et Sirius devrait davantage s'en souvenir.

- Je suis d'accord avec toi, acquiesça Molly. D'ailleurs, tu as des nouvelles à propos de cette enquête ?

- Non, hélas. Je sais que James a été appelé ce matin au Département des Aurors, mais j'ignore pourquoi. J'espère qu'il ne s'agit pas d'un nouveau massacre…

Leur conversation fut interrompue par les rires des deux petites filles se dirigeant vers elle. Essoufflées et les joues rouges, elles étaient un véritable baume au cœur.

- Mamie, on peut aller dans la cabane dans les bois ?

- Je ne sais pas ma chérie, hésita Molly. Tu sais que je n'aime pas trop que vous y alliez sans un adulte.

- S'il te plait !, insista Victoire d'une moue boudeuse.

- Et si tu demandais à oncle Ron de vous y accompagner ?, proposa Lilly d'un sourire encourageant. Il est dans la cuisine en train de prendre son déjeuner et je suis certaine qu'il serait très content de venir avec vous.

- D'accord ! Viens Cali, on va voir tonton Ron !

Sous les rires des adultes, les deux petites filles partirent à la recherche dudit tonton Ron. Lily sentit son cœur se gonfler d'amour à la vue de son cher bébé vacillant sur ses petites jambes. A même pas deux ans, Calista se débrouillait déjà pas mal, et ce à la plus grande fierté de ses parents. A n'en pas douter, elle ferait bientôt des bêtises dignes des Maraudeurs l'entourant…

- Dis-moi Molly, reprit Lily d'un ton plus calme. Pourquoi ne veux-tu pas qu'elles aillent seule à la cabane ? C'est dangereux ?

- Non, pas du tout ! C'est juste que cette cabane ne se situe pas sur les terres Weasley. De ce fait, si elles se font mal en tombant par exemple, les protections de la maison ne m'avertiraient pas. Je n'ai simplement pas envie que ces petites puces pleurent durant des heures en ne nous voyant pas arriver si elles se font mal.


Ronald Weasley était un bon oncle. Peut-être même un peu trop si on considérait son acceptation à porter une couronne de marguerite. Si ses frères l'apprenaient, il ne donnait pas cher de sa peau, même si au fond cela ne le dérangeait pas vraiment.

Depuis sa disparition, Ron se sentait plus seul que jamais. A la surprise générale, il n'avait pas suivi Harry dans sa formation d'Auror, les atrocités de la guerre et la chasse aux Horcruxes l'ayant démoralisé de tout combat. Ce fut malheureusement à partir de ce moment là qu'il perdit son meilleur ami. Certes ils étaient toujours heureux de se voir, mais ce n'était plus comme avant. Harry n'était plus comme avant. Ron souhaitait le retour de sa meilleure amie avec ferveur, mais contrairement à la plupart, son but était un peu plus égoïste. Il voulait la reconstruction du Trio d'Or, ses meilleurs amis et la possibilité de partager une partie d'échec sorcier avec Harry sans que celui-ci ne quitte subitement le jeu par colère. Il voulait que tout redevienne comme avant.

- Tonton Ron !, cria Victoire. Viens nous aider à monter !

- J'arrive !, répondit l'intéressé en souriant.

Il ne fit que quelques pas en direction des fillettes avant que son instinct ne se mette en marche. Un frisson remonta son échine et il sortit brusquement sa baguette de sa poche sous les regards étonnés des enfants. Son regard scruta les alentours sans rien capter, mais Ron n'était pas dupe. Quelqu'un, ou quelque chose, se cachait dans les arbres. Dans d'autres circonstances, il se serait farouchement battu sans penser aux conséquences, mais aujourd'hui était différent. Victoire et Calista se trouvaient derrière lui et leur sécurité était sa priorité. S'en réfléchir davantage, il courut auprès des petites filles, les attrapa par la main et décida de transplanner au Terrier. Mais la précipitation régule nos actions d'une façon chaotique et nous fait faire des erreurs.

Celle de Ron, une qu'il mettrait longtemps à se pardonner, fut d'avoir mal empoigné Calista et de réaliser, bien trop tard, qu'il transplana sans elle.


L'apparition fit sursauter Lily et Molly qui accoururent toutefois dès qu'elles prirent connaissance de la scène sous leurs yeux. La première chose que réalisa Lily fut l'absence de Calista et le visage paniqué de Ronald, ce dernier la fixant d'un air malade.

- Où est ma fille ?, demanda-t-elle d'une voix tremblante. Où est-elle Ronald !?

- Sa main a glissé de la mienne au moment où j'ai transplané, chuchota-t-il. J'y retourne tout de suite !

Il voulut transplanner de nouveau près de la cabane, mais rien ne se passa. Il essaya encore et encore, mais il ressentait une sorte de blocage, comme si une force inconnue l'empêcher de se rendre à l'endroit souhaité.

- Un sort anti-transplannage, murmura Molly d'un air paniqué. Il faut aller la chercher, vite !

Ron et Lily se mirent à courir comme jamais auparavant, des dizaines de pensées traversant leurs esprits durant le trajet les menant jusqu'à la cabane. L'un se fustigeait quand l'autre priait tous les Dieux afin de retrouver sa fille saine et sauve. Il leur fallut presque dix minutes pour atteindre leur destination à bout de souffle.

Dix minutes de trop.

Lily hurla le prénom de Calista un nombre incalculable de fois avant que Ronald ne la prenne dans ses bras après avoir envoyé son Patronus à James et Harry. Elle se débattit, les larmes roulant sur ses joues et les traits déformés par le chagrin, mais rien ne pourrait apaiser son cœur.

Parce que Calista avait disparue.


La rage de James était à son comble.

Lorsque le Patronus de Ronald s'était matérialisé devant lui en pleine réunion d'Aurors, expliquant la disparition de sa fille, il crut devenir fou. Un simple regard en direction de son fils lui fit comprendre qu'il n'était pas le seul. Harry aboya des ordres, ordonnant que tous les Aurors disponibles se rendent au Terrier afin d'analyser la situation.

En arrivant sur les lieux, la première chose qu'il vit fut sa femme inconsolable dans les bras d'une Molly tout aussi abattue. A leur côté, un Ronald Weasley tremblant et demandant pardon discutait avec Sirius des derniers évènements. Il entendit dans un état second ce qu'il s'était passé. La visite dans la cabane. L'impression d'être épié. Le transplannage. La main de Calista s'échappant de sa poigne. James ne ressentait aucune colère envers le rouquin, comprenant qu'il avait fait de son mieux pour la protéger.

Près de la cabane, les Aurors remarquèrent plusieurs empreintes de pas et de longues traces dans la terre, comme si quelqu'un y avait été trainé. Calista étant trop petite pour laisser de telles marques, James comprit que le ravisseur n'était pas seul.

- Il y a un truc qui cloche, s'exclama Harry d'une voix froide. Les empreintes ne vont pas dans le même sens, un peu comme si les deux personnes souhaitaient se rendre dans des directions opposées. Et regardez autour de vous. Il y a des impacts de sorts sur les arbres. Ils se sont battus.

Tout en réalisant l'exactitude des conclusions de son fils, James se demanda ce que tout cela signifiait. Les ravisseurs s'étaient-ils battus entre eux ou quelqu'un s'en était-il pris au kidnappeur de sa fille ? Soudain las, James se laissa tomber au sol et ferma les yeux pour s'empêcher de pleurer. En les rouvrant, il remarqua la posture figé et tendu de Remus, lequel observait un arbre particulièrement abîmé par des sorts et ce qui semblait être une collision avec un corps étranger.

- Remus ?, questionna Sirius ayant suivi le regard de son ami.

- Je connais cette odeur, cracha l'intéressé.

- Quoi ?

- Le sang sur cet arbre à la même odeur que celle de l'homme m'ayant mordu.

- Tu es en train de dire…

- Greyback était là.


Recroquevillée dans son lit, Bonnie réfléchissait aux évènements des derniers jours.

Découvrir que la magie existe avait été un moment à la fois spectaculaire et terrifiant dans le sens où sa première rencontre avec un « sorcier » remontait au jour de l'attaque. Jamais encore elle n'avait eu aussi peur. Comme beaucoup, elle se disait toujours que ce genre de chose n'arrive qu'aux autres ou dans les films. Grossière erreur.

Mais s'il fallait être totalement honnête, c'était sa houleuse conversation avec l'Auror Potter qui la mettait dans tous ses états. Depuis sa venue le matin même, Bonnie ne cessait de repenser à l'attaque. Elle était certaine d'avoir oublié quelque chose d'importante sans savoir mettre le doigt dessus. L'Auror Potter avait eu raison en parlant de son égoïsme et imaginer la vision du bébé sans vie qu'elle gardait la rendait malade. Plus que jamais, la jeune femme voulait aider.

Comme toutes les nuits, Bonnie avait rêvé de son agression. Cependant, au lieu de se réveiller au moment où son agresseur sautait sur elle, elle entendit un craquement sourd avant que son bourreau ne valse dans l'autre coin de la pièce. Quoi que flou, elle se souvint d'avoir entendu plusieurs voix autres que celle du meurtrier. Des sorts de toutes les couleurs furent jetés et les nouveaux venus semblèrent gagner le combat. Il y eut un silence assourdissant durant une paire de seconde avant que des mains froides ne lui soulèvent la tête pour lui faire boire différents liquide au gout âcre et amer. Tout de suite après, la douleur diminua jusqu'à disparaitre complètement et elle fut reposée délicatement sur le sol. La dernière image qu'elle capta fut les visages de ses sauveurs, si semblables et à la fois totalement différents l'un de l'autre.

Prise d'un soudain accès de courage, Bonnie appuya sur le bouton servant à appeler les infirmières. Lorsque l'une d'entre elle fit son apparition dans sa chambre en lui demandant ce qu'elle désirait, l'adolescente hésita une brève seconde avant de lui répondre.

- Je voudrais voir l'Auror Potter.


En colère et la peur lui empoignant le ventre, Harry ne faillit pas répondre présent à la demande de Bonnie Jones. Toutefois, il ne pouvait se permettre de bâcler son travail au point de ralentir l'enquête des meurtres de Moldus. Etonnamment, ce fut Sirius qui l'accompagna et non Remus, lequel préférait restait sur les terres entourant le Terrier afin d'essayer d'y dénicher d'autres indices quant à la disparition de Calista. Si on ne la retrouvait pas…

- Je suis désolé Harry, s'exclama subitement Sirius. Peut-être que si je t'avais écouté et suivi tes méthodes nous n'en serions pas là.

- Crois-moi Sirius, le contredit Harry. Si tous les Aurors suivaient certaines des méthodes que j'ai envisagées, nous finirions tous à Azkaban. Et puis rien ne nous dit qu'il y ait un lien entre les attaques et la disparition de ma sœur.

- Tu n'y crois pas toi-même, soupira son parrain.

Ils arrivèrent à Ste Mangouste et se dirigèrent automatiquement vers la chambre de Bonnie Jones, laquelle les attendait de pieds fermes. Harry parla en premier

- Vous vouliez me voir ?

- Oui, acquiesça Bonnie. Depuis mon arrivée à l'hôpital, je rêve chaque nuit de ce qu'il s'est passé et je me suis souvenue de quelque chose de très important. Deux personnes sont intervenues pour éloigner mon agresseur.

- Deux ?, s'étonna Sirius. Et tu te souviens de leurs visages ?

- Non, pas vraiment.

Harry écouta calmement les propos de Bonnie et se dit qu'il était tout bonnement impossible d'en rester là, surtout s'il y avait une quelconque possibilité de lien entre l'attaque de la jeune femme et l'enlèvement de sa petite sœur. Il fallait agir et aux diables les règles !

- Ma petite sœur vient d'être enlevée, annonça Harry de but en blanc. Nous pensons qu'il pourrait y avoir un lien avec l'enquête en cours. Alors je vais être franc avec toi Bonnie. Il existe un sort grâce auquel je pourrais entrer dans ton esprit et voir avec exactitude ce qu'il s'est passé le soir de ton agression. Me donnes-tu l'autorisation de le faire ?

- Ça va faire mal ?

- Etant donné que tu es une personne sans pouvoir magique, non. Il n'y aura aucune résistance au sein de ton esprit donc tu ne sentiras rien.

- Alors c'est d'accord, répondit l'intéressée d'une voix forte. Faites-le

- Legilimens !


La scène se déroulant sous les yeux d'Harry ressemblait douloureusement à celle de ses parents tentant de le sauver par tous les moyens lorsque Voldemort était venu les attaquer. Un homme et une femme, les parents du bébé que Bonnie tenait fermement dans ses bras, hurlèrent à cette dernière de s'enfuir tandis que plusieurs sorciers entraient chez eux, les baguettes brandies et des sourires cruels aux lèvres. A leur tête, sans réel surprise, Fenrir Greyback. Il n'y avait désormais plus de doute possible quant à l'implication de ce monstre dans l'enlèvement de Calista.

Les images suivantes furent quelques peu floues, cela étant certainement du à l'état semi comatique de Bonnie qui, bien qu'ayant les yeux ouverts durant la séance de torture dont elle était l'unique cible, ne détenait plus la force suffisante pour voir avec exactitude ce qu'il se passait autour d'elle. Mais bien que dans une sorte de brouillard, Harry vit clairement Greyback se faire projeter à l'autre bout de la pièce avant d'atterrir sur la cheminée dans un craquement écœurant. Lâches qu'ils étaient, ses compagnons l'abandonnèrent sans se retourner, comme s'ils savaient d'avance ce qu'ils les attendaient s'ils restaient sur les lieux. Au même moment, un homme s'accroupit près de Bonnie tout en parlant d'une voix calme à la personne l'accompagnant. Harry capta les mots « survivre » et « Crucio » avant que l'inconnu ne sorte une fiole qu'il lui fit boire de force.

Harry n'eut pas le temps d'analyser davantage les visages inconnus que Greyback se releva dans un cri de rage, ce qui ne déstabilisa visiblement pas les nouveaux venus. L'homme resta aux côtés de Bonnie tandis que la deuxième personne, visiblement une femme en fonction de sa tenue, se dressait face à l'ennemi sans la plus infime once de peur. Les sorts fusèrent à une vitesse hallucinante, la plupart provenant de la baguette de Greyback, son adversaire les déviant avec une facilité déconcertante. Enfin, le loup-garou fut réduit au silence par un sortilège particulièrement puissant qu'Harry ne connaissait pas. Du sang gicla sur les murs et Greyback sembla sur le point de s'évanouir de douleur. Malheureusement, ce dernier eut la présence d'esprit de transplanner avant que son adversaire ne puisse définitivement le faire taire. La jeune femme ne semblait pas s'en soucier le moins du monde, fixant l'emplacement désormais vide d'un air absent. A sa place, Harry fulminerait et crierait de rage d'avoir laissé échapper un tel monstre.

D'une démarche lente et assurée, elle s'accroupit à son tour près de Bonnie, laquelle ne tarderait plus à s'endormir sous l'effet des potions qu'on venait de lui administrer. Prêt à devoir quitter l'esprit de Bonnie d'une seconde à l'autre, Harry capta une dernière image lui coupant le souffle. Et bien que sachant toute interaction impossible au beau milieu d'un souvenir, il tendit une main tremblante vers ce visage lui ayant tant manqué, un prénom sur le bout des lèvres. Il souhaita stupidement que le temps s'arrête, lui permettant de scruter encore et encore les détails de ce regard qu'il connaissait par cœur et hantant ses cauchemars les plus violents.

Et ce fut ainsi qu'après trois longues années de tristesse et de remords, grâce à un souvenir ne lui appartenant pas, qu'Harry Potter se permit de sourire avec toute la sincérité et le bonheur dont il était capable.

To be continued…


Que 2021 vous apporte le bonheur et la santé !

A très bientôt, je l'espère.