Merci pour vos reviews qui m'ont fait chaud au coeur pendant cette période hivernale ! J'espère que vous aimerez ce chapitre.
"Hey, Harry. Tu vas bien ?"
Harry sourit au grand rouquin qui vient s'installer en face de lui. Le pub est bondé entre midi et deux mais il a réussi à trouver une petite table à l'écart afin de pouvoir discuter tranquillement. Charlie déroule la longue écharpe en laine tricotée par Molly et dépose sur la table un dossier si épais que les élastiques qui le tiennent fermés commencent à craquer.
"Bouge pas, je vais nous commander à manger ! Fish and chips ?" dit Harry en se levant. Il se faufile entre les tables, évite de justesse une serveuse qui porte à bout de bras un plateau chargé d'assiettes sales.
Il sent le regard de Charlie sur sa nuque, insistant, chaud. Bien sûr, Charlie est au courant de la raison pour laquelle Harry l'a invité à déjeuner : Philippe Parkinson. Draco et lui pensent avoir trouvé un rituel qui pourrait dissocier la magie du bracelet de la magie de Philippe, mais c'est un rituel qui nécessite trois participants bien versés en artefacts de magie noire. Draco, bien sûr, est un candidat idéal : à seize ans il passait déjà le plus clair de son temps à bidouiller l'armoire à disparaître - certes, pour des prospects bien plus néfastes. Harry évidemment n'est pas en reste puisqu'il est briseur de sorts.
Lorsque la solution leur a été présentée Théo et Pansy se sont immédiatement portés volontaires pour participer au rituel de désunion, cependant après discussion il a été décidé de ne pas les inclure. Théo, bien que puissant magiquement, n'a pas l'habitude de concentrer sa magie dans un sortilège de groupe, quant à Pansy, Harry a eu peur qu'elle soit déconcentrée par la vue de son père souffrant au centre de leur cercle.
Lorsqu'il a fallu sélectionner un troisième membre, c'est Draco, à la surprise de Harry, qui a proposé Charlie, en raison de son expérience dans ce genre de cérémonies délicates.
Harry sursaute quand le serveur l'interpelle pour prendre sa commande. Deux minutes plus tard, il est de retour à la table avec dans ses mains deux bierraubeurre remplies à ras-bord.
"Alors Harry, j'ai parcouru tes notes et franchement si tu veux mon avis, ça ne va pas être simple du tout ce que vous prévoyez de faire. Mais c'est aussi la piste que j'aurais choisie. En revanche, il faudra bien maîtriser l'équilibre sur chaque branche du triangle, sinon vous courrez à la catastrophe." annonce Charlie, avant de prendre une longue gorgée de sa boisson. Il a un peu de mousse au coin des lèvres, qu'il retire du bout de la langue.
"Merci d'avoir pris le temps de lire le dossier, tu ne peux pas savoir à quel point ça nous est utile. Est-ce que tu as réfléchi à la possibilité que tu participes au rituel ?" lui demande Harry sans tourner autour du pot.
La serveuse arrive avec leurs plats fumants et Charlie se jette sur son poisson avec gusto, arrosant ses frites de vinaigre. "Ah, l'appétit Weasley" se dit Harry intérieurement en souriant.
Il croise le regard intense de Charlie à ce moment-là, puis détourne les yeux, gêné par l'échange qui lui semble plus intime qu'une simple rencontre entre amis ou collègues. Il occupe brièvement ses mains avec son repas, trempant un bout de poisson dans la sauce tartare.
"Concernant ma participation au rituel, bien sûr que tu peux compter sur moi. Et si possible, au vu de ce que tu décris dans les notes, mieux vaudrait le faire dès que possible, ce week-end par exemple."
"J'avais pensé à dimanche matin, au lever du soleil. Commencer le rituel un peu avant, quand il fait encore nuit, puis asséner le coup final quand les premiers rayons de soleil se portent sur le bracelet. Il y a, il me semble, chez les Parkinson, une véranda qui donne sur l'Est."
Charlie acquiesce d'un air impressionné. "On discute rarement boulot toi et moi, mais tu semble bien t'y connaître Potter… Je n'en doutais pas, évidemment. Et dis-moi, qui sera la troisième personne du rituel ? Pour l'instant c'est avec Ron et Hermione que tu as fait tes recherches non ?"
Harry passe une main dans ses cheveux en esquissant une grimace : "En fait, mon partenaire de recherche, c'est Draco. C'est lui qui participera au rituel avec nous. S'il te plaît Charlie, je sais que vous ne vous entendez pas mais on a vraiment besoin de toi. Si ça te gêne on essayera de trouver quelqu'un d'autre mais on est un peu limités en termes de temps…"
Charlie lève les mains en signe de capitulation, mais son visage est néanmoins un peu fermé. "Ok, ok, je vois. Envoie-moi des informations pour l'heure et le lieu exact, ok ?"
Puis, alors que son assiette n'est pas encore tout à fait vide, il se lève et ajoute : "Par contre je note qu'à choisir entre lui et moi… c'est encore une fois lui que tu aurais choisi."
"Ginny, tu peux venir s'il te plaît ? J'ai besoin que quelqu'un m'aide à enfiler la robe et la vendeuse m'a strictement interdit d'utiliser ma baguette. Comme si j'étais une espèce de nulle ne sachant pas me servir de ma magie pour des sortilèges basiques d'habillement."
Hermione marmonne dans sa cabine large de trois mètres - ce qu'il faut, apparemment, pour accueillir une mariée en détresse et trois robes meringue à froufrous.
Ginny se lève avec réluctance du canapé sur lequel elle sirote joyeusement du champagne avec Harry. Ce dernier, vêtu de bottes de combat en cuir noir, fait tâche contre le décor du magasin à base de moquette rose et fauteuils à paillettes.
Pansy quant à elle, consulte les robes disposées sur des rails à leur droite, tirant du bout de ses doigts parfaitement manucurés une jupe en tulle rose bonbon, un air de dégoût sur le visage.
Dans la cabine, Ginny annonce tout de suite la couleur à Hermione : "Mione, je sais qu'en tant que sorcières, les ajustements ne sont pas un souci, mais là c'est plutôt d'un bûcher dont on aurait besoin, il n'y a rien qui va !"
La future mariée tire le rideau pour se regarder dans le miroir en plein pied disposé dans la salle et ne peut s'empêcher de grimacer la seconde où son regard se pose sur l'atrocité qu'elle porte.
"Pansy, c'est plus possible là, tu n'aurais pas une autre option que ce magasin ?" demande Harry.
Pansy se retourne vers eux les bras croisés. "Le problème Potter, c'est que ta copine veut se marier dans moins de deux mois. Tu sais combien de temps mettent les retouches sur une robe de mariée digne de ce nom ? Pas deux mois !" finit-elle sur un ton agacé.
Hermione rentre à nouveau dans la cabine, dépitée, tandis que Ginny se met à tourner en rond dans la pièce, essayant de réfléchir à une solution.
"Et une couturière indépendante, qui n'aurait que cette robe à gérer ? Quitte à repartir sur la base d'une robe que Hermione a déjà portée et à la modifier pour en faire une robe de mariée ?"
"Ca t'arrive d'avoir de bonnes idées Weasley parfois, même s'il m'en coûte de l'admettre. Il va falloir que je contacte une de mes connaissances, je sais tout à fait qui pourrait nous aider…"
Puis en forçant la voix pour que Hermione puisse l'entendre : "Granger, tu as toujours la robe que tu as portée au bal pendant notre quatrième année à Poudlard ?"
Harry réplique avant que Hermione ne puisse répondre : "Tu parles, elle la sort régulièrement du placard pour l'admirer, en parlant de la belle époque. Ron en était dingue de cette robe."
"Harry !"
Hermione revient dans la pièce à nouveau vêtue de sa tenue habituelle, les joues un peu rouges.
"Franchement Pansy, tout sauf une robe à froufrous meringue s'il te plaît. Qui est cette connaissance qui pourrait nous aider ?"
"Astoria Greengrass, la petite soeur de Daphné, c'est une passionnée de couture. Et, si j'en crois les rumeurs, que je confirmerai quand j'arriverai à attraper cet abruti de Draco… Astoria est aussi la future Mrs Malfoy."
Son regard est dirigé droit non pas vers Hermione à qui elle s'adresse, mais vers Harry, qui laisse glisser sa flûte à terre de surprise.
A ce moment précis, tout vole en éclats : le verre, mais aussi ses certitudes.
"Quel bordel", pense Ginny en secouant la tête.
Il est 4h du matin quand ils arrivent au manoir Parkinson, trois bonnes heures avant le lever du soleil. Rose les attend avec une carafe de café bien chaud, l'air inquiet mais déterminé. Ils s'installent immédiatement dans la véranda, directement en face de la partie vitrée qui recouvre tout le flanc Est et la moitié du plafond de la spacieuse pièce.
Des bougies sont disposées tout autour d'eux pour leur permettre d'être éclairés tandis qu'ils disposent les différents éléments nécessaires au rituel sur le sol. Pansy les rejoint vers 5h et met la main à la pâte en dessinant un grand cercle de sel tout autour d'eux. Au milieu, un triangle équilatéral a été crayonné, suffisamment large pour pouvoir installer confortablement Philippe en son centre.
Ils prennent une heure pour relire silencieusement l'incantation, consistant en un morceau de parchemin pas plus long que quinze centimètres mais dont ils doivent mémoriser le contenu, à l'intonation près. Ce sortilège sera ensuite répété en boucle jusqu'à l'aube, tout en diffusant progressivement vers le bracelet un flux de magie de plus en plus puissant.
Harry, lui, connaît déjà les paroles sur le bout des doigts, et il ne peut s'empêcher d'être distrait quand Draco vient s'installer sur la place libre à côté de lui sur le sofa, ses notes à la main. Tandis que le blond lit ses papiers, profondément concentré, Harry se rappelle la discussion de la veille avec Pansy. Astoria. Il se souvient d'elle à Poudlard, grande, élégante, déjà si prête au rôle de petite bourgeoise malgré ses deux ans de moins. Il la visualise parfaitement aux côtés de Draco, froide et glaciale, l'incarnation de la femme Malfoy. Ou, semblerait-il, l'idée que lui se fait de la compagne idéale pour un Malfoy.
Harry parcourt du regard les longs doigts de Draco qui soulignent les mots au fur et à mesure de sa lecture, effleurant à peine le parchemin jauni. Ils sont si proches qu'il peut vaguement sentir son odeur corporelle, et il rougit en pensant qu'elle lui est déjà familière, depuis la nuit qu'ils ont passé ensemble.
Soudain, il sent une main froide se poser sur son épaule : Pansy. Elle a dans le regard comme une pointe de compassion, ce qui agace Harry qui se lève immédiatement, se mettant en position dans le cercle. Quelques minutes plus tard, Philippe, endormi, est placé au milieu du trio et le rituel commence enfin.
Le principe est simple à expliquer, cependant complexe dans la réalisation. L'incantation est répétée en boucle et en crescendo, jusqu'au lever du soleil, pendant que les participants dirigent un faisceau de magie de plus en plus conséquent vers le couple objet-personne à scinder. En revanche comme l'a précisé Charlie lors de leur déjeuner, en cas de déséquilibre entre les participants, la situation peut devenir catastrophique. Chaque impulsion, chaque élargissement de flux a été calculé en fonction des affinités magiques de chacun, du type de baguette.
Mais en voyant le visage figé de Pansy, fixé sur le corps pâle et amorphe de son père, en voyant les larmes brillant dans les yeux de sa mère, Harry sait que le jeu en vaut la chandelle. Et puis, il a entièrement confiance en leurs calculs, qu'ils ont pris le temps de revoir avec Charlie.
Une fois les bougies éteintes, le chant commence comme un murmure, presque inaudible. Sous leurs pieds nus, le bois du parquet massif se met à trembler doucement au rythme des vers. Le son monte graduellement, ainsi que les vibrations. Petit à petit, une fumée jaunâtre naît là où repose le bracelet maudit, visible uniquement par la lumière émise par les flux de magie qui illuminent la pièce.
Un rai de lumière relie Charlie à Draco, Draco à Harry et Harry à Charlie, dans un triangle parfait. Au centre, le bracelet grince et grogne tel une bête sauvage enfermée dans une cage. Continuellement, la mélodie se poursuit, de plus en plus imposante, jusqu'à ce que les trois voix se fassent entendre clairement, s'entremêlant dans un chassé-croisé rythmique de haut niveau.
Un moment de frayeur s'installe quand Charlie bute sur un mot et se désynchronise du groupe. Heureusement, la réaction du bracelet est rapidement contenue par Harry qui compense l'erreur en modulant le flux de manière à ce qu'ils soient à nouveau en harmonie. Draco sent néanmoins que plus ils versent de la magie, plus la connexion avec Charlie est compliquée, tandis que celle avec Harry est, au contraire, de plus en plus aisée.
Le chant monte et monte en spirale dans les hauts, les sorciers puisent dans leur puissance vocale et magique, jusqu'au moment où, les premières lueurs de l'aube apparaissent à l'horizon.
Soudainement, Draco sent quelque chose qui ne va pas à sa gauche. Le jet de magie qui flue entre Harry et lui prend une ampleur colossale, tandis que leur connexion avec Charlie s'amenuise. Il voit Harry jeter un œil paniqué aux runes dessinées dans le triangle, se demandant si leurs calculs sont corrects - trop tard.
Le bracelet profite de ce moment de faiblesse pour s'attaquer à celui qu'il considère comme le maillon faible du trio, la personne qui canalise le moins de magie depuis le déséquilibre survenu quelques instants plus tôt : Charlie.
Le rouquin tombe à genoux, bouche ouverte, yeux dans le vague, alors que le soleil commence à pénétrer dans la pièce. Draco entend Rose, la mère de Pansy, crier au fond de la pièce. Il tente de comprendre désespérément ce qui a bien pu déclencher ce déséquilibre, quand il voit entre Harry et lui, dissimulée au cœur du rayon, une fine corde dorée qui les relie.
"Impossible", pense Draco, les yeux écarquillés.
A ses côtés, dans un effort surhumain, Harry puise dans ses dernières ressources et dans le canal de magie avec Draco pour asséner un dernier coup au bracelet.
Le bracelet se fend alors en deux et tombe du poignet de Philippe, qui ouvre les yeux. Rose se précipite vers son époux, qui parvient à murmurer quelques mots pour la rassurer. Dans son coin du cercle, Charlie reprend conscience également, déboussolé : "Il s'est passé quoi exactement là ?"
Draco, lui, n'a qu'une idée en tête : Harry. Dès que le sort s'est estompé, il s'accroupit aux côtés du jeune sorcier vidé de ses forces, et conjure un morceau de chocolat.
"Ouvre la bouche, Potter. Juste un carré pour commencer, pour que tu reprennes des forces."
Harry, amorphe, ne réagit pas. Ses yeux se ferment progressivement.
"S'il te plaît Potter ne m'oblige pas à te faire manger de force." insiste Draco. Sa voix, néanmoins, est d'une tendresse inhabituelle.
"Qu'est-ce que tu fais Malfoy ? Qu'est-ce que tu as fait à Harry ? Lâche-le immédiatement !" hurle Charlie, qui comprend finalement que quelque chose ne va pas.
"Weasley, calme-toi." assène Pansy, tranchante. "Harry vient très probablement de te sauver la vie est il est sévèrement fatigué."
Cependant, Charlie n'en fait qu'à sa tête et s'intercale physiquement entre Harry et Draco : "Tu le touches Malfoy, tu es mort. Tu te rends compte qu'avec ta bêtise, avec tes calculs de merde, j'aurais pu crever ? Harry aurait pu mourir ! Je ne sais pas ce qu'il s'est passé là, mais plus jamais tu ne toucheras à mon copain. C'est clair ?"
"Ton copain ? Pardon ?" s'exclame Pansy indignée. Draco pose une main sur son bras, lui fait signe de rester calme.
"Viens Pansy, va t'occuper de ton père. Je vais contacter Granger et Weasley pour qu'ils récupèrent Harry."
Il ignore complètement Charlie qui continue à pester près de Harry, sa baguette dégainée, et se dirige vers la cheminée de la pièce adjacente pour appeler Hermione.
Dans sa tête, une foule d'images tournent en boucle : ses rêves, Harry allongé par terre, amorphe, Charlie qui crie qu'ils sont ensemble, le fil doré qui les unissait, sa peur de le perdre, encore. Alors qu'il ne l'a jamais vraiment eu pour lui.
Pour le moment, le plus important est que Harry soit en sécurité, et il sait que les deux personnes les plus à même de s'en assurer sont ses meilleurs amis. Dans son corps, le fil vibre au rythme des battements de son cœur, mais il ne sait pas dire si c'est le sien ou celui de Harry.
Un pas à la fois, Draco.
Inspire, expire.
On avance.
Dans la véranda, allongé sur le sol, Harry entend l'échange virulent comme s'il était derrière une vitre. Tout est flou, tout n'est que fatigue et ténèbres. Tout, sauf cette lumière dorée qui pulse au loin. Il tend la main pour l'attraper, tire et enroule une tentacule brillante autour de sa main, contre sa joue, tout près de lui.
Il s'endort.
Oui, Charlie est diabolique, on est d'accord... Ou juste un peu désespéré ? Quant à Draco, il va comprendre des choses dans le prochain chapitre...
