Titre : La pièce vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.

Mon petit blabla avant de commencer : hello, tout le monde, j'espère que vous passez de bonnes fêtes de fin d'année. Le mois a été profitable pour ma part puisque j'en ai profité pour avancer dans la correction des chapitres 10 à 14 (et ce fut une lourde tâche ^^;). Voilà donc le chapitre 10. j'espère qu'il vous plaira et merci à Musing-and-Music pour sa review ! Bonne lecture :)


Chapitre 10 : Debout les morts

Colt sut immédiatement que quelque chose n'allait pas au moment où elle prononça le nom de Thomas Remington.

Le visage de Breda se figea dans un masque d'impassibilité et cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : ce Remington était une figure haut placée, qu'il s'agisse du gouvernement, de l'opposition, ou même d'une organisation terroriste quelconque. Etant donné le quartier dans lequel cet homme habitait, Colt penchait davantage pour l'une de deux premières options.

"C'est une blague ? s'exclama Arthur avant que Breda ne le fasse taire d'un signe.

- Ce nom ne t'évoque rien ?"

Colt secoua la tête. Elle n'avait pas une bonne mémoire des noms. C'était un handicap considérable dans son travail, mais la réaction d'Arthur confirma ses soupçons : un membre haut-gradé de l'armée, avec une position importante.

Breda hocha la tête et se leva. Sous le regard perplexe de Colt, il ouvrit le placard sous l'évier dans lequel s'entassaient de vieux journaux divers, attendant d'être utilisés ou jetés, et se mit à fouiller dedans.

"Est-ce que c'est lui ? demanda-t-il en laissant tomber un exemplaire face à elle.

- Merde, laissa échapper Colt."

La raison pour laquelle ce visage lui était familier était simple : cet homme faisait partie du gouvernement. Colonel en charge de l'intérieur et du corps des armées, toujours dans le sillage de Mustang. Arthur lui lança un regard amusé. Colt aurait dû reconnaître ce nom immédiatement car aucun habitant d'Amestris, et surtout pas un militaire, ne l'ignorait.

"Alors que fait-on maintenant ? demanda-t-elle.

- J'aimerais bien vérifier l'adresse dans son dossier du personnel, marmonna Breda en se frottant le front.

- Et si ça correspond ?

- J'en sais rien. Il faut qu'on réfléchisse, qu'on mette tout ça à plat.

- Que vous réfléchissiez à quoi ? s'exclama Arthur. C'est précisément le genre de résultats que tu cherchais à obtenir.

- Pour autant, cela ne signifie pas nécessairement que Remington trempe dans des affaires douteuses.

- Alors quoi ?"

Arthur le regarda comme si une deuxième tête lui était poussée mais Colt secoua la tête : "On ne peut pas se présenter devant le président avec des hypothèses hasardeuses. Il a besoin de faits.

- J'ai été suivi et attaqué au milieu de la nuit. C'est un fait.

- Pour quelle raison ? demanda Breda.

- Pas pour mes beaux yeux, railla l'indic. C'est forcément en lien avec le fait qu'on ait, dans la même journée, interrogé tous les habitants de l'immeuble de Jeremiah.

- Il pourrait s'agir d'un membre de la pègre qui n'apprécie pas qu'on agisse comme ça dans son territoire, fit remarquer Breda.

- L'attaquant était militaire. Ou ex-militaire.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Son matériel, son style de combat... Je ne sais pas, Breda, s'exclama Arthur, je n'ai pas eu le temps de lui demander ses papiers, non plus. Mais aux dernières nouvelles, tu as confiance dans mon jugement et c'est la raison pour laquelle tu as recours à moi de temps en temps.

- Le...

- On a cru la voisine pour beaucoup moins que ça, pointa Colt."

Breda resta silencieux un instant, semblant jauger l'argument, mais acquiesça finalement : "Donc un militaire t'attaque dans la nuit. Seul le timing permet de relier ça à Jeremiah."

Arthur leva les yeux au ciel et marmonna quelque chose à propos de l'esprit borné des militaires qui arracha un sourire à Colt. Celle-ci reprit la suite des événements : le piège en terrasse, ses soupçons concernant un homme et la filature qui l'avait menée d'abord à un appartement, puis dans un quartier militaire. Breda se frotta le front un instant en silence tandis qu'Arthur s'impatientait de plus en plus : "Ne me dis pas que tous ces événements ne sont pas liés.

- Ils le sont, rétorqua Breda. Mais a-t-on pensé à l'éventualité que, dans le cadre de l'enquête, un soldat était posté devant l'immeuble, a remarqué votre petit manège à Breguet et toi et a décidé de te suivre ? qu'il aurait ensuite pu aller raconter tout cela à Remington ?"

Colt fronça les sourcils : elle n'y avait pas pensé jusqu'à présent mais l'hypothèse n'était pas dénuée de sens. Et même probable, si l'équipe en charge de l'enquête faisait son travail sérieusement. Néanmoins, son instinct penchait en faveur du premier scénario.

"Breguet n'a pas été suivi, fit-t-elle remarquer.

- Il était peut-être seul a dû faire un choix, comme hier. Ou peut-être que Breguet a réussi à semer celui qui le filait."

Arthur fit une grimace outrée mais ne protesta pas : "Dans tous les cas, une seule personne pourrait confirmer ou infirmer ces hypothèses : Mustang. Il doit bien pouvoir obtenir de son colonel s'il a mis en place cette surveillance ?"

Colt jeta un regard vers l'horloge. Il était presque sept heures du matin. Il s'agissait sans doute du meilleur moment pour solliciter un rendez-vous impromptu auprès du généralissime, avant que sa ribambelle de réunion ne commence. Breda dut arriver à la même conclusion car il hocha la tête : "Arthur, reste ici si tu veux. Colt et moi, on part au Quartier Général.

- La surveillance ?

- Breguet devra se passer de nous, répondit Breda avec un haussement d'épaule."

Le Quartier Général ne s'était pas encore totalement réveillé : peu de sons filtraient à travers les minces cloisons du passage dérobé et ils firent d'autant plus attention à camoufler le bruit de leurs pas pour ne pas se trahir. En revanche, Mustang était bien présent dans son bureau, en compagnie d'Hawkeye, et leurs traits tirés conduisirent Colt à se demander si les deux avaient passé la nuit à travailler. Après une fraction de seconde d'hésitation, Mustang les invita à s'asseoir et Breda se lança dans la synthèse de leurs dernières découvertes, tandis que l'arôme d'un café plus que bienvenu se répandait dans le bureau.

Colt attendait la réaction du généralissime avec impatience. Mais malheureusement pour elle, elle ne put que contempler l'air de concentration impassible de Mustang, coudes posés sur ses genoux et mains croisées devant son visage.

"On n'est encore certains de rien, conclut Breda, mais on espérait pouvoir obtenir de vous des nouvelles de l'enquête officielle du meurtre.

- Je peux obtenir le dossier de l'enquête, acquiesça Hawkeye. Mais je ne suis pas certaine que Remington ou le chef de l'équipe d'enquête ait détaché des effectifs pour la surveillance de l'immeuble. Pas pour ce cas.

- Pour autant, pourrait-il avoir des raisons officielles de faire suivre Arthur ?

- Il pourrait, répondit Mustang d'un ton circonspect. Mais cela reste difficile à prouver, à moins de lui demander directement. Et s'il trempe dans des affaires douteuses, ce n'est certainement pas la bonne stratégie à adopter.

- Vous pensez qu'il intervient en dehors du cadre officiel ?" demanda Colt.

Au fond d'elle, la soldate était convaincue que cette visite était suspecte, même si Remington n'avait pas donné l'impression de connaitre l'homme qui avait sonné à sa porte.

"Disons je ne serais pas surpris si c'était le cas. Haut-gradé, bien placé dans l'armée, et très opposé à toutes mes décisions.

- De là à être complice dans un détournement de train ?

- Plus rien ne m'étonne, à ce stade, répondit Mustang d'une voix amère."

Colt leva un sourcil, surprise par le fatalisme du président : celui-ci lui avait semblé être du genre idéaliste et optimiste, de ce qu'elle avait pu voir au travers de ses interventions publiques. Il fallait nécessairement l'être pour vouloir le poste de généralissime aussi jeune. Néanmoins, ce dernier ne s'expliqua pas davantage et ne sembla même pas remarquer son interrogation.

"En attendant, poursuivit Hawkeye, il faudrait poursuivre la piste concernant ces deux hommes qui ont suivis voire attaqué votre informateur. Essayer de trouver qui ils sont, ce qu'ils font et pourquoi.

- Impossible pour le moment, s'opposa Breda. On aurait besoin de tendre un nouveau piège à ces poursuivants, les suivre, voire en interroger un. Tant que Panaya n'est pas de retour, nous ne sommes pas suffisamment nombreux. Ou alors, ça nous forcerait à alléger considérablement la surveillance des Bradley."

Mustang secoua la tête : "Ce n'est pas envisageable. Mais Panaya ne devrait plus tarder : nous avons reçu un rapport préliminaire de Reynes.

- Déjà ? s'étonna Breda. On a reçu un télégramme d'elle hier et l'affaire n'était pas terminée.

- Reynes et elle ont été efficaces sur place, expliqua Mustang d'une voix sarcastique. Les voix dans le tunnel s'avèrent être un tour joué par des enfants du voisinage. Ils ont réussi à planquer une radio dans le souterrain et s'amusaient à passer divers message via un microphone en surface. Régulièrement, ils changeaient la radio d'endroit pour ne pas se faire prendre.

- Et personne avant de les avait surpris sur le chantier ? s'étonna Colt, un sourire fleurissant malgré elle sur ses lèvres.

- Apparemment, non."

Mustang secoua la tête, désabusé.

"J'hésite entre l'engueuler et ne pas en parler pour ne pas perdre plus de temps sur cette affaire.

- Le bon côté des choses c'est qu'il n'y a pas d'homonculus impliqué dans cette histoire, fit remarquer Breda. ça fait toujours ça de moins. Panaya devrait donc arriver ce soir ou demain matin. C'est une bonne nouvelle. On peut essayer de retrouver le suspect mais ça ne nous permettra pas d'avancer beaucoup plus : on sera dans l'incapacité de gérer la suite.

- Faites ce que vous pouvez pour le moment, répondit Mustang avec un hochement de tête soucieux. On verra ensuite. Des nouvelles des frères Elric ?"

Ce fut au tour de Breda de grimacer : "Oui et non : les frères Elric ont refait leur apparition. Après leur petite diversion il y a deux jours, pour se faufiler dans la maison, ils ont de nouveau fait leur apparition dans le quartier, sans toutefois rentrer chez les Bradley. Breguet est allé à leur rencontre pour essayer de comprendre ce qu'ils faisaient là mais ils avaient déjà mis les voiles. Ce matin ils étaient de retour, à bonne distance de la maison. On n'a pas eu le temps d'aller les interroger mais ils avaient l'air eux aussi de surveiller les Bradley.

- Intéressant, commenta Mustang, en haussant un sourcil. Est-ce qu'ils ne font plus confiance à la veuve Bradley ?

- ça ou ils préparent un coup dans le voisinage."

Colt fronça les sourcils, tandis que Breda sortait un carnet de sa veste pour y noter quelque chose. Une nouvelle habitude ?

Mais Mustang trancha : "On va partir du principe que cette surveillance nous arrange. Après tout, cela fait deux paires d'yeux supplémentaires braqués sur les Bradley. Pas besoin de s'en préoccuper davantage pour le moment. La priorité reste de retrouver ces hommes qui vous ont suivi, voir s'ils nous mènent vers d'autres personnes, d'autres lieux intéressants."

Breda hocha la tête et termina de noter. Colt n'avait jamais vu ce carnet, mais peut-être qu'il l'utilisait uniquement avec Mustang. Celui-ci ne sembla pas remarquer et continua : "De notre côté, on va garder un œil sur Remington et essayer d'en apprendre un peu plus. Mais cette petite fouine est déjà bien trop aux aguets. Si on se comporte différemment avec lui, il va le remarquer immédiatement."


Une mission facile, résolue en un claquement de doigts. Cela ne leur arrivait pas tous les jours et Panaya s'adossa avec satisfaction contre la fenêtre. Le rapport officiel - qui ne la mentionnait absolument pas - avait été rédigé conjointement avec Reynes, après avoir renvoyé chez eux parents et enfants. Factuel, logique et solide, le document final aurait pu servir de modèle à l'académie militaire et Reynes l'avait expédié via le courrier interne directement au bureau du généralissime. Le rapport officieux que Panaya destinait à Breda et Mustang, avait été lui rédigé une fois de retour à l'hôtel, avant qu'elle ne reparte dans le premier train en direction de la capitale, laissant derrière elle un Reynes quelque peu penaud.

Tout n'était pas de sa faute. Sa hiérarchie aurait dû lui affecter des hommes - militaires ou civils - pour mettre en place une surveillance digne de ce nom. Cela aurait permis de résoudre l'affaire sans la solliciter. Et à son humble avis, Reynes était encore un peu jeune pour ce genre de mission. Il sortait à peine de l'école de guerre, il n'avait pas les automatismes que quelques affectations préalables qui lui auraient inculqués - comme réclamer des ressources par exemple. Mais la jeune femme avait gardé ces réflexions pour elle : qui sait ce que le généralissime avait eu en tête en lui confiant cette affaire ? Une mise à l'épreuve pour écarter un officier dont la tête ne lui revenait pas, ou au contraire l'école à la dure ? Mieux valait ne pas spéculer sur les intentions des haut gradés. Elle laissait ça à Breda. Et puis, ce n'était pas réellement ses affaires. Alors Panaya s'était contenté d'une tape sur l'épaule et d'un "Vous ferez mieux la prochaine fois" d'encouragement avant de monter dans la voiture.

A travers la fenêtre, les terrils sombres de l'Est laissaient peu à peu la place à des prairies clairsemées d'arbustes lorsque le train commença à ralentir. Quelques protestations confuses s'élevèrent dans la voiture : le prochain arrêt n'était pas censé se faire avant quelques heures. Panaya se redressa dans son siège pour mieux tendre l'oreille vers la radio de bord qui resta silencieuse. Rapidement, le train fut à l'arrêt total. Panaya entendit la locomotive s'arrêter, laissant place à un silence inquiétant. Mais pas de coups de feu. C'était toujours ça.

L'inquiétude commençait à se répandre comme traînée de poudre parmi les passagers. Un brouhaha inquiet se faisait de plus en plus pressant, jusqu'à ce qu'un homme ne déclare d'un ton autoritaire : "Après ce qui s'est passé à Riverdale, nous ferions mieux de nous préparer au pire.

- Vous ne pensez pas que...

- Tout est possible, avec ce gouvernement d'incompétents, coupa l'inconnu.

- Et que voudriez-vous faire ?" demanda une femme, d'un ton tendu.

Ils étaient une dizaine de passagers dans le wagon et aucun d'entre eux ne le savait mais Panaya était la seule à avoir été formée au combat. Et même elle ne pourrait rien faire si un groupe séparatiste avait décidé de prendre contrôle du train. Du moins pas toute seule. Faute de mots de réconfort, Panaya choisit de se faire discrète. Il n'y avait qu'à espérer qu'il ne s'agisse pas d'un coup d'Azur.

La passagère qui avait pris la parole devait avoir une trentaine d'années tout au plus. Elle voyageait avec une petite fille - peut-être dix ans ? - visiblement inquiète et avait posé une main protectrice sur l'épaule de la fillette : "Rien ne sert de spéculer tant que nous n'avons pas de nouvelles. Vous ne faites que faire paniquer tout le monde."

Plusieurs voyageurs hochèrent la tête mais l'homme s'indigna et poursuivit. La conversation s'envenima lorsqu'il commença à vociférer des insultes envers cette dame et le gouvernement Mustang. D'autres passagers intervinrent dans la discussion tandis que Panaya soupirait : son équipe avait besoin d'elle. La surveillance des Bradley pouvait se poursuivre sans elle mais si d'autres missions avaient surgi alors ses coéquipiers devaient probablement être sous l'eau.

Deux hommes en étaient presque venus aux mains lorsque la radio de bord se mit à grésiller : "Mesdames et messieurs, notre train est arrêté en raison d'un incident sur les voies. Un obstacle non identifié ne nous permet pas de poursuivre notre trajet sans l'intervention d'une équipe technique. Un message radio a été transmis à la gare de Lior et des secours devraient arriver. Nous vous tiendrons informé des événements et nous excusons de la gêne occasionnée."

La voiture entière poussa un soupir de soulagement, accompagné pour quelques-uns, d'un regard noir en direction de l'homme qui avait suggéré un détournement de train. Panaya se laissa tomber avec lassitude contre la fenêtre : son équipe allait devoir l'attendre.


Les missions de surveillance étaient toujours ennuyeuses et Edward avait toujours fait son possible pour les éviter du temps où Mustang lui assignait régulièrement des tâches - deuxième raison pour laquelle il s'éclipsait si souvent, à la recherche de la pierre. Alphonse et lui s'étaient trouvés un emplacement à couvert qui leur assurait une vision parfaite sur le jardin des Bradley et évidemment, les hommes de Breda n'avaient pas manqué de les repérer - pas qu'ils se soient faits très discrets. Tant qu'ils n'avaient rien découvert d'étrange au sujet des Bradley, Edward avait préféré éviter l'armée et ils s'étaient cachés lorsqu'un des soldats en civil étaient venus les trouver la veille. Mais cette stratégie ne lui semblait pas tenable tant il ne se passait rien. Rien du tout. La folie n'était pas loin de le guetter.

Allongé dans l'heure, les jambes croisées, il regardait sans vraiment le voir, Selim colorier dans le séjour. La grande baie vitrée lui garantissait une vue imprenable sur le séjour des Bradley et lui permettait d'affirmer que cet enfant avait passé la matinée à jouer sagement avec ses petites voitures puis dessiner à grands coups de pastels.

"Petit déjeuner, annonça Alphonse en se posant dans l'herbe à côté de lui."

Edward répondit par un grognement et attrapa la brioche que lui tendait son cadet.

"Quoi de neuf ?

- Rien du tout. A part cet imbécile de soldat qui éprouve un besoin irrépressible d'inspecter le jardin toutes vingt minutes, marmonna Edward.

- Tu penses qu'il nous a vus ?

- S'il n'est pas aveugle, oui. Mais on avait décidé qu'on ne s'en préoccupait pas ?"

Alphonse hocha la tête et reporta son attention vers la maison.

"En tout cas, il y a eu du mouvement de l'autre côté : un type qu'on ne connait pas est sorti de la planque de l'autre côté.

- Celui d'hier soir ?

- Un autre."

Alors ils sont réellement inquiets, pour affecter autant de monde à une simple surveillance, en conclut Edward, tout en mâchonnant sa brioche.

"Les voisins ne se posent pas de question ?

- Pas vraiment, on est plutôt discrets la plupart du temps, répondit une voix féminine derrière eux."

Edward se redressa brusquement, manquant de cracher sa brioche dans le même temps, mais Alphonse était déjà en position défensive. La femme leva les mains en signe d'apaisement.

"Désolée, je ne voulais pas vous faire peur.

- Vous auriez pu éviter de surgir comme ça derrière nous, alors. Peut-être faire un peu plus de bruit, rétorqua Edward.

- Vous seriez partis."

Ce n'était pas faux.

"On prend des chemins détournés pour rejoindre la planque, on passe par des entrées moins visibles, pour ne pas se faire remarquer des voisins. Mais ils ont quand même compris qu'on était plusieurs là-dedans. Autre question que vous voudriez nous poser ?

- Vous êtes qui ?" demanda abruptement Edward.

Il connaissait son visage pour l'avoir vue avec Breda la nuit de l'incident mais elle ne s'était pas réellement présentée à cette occasion.

"Colt, Juliet, répondit la jeune femme avec un sourire qui semblait presque sincère."

Alphonse jeta à son frère un regard interrogateur concernant la marche à suivre mais Colt poursuivit tranquillement : "On voulait avoir une petite conversation avec vous pour comprendre ce que vous faisiez-là.

- Rien d'illégal, répondit prudemment Edward.

- Les Bradley ne risquent pas d'être de cet avis, si on leur pose la question. Atteinte à la vie privée.

- Vous êtes bien placés pour faire ce genre de réflexions. Vous attentez à leur vie privée depuis combien de temps ? Deux ans ?

- Nous avons nos raisons de le faire, même si vous n'avez pas caché votre désaccord avec nos méthodes, répondit Colt en secouant la tête. Et vous ? Je croyais que Mme Bradley n'était à vos yeux qu'une victime collatérale des homonculus. Un peu étrange de vous voir camper dans son jardin."

Edward détourna le regard, agacé. Il n'avait pas à se justifier à l'armée et surtout pas face à elle.

"Ecoutez, vous avez l'air très gentille mais on ne peut rien dire pour le moment, répondit à sa place Alphonse, avec un sourire d'excuse. On lui a promis cette nuit-là, de ne rien dire à l'armée. Vous comprenez ?

- Je comprends, mais le comportement des Bradley nous inquiète tout particulièrement. Et votre présence n'arrange rien, expliqua calmement Colt.

- On est pas là, pour créer des ennuis, au contraire !

- Et je dois vous croire sur parole ?

- On s'est battu pour ce pays, fit remarquer Alphonse. Ça doit compter pour quelque chose non ?

- C'est vrai, admit Colt, mais tout ce que vous ne nous dites pas peut potentiellement nuire à la sécurité des habitants. Vous pouvez comprendre notre point de vue ?

- Ecoutez, dès qu'on aura du concret, on hésitera pas à vous déballer les détails et vous laisser gérer tout ça, rétorqua Edward avec agacement. Y a pas de problème de notre côté. Mais pour l'instant, on a rien."

Colt le jaugea un instant du regard, comme si elle essayait de déterminer s'il lui disait ou non la vérité.

"Vous nous tiendriez au courant ?

- Tout dépend de ce qu'on trouve, tempéra Alphonse. Mais si on juge que c'est important, oui.

- Même les plus petits détails peuvent être importants.

- On sait, soupira Edward. On n'est pas non plus nés de la dernière pluie.

- Nii-san, lui chuchota Alphonse d'un ton désapprobateur.

- On peut vous laisser tranquille, déclara la soldate. Mais à une condition : vous avez un doute, vous venez nous voir. Est-ce que j'ai votre parole ?"

C'était sans doute mieux que les avoir sur le dos tous les jours.

"Vous l'avez. Tant que vous éviterez de surgir derrière nous, marmonna Edward."

La soldate leur adressa un dernier signe de tête avant de faire demi-tour mais Edward ne résista pas à la tentation de lui crier : "Et dites à votre collègue qu'il peut se détendre sur la surveillance du jardin. On va pas s'y jeter.

- Nii-san, lui reprocha doucement Alphonse. Arrête d'être aussi hostile avec eux.

- Pour faire quoi ? Leur adresser des compliments ? "Vous avez l'air très gentille" railla-t-il, avant de se laisser retomber dans l'herbe, laissant Alphonse s'empourprer et bafouiller dans son coin.

Plus ils passaient de temps face à cette fenêtre et plus Edward se disait que leur inquiétude n'était pas fondée. Ils n'assistaient à rien de plus que des scènes d'une vie quotidienne. A part un comportement anormalement calme et sage - Edward se souvenait avoir été beaucoup plus turbulent que ça au même âge - il n'y avait absolument rien d'étrange dans le comportement de Selim.


Mustang parvint à éviter Remington une bonne partie de la journée. Après les révélations de Breda et son équipe, il ne savait plus trop quoi penser du colonel et préférait ne pas croiser son chemin, le temps de digérer l'information. Et mieux valait éviter tout comportement inhabituel autour de lui. Toutefois, il était obligé de lui faire face lors de leur point hebdomadaire avec Ross et Broche, chose dont Roy n'avait pas hâte. Heureusement, pour lui, le colonel Remington manqua d'être en retard. Il lui adressa un geste d'excuse et s'assit avec précipitation sous le regard inquisiteur de Roy, tandis que les voix lointaines de Ross et Broche se faisaient entendre à travers le combiné.

"Major Ross, Lieutenant Broche, salua Mustang. Ici le généralissime, le colonel Hawkeye et le colonel Remington. Nous vous écoutons. Pouvez-vous nous faire un bref état de la situation à West City ?

- Troublée, répondit Ross. Le Quartier Général de l'Ouest a su gérer l'afflux de blessés et mettre en œuvre les actions nécessaires pour stabiliser la situation et éviter des effondrements. Mais la population est choquée et a peur qu'un autre événement de ce type ne se reproduise bientôt. L'arrivée de renforts arrive à pic mais ils renforcent malgré eux la peur ambiante. Les soldats de l'Ouest sont eux aussi très choqués et affectés.

- Centrale n'y peut malheureusement rien, répondit Remington. La population civile devra apprendre à vivre avec cette peur jusqu'à ce que les coupables soient arrêtés. Et ce n'est pas réellement le point de notre réunion : avez-vous pu avancer sur votre enquête ?"

Il ne pouvait pas être sérieux. Roy échangea un regard interloqué avec Hawkeye. Son manque d'empathie était affligeant. Sans compter que Ross et Broche aussi avaient été pris au milieu de cette affaire. Eux aussi pouvaient être affectés par les événements. Néanmoins, Ross parut pas s'en formaliser : "Difficilement, mais nous avons pu continuer. L'explosion a mobilisé presque tout le quartier général. Néanmoins, nous avons pu retrouver l'équipe de maintenance en charge des équipements de télécommunication de West City. Cette équipe comporte huit hommes et femmes : cinq affectés à la ville et trois en charge des liaisons avec les autres villes.

- Donc il n'y avait que ces huit personnes, au courant de l'emplacement des postes de télécommunication ? demanda Hawkeye.

- Non, colonel. Il faut y ajouter les trois ingénieurs en charge de l'architecture des réseaux. Un total de onze personnes.

- Un nombre non négligeable, donc, fit remarquer Mustang."

En tout cas plus que ce qu'il n'aurait souhaité. Plus il y avait de personnes au courant et plus l'information aurait pu fuiter. Aussi efficaces soient-ils, Ross et Broche allaient en avoir pour un certain moment à passer au peigne fin les derniers agissements de ces onze soldats.

"Et les autres équipes de maintenance de la région ? fit remarquer Riza, en tapotant la table avec la mine de son crayon.

- Chaque équipe ne connait l'emplacement des commutateurs que de son propre secteur, pour des raisons de sécurité. Bien sûr, on peut toujours considérer comme suspects le personnel ayant changé de poste cette dernière année ou le personnel déchargé, admit Ross."

Auquel cas, la liste pourrait doubler ou tripler de taille, suivant les mouvements de cette garnison.

Mustang retint un soupir avant que Ross ne poursuive : "Nous travaillons à dresser cette liste en parallèle mais nous pensons avoir découvert une piste intéressante : les journaux de maintenance indique que ce central téléphonique a fait l'objet d'une visite de routine une semaine avant le détournement et aucune anomalie n'a été identifiée par le technicien. Nous l'avons interrogé un peu plus et il nous assure n'avoir relevé aucun signe d'effraction. En revanche, un mois avant cette visite, une des techniciennes de maintenance a été retrouvée morte sur une route de forêt. Le légiste a conclu à un accident.

- Quel est le rapport ? demanda Remington avec un dédain qui hérissa immédiatement Roy.

- Les postes au sein de l'équipe de maintenance sont tournants, expliqua Broche. Les techniciens sont grosso modo affectés un mois sur deux à la maintenance en ville et l'autre mois, sur la maintenance en dehors de la ville. Les plannings de maintenance préventive sont faits des mois à l'avance et avant sa mort, cette technicienne, le caporal-chef Ducretet, était en charge de réaliser la visite de notre centrale téléphonique.

- C'est une coïncidence malheureuse, mais je ne vois pas en quoi cette mort, opposa Remington, surtout si elle est accidentelle...

- Ce planning a-t-il pu être recopié par la technicienne et emporté ? coupa soudainement Hawkeye."

La pratique aurait été contre l'ensemble des règles de sécurité de l'armée : ces informations étaient confidentielles et l'entrée même dans les bureaux de la maintenance était, en principe, restreinte pour ne pas laisser le planning ou les plans des centrales à la portée de tous. Mais c'était un principe. L'application pouvait être toute autre.

"L'aveu a été difficile à obtenir mais une partie des membres de l'équipe nous a admis le faire : le planning les envoyait à des emplacements très éloignés les uns des autres et ne leur permettait pas toujours de repasser par le QG pour le consulter.

- Alors ils recopiaient leur liste de tournées pour ne pas perdre de temps et pouvoir tout faire, conclut Mustang. Et le caporal-chef Ducretet aurait pu le faire,

- Tous, de leur aveux. Mais aucune copie de son planning n'a été retrouvée sur le corps du caporal-chef Ducretet.

- Cela ne veut pas pour autant dire qu'on lui ait volé quoi que ce soit, répondit Remington en secouant la tête. Et même si c'était le cas. Admettons que Ducretet était en charge de la tournée de ce central téléphonique et avait recopié son planning pour l'emporter, il reste difficile d'imaginer qu'elle ait eu l'idiotie d'indiquer l'emplacement même des commutateurs sur sa copie. Je ne suis même pas sûr que ça soit indiqué sur le planning original. A partir de sa version, comment le coupable aurait-il pu obtenir l'emplacement de notre central téléphonique ? Et comment le coupable aurait-il pu savoir qu'elle était en charge de cette visite de maintenance ?

- Il n'aurait pas été difficile, d'un point de vue interne de découvrir le nom des membres de l'équipe de maintenance, fit remarquer Riza. Ce n'est un secret pour personne.

- Le coupable aurait pu avoir de la chance, oui. Mais l'emplacement des commutateurs ? Cette information est classifiée.

- Nous n'avons pas de réponse pour le moment, monsieur, admit Ross.

- A part son nom sur ce planning, continua le colonel, quel autre élément donne à penser que Ducretet a été prise pour cible ? Est-ce que le rapport du légiste indique quoi que soit ?

- Rien. Le caporal-chef a été retrouvée au fond d'un ravin, par des ouvriers qui se rendaient sur un nouveau site de construction. L'examen de la scène et du corps laissent penser qu'elle a glissé et s'est rompu le cou dans la chute.

- Alors nous n'avons aucune preuve concrète, conclut Remington. Uniquement une absence de preuve. Cela s'appelle de la spéculation."

Mustang soupira. Ce que Remington disait n'était pas faux. Mais il y avait une façon correcte de le dire et ce n'était certainement pas celle-là. Il ne voulait même pas savoir comment son colonel parlait à ses équipes.

"Vous avez raison, colonel", admit Roy à contrecœur avant de s'adresser à Ross et Broche : "Vous avez fait du bon travail en identifiant cette piste mais nous avons besoin d'autres éléments pour la conforter. Continuez sur cette lancée. Continuez à creuser comme vous le faites et n'hésitez pas à nous solliciter si vous avez du mal à obtenir certaines informations. Avez-vous d'autres informations à nous faire parvenir ?"

Aucune. Sa question sonna la fin du calvaire du duo qui s'empressa de raccrocher.

Mustang se tourna vers Remington : "Vous vous êtes comporté comme le dernier des connards.

- Je sais, admit Remington, sans se formaliser de l'insulte. Mais nous avons besoin de rigueur sur ce dossier. Ils avancent bien et je pense personnellement qu'ils sont sur la bonne piste. Mais sans rigueur et méthodologie, ils pourraient louper des éléments importants et s'égarer.

- Vous auriez pu leur faire comprendre autrement.

- J'aurais pu", répondit-il dans un ton laconique, avant d'ajouter dans un ton qui suggérait le contraire : "Mais je prends note de votre remarque, monsieur."

Mustang le fusilla du regard avant de décider que la confrontation n'en valait pas la peine et le congédia.

"Ça doit être un enfer de travailler pour lui, grommela Mustang. Comment font ses équipes ?

- Je ne suis pas certaine qu'il se comporte comme ça avec tout le monde.

- Vous l'avez déjà vu être aimable ?"

Hawkeye leva les yeux au ciel : "Je pense qu'il est hostile envers Ross et Broche, surtout parce que ce sont vos hommes.

- C'est ce qui s'appelle se comporter comme un connard", persista Roy, avant de se lever et faire quelques pas pour s'étirer.

Le beau temps donnait d'autant plus envie de sortir mais il n'osait imaginer quel sort lui réserverait Riza s'il se soustrayait à son devoir.

"S'ils ont raison, alors la piste interne se confirme davantage. Il aurait été beaucoup plus compliqué pour des personnes externes d'identifier les membres de la maintenance. Mais voler le planning original aurait sans doute été beaucoup plus facile.

- Si le moindre signe d'effraction avait été relevé ou suspecté, le planning aurait été modifié, fit remarquer Riza."

Roy s'arrêta : "Comment est-ce que vous savez ça ?

- Vous n'avez réellement jamais écouté Fuery parler des procédures de sécurité ?

- Qui l'écoute ?"

Hawkeye lui jeta un regard éloquent.

"En tout cas, ça confirme la piste interne : s'ils étaient au courant de cette procédure, alors les coupables ont volontairement ciblé Ducretet lorsqu'elle était hors de la ville.

- Ne reste plus qu'à espérer que Ross et Broche découvrent des preuves tangibles de tout ça, confirma Riza avec un hochement de tête."

Même s'ils découvraient des preuves tangibles, quelle était la probabilité qu'ils remontent jusqu'au tueur ? Si le coupable avait préparé aussi minutieusement le détournement du train, il aurait sans doute également pensé à couvrir ses traces. Mustang secoua la tête pour chasser ces idées et décida de se concentrer sur l'aspect positif de la situation : le tunnel n'était plus un sujet, les frères Elric étaient de nouveau présents sur le champ de bataille et Ross et Broche parvenaient à avancer sur ce terrain miné qu'était l'Ouest. Tout n'était pas noir, même si la conversation avec Breda trottait encore dans sa tête.

"Que va-t-on faire avec Remington ?

- Avec Remington ? répéta Hawkeye, surprise. Rien. Aucune preuve factuelle ne permet de le relier au meurtre du petit et encore moins au réseau qui commence à se dessiner dans l'Ouest.

- On n'a pas énormément de preuves non plus concernant West City.

- La mort de Ducretet aurait dû alerter, marmonna Roy en se pinçant l'arête du nez. Quel que soit le sujet, on a peu de branches auxquelles se raccrocher.

- Alors on ne change rien pour le moment, conclut Riza. Soit Breda arrive à relier de manière fiable Remington au petit et au train. Soit ça ne reste que des hypothèses. Et si Remington est effectivement impliqué là-dedans, le mieux est de ne pas bouger pour ne pas le faire paniquer."

Mustang lui lança un regard frustré. Ils risquaient de ne jamais avoir de preuves et Hawkeye le savait très bien.

"Mais quel est votre impression ?

- Qu'on va découvrir un beau tas de merde, quels que soient les coupables, répondit-elle en haussant les épaules. Evans nous rejoint dans deux minutes. Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour disserter sur nos options."

Et Audra n'avait pas chômé. Elle laissa tomber, plus qu'elle ne déposa sur la table, plusieurs épais dossiers répartis en deux tas.

"Le Sud ? Ou l'Ouest ? Vous avez une préférence concernant l'ordre ?"

Les nouvelles du Sud étaient globalement réjouissantes. Comme convenu, Audra et Remington avaient directement sollicité Ravier pour obtenir des nouvelles de la situation et le général avait paru apprécier l'initiative. Le compte-rendu qu'il leur avait fait parvenir était optimiste et les nouvelles rapportées par le réseau d'Evans semblaient aller dans le même sens.

"Je pense qu'on peut définitivement classer Ravier de votre côté de l'échiquier politique, conclut Audra."

Mustang hocha la tête : "Et l'Ouest ?

- Pas fameux, résuma Audra en leur tendant des copies. J'ai obtenu quelques retours de mes contacts sur place et la situation est compliquée. Beaucoup d'agitation, de tension ambiante, et une grande méfiance concernant la capacité de l'armée à faire face à cette situation sans démarrer un nouveau conflit armé.

- Même avec Cochrane à la tête des opérations ? s'étonna Mustang."

L'Ouest avait toujours souvenu Bradley. Qu'ils se méfient de lui ne l'étonnait pas outre mesure et ils avaient donc pris la décision de laisser Cochrane en tête de proue des actions anti-FLO : Cochrane dirigeait l'Ouest depuis une dizaine d'années. Il connaissait sa région et les habitants. Mais Evans secoua la tête : "L'Ouest croyait en l'existence d'une autorité centrale capable de gouverner d'une main ferme le pays. En piétinant Bradley comme vous l'avez fait peu de temps après votre arrivée au pouvoir, vous leur avez montré qu'ils n'avaient été que des imbéciles qui s'étaient laissés roulés par l'armée. Maintenant ils se méfient de l'armée de façon générale. Pas de vous spécifiquement.

- Alors on peut dire que je récolte que ce que je sème, commenta Mustang calmement.

- On peut."

Mustang fit la grimace : entre la population qui se méfiait des troupes de l'Ouest et les découvertes de Ross et Broche sur place, il n'était plus aussi confiant sur l'aspect positif de la situation.

"Que peut-on faire ?"

Ce fut au tour de l'ancienne journaliste de grimacer.

"Rattraper la situation dans l'Ouest va être compliqué, voire impossible : la population civile se méfie de l'armée et encore plus de vous. Ils vous voient globalement comme un jeune arriviste. Je ne suis pas certaine qu'un discours pourrait changer cela. Ce serait encore une opération de communication et l'Ouest a besoin de faits.

- Alors on attend que Cochrane attrape les coupables, même si ça pourrait prendre des années, et on ne fait rien ?

- Ce n'est pas non plus ce que j'ai dit, corrigea Evans. Je pense qu'une visite de votre part ferait du bien au moral des troupes, sur place.

- Vous avez encore parlé à Remington", fit remarquer Roy.

L'ancienne journaliste haussa les épaules : "Oui, mais au fond peu importe. Il n'a pas tort : les soldats ont été attaqués quasiment dans leur QG et ils déblaient les décombres depuis des jours pour retrouver les corps. Et si l'enquête se prolonge, ils vont devoir travailler dur encore longtemps avant de voir les premiers résultats. Vous avez mobilisé l'ensemble du corps des armées pour leur apporter de l'aide mais un déplacement à West City pourrait réellement leur remonter le moral en ces temps troublés. Ce serait aussi de l'occasion d'essayer de regagner leur confiance"

Mustang jeta un coup d'œil à Hawkeye : "Qu'en est-il de ce nous avions prévu ?

- Cela nécessiterait de décaler énormément de points mais vous êtes le généralissime : vos colonels et généraux attendront pour vous parler si vous le décidez."

Mustang pianota des doigts sur le bureau : après tout, la situation n'était pas alarmante à Centrale. Breda avait Selim sous contrôle, les frères Elric étaient de nouveau dans la bataille et le tunnel n'était plus un sujet. Par contre, l'état de l'Ouest était beaucoup plus préoccupant. Il acquiesça d'un geste de la tête : "Je vous laisse vous charger d'organiser tout ça ?"


Comme d'habitude, l'organisation et la préparation des déplacements échoyait à Riza, Ilse, la secrétaire du généralissime, et Audra elle-même. Même s'ils ne donnaient pas cette impression-là, les déplacements de dernière minute étaient un calvaire. D'abord parce que Mustang avait une dizaine de réunions prévues par jour qu'il fallait annuler ou re-planifier si c'était possible et ensuite parce que les généraux en région étaient tout aussi occupés. Hawkeye ouvrit à plat l'agenda de Mustang sur les deux prochaines semaines et l'ampleur de la tâche les assomma toutes les trois.

Evans était passablement agacée. Contre elle-même pour avoir proposé l'idée d'un déplacement dans l'Ouest, même si elle savait qu'il s'agissait de la bonne chose à faire, mais également contre Mustang pour une raison qu'elle n'arrivait pas réellement à préciser. L'idée ne venait pas de lui et il l'avait acceptée du bout des lèvres mais pour une raison qui lui échappait, la jeune femme avait dû faire un effort pour ne pas montrer son impatience envers lui, impatience qui commençait à se transformer en réelle colère. Elle avait besoin de prendre l'air.

"Je vous laisse démêler les réunions qu'il ne peut pas manquer des celles qui se passeront de lui ? suggéra Audra d'une voix lasse. Je vais informer Remington et voir si on ne peut pas obtenir de Cochrane des préférences sur des dates de déplacement. Entre ses contraintes et les nôtres, on devrait pouvoir arriver à dégager deux ou trois jours ?"

Riza acquiesça et fixa d'un air fatigué l'agenda posé devant elle. Leur retour s'avérerait sans doute pire, avec l'ensemble des réunions à rattraper mais Audra s'efforça de ne pas y penser. Elle s'éloigna d'un pas vif, pressée de se retrouver seule. Les couloirs étaient relativement calmes et ne fourmillaient plus de l'activité frénétique qui avait marqué la journée de l'attentat de West City ou même celle du détournement de Riverdale. Le Quartier Général était revenu à son rythme habituel. En ce début de soirée, l'atmosphère y était même paisible.

Sans grande surprise, Remington n'était pas dans son bureau. Son assistante l'informa qu'il serait de retour dans dix ou quinze minutes maximum et la journaliste en profita pour faire un crochet aux toilettes. Boire un peu, vérifier que rien n'était coincé entre ses dents et souffler un peu. Lorsqu'elle ressortit, elle aperçut Remington devant la salle de réunion au bout du couloir. L'officier était en pleine conversation houleuse avec un soldat qu'Audra ne reconnaissait pas. Etant donné le personnage, que Remington se montre désagréable avec ses collègues ne l'étonnait guère. En revanche, que son interlocuteur l'empêche de partir et lui agrippe l'avant-bras l'étonna davantage. Ce genre de familiarités n'était pas monnaie courante au sein de l'armée. Elle regarda l'homme lui chuchota quelque chose et lui plaquer une enveloppe A4 contre le torse avant de tourner les talons et s'éloigner. Enveloppe que Remington se hâta de faire disparaître dans son porte-document lorsqu'il croisa le regard d'Audra.

"Qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il sèchement.

- Vous tenir au courant des derniers développements, répondit-elle calmement, un sourcil haussé. Je peux repasser plus tard si le moment est mal choisi ?"

Remington fit un effort pour se calmer et soupira mais cette mimique ne fit qu'ajouter à l'énervement de la jeune femme.

"Venez.

- Avec plaisir, répondit la jeune femme avec sarcasme."

Du mépris, des ordres et surtout la manipulation. Tous ces petits jeux comme si elle n'était qu'un pion sur leur échiquier. Audra en avait assez.


Selim avait dû déployer des trésors de sang-froid pour ne pas trépigner d'impatience au fur et à mesure que la journée avançait. Il s'était même demandé ce que les frères Elric lui avaient fait pour avoir autant de mal à maîtriser son propre corps qui ne demandait qu'à sauter et courir - peut-être l'âge auquel il avait régressé ? Mais tant bien que mal, il était parvenu à se calmer pour éviter toute suspicion de la part de sa mère ou des deux équipes de surveillances à leurs fenêtres : les frères Elric ne s'étaient même pas donné la peine d'être discrets.

Ils s'étaient simplement installés sur la petite colline en face de leur jardin, sous le couvert des arbres. Un avertissement ? ou simplement de l'insouciance ? Peu importe. Le fait qu'ils ne se cachent ni d'eux ni de l'armée envoyait un message clair : ils n'avaient peur de personne et étaient prêts à les affronter. Tant d'arrogance avait hérissé Selim et il avait dû faire un effort pour détourner les yeux de leur campement et desserrer les poings : sa mère n'avait rien remarqué et il préférait que cela continue.

Seule l'assurance de leur rendre prochainement la monnaie de leur pièce lui avait permis de reporter son attention sur l'expérience qu'il menait avec le dénommé Breguet. La consigne était simple : à chaque fois que sa mère soupirait - ce qui arrivait souvent lorsque le petit garçon y mettait du sien - le soldat devait faire un tour dans le jardin. Ordre simple que Selim avait pu superviser encore plus simplement et jusque-là, l'expérience avait été concluante. Le militaire ne conservait aucun souvenir de l'ordre mais s'était plié à la consigne malgré tout. Cette action s'était fondue dans son comportement sans heurt et l'homonculus en avait été pour le moins satisfait. Mais l'expérience sur Breda l'intéressait d'autant plus et Selim attendait son retour avec impatience.

Malheureusement pour lui, depuis quelques jours, le rythme des gardes était de plus en plus imprévisible. D'après Breguet, les nombreuses tâches affectées par Mustang modifiaient sans cesse le planning des gardes et il était impossible désormais de prévoir les différentes rotations. Mais enfin, Breda ci arriva et releva son subordonné. Une petite voix dans sa tête lui demanda combien de temps Breguet garderait en tête son ordre : continuerait-il les rondes dans le jardin à sa prochaine garde ? Selim se nota mentalement de vérifier la prochaine fois puis dirigea son attention vers le subordonné de Mustang qui arrivait à point nommé. Il lui restait encore une heure avant que sa mère ne l'appelle pour dîner.

D'un pas calme, il se releva de la table basse et, son dessin à la main, se dirigea vers le bureau de Wrath. Il ne savait pas exactement ce que les frères Elric pouvaient voir de leur position, l'équipement qu'ils avaient à leur disposition dans l'éventualité où ils utiliseraient des jumelles, mieux valait ne pas aller dans sa chambre. Qui sait ce que les alchimistes déduiraient lorsque Breda le suivrait. En passant devant le soldat, Selim lui chuchota de le suivre. Il maîtrisait désormais ce pouvoir au point de ne plus avoir besoin d'hausser le ton. A peine plus qu'un murmure pour ne pas éveiller la suspicion de sa mère.

"Assieds-toi sur la chaise, Breda."

Le soldat s'exécuta sans opposer de résistance, ses mouvements vides d'intention évoquaient l'absence de vie d'un pantin.

"Quel était l'ordre que je t'ai donné la dernière fois que nous nous sommes parlés ?

- A chaque fois que Mustang évoquait la famille Bradley, je devais recopier dans mon carnet les mots exacts de Mustang, répondit docilement Breda, les yeux perdus dans le vague.

- As-tu pu remplir ta tâche ? demanda Selim, avec satisfaction.

- Oui.

- Donne-moi ton carnet."

Selim se saisit du carnet avec excitation. Deux fois. Sauf si Breda n'avait pas exécuté ses ordres, Mustang n'avait parlé d'eux que deux fois ces derniers jours. "Est-ce qu'ils ne font plus confiance à la veuve Bradley ?". "On va partir du principe que leur surveillance va dans notre sens et qu'il s'agit de paire d'yeux supplémentaires braqués sur les Bradley."

"Qui est ce "ils" ?

- Les frères Elric.

- Mustang est au courant que les frères sont sous nos fenêtres ? récapitula Selim. Mais il ne sait pas pourquoi ?"

Breda hocha faiblement la tête à chaque question mais Selim était déjà absorbé dans ses pensées. Cela ne pouvait signifier qu'une chose : après les événements de la nuit où il était tombé, les frères Elric n'étaient plus aussi proches de Mustang qu'ils avaient pu l'être par le passé, grâce à la prestation exceptionnelle de sa mère. Est-ce qu'ils se méfiaient désormais de l'armée ? Cela était presque trop beau pour être vrai et Selim s'exhorta au calme. Le rift entre les alchimistes d'acier et de flamme l'intéressait, représentait une opportunité dont il pouvait profiter mais il devait réfléchir à la façon dont il en tirerait profit.

"Est-ce que ton comportement a suscité des questions ?

- Pas à ma connaissance.

- Est-ce que quelqu'un a remarqué ton comportement ?

- Pas à ma connaissance.

- Bien, maintenant fais-moi ton rapport des événements depuis la dernière fois que nous avons discuté."

D'abord ce dénommé Arthur. Ensuite la filature jusqu'à la trahison potentielle de Remington. Et finalement, le tunnel de Lior. Le tunnel que Père voulait utiliser pour sacrifier ce pays entier. Le tunnel qu'il avait presque oublié. Énormément d'éléments qu'il pouvait utiliser à son avantage. Selim frissonna et sentit ses mains trembler d'excitation. Les pièces se déplaçaient lentement sur l'échiquier mais bientôt il aurait sa vengeance. Et jamais les frères Elric ou même Mustang ne verraient les choses venir.


La sonnerie du téléphone les surprit tous les deux alors qu'ils évaluaient la nouvelle proposition de Tzanck sur la réforme des hôpitaux civils et militaires.

"Communication de Ross et Broche, annonça Hawkeye."

Mustang attrapa le deuxième combiné, en fronçant les sourcils.

"Major Ross, monsieur, annonça une voix excitée.

- Je vous écoute, major. Qu'avez-vous découvert depuis ce matin ?

- Un homme mort.

- Pardon ?

- Nous avons continué à investiguer sur les membres de l'équipe de maintenance, actuels et anciens, et avons découvert qu'un ancien soldat a également été retrouvé sans vie à son domicile. Déchargé avec honneur après quatorze années de service dont trois dans l'équipe de maintenance. Peu de temps après la mort de Ducretet.

- Un ancien membre de la maintenance, répéta Mustang. A la même période ? Quel était la cause de la mort ?

- Braquage qui a mal tourné, d'après le rapport d'enquête : l'appartement a été retrouvé sans dessus dessous et l'ancien soldat, Brody, tabassé à mort."

Mustang jeta un regard à Hawkeye. Ils n'avaient aucune preuve mais tout coïncidait trop parfaitement. Elle hocha la tête : "Vous pensez que Brody aurait pu être interrogé au sujet des locaux de maintenance technique. Il aurait pu décoder le planning de Ducretet.

- Ce n'est pas impossible. Il a été retrouvé avec de nombreuses traces de blessures mais étant donné l'état de l'appartement, l'officier en charge de l'enquête a conclu à une effraction qui a mal tourné.

- Sans creuser plus que cela ? Ce type connaissait quand même des informations classifiées, fit remarquer Mustang.

- La maintenance n'était pas sa toute dernière affectation. Il a passé ses six derniers mois aux services financiers."

Cela expliquait pourquoi l'équipe d'investigation n'avait pas cherché plus loin, même si selon Mustang, ils avaient preuve d'une légèreté inexcusable. Hawkeye lui fit signe de laisser tomber mais un autre point l'interrogeait :

"Pourquoi est-ce que personne ne s'en est rendu compte avant ? Deux membres de la même équipe. Cela aurait dû éveiller des soupçons.

- La mort de Ducretet a été traitée comme un accident du travail tandis que celle de Brody est arrivée sur le bureau des équipes de criminalité, expliqua Ross. Deux équipes différentes...

- Et personne pour faire le lien entre les deux morts, compléta Mustang."

Ducretet aurait pu fournir la date et l'heure de la dernière visite de maintenance et ainsi indiquer une fenêtre d'action. Brody aurait pu fournir la localisation du central téléphonique. Ils manquaient encore sévèrement de preuves mais la coïncidence était beaucoup trop grande. Les attaques n'avaient pas été réalisées au hasard. Si Hawkeye avait vu juste, elles indiquaient même que les coupables avaient connaissance des procédures de sécurité internes.

"C'est du bon travail, finit par déclarer Mustang. Continuez comme cela. Je veux un rapport en béton. Un rapport que personne ne pourra remettre en cause ou enterrer."

à suivre...


Le titre est évidemment tiré du roman de Fred Vargas ! Tous mes titres viennent de livres / films d'horreur ou policier et je n'ai pas pu résister pour ce chapitre-là. J'espère qu'il vous a plu et que la description de l'organisation de la maintenance des centres téléphoniques ne vous a pas assommés. J'ai dû lutter pour ne pas ajouter davantage de détails (déformation professionnelle...) parce que ça n'aurait pas été fluide du tout dans ce contexte ^^;... En tout cas, j'adore écrire les scènes avec Ed et Al car les répliques d'Edward me glissent des mains (lorsqu'il se moque d'Alphonse x))

N'hésitez pas à me laisser une petite review pour me dire ce que vous avez pensé (en bien ou en mal) de ce chapitre !