Résumé des chapitres précédents:
*Akira et son collègue s'envolent vers New York en catastrophe après leur rencontre avec madame Karasuma afin d'assister au Gala. Durant le vol, le policier découvre un indice important pour démasquer Gin : il porterait un tatouage en Ouroburos au bras droit.
*À une autre époque, Gin, Vermouth, vodka et un haut dignitaire de la famille Karasuma se rendent aux locaux de Black Corp afin de faire signer à Hiamouth ( Vermouth déguisée en Hiata) et au représentant de la famille un contrat de session qui tourna à l'avantage de l'Organisation quand la mort de Hiata sera révélée.
— C'est quelle ligne, Akira ?
— Euhhh…
Elle tournait le plan dans tous les sens.
— C'est la ligne une. Oui c'est ça. Et après on s'arrête à la station WTC Cortland.
Ils sautèrent dans la rame, bondée, et s'accrochèrent pour le départ qui allait les mener à leur destination.
Après leur périple dans les boyaux de la ville, le mécanisme pneumatique provoqua l'ouverture des portes qui vomirent le trop plein de passager sur le quai de la station. Engoncés dans leurs costumes, Akira et son collègue pressaient le pas. Ils eurent tôt fait de ressortir à l'air libre, aux pieds de deux géants de verre, de béton et d'acier. Là où ils se trouvaient, les deux policiers ne pouvaient pas voir les constructions dans leur entièreté : il fallait lever la tête pour les parcourir de la base au sommet.
— C'est laquelle ?
— La tour Nord. Il faut qu'on marche encore un peu.
Il sortit son paquet, fit dépasser une cigarette qu'il attrapa au bout des lèvres, puis l'alluma. Akira allait encore lui faire des remontrances.
— C'est la dernière. Fiche-moi la paix.
— Après t'arrêtes ?
— C'est la dernière du paquet.
Il cracha la fumée sur sa gauche pour ne pas gêner Akira.
— Je le sens pas trop. Avoua-t-il.
— De quoi ?
— Tout ça… Je sens que quelque chose nous échappe. Quelque chose d'important. Et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.
— Tu es fatigué. Ils ne vont pas nous tirer dessus dans une réception de Gala.
— Certes…
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Le hall possédait une hauteur sous plafond incroyable. La tour reposait sur des piliers serrés qui laissaient entrer la lumière par des vitres interstitielles, et se rejoignaient de manière romane au plafond. Les ascenseurs étaient disposés les uns à côtés des autres, et les renfoncements qui les délimitaient remontaient jusqu'en haut. Les lignes architecturales avaient été pensées pour la verticalité, donnant un air très aérien à l'endroit.
Derniers à prendre place à bord de l'une des cabines, la robe bleue d'Akira fut la dernière chose qu'on eut pu apercevoir dans l'entrebâillement des portes qui se refermaient.
Il regarda sa montre. 19h48.
— C'est parti.
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Un groom en costume trois pièces les accueillis.
— Madame, monsieur, puis-je voir votre invitation ?
— La voilà.
— Très bien, tout est en ordre. Je vous prie de passer une bonne soirée.
Il ouvrit la porte pour laisser entrer les deux policiers. La salle était à la hauteur de ce qu'ils attendaient. À l'instar du rez-de-chaussée, les colonnes porteuses de la structure s'alternaient avec les vitres, donnant une allure à la fois futuriste et antique à l'endroit. Au travers de cette perspective parfaite se déployait dans l'entièreté du champ de vision de quiconque s'y trouverait la skyline de ville, vue depuis le sommet de l'Olympe. Akira Minato ressentit un certain malaise. Elle ne se sentait pas à sa place. C'était un lieu réservé aux Dieux ; non pas ceux auxquels la plèbe accorde son crédit, au propre comme au figuré, mais bien ceux qui avait tout pouvoir sur eux, en choisissant à leur place leurs dirigeants par les journaux qu'ils détenaient, ces mêmes médias servant également à choisir de manière plus générale ce qui devait se trouver dans la tête des gens, tandis que leurs industries choisissaient ce qu'ils allaient manger, boire, regarder et acheter.
En regardant ses semblables, elle y reconnu des humains, mais elle savait au fond d'elle-même que bien qu'elle feigne d'être dans leur caste, un monde les séparait. Ces personnes là concentrait entre leurs mains un pouvoir inouï, laissant dégager autour d'eux une aura de fascination et de crainte, soit exactement le même sentiment qu'un dieu puisse provoquer. La seule différence avec les anciens, était que ceux-ci, paradoxalement, personnes n'y croyait, bien que leur existence soit irréfutable. Sur cette réflexion, Akira remarqua qu'une scène avait été aménagée du côté non vitré pour qu'un orchestre puisse y jouer. Elle écouta un instant l'air jazzy qui s'échappait doucement de leur instrument ; une contrebasse, un saxophone ténor et une trompette, pour ce qu'elle reconnut. Des tables rondes avaient été réparties dans tout l'espace pour y recevoir les invités. Elles étaient nappées blanches, avec un chemin de table rouge qui traversaient le diamètre. Chaque couvert possédait plusieurs verres et couverts, donnant de loin un aspect très fourni aux tables.
Une estrade était posée devant les vitres, mais elle restait vide pour le moment. La salle était déjà bien remplie et les policiers comprirent que leur mission allait peut-être se révéler plus complexe que prévue. Un serveur muni d'un plateau sur lequel reposait des flutes de champagne s'approcha d'eux. Akira et son collègue en prirent chacun une et trinquèrent. Ils s'étaient positionnés un peu en retrait, et profitèrent de cette relative intimité pour avoir une discussion.
— Je ne me suis jamais aussi peu senti à ma place, confia le policier à sa collègue.
— Moi aussi. Ça me fait bizarre. J'ai vraiment l'impression de me trouver là où je ne devrais pas. J'ai beau me dire qu'ils sont comme moi, d'un point de vue corporel, je n'arrive pas à me faire à l'idée que ces gens ont infiniment plus de pouvoir que moi ou bien même que le premier ministre.
— Oui, voici tes vrais dirigeants. Et ceux-là tu ne les as pas choisis…
— Ouais… Les autres non plus cela dit.
Elle ria.
— Qu'est-ce qui t'amuses ?
— Non c'est rien… Tout à l'heure je me suis dit qu'on était au sommet de l'Olympe…
— Je n'y avais pas pensé, il répondit, amusé.
— Ils y sont tous quasiment…
— Mais tellement ! Regardes celui-là : Hermès, leader mondial des télécommunications. On a aussi Ares, le fabriquant d'armes, Dionysos, le plus grand distillateur mondial, Apollon, détenteur des plus grands labels de musique et par là-bas je vois Poséidon, plus grand transporteur maritime mondial.
— On n'a pas Zeus ?
— Le plus puissant d'entre eux ?
— Ou le plus riche… Il n'y a pas vraiment de différence tu vas me dire… Confessait-t-elle.
— Franchement je n'en sais rien. Mais s'il y a un roi dans l'assemblée, ne t'inquiètes pas, on le verra. Après tout, si une chose égale bien leur richesse, c'est leur propension à l'afficher.
— Il nous manque un autre dieu… Hadès. C'est celui qui nous intéresse non ?
— Oui, malheureusement …
Des nouveaux invités firent leur entrée en grande pompe. L'assemblée fut soudainement captivée par le couple qui venait de les rejoindre, faisant l'effet d'un petit aimant pour les regards. L'homme était plutôt jeune, asiatique, et accompagné par une femme caucasienne d'une beauté raffinée.
Akira Minato et son collègue se rapprochèrent de deux autres représentants, qui, contrairement à eux donnaient l'impression d'être dans leur élément.
— Vous savez qui c'est ? Se risqua-il à demander.
Les deux hommes furent pris d'une franche tranche de rire.
— Vous êtes chinois et vous ne les connaissez même pas ? Vous êtes des débutant ou quoi ? Leur répondit le premier.
— On est Japonais et non, on ne sait pas, leur répondit Akira dont l'anglais s'émoussa un peu sous l'effet de l'offuscation.
— Tout compte fait c'est vrai qu'ils sont pt'et bien jap aussi répondit l'autre représentant dont l'accent américain de l'East Coast était très marqué.
Il poursuivit.
— Comme vous avez l'air de sacrés numéros vous deux, j'vais vous le dire : C'est le couple Hiata, qui gère le fond d'investissement Black Corp. Il y a des gros poissons ce soir, mais à côté d'eux, ce sont des enfants qui jouent au bac à sable !
— Tu l'as dit ! Ils sont invisibles aux yeux du grand publique - et tant mieux j'ai envie de te dire - mais dans notre milieu, ils sont connus comme le Loup Blanc, poursuivi l'autre homme.
Les deux enquêteurs n'avaient saisi qu'un mot sur deux, mais ils avaient compris l'idée générale. L'esprit policier reprit néanmoins le dessus sur Akira.
— Et vous, pour qui travaillez-vous ?
— Moi je représente les intérêts d'un grand groupe de cosmétique européen. Et lui il représente un pétrolier. Laissez moi vous retourner la question…
Aphrodite, déesse de la beauté, et Héphaistos, le feu qui sort de la terre, pensa Akira.
— Une fortune anglaise. Mais il veut se faire discret sans trop qu'on sache pourquoi… Répondit-elle.
— Sir Palmer ? Demanda l'américain.
— Non, ce n'est pas lui répondit le collègue d'Akira.
— Ah tant mieux, cet homme est insupportable !
— C'est drôle, vous n'êtes pas le premier à nous faire cette remarque…
— Il faut dire qu'il est vraiment spécial…
— Oui, j'ai déjà entendu de sacrées histoires sur lui… Ajouta son homologue.
— Et bien, je suis heureuse de ne pas travailler pour cette personne… Cela dit, avec les Hiata, on a aucune chance d'avoir quelque chose … Ils vont tout prendre pas vrai ?
— Non, je ne crois pas. Les Karasuma sont de sacrés corbeaux… Si on est tous là c'est qu'ils ne sont pas forcément intéressés par le plus fortuné. Donc vous avez votre chance. Et puis, ils vont surement arriver à un arrangement où ce sont plusieurs personnes qui vont se partager les titres…
— Et la bataille va être âpre. Après tout, beaucoup de ceux qui sont présents ici sont intéressés par ce que leur propose la famille Karasuma… Poursuivi son homologue.
— Vous parlez du sérum ?
— Evidement ! Je ne suis pas très étonné. Cela faisait des années que des bruits de couloir disaient qu'ils travaillaient sur un tel projet. La science avance, que voulez-vous…
— Je vais devoir vous laisser… Madame, Monsieur.
Les deux policiers se retrouvèrent de nouveau seuls, après que l'autre homme se soit également retiré.
— Rappelles-moi pourquoi on est là Akira ? J'ai du mal à me rappeler…
Elle sirota sa coupe avant de lui répondre.
— Je crois qu'on a déconné en vrai.
— Ou alors on est beaucoup trop pris par cette enquête…
— C'est surement un peu des deux…
— M'enfin j'imagines qu'il y a quand même des bons côtés… Ta robe te va très bien.
— Merci. C'est vrai. Il faut que j'en profites, le choses ne durent pas.
— Après tout, on est sur le toit du monde, à boire un champagne hors de prix… Tu lâches ton verre, tu perds un mois de salaire…
Elle ria à cette remarque. Akira se trouvait à côté de lui. Leurs regards se croisèrent, et leurs doigts s'effleurèrent.
— Non, ça ne va pas être possible, lui chuchotât-t-elle.
— Dommage…
— Reste concentré. On n'a pas le droit à l'erreur.
Il ne répondit pas, et regardait droit devant lui. Akira était inquiète.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— J'ai reconnu un visage.
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Même parmi les plus hautes sphères de l'Organisation, le mystère régnait, et Vermouth se gardait bien de laisser paraitre quoi que ce soit. Cela énervait d'ailleurs Gin, qui aurait parfois préféré qu'elle lui vende la mèche. Il avait essayé d'en savoir plus à plusieurs reprises, y compris dans des situations où il estimait pourvoir en apprendre plus, mais cette femme était un véritable coffre-fort.
Qui était leur chef ? Gin se posait souvent la question. Certains disaient que c'était un enfant, d'autre un vieillard. Certains affirmaient même que c'était un mort. Dans l'Organisation, les membres ne savaient que ce qu'ils devaient connaitre, et ils ne parlaient pas entre eux de sujets qui ne les concernaient pas. Cela permettait de protéger le secret, mais aussi en frustraient au passage beaucoup qui auraient aimé avoir la réponse à certaines de leurs interrogations, à l'instar de l'homme en noir.
Qui pouvait être l'homme en face de lui ? Jeune, élégant, mais visiblement affaibli. Gin savait qu'il occupait un poste extrêmement élevé dans la hiérarchie et que le sang des Karasuma coulait en lui, ce qui suffisait à lui faire craindre qu'il ne soit le grand patron, sans pouvoir en être certain.
Les deux hommes étaient seuls dans l'ascenseur qui devaient les ramener au rez-de-chaussée.
— Vous avez passablement déçu en haut lieu monsieur Kurosawa.
Gin ne répondit pas.
Le jeune homme poursuivit :
— Le sabre qui vous est destiné est déjà prêt. Ressaisissez-vous.
Il réajusta sa veste et sortit de la cabine qui venait de s'ouvrir. Gin resta statique quelques secondes, et se décida à bouger quand les portes commencèrent à se refermer.
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Elle était enfin seule dans le bureau. Plusieurs membres de la compagnie croyaient être venus féliciter celui dont ils pensaient qu'il était leur patron et la petite fête ne s'était dissipée que quand Vermouth leur eut promis qu'ils célèbreraient dignement cette acquisition historique un peu plus tard.
Une forme dégout s'était emparé d'elle en voyant tous ces gens inconnus s'afférer autour d'elle pour chanter ses louanges et espérer obtenir ses bonnes grâces. La majorité rêvaient secrètement de prendre sa place et leur hypocrisie la dégoutait. Hiata n'ayant pas de succession, le combat pour la reprise allait s'annoncer féroce, et Vermouth se doutait déjà que Black Corp n'en ressortirait pas indemne quand la mort de Hiata serait annoncée.
Le bureau de l'homme d'affaire contrastait avec son appartement. La pièce transpirait une atmosphère de travail acharné. Les murs étaient cachés par des étagères débordant de classeurs de toutes les couleurs. Il y avait à côté de la porte une imprimante professionnelle assez imposante, qui visiblement servait beaucoup. Le bureau n'avait pas de fioritures, mais en demeurait néanmoins très large, permettant à son utilisateur d'y entasser de nombreux dossiers.
Préférant visiblement la fonctionnalité à l'apparat, l'endroit ne ressemblait pas à l'idée préconçue du bureau d'un patron d'un empire financier. Hiata ne cherchait pas à impressionner qui que ce soit : la pièce était assez petite, mais suffisante pour qu'une personne y travaille en paix.
La femme en noir passa derrière le bureau et prit place dans le siège de l'homme d'affaires. Le clavier et la souris reposaient sur un très grand tapis noir juste devant le moniteur de l'ordinateur. La pièce n'avait aucune décoration et aucun effet personnel à l'exception d'un cadre à côté de l'écran.
Elle le prit pour observer la photographie qu'il protégeait. Il s'agissait d'une femme et d'une petite fille.
Vermouth reposa cadre à sa place, et tenta de ne pas être distraite par les yeux qui l'observaient commettre son méfait. Elle brancha une clé dans un des ports USB de l'ordinateur, puis le démarra via le bios. La machine exécuta alors le système d'exploitation de la clé, spécialisé dans la récupération de données. La femme de l'Organisation avait désormais accès au disque dur de l'ordinateur ainsi qu'à ses informations.
Il fallait qu'elle découvre comment Hiata avait eu accès à des fuites sur l'organisation mais surtout comprendre qui était la personne chargée de répandre ces informations s'il venait à mourir.
En qui pouvait-il avoir confiance ? Elle réfléchi un peu pendant que son logiciel scannait le disque dur. Déjà, elle se doutait qu'il y avait peu de chances que ce soit une des personnes de Black Corp. Sa ne serait surement pas non plus l'une de ces connaissances nocturnes. Son major d'homme et lui ne semblaient pas être très proches, et elle ne le voyait pas non plus confier de telles informations à son chauffeur. C'était donc très probablement une connaissance extérieure.
Elle passa en revue les documents présents dans la machine. Ils y étaient classés par année, puis par projet ou affaire. L'ordinateur ne comportait que très peu de logiciels et n'avait visiblement jamais été connecté à internet. Vermouth passa en revue chaque année sans trouver de dossier à charge contre eux. Elle essaya aussi de regarder si des dossiers secrets ou protégés avaient été créés, mais ce n'était pas le cas.
La femme en noir décida de sauver les données sur un disque externe puis éteignit l'ordinateur. Elle allait finalement devoir s'attaquer à une tâche qui la rebutait : fouiller les dossiers papiers. C'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Néanmoins, les dossiers et classeurs rangés sur les étagères avaient été organisé de la même façon que sur la machine. Les classeurs étaient rangés par année croissante, et renfermaient chacun une ou plusieurs affaires. Cet amour des choses à leur place avait eu le luxe d'épargner à Vermouth de longues recherches pour au final ne rien trouver.
Elle commençait à se demander si les menaces de Hiata n'étaient pas du bluff. Mais pourquoi prendre un risque aussi grand, celui de perdre sa vie ? Elle n'y croyait pas, mais le doute commençait à s'installer en elle. Soudain, elle eut une autre idée : Hiata ne conservait peut-être rien sous forme physique, ou du moins pas en sa possession.
Elle ressortit de son bureau et passa devant celui de la directrice des ressources financières dont une forte odeur de tabac était parvenue à s'échapper. Elle poursuivi un peu plus loin pour arriver au bureau de la secrétaire.
— Je veux la liste de tous les numéros qui ont tenté de me joindre depuis un mois.
— Je suis désolée, monsieur, mais je ne peux pas faire ça, les numéros ne sont pas enregistrés.
Si Vermouth avait pu jurer, elle l'aurait fait volontiers. Néanmoins elle tenta une autre demande.
— Et bien si vous pouvez obtenir la liste de mes visiteurs et celle de mes déplacements, ce serait formidable.
— Très bien monsieur, je m'en occupe.
La liste fut apportée à son bureau une heure plus tard. Elle était assez longue, mais la secrétaire avait bien fait son travail. Celle des visiteurs comportait les noms et la raison de la visite ainsi que l'organisme du visiteur.
Après avoir passé en revue chaque ligne, personne ne sembla se distinguer. Vermouth commençait à douter de plus en plus et c'est en étant assez résignée qu'elle s'attaqua à la liste des déplacements de Hiata.
Cette liste comportait l'adresse, l'entreprise et le contexte du déplacement. Vermouth étudia chaque ligne l'une après l'autre, en s'aidant de son doigt. Soudain elle s'aperçut d'une irrégularité. Certaines lignes, comportant une adresse qui lui était inconnue, perdue dans les quartiers populaires de Tokyo, ne comportait pas de nom d'entreprise ni de contexte au déplacement.
Intriguée, la femme de l'Organisation, sous le masque de Hiata qui commençait à retenir sa transpiration sous le latex, retourna voir la secrétaire.
— Vous m'expliquez pourquoi certaines lignes ne sont pas complétées entièrement ?
— Mais c'est vous qui ne m'avez pas donné ces informations. Vous m'avez simplement prévenue à chaque fois que si on devait vous chercher vous seriez là-bas, et c'est tout.
— Mais oui ! Où ai-je la tête ! Cela doit être cette histoire de rachat qui me monte à la tête !
La secrétaire n'eu pas le courage d'émettre une quelconque remarque, et se contenta d'attendre que son patron sorte de son bureau.
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— Où est Vodka ? C'est rare de te voir conduire la Porsche, demanda Vermouth sous son vrai visage.
— Il est malade.
— Arrêtes de mentir...
Gin ne répondit pas, les yeux fixés sur la route, tout en fumant une cigarette, comme il en avait l'habitude en voiture. Soudain, il se détourna quelques instants de la route pour regarder Vermouth.
— Tu sens comme cet homme.
— Je n'ai pas eu le temps de me doucher. J'ai simplement retiré mon masque, je ne le supportais plus.
— Même sans parler de l'odorat, tu sens comme lui, Vermouth.
Ce fut au tour de la femme en noir de ne pas répondre. Gin conduisait vite. Beaucoup plus rapidement que Vodka, et de manière bien plus brusque.
— Roules moins vites. Tu vas nous tuer Gin. Tu l'as eu où ton permis ?
— Je ne sais pas, répondit-il, laconiquement.
La femme en noire était habituée au caractère froid de Gin, mais elle le trouvait particulièrement plus sombre que d'habitude.
— Réveilles-toi. Qu'est-ce qu'il ne va pas ? Dis-le-moi ! Si tu m'as choisie pour t'accompagner plutôt que Vodka, c'est que tu redoutes quelque chose de sérieux, alors j'ai le droit de savoir.
— Un membre de ta famille, m'a annoncé que je n'avais pas le droit à l'échec. Tu comprends ?
— Celui qui est venu à Black Corp ?
— Oui, lui-même… C'est le Boss ?
Vermouth garda encore une fois le silence. Gin poursuivit, avec un grain de haine qui s'était rajouté dans sa voix.
— Un beau jour Vermouth, tu te feras tuer, par moi ou un autre, mais tu payeras pour tes crimes.
— Toi aussi, Gin. Toi aussi… C'est pour ça qu'on se comprend. On sait ce qu'on vaut tous les deux. C'est pour ça que tu m'as choisie moi. Quand ça ne va pas, c'est toujours moi que tu viens voir, que tu le veuille ou non.
— Ne fais pas la sainte. Je sais très bien qui tu viens voir quand tu te sens trop seule. En même temps, c'est normal que personne ne t'aime. Tu es une veille femme morte à l'intérieure de toi. Une pomme pourrie et flétrie.
— Arrêtes tes conneries putain ! Ce n'est pas ce que tu dis quand tu m'as pour toi tout seul.
Le silence fut rétabli dans la voiture. Vermouth s'alluma à son tour une cigarette et se tourna vers sa vitre. La Porsche arriva à destination peu après. Des places de parking étaient dessinées sur la chaussée, et ils n'eurent aucun mal à se garer.
— Il fait un froid de canard … Dit vermouth en grelottant. La neige s'était remise à tomber en fin de journée. Gin prit le temps d'observer l'endroit et de vérifier qu'aucune caméra de surveillance ne l'importunerait.
— C'est donc ici…
J'espère que ce chapitre vous aura plu ( ou en tout cas, plus que le précédent). Si c'est le cas, n'hésitez pas à mettre un petit commentaire qui m'encouragera pour écrire le prochain chapitre!
À bientôt pour je l'espère la suite des aventures de Gin, Vermouth et des policiers.
