Bonjoir, sorciers et moldus infiltrés ! Ça faisait un sacré bail, hein ? Bon, bah pour me faire pardonner, vous aurez non pas à un, mais à deux chapitres ! Ou presque. Disons que l'autre sera pour la semaine prochaine, histoire de teaser un peu ?
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Merlin, tant de reviews o_O
Chalut Yuedra ! C'est gentil.
J'apprécie la transition entre deuil et appel au meurtre MDR !
J'avoue que le coup du sort de sommeil, c'était très "elle fait chier la vieille, mettons-là en pause !"
J'aime l'espoir. L'espoir fait vivre… ceux qui se nourrissent sur le dos des espérants. Niark.
L'un dans l'autre, c'était stupide.
Et oui Mocking est géniale !
Hello Tiph ! Effectivement, c'est une solution possible.
Tout le monde veut torturer Nejem à mort. Je crois que je vais devoir écrire un chapitre 2 au Tabassage de Nejem, mon OS défouloir non canon.
Si ça ne tenait qu'à moi, je supprimerais tous les personnages et je ferais tout le Multivers entier à propos d'Ophélia uwu. C'est difficile de lui donner de la prédominance vu qu'elle n'est jamais apparue dans Renouveau et que l'essentiel de son rôle dans ELM est encore futur.
Salut Allan ! Alors, ce bain ?
Pourquoi quelqu'un devrait finir comme Anaïs ?! Non mais ça va pas la tête ! Je ne suis pas un monstre comme Ywëna, moi, môssieur ! Je suis… un monstre plus subtil.
Comme un anonyme me l'a fait remarquer, le polynectar ne fonctionne qu'avec un vivant. Après concertation avec moi-même, j'ai décidé que le fait que la chambre (et donc le cheveu) soit figée dans le temps ne contournait pas cette règle, qui prête au transformé l'apparence immédiate du modèle. Or, l'apparence immédiate de Serpy doit être… poudreuse.
Quelle idée des Réfractaires ? Pardon je n'en retrouve pas trace.
Je ne confirmerai ni n'infirmerai aucune info quant aux enveloppes noires, sinon qu'effectivement… elles existent.
Peut-être quand le Leader sera révélé.
Sumimasen, c'était une idée d'Ywëna donc encrée depuis plusieurs années. J'ai pas cherché plus loin.
Mort de rire. Un véritable cauchemar, oui !
Il savait très bien qu'avec une famille pareille, Scorpius serait un redoutable occlumens. Albus était une cible plus facile, avec un père moins dangereux en cas de dérive.
Alors non. Il n'est pas juste renvoyé de Poudlard, il est classé criminel juvénile, donc son casier le rend "inscolarisable" dans le monde entier.
Hola Kuro No Kage ! Ça faisait un bail. Content que cette nouvelle mouture te plaise !
Coucou Coucou ! T'as tout compris toi… Tu vas donc adorer le prochain chapitre…
Merci Dreamer, ça me touche beaucoup. Gros soutien à toi pour tes projets !
Bonjour Asphodèle… Enchanté ? Ton pseudo ne me dit rien.
Désolé de te donner des sentiments si négatifs, mais en même temps je suis un peu fier d'y parvenir si bien, ha ha ! Oui, le meurtre…
Bluesky est un mélange de cruauté stupide et d'autoconfirmation appuyée par sa famille ; non seulement il aime écraser les autres, mais en plus tout lui donne raison sinon ses victimes. Il ne risque pas de changer en s'améliorant.
Si si, le meurtre…
Lily est relativement épargnée dans tout ça. Ses frères ont toujours été protecteurs avec elle, et maintenant que James est mort, Albus est terrifié à l'idée qu'il lui arrive quoi que ce soit. Je pense qu'il serait même capable de frapper l'Ankou si celui-ci faisait mine de suggérer l'idée de peut-être impliquer Lily dans tout ce merdier.
Ginny, justement, chouchoutait James et a toujours été inconfortable avec Albus. Pensant Lily à l'abri à Poudlard (elle ignore tout du complot, elle), elle préfère rester un maximum en retrait. Elle n'est pas mauvaise en soi, elle préfère ne pas prendre le risque de se voir reprocher la mort de James à Albus et lui faire encore plus de mal que "simplement" en l'abandonnant. Très ironiquement, elle reproduit un peu le comportement que Rogue avait vis-à-vis de Harry…
Khalia est persuadée d'être du bon côté. Elle est Réfractaire par conviction, pas par ambition. Pour elle, ce qui arrive à Harry est un malheureux problème subsidiaire, pas une conséquence directe de leurs actes. Elle est… endocrinée. Contrairement à quelqu'un comme Zora qui est suffisamment lucide pour savoir qu'ils font du mal mais trop ambitieuse pour accepter qu'il y a d'autres options que la leur.
Quand j'ai découvert l'identité du Leader, il n'y avait eu qu'une ou deux personnes me précédant, et j'ai littéralement hérité de Renouveau 6 "en récompense" (bon ok je réécris un peu l'histoire, lol). Alors disons que si tu trouvais, tu mériterais au moins une médaille en chocolat virtuel. Ouais je suis radin.
Bienvenue, Ange de Larmes ! Quel magnifique pseudo !
Merci de ton soutien, et pour ta question il me semble me souvenir que je t'ai répondu en MP. Mais au cas où, je te reconfirme qu'Alva n'aurait jamais laissé l'Ankou abandonner une matière majeure, et désormais encore moins s'éloigner de Carrie.
Bienvenue également, gibier Cerf-Pentard ! Deux semaines pour aller du début du Parfum à la fin de Renouveau ?! pfiuuuh, heureusement pour toi que ce tome n'est pas fini sinon tu nous aurais fait un burnout…
Je fais moins de fautes de conjugaison qu'elle, uh uh uh.
J'aime les longues reviews. Je t'en prie, ne te restreint pas !
Hello Emmaiwen ! Toi il me semble te connaître par contre. Oh bah bravo, t'as fait encore pire que le Cerf o_O
Je suis halluciné, et pourtant je lis très vite. Bravo ?
Bon bah j'espère que ma fic en France t'as plu aussi. Elle n'est pas finie non plus, loin de là !
Bienvenue aussi, Mathy ! Désolé, j'ai essayé de me me tenir à un rythme régulier, mais c'est impossible, ma vie est trop instable pour ça… Disons juste qu'en moyenne il y en aura plus de deux par an ?
Désolé LuluPoufsouffle. Enfin, c'est ce que je dirai quand ça sera fini.
Bienvenue enfin, Ludi ! Oui… non… merci… Pas trop de questions, mais toutes les réponses sont à venir alors je ne vais pas spoiler !
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Dans ce chapitre… Albus. Surtout Albus.
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1) La fugue d'Albus
Harry n'avait pas dit un mot à son fils. Il avait brièvement remercié Mr Haley, et avait juste tendu la main à Albus avant de transplaner. Au 12, square Grimmaurd, il était entré, avait retiré son manteau dans l'entrée, et était parti s'enfermer dans son bureau. Albus, choqué par son attitude, était resté dans l'entrée pendant plusieurs minutes avant d'aller en cuisine pour préparer un sandwich.
Ce qui lui parut une éternité plus tard, Harry le rejoignit dans la cuisine, et entreprit lui aussi de se faire un sandwich.
– Papa…, commença Albus.
Harry leva la main pour le faire taire.
– Si tu as fini de manger, tu montes rassembler le reste de tes affaires. Toutes tes affaires, je t'ai laissé ma malle.
– Que… Pourqu…
– Tu déménages au Terrier. Molly et Arthur s'occuperont bien de toi jusqu'à ta majorité. Ta mère pourra te rendre visite.
Hein ?! Il le mettait à la porte ?!
– Mais je… Je veux rester avec toi, bafouilla Albus, interdit face à la froideur de son père.
Harry soupira, et parut prendre dix ans d'un coup.
– Mais moi je ne peux pas rester avec toi, fit remarquer l'Auror. Tu es en danger permanent, maintenant que tu es dans le collimateur des Réfractaires. Je n'ai pas le temps de te surveiller, et visiblement je ne peux pas te faire confiance.
– Je ne sais pas ce qu'on t'a dit, mais…
Harry leva à nouveau la main.
– Le problème n'est pas ce que tu as fait. Je ne t'en veux pas d'avoir voulu essayer. Mais j'ai déjà perdu trop de fils pour toute une vie. Alors puisque tu es incapable de faire profil bas, tu resteras sur la touche. C'est comme ça.
– C'est injuste ! s'insurgea Albus.
– La vie est injuste, répliqua fatalement Harry avant de mordre dans son sandwich.
Albus ouvrit la bouche, et la referma. Les reproches se bousculaient dans sa tête. La lâcheté de son père face aux Réfractaires. Son aveuglement devant Khallia. La jalousie qu'Albus ressentait en pensant que les Malefoy n'auraient jamais tourné le dos à leurs enfants ainsi. Tandis qu'il fixait son père avec dégoût, une boule de colère lui serrait la gorge, et il fut incapable de répliquer.
Albus grogna de dépit, et monta dans sa chambre une dernière fois. Il mit un temps fou à rassembler ses affaires et à taquiner Chaussette, mais Harry ne s'impatienta pas. Après plusieurs heures, il sortit la malle de son père sur le palier. Qui avait aussi été la malle de James, réalisa Albus. Il hésita, puis entra dans la chambre de son frère.
Rien n'avait bougé. C'était toujours le bazar. La poussière s'accumulait partout, à l'exception d'un rectangle sur le sol où Harry avait dû laisser la malle avant de se décider à la vider grossièrement sur le lit. Albus s'assit sur celui-ci, et regarda les affaires scolaires de son frère. Des parchemins pleins de ratures, des livres écornés, couverts de dessins absurdes… Évidemment. James n'avait jamais été très soigneux.
En jetant son livre de Potions sur le tas, il vit un morceau de parchemin s'en échapper. Il se pencha pour l'attraper, et le lut. C'était l'écriture impeccable de Fred :
"Dis à G d'arriver une heure après nous au lieu du piège. Mini-P et Mini-M le surveillent."
G. Faust Griggs, probablement. Mini-Potter et Mini-Malefoy, les Rôdeurs. C'était une missive à propos d'une farce, probablement échangée à la barbe de Duffy. Ce genre de bêtises sans conséquence devait être le quotidien de James.
Sans conséquence.
Albus se mit à pleurer.
Il sanglota pendant presque une heure, avant que son père ne pousse doucement la porte.
– J'ai déjà amené tes affaires. Je lui ai dit que tu avais goûté en rentrant, mais Molly insiste pour que tu assistes au dîner…
Il baissa les yeux vers le message que tenait encore Albus.
– Je pense à lui à chaque seconde. Je ne veux pas que tu croies que je m'en fiche.
Albus se redressa mollement, la goutte au nez.
– Tu sais que les Réfractaires sont derrière les Écorcheurs. C'est eux qui ont tué James.
Ce n'était pas une question. Harry ne répondit donc pas.
– Ce n'est pas à toi de mener ce combat. Tu n'as que quinze ans.
– Toi tu l'avais bien fait ! répliqua sèchement Albus.
– Quand j'ai créé l'AD, je n'avais rien à perdre, rappela Harry. Aucune famille, et tous mes amis étaient dans le même bateau. J'avais assisté à la résurrection de Voldemort en personne, et le Ministère niait son existence. Je n'avais pas d'autre choix…
– Moi non plus !
– Je n'avais pas d'autre choix, répéta plus fort Harry, mais ça n'a jamais été un bon choix. Ce n'était pas à nous de mener ce combat. Nous n'étions que des enfants. Tu n'es qu'un enfant ! C'est à moi de faire justice pour James !
– TU EN ES INCAPABLE ! explosa Albus.
– JE SAIS ! hurla Harry Potter à pleins poumons, faisant sursauter son fils.
Harry ébouriffa ses propres cheveux déjà en bataille, et soupira.
– Je suis désolé. Je sais que je n'y arriverai pas tout seul, mais ce n'est pas à toi de m'apporter ton aide. Mon rôle est de te protéger, et pour l'instant la seule solution est de t'éloigner de moi. Maintenant, si tu as tout ce qu'il te faut, je t'attends dans le hall pour transplaner au Terrier.
Albus ne décolérait pas. Il lâcha froidement :
– J'ai aussi hâte d'être débarrassé de toi, que toi de moi.
Il contourna son père, et descendit les escaliers quatre à quatre.
Harry le suivit d'un pas lourd, dégainant sa baguette. Il posa la main sur l'épaule de son fils.
– Tu n'as rien oublié ?
Albus resta de marbre.
– Comme tu veux.
Les Potter transplanèrent une toute dernière fois.
oOoOoOo
La vie au Terrier était monotone au possible. Les seuls moments de distraction pour Albus était lorsqu'il parvenait à se faufiler dans l'atelier de Papy Arthur pour bricoler ses inventions magicomoldues parfaitement illégales, ce qui n'avait guère plus de sens dans sa situation actuelle de "criminel". Cependant Mamie Molly ne voyait pas les choses du même œil, et dès qu'elle s'apercevait de son absence venait l'y chercher en priorité pour lui trouver des tâches domestiques à faire. Dégnomer était assez amusant, mais avec les premières neiges de l'Avent, les gnomes n'avaient plus le courage de revenir, et il se retrouvait bien trop souvent à récurer la vaisselle à la main comme un moldu.
Au bout de deux insupportables semaines (où ni son père ni sa mère ne lui avaient rendu visite…), Albus essaya de passer le temps autrement. Pour rompre la monotonie, il décida d'écrire des lettres. D'abord à ses amis pour les rassurer, puis un peu à n'importe qui en espérant un peu de lecture. Ici, il assurait aux Rôdeurs qu'il ne risquait rien, hormis mourir d'ennui, et que même les Écorcheurs auraient bien du mérite à franchir les champs gnomés sans se tordre une cheville sur une motte. Là, il demandait à Alyssa Mocking de lui envoyer les cours de l'année, arguant qu'il était interdit d'usage de la Magie et non d'étude théorique. Après tout, si en France les cracmols pouvaient suivre un cursus scolaire complet, lui pouvait bien garder le rythme…
Il en ajouta une adressée à Ophélia Haley pour la remercier de l'aide de son père (à défaut d'avoir l'adresse de celui-ci), et une pour demander à son parrain Lévine s'il pourrait passer du temps chez lui même s'il était techniquement un criminel.
L'Ankou répondait tous les jours, avec de véritables thèses de huit pages, où il détaillait sa journée, disséquait de façon cinglante les machinations de Nejem, et évoquait de façon innocente la véritable tempête de malchance qui semblait plomber l'ambiance à Poudlard. Peaux de bananes au sol, armures chantantes, pièges invisibles, escaliers glissants, plats empoisonnés au laxatif : apparemment les Rôdeurs se déchaînaient. Aenor écrivait, elle aussi, mais de façon plus mesurée. Contrairement à l'Ankou, elle ne fulminait pas ouvertement. Elle essayait d'être positive, mais c'était difficile. La plupart des lettres qu'Al' recevait étaient du même ton. Car comment être positif, dans ces circonstances ?
Ophélia lui assura qu'elle surveillait discrètement les Rôdeurs. Elle avait pris en priorité les tours de garde dans les cachots, prétextant la nostalgie de ses années à Poufsouffle, et allait souvent grignoter aux cuisines, mais sa véritable cible était bien sûr Serpentard, maison malgré elle au cœur du conflit entre enfants de Réfractaires et enfants de rebelles.
La réponse la plus surprenante fut celle de Lévine, apportée par un faucon pèlerin du Ministère. Une réponse courte et laconique, à la russe : "Tu seras toujours le bienvenu chez nous. Ton parrain".
Aujourd'hui, parmi toutes les réponses de ses amis, l'une retint particulièrement son attention : un court billet qui se voulait anonyme (mais Albus reconnut la calligraphie extrêmement alambiquée de Demy) accompagné d'une plume bleue et blanche :
"15 décembre à 15 heures, sous 15 centimètres".
Enfin… il supposa qu'il s'agissait de 15. Ça pouvait tout autant être écrit 26, &, ou lɓ, pour ce qu'il en déchiffrait… Mais 15 était la seule option logique.
Albus examina attentivement la plume : elle était froide au toucher, et miroitait étrangement, comme si elle réfléchissait une autre lumière que celle autour d'Albus. Il comprit presque immédiatement ce quoi il s'agissait. Il était prêt à parier que Lévine avait contacté Demetria pour organiser sa fuite. À moins qu'il ne s'agisse vraiment d'une invitation ?
Nous étions le 14 décembre. Le jour J était donc pour demain. Pas le temps de demander plus d'informations, il emporterait toutes ses affaires. Au pire, cela ferait rire les russes.
Ce jour-là, Albus aida Mamie Molly à la cuisine, et prétexta la fatigue pour se coucher tôt le soir. Le lendemain matin, il se réveilla aux aurores, et empaqueta toutes ses affaires, qu'il amena discrètement dans le placard à balais volants. Il avait neigé toute la nuit, et il dût effacer au mieux ses traces. Il commença par frotter une branche derrière lui, puis soudain il s'arrêta. Il réfléchit quelques instants, lâcha la branche, et et se frappa le front du plat de la main.
– La neige c'est de l'eau, bougre d'hippogriffe.
Sa maîtrise de l'eau laissait à désirer, mais il se débrouillait suffisamment pour étaler un peu de neige. Le contraire aurait été un peu triste…
Il hésita un instant. Les Weasley l'avait probablement entendu sortir, ç'aurait été suspect qu'il n'y ait aucune trace. Il décida donc de faire un bonhomme de neige. Il en fit d'abord un à l'effigie de son père, et le pulvérisa à coups de pieds en grondant de rage. Il hésita à le laisser ainsi afin de faire passer un message, mais se ravisa. De toute façon, Harry ne semblait guère pressé de venir le voir… Alors il rassembla à nouveau la neige, pour faire un elfe de maison ressemblant vaguement à Koppy, l'elfe des Malefoy qui travaillait aux cuisines de Poudlard et leur apportait des sandwichs dans le Poudlard-du-Dessous. Lui au moins avait toujours été là pour lui, quelle ironie…
Quand Papy Arthur se leva, il sortit pour boire son café au frais, et surpris Albus en pleine sculpture des oreilles de son elfe de neige.
– Tu as pris ton petit-déjeuner ? s'enquit l'adorable vieil homme.
– Pas encore, je n'ai pas trouvé la brioche à la citrouille de Mamie.
Arthur roula les yeux au ciel.
– Elle la cache pour ne pas que j'en grignote la nuit. Ses méthodes sont cruelles !
– Mais peu efficaces, fit remarquer Albus en pointant la bedaine proéminente de son aïeul.
– Jeune impertinent ! Rentre vite au chaud avant d'attraper un rhume.
– Un coup de pimentine et c'est reparti ! assura Albus.
Il entendit la voix étouffée de Molly dans la cuisine :
– Tu préfères de la pimentine ou de la brioche, pour le petit-déjeuner ?
– Des méthodes tellement cruelles en effet, glissa Albus à l'adresse de son grand-père hilare.
En frottant les casseroles du déjeuner à la main, Albus était pensif. Allait-il vraiment fuir sans dire au-revoir à ses grands-parents ? Il fallait au moins leur laisser un mot, au cas où. Il vérifia l'horloge, se dit qu'il avait assez de temps, s'essuya les mains et monta dans sa chambre pour y laisser une petite note. Il hésita longuement sur la formulation, devant froisser plusieurs essais. Il s'apprêtait à froisser son dernier brouillon quand il entendit l'horloge sonner.
Entendant sonner trois coups, Albus jura entre ses dents. Il redescendit en catastrophe, et s'habilla tant bien que mal.
– Où tu vas donc de si bon pied ? s'étonna Molly.
– J'ai vu des gnomes franchir un trou dans la barrière depuis ma chambre, Mamie ! mentit effrontément Albus.
– Ah les petits saligauds ! râla Molly. Fais-leur mordre la poussière, et ensuite va chercher ton grand-père pour réparer la clotûre.
– Oui Mamie ! assura Albus, renonçant à enfiler ses gants, qu'il glissa tout de même dans sa poche.
Il se précipita en direction de la clotûre du jardin, puis la longea jusqu'à l'appentis en veillant à rester dans l'angle mort des fenêtres de la cuisine. Il vérifia qu'Arthur n'était pas à portée d'oreille, et tira doucement la porte grinçante du cabanon. Il tira ses malles dehors, et de l'une d'elle il sortit la plume bleue.
Une plume de phénix des glaces. Et à sa connaissance, il n'y avait qu'une seule personne en Russie qui en possédait un…
– Quinze centimètres, hein ? solliloqua Albus.
Il creusa un trou dans la neige, y déposa la plume. Il se souvint qu'il était censé mettre de la neige dessus, mais ignorait quelle quantité. Il hésita un instant, et décida de l'ensevelir entièrement.
– Cirth, j'ai besoin de toi.
Il y eut une explosion étouffée, et la neige fut projetée sur lui tandis que le phénix des glaces semblait surgir du sol. Il avait un tas de neige sur le sommet du crâne qui lui donnait un air ridicule. Il piailla d'indignation, et claqua du bec en direction d'Albus qui bondit hors de portée.
– Oui ben ça va excuse-moi, je suis pas expert en phénixométrie ! râla l'adolescent. Si tu as des récriminations, blame Demy pour ses instructions pas claires.
La réponse ne sembla guère satisfaire le phénix des glaces, qui tenta te le becqueter une seconde fois pour la forme.
– C'est bon, c'est bon, je suis désolé ! couina Albus.
Il désigna les deux grosses malles dans l'abri :
– Tu pourras nous transporter tous les trois ?
En guise de réponse, Cirth piailla fièrement.
– Chuuut ! souffla Albus, paniqué.
– Que se passe-t-il ici ?!
Albus leva la tête brusquement, et croisa le regard choqué de son grand-père.
– Je euh…
Albus hésita, mais son grand-père ne semblait pas chercher à l'arrêter. Il était juste surpris.
– Je suis invité en Russie, avoua à moitié Albus en tentant de se mettre devant les malles.
Arthur désigna les deux malles bien trop grosses pour qu'Albus puisse les masquer.
– Avec toutes tes affaires ?
– Euuuuh, disons que je suis invité de manière permanente ?
Arthur se dandina d'un pied sur l'autre. Il semblait tiraillé entre l'arrêter et appeler Molly. Finalement, il sourit avec résignation.
– Sois prudent.
Il hésita encore, et lui jeta une corde sortie de son tablier.
– Attache solidement tes malles ensemble. Le phénix pourra les porter d'une patte, et toi de l'autre. Je vais veiller à ce que Molly ne te surprenne pas.
– Merci Papy ! Mais… pourquoi tu m'aides ? s'étonna Albus.
– Tu serais plus heureux si je te retenais ici de force ? demanda franchement Arthur. Je sais que ton parrain est un homme digne de confiance.
Arthur avait déjà rencontré les Koenig à plusieurs occasions, et savait que Cirth était le compagnon d'Astrid. Seule elle, et éventuellement Lévine, avait la moindre once d'autorité sur le phénix des glaces. Il sourit à nouveau, et tourna les talons. Albus n'hésita qu'un instant, et tira les malles dehors pour les ficeler. Lorsqu'il eut terminé, Cirth vint se percher dessus, et agrippa de lui-même le nœud avec une serre.
– Et maintenant ? s'enquit Albus. Je dois faire quoi, t'attraper l'autre patte ?
Cirth ne réagit pas. Albus haussa les épaules.
– Quand faut y aller…
Aussitôt qu'il approcha la main des malles, Cirth tendit la patte et lui agrippa la manche, lui griffant le bras au passage. Albus n'eut même pas le temps de dire "Aïe !" que ses malles passaient devant lui, et qu'il décollait à leur suite. Et alors que ses pieds quittaient à peine le sol, Cirth sembla exploser en un tourbillon de neige où Albus s'engouffra.
oOoOoOo
Albus atterrit lourdement sur le tapis, et une des malles termina sa course sur son pied gauche. Il jura de manière très peu convenable, et entendit glousser.
– Celui-là, ce n'est pas moi qui te l'ai appris ! ricana Astrid.
– Oh salut Astrid ! Demy ! Vous m'attendiez ?
– J'attendais Cirth, fit remarquer la russe.
– T'es en retard, Potter, ajouta l'anglaise.
– Et tu saignes.
Albus jeta un regard à son bras lacéré, et grimaça.
– Heureux de vous voir aussi. Cirth m'a griffé. Accidentellement, ajouta-t-il en voyant l'oiseau le regarder de travers.
– Les cicatrices, ça forge le caractère ! se moqua Astrid. Mais si tu veux, il y a de l'essence de dictame à l'infirmerie.
Puis la chasseuse désigna les deux grandes malles.
– Tu emménages ?
– Si Lévine est d'accord, reconnut Albus. Mieux vaut demander pardon que permission.
– À qui tu veux demander pardon ? s'étonna Kitty qui passait par là. Tu seras toujours le bienvenu, Albus ! J'écrirai à tes grands-parents pour les rassurer.
– J'ai déjà pris les devants, assura Albus. Et mon grand-père m'a vu partir.
– Alors moi j'écrirai à Harry pour lui dire que c'est un abruti, répliqua Astrid.
– C'est un bon plan, ça ! gloussa Albus.
Il marqua une pause.
– Hé mais ce n'est pas encore les vacances ! Qu'est-ce que tu fais là Demy ?!
Demetria sourit mystérieusement.
– J'ai une grosse fête à préparer.
Et effectivement, Demetria préparait quelque chose. Elle n'était presque jamais là, et quand elle l'était, elle allait s'enfermer dans le bureau de Lévine. Albus eut à peine le temps d'échanger dix phrases avec son parrain, et passa l'essentiel de sa semaine à s'entraîner à la magie élémentaire avec Astrid (qui semblait avoir pris tous ses congés) dans la neige.
Lévine recevait une beuglante de Molly Weasley presque tous les jours, et après en avoir écouté deux, il s'était contenté de les désintégrer, et de renvoyer la même réponse laconique, quoique sarcastique, à chaque fois.
"Albus va bien. Bonnes fêtes de fin d'année !"
En revanche, ils ne reçurent aucun courrier de Harry, et Lévine n'insista guère sur ce point car il sentait que cela pesait plus à son filleul que celui-ci n'eût voulu l'admettre.
À défaut d'alternative, puisqu'il était privé de sa baguette, Albus maîtrisait de mieux en mieux l'eau, et commençait à développer ses maigres capacités en maîtrise de l'air. En combinant les deux, ils devenait un véritable maître en "neigeokinésie", comme l'avait appelé Rivka. Il ne voyait pas souvent sa presque-cousine non plus, celle-ci travaillant à plein temps chez les aurors russes. Aleksei, lui, était toujours à Durmstrang. Peu de slaves fêtant le Noël chrétien d'occident, les vacances étaient fixées au 24 à midi. En revanche, leurs vacances se prolongeaient au-delà du Noël orthodoxe au 8 janvier, afin de contenter tout le monde.
En revanche, c'était les vacances à Poudlard. Et le temps que les Malefoy règlent leurs affaires… Ils arrivèrent le 22 décembre. Il y avait bien sûr Draco, Scorpius, Alva, Scorpius, Hyperion, Scorpius, mais aussi Nathan, Dylan, et bien sûr…
– Scorpius Severus Malefoy, constata froidement Albus.
– Albus Severus Potter, répliqua sèchement l'Ankou.
Ils se toisèrent avec morgue pendant trois interminables secondes, puis éclatèrent de rire ou de sanglots en se jetant dans les bras l'un de l'autre.
– Tu m'as tellement manqué ! dirent-t-ils en cœur.
Il s'attrapèrent bras-dessus, bras-dessous, et entreprirent de rattraper tout ce temps perdu.
– Bonjour, Albus. Ton père va bien, nous aussi…, marmonna Draco.
– Laisse, sourit Alva. Nous auront bien le temps de parler de tout ça. Pour l'instant, je veux voir comment ma petite fille s'en sort.
Albus avait déjà amené l'Ankou dehors, et entreprit de lui expliquer son évasion, tout en lui montrant sa maîtrise de la neige.
– Joli, mais ça va te servir à quoi ? se moqua l'Ankou.
– Tu vas voir ! s'écria Albus.
Il souleva une énorme masse de neige, et la balança sur Scorpius qui ne s'y attendait pas, et se défendit par réflexe en déployant un impressionnant mur de feu. La neige traversant le mur fut liquéfiée, et l'infortuné Malefoy se retrouva trempé dans le froid sibérien.
– Jolie barrière, admira Albus. Utilisation douteuse.
– Nous nous sommes beaucoup entraînés aux magies sans baguette depuis… ce qui t'es arrivé, avoua l'Ankou. Nous n'avions pas encore abordé les combats.
– Il serait peut-être prudent que nous rentrions au chaud.
– T…tout…t…à f…f…fait, approuva l'Ankou qui se mettait déjà à grelotter.
Ils rentrèrent donc pelotonner le Malefoy surgelé devant une cheminée. Demetria passait par là, et salua son frère.
– Pourquoi tu es… Attends, je ne veux pas le savoir en fait.
Elle s'en fut en marmonnant à propos de l'interstupidité de ces deux-là.
– Hé au fait, pourquoi Demy était déjà ici avant moi ? s'enquit Albus.
– Elle ne t'as pas dit ? s'étonna l'Ankou. Elle a pourtant passer son temps à me tanner avec ça…
– Elle m'a juste dit qu'elle préparait "une grosse fête".
– Bah tu m'étonnes, Elton. Elle prépare son couronnement.
Albus haussa un sourcil. Il maîtrisait la technique, maintenant !
– Son… couronnement ?
– La noblesse sorcière russe est en perte de vitesse, depuis que l'actuel ministre travaille en collaboration étroite avec Poutine, expliqua Albus. De fait, lorsque les familles ont appris que Demy venait réclamer l'héritage des Netaniev, elles y ont vu une opportunité. Dame Lyuba Kallaalisz, dont la famille dirige déjà l'essentiel de la Sibérie, a proposé de marquer un très gros coup afin de "remettre les politiciens à leur place". Les autres familles ont signé tout de suite, tu penses bien. Et nous y voilà…
– Nous y voilà où ? insista Albus qui avait du mal à suivre.
– Demetria Netaniev-Malefoy va être couronnée Tsarine de toutes les Russies Magiques.
– …
– …
Albus toisa son ami, pour voir s'il était sérieux. L'Ankou arborait un air très sérieux, teinté d'une pointe de jalousie. Mais, très inhabituellement chez lui, pas la moindre malice. Il semblait juste résigné quant au fait que sa sœur de dix-sept ans dirige un quart de l'Eurasie.
– … Ah ouais, quand même, lâcha Albus.
– Ce n'est pas aussi impressionnant que ça en a l'air, lâcha l'Ankou (qui semblait surtout essayer de se convaincre lui-même). Demy a été élevée à l'étranger, alors elle a des connexions limitées, même en ayant le soutien de Lévine. Son pouvoir politique va avoir plein de freins divers et variés. Son couronnement est un grand geste, mais au final elle va être une figure de proue plus qu'autre chose.
– C'est Demy. Elle ne va pas rester figure de proue longtemps.
– Ouais, je sais, soupira l'Ankou. Surtout avec Lévine qui tire les ficelles. Je parie qu'ils passent leurs journées à comploter, déjà.
– Carrément.
Le silence retomba tandis qu'ils contemplaient cette nouvelle perspective. Scorpius sembla réfléchir intensément.
– Je me demande si ça fait de moi un genre de prince ?
Albus posa solennellement la main sur l'épaule encore humide de son ami, et lâcha d'un ton très sérieux.
– Prince ou non, pour moi tu seras toujours le roi des clowns.
– Merci, ça me touche beaucoup, sourit L'Ankou. Hé, si je ne trouve pas la carrière de mes rêves je pourrai toujours devenir bouffon de la reine.
– Tu l'es déjà, assura Demetria derrière eux, faisant sursauter Albus. Nous allons dîner.
Elle repartit comme elle était arrivée, subrepticement.
– Pourquoi vous faites tous ça ?! râla Albus.
– Faire quoi ? ne comprit pas Scorpius.
– Apparaître derrière les gens et répondre à des conversations privées sans vous annoncer. C'est flippant.
– Ouais, mais c'est super classe, fit remarquer Astrid depuis le couloir.
– … Raaaaaaah.
Les vacances avancées et les nombreuses absences de Demy se justifiaient par la quantité faramineuse de documents à signer et de personnes à rencontrer. Le jour du couronnement, qui n'était qu'une cérémonie sans valeur administrative, avait été fixé au 24 décembre afin qu'Aleksei (entre autres) puisse y assister.
– Mais du coup, tu vas quitter Poudlard ? demanda Albus durant le repas du soir.
Demetria marqua une hésitation… mais sa mère non.
– C'est hors de question, asséna fermement Alva. Demetria terminera sa scolarité, et sera diplômée.
L'intéressée grimaça. Cependant, elle n'avait pas d'argument contre. Elle aurait déjà du mal à se faire respecter de par son âge, ne pas être diplômée du premier cycle enfoncerait le dernier clou du cercueil de sa crédibilité.
– Oncle Lévine assurera la régence d'ici à la fin de l'année scolaire.
– J'assurerai la transition, corrigea celui-ci. Les familles ont l'habitude de travailler avec moi, et je sais comment fonctionnent les hautes sphères du Ministère. Et nous avons quelques décrets d'urgence à faire passer, pour éviter un contrecoup politique.
– Tu es mon éminence grise, ricana Demy.
– Je suis ton humble serviteur, s'inclina faussement Lévine.
– Tu devrais te faire ordonner cardinal, proposa candidement Kitty.
Plus tard, alors que les adolescents étaient couchés et les adultes réunis dans le boudoir, Draco entreprit de mettre quelques points sur les i de son ami russe.
– Tu serviras les intérêts de notre fille, ou les tiens ? demanda Draco.
En tant que Serpentard, il s'attendait toujours à un sale coup. Mais Alva commençait à déteindre sur lui, parce que mettre les pieds dans le plat comme ça était vraiment très Gryffondor. Alva écarquilla les yeux, et s'étrangla dans son thé. Lévine soutint le regard de Draco, ignorant Alva. Il sourit chaleureusement.
– Les intérêts de notre pays, répondit sincèrement le russe. Mais tant que les familles et le Ministère estiment qu'elle est une reine fantoche que je manipule, Demetria ne risquera rien. Tout risque d'attentat serait dirigé contre moi. Et par l'épouvantable karma du Ministre, j'y suis habitué…
– Et qu'est-ce que qui nous garantit que tu ne vas pas vraiment chercher à la manipuler ? insista Draco.
– Draco, enfin ! s'offusqua Alva. Lévine a toujours été là pour nous !
Lévine leva une main en signe d'apaisement.
– La question est légitime. Tu ne peux avoir aucune garantie, sinon ma seule parole. Et la parole ne vaut rien, si elle n'est pas accompagnée d'actes, alors tout ce que je peux faire, c'est te prouver ma bonne foi.
– Et puis soyons lucides, intervint Astrid. Personne n'a jamais été en mesure de dicter sa conduite à Demetria, ce n'est pas maintenant que notre petite fille devient une grande reine que ça va commencer…
oOoOoOo
Pendant ce temps, en Angleterre, Harry Potter ignorait tout du sort de son fils. Non pas que Molly ne l'eût pas expressément prévenu de sa fugue, mais parce qu'il était introuvable et que le courrier qu'elle lui avait envoyé trônait sur le coin de son bureau au Ministère ou sur le sol de son entrée depuis cinq jours.
Avant de partir, il avait bien reçu une missive expresse du Ministère Russe le traitant d'abruti fini, mais il avait l'habitude qu'Astrid le provoque gratuitement, et n'y avait guère prêté attention.
Harry était en mission secrète. À l'insu d'à peu près tout le monde, le Ministère avait mis en place des alarmes silencieuses le long de la côte Sud, relié à des détecteurs de charge magique. Toute quantité inhabituelle de magie franchissant la Manche déclenchait le système. La version officielle de cette démarche officieuse était la lutte contre les artéfacts de magie noire en provenance de France. Mais quand Blaise Zabini, directeur des Affaires Étrangères, était venu en personne demander à Harry d'enquêter sur le déclenchement d'une de ces alarmes, lui conseillant de classer le dossier d'enquête Top Secret, cela lui avait mis la puce à l'oreille.
Il se trouvait actuellement sur un comptoir commercial sorcier à l'est de Hastings, une plateforme de transplanage transmarin pour marchandises sensibles. Depuis quelques années, la plateforme tournait au ralenti car la fermeture de la France l'avait privée de l'essentiel de son traffic. Mais à défaut de traffic en règle, elle était au cœur de divers trafics, plus ou moins légaux, qui lui permettait de subsister. Entre autre, un transit de sorciers non déclarés.
Harry était là incognito depuis trois jours, les poches pleines de gallions pour payer tout dessous de table nécessaire à l'avancée de son investigation.
Ce soir-là, il avait rendez-vous avec un certain Capitaine Beckett. Il attendait l'homme à la taverne du comptoir, un trou sombre qui avait perdu son enseigne quelques décennies auparavant (la tenancière prétendait qu'il s'agissait du Gratehole, mais Harry l'aurait aisément qualifié de rat hole). Le capitaine se présenta bien sûr en retard.
– Sale temps pour naviguer, lâcha le marin en guise de salutations.
– Je ne m'y risquerais pas même s'il faisait jour et sec, assura Harry qui n'avait pas le pied marin.
– Il ne fait jamais sec en haute-mer, Mr Nielson.
Harry, sous polynectar, acquiesça. Il se faisait passer pour un antiquaire, venu négocier des pièces rares. Un contact du Département des Mystères lui avait fourni de fausses accréditations, et la fortune des Potter lui permettait de flamber un peu sans toucher au budget public du Bureau des Aurors.
– Votre travail consiste à faire transiter par bateau les objets trop lourds pour transplaner, c'est cela ?
– Partiellement, confirma Beckett. Je m'approche suffisamment des côtes pour que la cargaison soit envoyée sur mon pont, et il en est de même pour le déchargement. Dans l'idéal, je reste bien au large, hors de portée des sentinelles.
– Tout transite la nuit ? Ça ne pose pas de problème pour… viser ?
– Les caisses sont étanches et attachées à des flotteurs, expliqua le capitaine. Les fournisseurs larguent les caisses en pleine mer à des coordonnées précises, nous allons les y récupérer, et ensuite nous les expédions depuis un point d'ancrage au large de la plateforme directement dans un entrepôt que nous louons sur le front de mer.
– Les articles ne risquent pas d'être abîmés, en étant projetés ainsi et baladés par les vagues ? s'étonna faussement Harry.
– Les moldus ont inventé un système très ingénieux qu'on appelle "papier-bulle", répliqua Beckett d'un ton taquin. Et nous refusons toute marchandise vivante, bien sûr.
– Pas même des passagers ?
Beckett haussa les épaules.
– Il y a des moyens plus simples de passer les frontières discrètement.
– S'agissant de la France, c'est plus compliqué, insista Harry. La distance est trop grande pour être parcourue en un seul saut, et les plateformes maritimes ne laissent aucune chance à quelqu'un qui voudrait se… faufiler.
– Certes, concéda Beckett.
– Vous vous y prendriez comment, pour faire passer quelqu'un ?
– Hé bien comme vous le devinez, la marchandise ne va pas transplaner toute seule bien sûr. Le fournisseur, à terre, envoie généralement un de ses hommes avec les caisses. Un homme maîtrisant assez bien son transplanage pour partir avec les caisses, auquel il est solidement arrimé, et revenir sans. Admettons maintenant que, moyennant finance, quelqu'un paie pour avoir l'honneur de projeter la marchandise en pleine mer. Nous serions alors tenus, par notre honneur de marins, de repêcher cette personne et de la rapatrier saine et sauve vers notre port de destination.
– En cas de contrôle, vous n'aurez vous-même rien commis d'illégal, comprit Harry.
– Et aux yeux de la loi Française, nos fournisseurs commettent tout au plus le délit de décharge illégale en mer, et non le crime de trafic d'artefacts. Un délit jamais puni, vu l'état lamentable de leurs côtes…
– Et vous avez souvent des passagers ?
– Je n'ai pas dit ça !
– Mais vous ne l'avez pas nié, souligna Harry. Samedi dernier, vous avez fait passer une personne, qui transportait quelque chose à titre privé.
– Une petit bout de femme avec un sac en toile de jute, confirma Beckett. Je me rappelle lui avoir fait remarquer que le contenu de son sac devait avoir pris l'eau, mais elle m'avait assuré que cela ne craignait rien.
– À quoi ressemblait cette femme ?
– Cheveux courts à moitié roses, l'air d'avoir fait exploser son chaudron et prête à recommencer.
Harry ferma brièvement les yeux. Oh bon sang. Il connaissait quelqu'un qui correspondait parfaitement à cette description… Avec résignation, il demanda quand même :
– D'autres signes distinctifs ?
– Des tatouages runiques. Tracés à la perfection, mal encrés dans la peau. C'est ce qui arrive quand un calligraphe s'improvise tatoueur…
– Je vois, je vois…, marmonna Harry. Une idée de ce que le sac contenait ?
Le capitaine Beckett haussa les épaules.
– Plein de petites choses. Ça cliquetait, là-dedans.
L'air pensif, il but une longue rasade de Bièraubeurre. Puis il fronça les sourcils :
– Je ne sais pas trop pourquoi je vous confie tout ça. Ce n'est pas bon pour le business, de bavasser comme une pie.
– Probablement parce que j'ai versé du veritasérum dans votre chope, révéla Harry, pince-sans-rire.
– Ce n'est pas très fair-play, Mr Nielson.
– Je suis sûr que cela n'entachera pas nos relations futures, assura Harry. Oubliettes !
Harry se leva, et quitta l'auberge d'un pas leste. Une fois dehors, il soupira dans l'air humide de la nuit, et frissonna de froid.
– À quoi tu joues, Malefoy ? grogna Harry.
Il se doutait que Mocking ne s'adonnait pas à la contrebande pour son bénéfice personnel. Alva lui avait probablement demandé un service, et la petite grecque n'avait pas posé de question.
Harry devait en avoir le cœur net : plus cette enquête traînait, plus il éveillerait de soupçons. Être le directeur avait ses limites. Il transplana directement au Square Grimmauld.
Il avisa une pile d'enveloppes par terre, qu'il ramassa machinalement avant de se diriger vers son bureau. Il enflamma la cheminée d'un sort, y jeta une poignée de poudre de cheminette, et plongea sa tête dans les flammes vertes.
– Manoir Malefoy, Verteloutre.
Il plissa les yeux, le temps que sa vision s'adapte à la vive lumière du salon des Malefoy.
– Draco ! Alva ! appela Harry d'une voix impérieuse.
– La famille Malefoy est absente, l'informa une elfe de maison.
– Fichtre ! Hum, puis-je savoir où sont-ils ?
– Lixy l'ignore. Tout le monde est parti, sauf Mr Lucius. Lixy peut peut-être aller chercher Mr Lucius ?
– Urgh, non merci, grimaça Harry. Tu sais quand ils rentreront ?
– Lixy l'ignore.
Harry roula des yeux, et recula. Il s'était agenouillé dans la cendre pour rien.
Il avisa les enveloppes qu'il avait posées au coin du bureau. Il y avait de nombreuses lettres de Molly, dont des beuglantes qu'il n'osa pas toucher immédiatement. Mais une autre retint son attention : l'enveloppe était en or, et ornée d'un sceau en cyrillique qui ne lui était pas familier. Il l'ouvra mais sans grande conviction, l'air préoccupé.
"Vous êtes par la présente convié au Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg pour assister au couronnement de Son Altesse Demetria Drakovna Netanieva, première du nom, héritière du trône impérial de toutes les Russies Sorcières. Veuillez vous présenter à l'entrée du Musée de l'Ermitage avant 11h, muni de cette invitation et de votre baguette. La visite du musée sera exceptionnellement gratuite pour les invités."
Le texte en anglais occupait la moitié de la carte, l'autre moitié étant probablement le même message écrit en russe. L'invitation était nominative, et comportait même un portrait peu flatteur de Harry.
– Bah voilà autre chose ! lâcha Harry, interdit.
Ça expliquait où se trouvait les Malefoy…
Il ouvrit la lettre suivante, une lettre de Molly, et comprit immédiatement qu'il n'aurait pas à ouvrir les autres : celle-ci l'informait de la fugue de son fils. Les beuglantes devaient répéter le même message, de manière plus violente.
Harry paniqua, et se précipitant dans le hall, transplana au Terrier. Le voyant débarquer ainsi, Molly Weasley afficha un masque de colère qu'elle avait jusqu'alors toujours évité d'employer avec lui.
– HARRY JAMES POTTER, OÙ ÉTAIS-TU PASSÉ ?!
– Je suis désolé Molly, j'était en mission secrète pour le Bureau des Aurors, et…
– UNE MISSION SECRÈTE ?! répéta Molly d'un ton incrédule. ET TA MISSION DE PÈRE, ALORS ?!
Harry leva les mains en signe de reddition, et s'assit à côté d'Arthur.
– Qu'est-ce qui s'est passé ?
Sans un mot, Arthur lui passa le brouillon de lettre d'adieu d'Albus, que Harry parcourut en diagonal. Il prit sa tête dans ses mains et soupira.
– Évidemment, j'aurais dû m'en douter. Ce gosse ne tient pas en place.
– Je l'ai vu partir, avoua Arthur. J'ai vu la détermination dans son regard.
– Et tu l'as laissé partir ! accusa Molly.
– Tu voulais que je fasse quoi, que je l'attache ? grommela Arthur.
– S'IL LE FALLAIT, OUI ! gronda Molly.
– Il est chez son parrain, pas dans la nature, fit remarquer Harry. Je voulais qu'il soit à l'abri, et le voilà à l'autre bout du Monde.
– À l'abri de quoi ? s'étonna Molly, soudain circonspecte.
– C'est compliqué… et dangereux, tenta d'esquiver Harry.
– Nous avons tous les deux fait partie de l'Ordre du Phénix et combattu Tu-Sais-Qui la moitié de nos vies, fit remarquer Arthur. Ne cherche pas à nous épargner…
Harry soupira à nouveau, et entreprit d'expliquer ce qu'il pensait pouvoir révéler à ses ex-beaux-parents. Après tout, s'il lui arrivait quelque chose, quelqu'un de suffisamment informé devait protéger Lily, et il rechignait à compter sur Ginny qui avait disparu de la circulation depuis la mort de James, ne s'intéressant pas une seconde au sort d'Albus.
Le monde semblait plus simple, et ses alliés plus fiables, quand Harry n'avait que quinze ans. Mais à présent il en avait pratiquement quarante, et le monde était devenu bien compliqué…
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Adoncques, comme promis, RDV la semaine prochaine pour le prochain chapitre ! Peut-être même un peu moins, j'aime bien poster vendredi en début de soirée (là je pouvais pas, ma bêta travaillait très dur toute la semaine).
