A quelques jours du dernier match de Quidditch de l'année, l'école était en effervescence. Les élèves qui n'accrochaient pas des bannières faisait des paris ou scandaient des hymnes à la gloire de l'équipe de Quidditch de leur maison. Certains joueurs arpentaient les couloirs fiers comme des paons tandis que d'autres finissaient régulièrement la tête dans la cuvette à dégobiller leurs tripes pour évacuer le stress, à l'image de Ron.

Comme à son habitude, Hermione, qui ne saisissait rien à l'engouement de ses camarades pour ce sport, se focalisait sur ses études. Un soir, alors qu'elle descendait à la Grande Salle en compagnie d'Harry et de Ron, elle tomba sur le professeur Vector qui tournait à l'angle d'un couloir.

« Oh ! Professeur Vector ! Les garçons, Je vous retrouve à la Grande Salle ! »

Hermione bondit aux côtés du professeur d'arithmancie. Elle profita du fait que le professeur descende également dîner pour engager la discussion. Le professeur était une grande femme, souvent vêtue de capes d'un rouge foncé et dont le visage avenant était d'ordinaire encadré par de longs cheveux sombres qu'elle laissait détachés sur ses épaules.

« Miss Granger ! En quoi puis-je vous aider ? »

Hermione exposa à l'aimable Professeur ses inquiétudes quant au devoir qu'elle avait rendu la semaine précédente. Elles discutèrent jusqu'à leur entrée dans la Grande Salle puis Hermione rejoignit Ginny et Neville qui bavardaient tranquillement, attablés devant leur dîner.

« Salut » Hermione s'installa face à eux et entreprit de se servir. « C'est étrange, vous n'avez pas vu Harry et Ron ? Je devais les retrouver ici pour le dîner... »

Ginny haussa les épaules et chacun retourna à son assiette en parlant de tout et de rien. Ron finit par prendre place aux côtés d'Hermione quelques minutes plus tard, arguant que son nouvel épisode nauséeux avait fini en carnage grâce aux bons soins de Peeves. Il était donc remonté au dortoir pour se changer mais sa description du pourquoi du comment il s'était retrouvé à demi couvert de vomi amusa Neville autant qu'elle répugna les filles.

« Ron, on est à table ! » grinça Ginny, exaspérée.

« Ah oui, hum, désolé. »

Il s'excusa brièvement avant de se pencher par-dessus la table avec un air de conspiration.

« Il faut que je vous raconte quelque chose » glissa-t-il à voix basse.

Intriguée par son changement de ton, Hermione leva la tête et délaissa son assiette.

« Je venais de me changer quand Harry a débarqué dans le dortoir couvert de sang. »

« Quoi ? Mais que lui est-il arrivé ? »

Hermione était déboussolée. Et à en voir les têtes de ses interlocuteurs, elle n'était pas la seule.

« C'est ça le plus bizarre, » Répondit Ron, interloqué. « Il m'a demandé mon manuel de potion et est reparti en courant dès que je le lui ai donné ... Il ne s'est même pas changé ! »

Neville semblait perplexe mais Ginny et Hermione avaient échangé un regard entendu sitôt le livre de potions mentionné. Ça sentait le roussi. Quel que puisse être le déroulé des événements auxquels il avait pris part, Harry devait encore s'être mis dans de beaux draps. S'il n'avait pas l'air blessé, aux dires de Ron, c'était que le sang duquel il était couvert devait appartenir à quelqu'un d'autre. Et ce quelqu'un était fort probablement en mauvaise posture. Pressée d'en apprendre davantage, Hermione termina son repas en quelques secondes puis se leva de table. Elle fit un crochet par les toilettes avant de rejoindre la tour de Gryffondor.

« Et là… il l'a tué ! Tout son corps s'est recouvert de plaies et il s'est vidé de son sang sur le carrelage. Quelle horreur, mon pauvre confident… »

À peine entrée dans les toilettes des filles, Hermione entendit Mimi Geignarde chouiner la fin de ce qui semblait être un long monologue auprès de deux troisième année qui se lavaient les mains sans lui prêter grande attention.

« Mimi ? » Demanda Hermione d'une voix douce sitôt les deux filles sorties de la pièce « Qui a tué qui, Mimi ? »

« Potter ! » Scanda-t-elle. « Harry Potter est un meurtrier ! Il l'a tué ! Il doit être châtié ! » Hurla-t-elle.

Le pouls battant la chamade, Hermione interrompit brièvement Mimi avant que cette dernière ne s'échappe à nouveau par la cuvette des toilettes.

« Qui était-ce, Mimi ? Qui est mort ? »

« Drago Malefoy ! Harry Potter a tué Drago Malefoy ! »

Mimi explosa en sanglots et s'enfuit, se jetant dans les premiers WC qu'elle trouva. Sa dernière phrase laissa Hermione de glace. Sous le choc, elle sentit son souffle se couper, et son cœur sembla s'arrêter de battre.
Malefoy. Malefoy était… mort ? Malefoy. Mort.

Les mots tournaient en boucle dans sa tête et elle mit plusieurs minutes à encaisser l'information. Elle s'efforça tant bien que mal de se redresser, ses mains tremblantes appuyées sur le rebord des lavabos. De gros points noirs dansaient devant ses yeux et elle mit quelques secondes à retrouver un semblant d'équilibre.

Malefoy était mort.

Elle quitta la pièce brutalement, traversant les couloirs au pas de course. Il fallait qu'elle se rende à l'infirmerie, il fallait qu'elle le voie de ses propres yeux. Grimpant les escaliers à la volée, Hermione s'efforçait de chasser de son esprit l'image de son meilleur ami, baguette levée, assassinant Malefoy de sang-froid. Elle avait du mal à respirer et ses genoux flageolaient. Elle sentait sa cage thoracique oppressée comme si un semi-remorque était stationné dessus. Non, Harry n'avait pas pu... Après tout, connaissait-il même un seul sort permettant d'infliger… ça ? Il ne pouvait en être capable, n'est-ce pas ? Il n'aurait jamais fait ça, même à Malefoy… Non, il n'aurait jamais pu…

Arrivée dans le couloir de l'infirmerie, Hermione se figea avant de se jeter dans un renfoncement noyé dans la pénombre. Pansy Parkinson sortait de l'infirmerie en compagnie de Millicent Bulstrode.

« Tu es rassurée, Pansy ? Tu vois, finalement, Drago se porte plutôt pas mal, compte tenu des circonstances… »

« Oui, heureusement, il va bien. J'ai hâte de le voir écraser Potter comme un insecte dès qu'il sortira. »

« Et moi donc, ça risque d'être épique, » lança Millicent avec dédain. « Il a dit qu'il lui ferait sa fête, tu l'as entendu. Potter ne tiendra pas cinq minutes… »

Elles continuèrent à bavasser en passant devant Hermione sans la voir. Cette dernière sortit lentement de sa cachette et ses poumons se remplirent à nouveau peu à peu d'oxygène.

Alors, Malefoy allait bien. Du moins, il n'était pas mort, c'était un bon début. La colère prenant progressivement le pas sur son désarroi, Hermione amorça un demi-tour rageur en direction de la tour de Gryffondor. Il était plus que temps d'avoir une discussion avec Harry.

XXX

« Tu as fait QUOI ? »

Hermione tentait tant bien que mal de garder son calme alors que Harry racontait sa version de ce qu'il s'était passé avec Malefoy.

« Crie plus fort, Hermione… On ne t'a pas entendue en Australie ! »

« Tu es en train de me dire que tu as été assez stupide pour jeter sur Malefoy un sort dont tu ne savais RIEN ? fulmina-t-elle, faisant fi de la remarque acerbe de Ron. « Simplement parce qu'il était estampillé lu et approuvé dans ton manuel débile ? »

Hermione sentait le sang bouillir dans ses veines. Elle mourait d'envie d'assommer Harry avec cette saloperie de bouquin tant elle ne supportait plus d'en entendre parler. Elle avait beau savoir que le mal était fait, et qu'il ne servait à rien de le houspiller davantage, c'était plus fort qu'elle, dès que ses pensées lui imposaient l'image d'un Malefoy couvert de plaies sanguinolentes et mourant, elle ressentait le besoin impérieux d'en remettre une couche et ne parvenait pas à décolérer.

« Je ne te ferai pas le coup du Je-te-l'avais-bien-dit » , déclara-t-elle, toujours furieuse.

« Laisse tomber, Hermione », lança Ron en colère à son tour.

« Je t'avais prévenu qu'il y avait quelque chose de louche chez ce Prince », dit Hermione, incapable de se retenir. J'avais raison, non ? »

« Non, je ne crois pas », répliqua Harry, obstiné.

« Harry », dit Hermione, « comment peux-tu encore défendre ce livre alors que le maléfice… »

« Tu vas cesser de me harceler avec ce bouquin ? » l'interrompit sèchement Harry. « Le Prince a seulement copié la formule ! Il n'a jamais conseillé de l'utiliser ! Sans doute a-t-il simplement pris note de quelque chose dont on s'était servi contre lui ! »

« Je n'y crois pas », reprit Hermione. « En réalité, tu justifies… »

« Je ne justifie pas ce que j'ai fait ! » protesta Harry. « Je regrette d'avoir jeté ce sort et pas seulement parce que ça me vaut une douzaine de retenues. Tu sais très bien que je n'utiliserais jamais un sortilège comme celui-là, même contre Malefoy, mais tu ne peux pas en vouloir au Prince, il n'a jamais écrit : « Essayez donc ça, c'est très efficace ! » Il prenait des notes pour lui, rien de plus, et pour personne d'autre… »

« Tu veux dire par là », insista Hermione, « que tu vas retourner… Et reprendre le livre ? »

« Oui, exactement », répondit Harry avec vigueur. « Écoute, sans le Prince, jamais je n'aurais gagné Felix Felicis, je n'aurais jamais pu sauver Ron de l'empoisonnement, je n'aurais jamais… »

« … acquis une réputation imméritée d'élève brillant en potions », acheva Hermione, féroce.

« Fiche-lui un peu la paix, Hermione ! » intervint Ginny. « Apparemment, Malefoy a essayé de jeter un Sortilège Impardonnable, alors tu peux être contente que Harry ait eu quelque chose dans sa manche pour se défendre ! »

« Bien sûr, je suis contente qu'il ait échappé au maléfice ! » répliqua Hermione, piquée au vif, « mais il n'empêche que ce Sectumsempra n'est pas un sortilège acceptable, Ginny, regarde où ça l'a mené ! Et j'aurais pensé, étant donné les chances qui vous restent maintenant de gagner le match… »

« Je t'en prie, n'essaye pas de nous faire croire que tu comprends quelque chose au Quidditch », coupa sèchement Ginny. « Tu ne parviendrais qu'à te rendre ridicule. »

Hermione ne répondit pas. Les bras croisés sur sa poitrine, elle n'en démordait pas et gardait résolument les yeux braqués sur un point fixe à l'autre bout de la pièce. Quelques minutes passèrent au cours desquelles plus personne n'osa piper mot puis Hermione se leva sans rien dire et sortit de la salle commune d'un pas exaspéré.

Elle marcha au hasard un long moment, houspillant gratuitement les pauvres élèves qui avaient le malheur de croiser son chemin alors que l'heure du couvre-feu approchait et monta tenter de calmer ses ardeurs au sommet de la tour d'astronomie. Les marches l'aidèrent à expier une partie de sa colère et, arrivée tout en haut, essoufflée, elle s'accouda à la rambarde, tâchant d'ignorer le vide qui l'effrayait toujours en se focalisant sur les premières étoiles qui commençaient à habiller la nuit. Elle s'efforça à respirer profondément tandis qu'elle repassait en revue tous les événements de la soirée.

La prétendue mort de Malefoy l'avait secouée. L'état de panique silencieux dans lequel elle s'était plongée l'avait pris à la gorge. Elle avait ressenti une douleur vive, rapidement remplacée par une torpeur, une espèce d'état second cotonneux duquel elle ne parvenait pas à se sortir. Elle avait entendu les deux filles de Serpentard parler de loin, comme si elle s'était trouvée sous l'eau puis la migraine et la nausée qui avaient accompagné son état de choc s'étaient évanouies sitôt qu'elle avait compris que Malefoy était vivant et bien portant. A cet instant précis, elle était toujours partagée entre une colère féroce à l'encontre de Harry et le soulagement de savoir Malefoy indemne, bien que ce dernier lui manquât plus que jamais.

Il avait failli mourir. Il aurait pu mourir. Il aurait pu mourir en pensant qu'elle s'était servie de lui, qu'il ne lui importait pas, qu'elle n'en avait rien à faire… Ces pensées cheminèrent dans sa tête et elle ressentit brutalement le besoin urgent de le voir, de lui parler, de s'assurer qu'il allait bien. Elle quitta la tour d'Astronomie sans tergiverser.

XXX

Quelques étages plus bas, Hermione se faufila dans l'infirmerie et referma discrètement la porte derrière elle. Elle trouva directement le lit occupé par Malefoy puisqu'il s'agissait du seul patient dans la pièce sombre.

Elle se rapprocha de lui et s'interrompit un instant pour admirer sa pâleur fantomatique accentuée par le clair de lune qui traversait les immenses fenêtres. Son torse, à demi recouvert par les draps était strié de bandages parsemés de tâches écarlates.

« Oh, Malefoy… » soupira-t-elle.

Elle leva une main tremblante vers son visage qu'elle caressa légèrement. Elle le sentit légèrement tressaillir au contact de ses doigts et il ouvrit brusquement les paupières. Surprise, Hermione se figea.

« Granger ? Qu'est-ce que tu fais là ? »

Ses yeux étaient plissés, et son ton des plus suspicieux.

« Je… Harry m'a dit ce qu'il s'était passé alors… Je… Voulais m'assurer que ça allait… »

Il parut sceptique et sa moue se fit plus renfrognée encore.

« Ah oui ? Tu ne viendrais pas plutôt chercher d'autres informations à rapporter à Potter à mon sujet. A moins que tu veuilles t'assurer que je ne le balance pas… Qu'est-ce que tu fais vraiment ici ? »

Hermione secoua la tête de frustration.

« Malefoy, je… Je te l'ai dit. Je… m'inquiétais. Je n'ai rien… Personne n'est au courant pour nous. Je n'ai rien dit au sujet de… ce qui s'est passé entre nous. Et je peux t'assurer que, en l'état actuel des choses, je n'en ai rien à faire si Harry est puni pour ce qu'il t'a fait. Tu aurais pu mourir, il aurait pu… te tuer. »

Le soulagement d'avoir enfin pu lui dire la vérité, combiné à celui de voir Malefoy sur le chemin de la guérison, Hermione sentit les larmes affluer. La proximité du Serpentard semblait avoir bouleversé une nouvelle fois toutes ses perceptions et elle se sentait perdre pied. Sa main était toujours posée sur le lit, juste à côté de l'épaule de Malefoy et elle s'appuya dessus pour ne pas perdre l'équilibre.

« Tu m'as laissé, Granger… Tu m'as bien fait comprendre que tu ne me… Que tu ne voulais plus me voir, et ce depuis des semaines. Potter a bien dû te dire que j'allais survivre alors, je me répète, qu'est-ce que tu viens faire ici. »

« Je voulais… te voir. J'étais vraiment inquiète et tu me… manques, Malefoy. »

Il ne répondit pas. Hermione leva légèrement les yeux sur lui mais, dans un geste puéril, il tourna la tête de l'autre côté. Foutu pour foutu, Hermione se décida à vider son sac, une bonne fois pour toute.

« Je… suis désolée, Malefoy. J'ai… Je savais que rien ne pourrait… aboutir, entre toi et moi et je… Je ne pouvais plus… Notre proximité, ta présence… Je ne pouvais plus vivre sans. Et ça m'a fait peur. J'ai toujours évolué toute seule, j'ai toujours été… ma propre boussole, en quelque sorte et ce… pouvoir, cette attraction que tu exerces sur moi, c'est… déstabilisant et effrayant. Alors j'ai fui, je me suis dit que ça passerait… Et, je suis forcée de reconnaître que… non, pas vraiment. »

Son petit discours terminé, Hermione baissa enfin les yeux sur Malefoy, qui s'était peu à peu redressé dans son lit. Son visage restait fermé et il ne pipait mot.
Les yeux humides, Hermione savait qu'elle avait tout gâché, que rien ne serait plus comme avant entre eux et bien que ce soit nécessaire, voir Malefoy aussi fermé alors même qu'elle s'était ouverte comme jamais lui fit ressentir une douleur intense, viscérale jusqu'au plus profond de ses entrailles et elle amorça un mouvement de recul. Fuir, à nouveau, et pour de bon cette fois.

Alors qu'elle amorçait un demi-tour, ayant l'impression qu'on lui assénait coup de poing sur coup de poing dans le ventre, Malefoy attrapa sa main.

« Reste. »

Hermione se retourna à nouveau pour plonger son regard directement dans le sien. Sans un mot, il l'attira contre lui et la fit asseoir à moitié sur le lit. Il posa ses mains de chaque côté de son visage et la regarda droit dans les yeux.

« Que les choses soient claires, Granger. Je suis toujours furieux contre toi. »

Son petit laïus terminé, il posa ses lèvres sur les siennes sans crier gare.

Hermione se sentit trembler violemment et s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait. Elle l'embrassa à son tour, presque sauvagement, comme si elle voulait se repaitre de lui tout entier, comme si elle voulait ne jamais le laisser filer. Les gémissements se mêlaient aux larmes de soulagement qui avaient fini par tomber de ses yeux. Hermione, le souffle court, se sentait enfin complète, et sentait son cœur sur le point d'exploser. Malefoy tressaillait légèrement entre ses bras mais à chaque fois qu'elle tentait de se détacher pour lui éviter trop de douleur, il la serrait contre lui avec encore plus de force. Ils s'embrassèrent encore et encore, et, aux premières lueurs de l'aube, Hermione regagna son dortoir sur un petit nuage.