Chapitre 10 : L'histoire est faites par les vainqueurs
Les combats avaient cessé, tous les regards braqués sur Kagami, comme ils l'étaient sur lui avant que tout ne commence. On entendait que le bruit des souffles saccadés, mais ce silence relatif fut interrompu par le hoquet de surprise de Satsuki. Les gorilles sur les talons elle entra dans la pièce et se figea, sous le choc. Aomine profita de l'instant de confusion pour saisir le pistolet à sa ceinture et le braqua sur Kagami. Au moment où le regard de braise se reposa sur lui, il tira.
Le coup de feu parti, brisant définitivement le silence, résonnant contre le sol et les murs en marbre. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il sentit la lame du katana pointée sur lui mordre sa peau, sur son cœur. Il pensa que le temps était ralentit et que le corps de Taïga allait s'écraser sur lui bientôt. Mais recouvrant les cris de stupeur, un cliquetis métallique attira son regard. Il le tourna sur Tetsu, le regard triste, faisant tomber une à une les balles de neuf millimètres de son arme. Il grogna de frustration. Foutu fantôme ! Évidemment, il le connaissait trop bien et avait dû échanger les munitions avec des balles à blanc. Un rire mauvais s'échappa de l'homme au-dessus de lui, qui enfonça un peu plus sa lame dans sa chair, lui arrachant un cri de douleur. Ryota, Satsu et les autres encore debout tentèrent de le rejoindre en criant mais ils furent maîtrisé et désarmé. Il pensa furtivement qu'il avait eu raison, que ce plan et cette journée était vraiment merdique. Qu'il allait mourir là comme un con, trahi par un frère et empalé par un homme qu'il avait effectivement imaginé le faire, mais d'une toute autre manière. Sa connerie fit naître un sourire au coin de ses lèvres, malgré la douleur lancinante de l'acier froid mordant sa chair encore un peu plus. Même vaincu, pour rien au monde il ne baisserait les yeux devant qui que ce soit. Qu'on ne dise pas de lui qu'il était mort en suppliant. Non, ça jamais. Il fixait toujours son bourreau, écartant les pans de sa chemise déchiquetée, offrant sa poitrine blessée à Kagami, dans un ultime geste de provocation. Soudain, il vit plus qu'il ne sentit la lame l'abandonner. La seconde d'après, Tetsu faisait face au tigre, pointant une de ses dagues à trois pointes sur lui.
"Kagami-kun, on n'est pas venu pour ça."
"Mais il a tiré sans hésiter !" s'indigna Himuro.
"Et j'avais prévenu le coup. L'espoir est faible mais la paix est encore possible, si tu le tus, tout meurt avec lui ! "
"..."
Aomine regardait la scène, n'y comprenant plus rien. Il croisa le regard de braise, qui le scruta un instant avant de revenir dans ceux de son protecteur, s'adoucissant perceptiblement. Pour récupérer son attention, avide de comprendre ce qui se passait, il s'adressa à Kagami.
"Tu devrais me tuer maintenant que tu en as l'occasion, parce que crois moi, ça n'arrivera plus."
"Non… Kuroko a raison. Ce n'est pas ce que je veux, je ne suis pas venu pour ça."
Le jeune boss récupéra son arme et la rangea dans son fourreau, puis lui tourna le dos. Tetsu se pencha au-dessus de lui, lui tendant une main pour l'aider à se relever. D'un geste rageur, il l'éloigna et se releva seul, s'approchant le plus dignement possible de Ryota et Satsuki, tout aussi perdus que lui mais soulagés de le voir en vie. Sa radio grésilla, ce qui fit se retourner le rouge vers lui. D'un regard il l'autorisa à répondre.
"Seij' ?"
"Daïki ! Dis-moi ce qui se passe !"
"Shin ! Ça va."
"Te fous pas de moi putain ! Je ne pouvais pas tirer à cause de ses foutues colonnes ! Mais t'as qu'un mot à dire."
"Des nouvelles ?"
"Ils étaient trop nombreux, Murasakibara s'est replié. Akashi est toujours coincé par la procédure de blocage des coffres. Takao essaye de la déverrouiller. Mibuchi, Hayama et Nebuya poursuivent toujours Nash. Pour la discrétion on repassera."
"Je vois. Tu peux remballer. Va aider Kazu."
"T'es sûr ?"
"Shin, c'est bon."
"Pfff… prévoir une attaque pareille quand Mars rétrograde j'vous jure !"
Il ne peut empêcher son rictus. Il n'avait pas été le seul à penser que ça finirait mal, même si Midorima avait invoqué les astres, il n'en avait pas moins eu raison que lui et son instinct. Sans demander la permission, il rejoignit le bar de la pièce et se servit un verre de la seule bouteille encore intact, conscient du regard pesant sur lui, sa nuque le picotant la peau.
"Satsuki, Ryota rentrez aussi. Je crois qu'on en a fini ici."
"Non pas question ! Si tu restes je reste."
"Dai-chan !"
"Il ne lui sera fait aucun mal."
"Permet moi de douter de tes paroles, Kuroko-chi !" Cria Kise avec hargne.
Aomine se rapprocha de son frère et le prit par l'épaule. Il le fixa intensément. Lui aussi était en colère, mais il devait comprendre tout ce merdier. Et même si c'était imprudent, il savait qu'il ne risquait rien. Par contre, ses hommes avaient besoin de soins, et certains d'urgence. Sans lâcher Kise, il but une gorgée et s'adressa à ses sergents.
"Imayoshi, Wakamatsu ramenez tout le monde. Sakurai est blessé."
"Ok boss…"
"Faites-vous discret, les flics ont dû débarquer."
D'un hochement de tête, Kise confirma l'ordre à ses hommes de partir aussi, les valides soutenant les blessés. Aomine jeta un œil à Kasamatsu, visiblement pas ravi d'être congédié. Satsuki protesta encore mais il ne voulut rien savoir et elle se fit embarquer par les gorilles avec les autres. Seul Ryota refusait de partir, et il ne put pas le lui refuser. Il avait besoin de comprendre pourquoi il avait dû se battre contre Kuroko, et de l'entendre de sa bouche. Une fois la salle vidée, ou presque, il alla se resservir un verre et d'un ton glacial il lâcha.
"Bien. Je crois deviner cet autre chose que tu ne pouvais pas me dire Tetsu."
Kuroko frémit à cette voix. Il l'avait déjà entendue, tranchante et sèche comme le vent polaire. Mais jamais il ne l'avait entendue s'adressant à lui. Il jeta un regard à Kagami et ce dernier hocha la tête avant d'aller s'asseoir dans le canapé près du bar, Himuro sur les talons. Il soupira avant de se lancer.
"Tu ne sais rien Daïki. Laisse-moi t'expliquer."
"Oh mais j'y compte bien !" s'énerva son frère.
"Tu te souviens du troisième clan qui devait fusionner avec les nôtres à la fin de la guerre ?"
"Hikari ?" répondit Kise à sa place.
"Quel est le rapport Tetsu ? Viens en au fait ! Je n'ai pas la patience pour un cours d'histoire là tout de suite."
"Et bien ils ne sont pas tous morts comme on nous l'a fait croire. Et depuis tout ce temps, ils attendent de sortir de l'ombre. Pour anéantir Nash, se venger et réaliser la vision de leur reine. La mère de Kagami-kun…"
"Pardon ?"
"Daïki, voici Taïga Kagami, fils héritier de la reine Hikari, troisième puissance Yakuza de l'archipel, destiné à s'unir à Ezu et Teno." dit-il en tendant la main vers son ami.
Il observa ses frères et leurs réactions. Kise, toujours plus expressifs, scrutait Kagami les yeux exorbités. Aomine regardait dans le vide, buvant une nouvelle lampée de saké. Même s'il pouvait paraître imperturbable, il le connaissait assez pour savoir qu'il était chamboulé par la nouvelle. Il le laissa s'imprégner de l'information, espérant qu'il comprenne. Mais c'est le blond qui percuta le premier, ou du moins qui l'exprima à voix haute le premier.
"Mais… Tetsu-chi… Ton père ?!"
"Oui…"
Daïki redressa la tête vers lui et s'avança d'un pas. Himuro se leva et s'interposa entre eux, menaçant son frère du regard, aussi tranchant que l'acier dont il avait la couleur. Il en fut surpris mais sourit intérieurement. Cela voulait surement dire qu'il avait passé le test et que Tatsuya lui faisait confiance, le considérait comme un des siens. Il le remercia d'un hochement de tête mais lui posa la main sur le bras pour le calmer. Daïki ne lui ferait rien. Il vit dans ses yeux la flamme de la colère vaciller légèrement pour laisser place à un furtif soulagement, avant qu'il ne reprenne le contrôle de ses émotions. Kagami, qui buvait aussi, jusqu'alors silencieux, observait la scène, tendu.
"Je tiens à préciser que je ne l'ai appris que récemment. Sinon j'aurais venger mon clan plus tôt."
"Depuis quand ?" demanda Aomine en reportant son attention sur lui.
"Hum, deux semaines. C'est ça Tatsu ?"
"Oui, mais je crois que ce qu'il veut savoir c'est si tu savais quand_"
"Non ! Je ne savais pas. " Répondit le carmin en fusillant Himuro du regard.
"Et Wakamatsu alors ? S'était quoi ? "
"À pour ça je l'ai maudit ! Mon petit frère comme tu l'as sûrement remarqué est assez impulsif. Il a cru bon de s'attaquer à tes gars, mais il ne savait pas qui ils étaient, ni pour qui ils bossaient."
"Et toi oui ?" demanda Kise, intrigué.
"Oui. Tatsu le sait depuis toujours. Et tes dealers nous ont insulté les premiers. Tu devrais leur apprendre la politesse."
"Et ils t'ont traiter de quoi ? De taré ?! Parce que, attention au scoop: tu ES complètement taré Bakagami !"
"Non. De tafiole. Tu m'excusera, j'ai pas supporté."
Kuroko avait senti la tension monter entre eux, comme chaque fois qu'ils étaient dans la même pièce, il passa de l'un à l'autre. Kagami légèrement provocant dans son attitude mais le regard déterminé. Aomine fulminait de rage, pour des raisons évidentes… il ne pouvait pas lui en vouloir et il brûlait sûrement de lui demander qui avait osé, pour lui faire la peau lui-même. Contre toute attente, c'est son frère qu'il vit détourner le regard le premier avant qu'il ne reprenne la parole.
"C'est pire que ce que je pensais. T'es complètement inconscient ! Prendre un tel risque: te montrer et nous provoquer ! Risquer de mourir après vingt ans d'attente ? Mais quel chef digne de ce nom fait ça ? Imagine si tu étais mort pour une insulte à la con ? Ou aujourd'hui ? Tout ça pour rien !"
"Justement, vingt ans c'est trop. Trop de gens ont dû trop sacrifier pour moi. Ça aurait été une insulte que d'attendre encore une fois au courant de qui j'étais. Tu me demandes quel chef risque sa peau ? Un chef qui demande la vie de ses hommes devrait être en mesure d'offrir la sienne en retour."
"..."
"Et si ça peut te soulager, je suis désolé pour ton lieutenant. C'est pas lui que je voulais blesser mais il s'est interposé. Mais vu la blessure de Kyoshi, on peut dire qu'il s'est bien remis…"
La flemme que vit brûler le fantôme dans les yeux bleu cobalt lui était inconnue, mais elle était intense. Le regard doré de son autre frère brillait aussi. Il s'amusait beaucoup visiblement. La preuve, son sourire quand il se posa sur lui. Il fut soulagé de n'y voir aucune rancune. Ryota avait compris qu'il n'avait pas agi contre eux. Mais Daïki aurait besoin de temps. Pas pour comprendre, mais pour accepter. Quant à Seijuro… Il préféra ne pas y penser.
Malgré son mal de crâne de plus en plus prenant, Aomine serait bien restée pour débattre et avoir plus d'explications. Cependant, les bruits dans le couloirs annonçait l'arrivée des autorités. Le signal du départ. On ne devait pas les trouver là. Kagami avait visiblement entendu lui aussi car il se releva du canapé et lui attrapa le bras pour l'entraîner à l'autre bout de la pièce. Il se dégagea vivement de sa prise mais le suivit tout de même.
"Par-là, l'ascenseur privé. Au moins deux c'est le parking employé, il y a une sortie qui donne sur la rue."
"On en a pas fini toi et moi." déclara t-il, amer, en pointant son index sur son torse.
"Je sais. Mais si tu veux me revoir, t'as intérêt de déguerpir." répondit Kagami en se rapprochant, d'un air suffisant.
"À très bientôt !" grogna-t-il, menaçant avant de suivre Ryota dans la cabine.
"C'est ça… Monsieur l'impatient."
Il ricana en fourrant ses mains dans ses poches. Répondant au clin d'œil de Kagami par un sourire vicieux. Juste avant que les portes ne se referment entre eux, il osa un regard sur son frère, ce qui raviva la douleur. Il avait un peu espéré qu'il viendrait, mais s'était peut être mieux comme ça pour l'instant. Une fois seul avec Kise, il se pinça l'arête du nez en fermant les yeux, tentant de contenir le tsunami qui le ravageait intérieurement. En vain. Au douzième étage, la digue se brisa et la vague d'émotions en pagailles déferla et l'emporta. Il cria à plein poumon et frappa dans la paroi métallique, y imprimant son poing. Les néons grésillèrent et Ryota sursauta.
"Oï Daïki ça va pas !"
"NON ÇA NE VAS PAS NON !"
"Évidemment... T'en fais pas, on va éclaircir tout ça."
"Arrête ton optimisme à la con deux minutes. Je sais que t'enrage aussi. Tu trembles depuis tout à l'heure !"
"Bien sûr que j'enrage ! Mais si je tremble Daï… je t'ai cru mort putain."
Il fut surpris par la fêlure dans la voix de son frère. Il se retourna pour lui faire face et remarqua pour la première fois ses nombreuses blessures, puis il baissa les yeux sur la sienne, plus profonde, qui saignait toujours. Il déglutit. Oui, lui aussi s'était vu mourir. Et comme lui, Kise n'avait sûrement jamais imaginé ça possible. Comme pour confirmer sa pensé, le blond souffla:
"Il t'a battu…"
"Je sais."
"J'ai le droit de le trouver cool ?" demanda avec un sourire niais un Kise taquin.
Il ricana, dédaigneux et frappa Ryota derrière le crâne, ce qui lui valut une plainte aiguë et des insultes. Faire le guignol était son système d'auto défense. Son personnage de gars stupide pouvait désamorcer bien des situations dramatiques, s'était devenu un talent naturel. De nouveau face aux portes, il sourit légèrement. Kagami… il le détestait, mais lui aussi, il le trouvait cool. Et cette pensée l'agaça encore plus, si c'était possible.
Kagami ferma sa veste pour cacher sa chemise tachée de sang et actionna le système pour dissimuler l'ascenseur. Quelques instant plus tard la police entra dans le bureau, armes au poings. Kuroko, Himuro et lui se mirent à genoux, les mains derrière la tête et se laissèrent embarquer. Une fois au commissariat, il fut interrogé et il délivra l'histoire qu'ils avaient mis sur pied tous ensemble. Dans les rues de LA, si sa vie de petit délinquant lui avait appris quelque chose s'était à bien mentir. Un bon mensonge n'était qu'une histoire empli de vérités. Il suffisait juste de la remanier un peu, c'était plus simple à défendre qu'une invention pure. Alors il leur expliqua que Nash Gold était le gérant du casino depuis la mort de sa défunte mère, mais qu'il en était le propriétaire légitime. Les événements d'aujourd'hui, était une vengeance selon lui, ayant démis Gold de ses fonctions il y a peu, il a attaqué le casino pour montrer son désaccord, et pris la fuite.
Sa version fut corroborée par Tatsu et son ami. Ce dernier confirma avoir des preuves: des documents de l'avocat qui les avait rédigés, son père, qui en avait conservé une copie. Le testament d'Ayata Kagami et son acte de propriété du casino qu'il promit d'envoyer au plus vite pour qu'ils soient authentifié. Ils furent relâchés comme prévu et le chef de la police s'excusa en personne de les avoir embarqués de la sorte mais que c'était une question de procédure. Kagami le remercia et lui donna sa carte pour répondre à d'éventuelles questions et faire avancer l'enquête. Avant de partir, il demanda tout de même si des hommes étaient à la recherche du malfaiteur.
"Son portrait a été envoyé de partout Monsieur Kagami. Je puis vous assurer qu'il ne pourra pas quitter cette île."
"Parfait. Pourriez-vous me prévenir quand vous l'aurez ?"
"Évidemment. Encore navré pour votre arrestation."
"Ce n'est rien, vous ne faisiez que votre travail."
Ils rentrèrent dans leur tour, les autres les attendant sûrement pour un débriefing. Avant de commencer, il s'assura que tout le monde allait bien. Seul Kyoshi était resté à l'hôpital en observation pour cette nuit, mais rien de trop grave. C'était un gars solide. Il prit conscience du poids sur dans son estomac qu'une fois envolé en apprenant la nouvelle. Pour les autres, des bleus et quelques égratignures et pas mal de fatigue mais des sourires lumineux éclairaient leurs visages. Malgré qu'ils aient récupéré le casino, il ne sentait pas le cœur à la fête. Pour lui la mission n'était que partiellement remplie. Nash avait fui. Et pour couronner le tout Aomine n'avait pas semblé très… heureux de le voir cette fois ci. Il tressaillit au souvenir de son regard quand il avait tiré. Aucune once d'hésitation. Seulement de la haine, pure et brute. Ce mec était impitoyable. Certes il l'avait un peu énervé, mais il pensait que ce qui se passait entre eux, ces étincelles qui semblaient crépiter dès qu'ils étaient à proximité l'un de l'autre l'aurait fait douter. Ses pensées sombres furent interrompues par Alex qui l'appelait pour le debrief.
Il félicita tout le monde pour leur efficacité et la (semi) réussite de la mission. Chacun fit un rapport et il fut rassuré d'apprendre que les explosifs avaient pu être retirés. Izuki avait enregistré le tout et fait des portraits des membres de Ezu et Teno grâce aux caméras de surveillance. Ils n'y étaient pas tous loin de là mais Kuroko identifia ceux qu'ils avaient. Ça pourrait toujours servir. Même s'ils se jugeaient tranquille pour quelques heures, il fallait prévoir des représailles ou une visite des Yakuza bientôt. Ils organisèrent leur défense et discutèrent de tout ce qu'il y avait à faire pour réhabiliter l'établissement. La réunion dura jusqu'à tard et il ne fut pas mécontent de se retrouver un peu au calme. La journée fut longue et éprouvante, autant physiquement que mentalement. Il ne restait que lui, et ses trois As dans le salon. Alex le fit s'asseoir de force et le soigna, elle n'attendait que ça depuis qu'il était rentré.
"C'est pas très profond ça va. Tu es blessé ailleurs ?"
"Non, juste quelques contusions. Ce mec est un monstre." dit-il un peu rêveur.
"Je t'avais prévenu… Mais je te l'accorde. Je ne l'avais jamais vu si déchaîné."
"Hahaha il faut dire que tu l'as bien énervé aussi. Quelle idée de le provoquer sans arrêt ! Je vais finir par penser que t'es suicidaire frérot." se moqua Tatsuya.
"Je le provoque pas ! C'est lui qui est si… si arrogant ! Je ne fais que répondre." protesta Taïga.
"Si ça peut te rassurer je crois que tu lui fais le même effet."
"Étant donné qu'il m'a tiré dessus, non, ça ne me rassure pas trop !"
"Kagami-kun… tu aurais fait quoi à sa place ? Acculé, une lame sous la gorge ? Tu aurais renoncé et supplié peut-être ?
"Tetsu a raison. Je dis pas que je suis ravi qu'il ait tiré mais tu l'avais cherché. Maintenant il faudra être plus que prudent. Je parie qu'il a une dent contre toi." repris Himuro sérieusement.
"Je comprends mieux pourquoi ta mère voulait t'éloigner de tout ça. Je vais me ronger les sangs dès que vous serez hors d'ici…" soupira Alex.
"Je le connais. Il va avoir un peu de mal à digérer mais Daïki est un homme d'honneur. La paix est encore possible. J'en suis certain."
"Comment tu peux en être si sûr ?" Demanda le brun, sceptique.
"C'est simple. S'il n'y croyait pas, Seijuro serait déjà là." déclara Tetsu.
"Il faut que je le vois. Qu'il comprenne."
"N'attend pas qu'il te cherche. Que ce soit l'un ou l'autre, il faudra faire le premier pas."
"Je sais. D'ailleurs j'avais pensé à l'un de ses restaurants. Me mettre à sa merci le calmera peut-être assez pour m'écouter."
"Ok, c'est officiel. Cet Aho n'a pas tort. Tu es cinglé Taï !"
"C'est vrai que c'est un peu fou, mais assez pour que ça marche. Je vais voir lequel sera le plus sûr."
"J'avais beau rêver de te voir à cette place, je dois t'avouer Taïga que ça me fait bizarre de t'entendre parler comme un boss." confia Alex, les yeux humides.
"Oui c'est vrai… Je sens que je ne vais pas être d'accord sur tous tes choix mais je suis fier de toi." Ajouta son frère en lui ébouriffant les cheveux.
"On l'est tous." Lui sourit son ami, parlant aussi sûrement pour le reste de l'équipe.
Une vague chaude coula de sa poitrine dans tout son corps. Il avait eu si peur de se tromper, qu'on lui reproche la fuite du traître, que quelqu'un soit blessé. Mais non, tous étaient apparemment satisfaits et fiers de lui. Alors ils s'autorisa à l'être un peu. Il se massa la nuque, gêné et prétexta qu'il avait seulement fait ce qu'on attendait de lui. Mais son frère et Kuroko balayèrent sa modestie et racontèrent à Alex son combat "épique" d'après eux, vantant ses mérites et sa victoire. Il sourit en les observant parler de lui comme s'il n'était plus là, à finir les phrases l'un de l'autre avec le même enthousiasme. Tatsuya avait eu la preuve de loyauté qu'il attendait et laissait enfin libre court à sa sympathie pour l'homme de l'ombre. De temps à autre il secoua la tête pour nier leur récit quand sa mère d'adoption l'interrogeait du regard, ce qui la fit rire. La fatigue le rattrapa très vite, il se laissa aller sur le dossier du divan et ferma les yeux, réalisant entre les brumes du sommeil qu'il était l'heureux propriétaire d'un casino.
De retour au Rakuzan, Aomine et Kise trouvèrent Akashi ivre de rage dans ses appartements. Midorima se tenait à bonne distance, Murasakibara était appuyé contre un mur et Satsuki tentait tant bien que mal de le raisonner, évitant les projectiles en tout genre. Aomine soupira, il ne lui avait encore rien dit de ce qu'il venait d'apprendre et rien de ce qu'il avait à dire n'arrangerait son état. Kise lui pressa l'épaule en signe d'encouragement et partit s'assoir aux côté de Shin. En apercevant Ryota, sa sœur se retourna vers lui et se jeta dans ses bras. Il l'étreignit brièvement, lui caressa les cheveux et lui murmura qu'il allait bien pour la rassurer et s'avança dans la pièce.
Sans un mot il s'avança vers Seijuro, un verre à la main. Il le prit par les épaules et l'obligea à s'assoir avant de lui donner la boisson. Akashi le regarda d'un œil noir mais obtempéra, reprenant peu à peu son calme. La tempête passé, les autres se rapprochèrent. Daïki s'effondra dans un fauteuil, épuisé.
"Seij', le père de Tetsu tu t'en souviens ?"
"Vaguement. Pourquoi ?"
"Tout ça. C'est de sa faute."
"Il est mort, les morts n'ont pas ce pouvoir."
Aomine ne put s'empêcher de ricaner. Il aurait été de son avis il y a deux heures de ça. Il se redressa et inspira profondément avant de leur raconter ce qu'ils avaient appris. Le clan Hikari qui ne serait pas mort, leur vengeance, leur volonté de tuer Nash et de récupérer leur puissance.
"Alors c'est clair. On doit retrouver Gold, finir le boulot et ensuite on se charge de ce prétendu héritier de Kagami et de ce traître de Kuroko."
"Seij' Tetsu est des nôtres !"
"Daïki, sans lui ton plan cul serait déjà mort, et Nash aussi !"
"Sans Kuroko-chi, Ao serait mort aussi ! Il a empêché Kagami de le tuer !" Répliqua Kise.
"Mais quelle bande de névrosés vous faites ! Nash était négligeant, manipulable. Ce gars sortit de nul part, s'il est bien ce qu'il prétend, il ne sera sûrement pas gérable ! Et avec une arme comme Tetsuya, il ne devient pas seulement ennuyeux mais carrément dangereux ! Il doivent mourir, ou tôt ou tard se sera nous !"
"Mais Seij' tu t'entends ? Pourquoi ils mentiraient ? Pourquoi Tetsu nous lâcherait si non pour venger son père ? Et ce mec aurait dû grandir comme nous, c'est un Yakuza !"
"Mais ce n'est pas le cas ! Il ne sait rien de notre monde. Et ce n'est que leur version des faits. Je crois qu'il serait temps que tu penses avec ta tête, t'es vraiment près à gober n'importe quoi."
Aomine serra les dents, et se leva. Il n'aimait pas du tout l'insinuation. Oui Kagami lui avait plus, oui il l'avait un peu obsédé, mais il l'avait aussi affronté, et sans l'intervention de Tetsu, il l'aurait tué de ses propres mains. Jamais il ne se détournera du clan ou de ses obligations pour qui que ce soit, peu importe qu'il ait le plus beau cul du monde ou qu'il embrasse comme un dieu. Et que son frère en doute réveilla la colère qui grondait en lui. Il se pencha au-dessus de son fauteuil, s'appuyant sur les accoudoirs. Planta son regard noir dans les yeux verrons, l'un brulant de rage, l'autre glacial et sans âme.
"Tu vas trop loin, frangin. Ce mec j'en ai rien à foutre ! Par contre, si on nous a raconté des conneries toute notre vie, j'aimerais bien le savoir. Pas toi ?"
"Il est vrai qu'on n'a jamais remis en cause la parole des anciens…" tenta Shintaro.
"Mais pourquoi le ferait-on ?" Demanda Atsushi.
"Parce que l'histoire est faite par les vainqueurs." lâcha Satsuki.
Un silence suivit la déclaration de la jeune femme. Au-delà de la menace que représentait ce nouveau clan, sa simple présence soulevait aussi beaucoup de questions sur leur propre existence. Seijuro en profita pour l'écarter et se lever à son tour. Il ne semblait pas prêt à vouloir se les poser parce qu'il répéta, comme s'il annonçait la météo du lendemain, qu'ils devaient mourir. Qu'ils avaient des ordres et une mission à terminer. Aomine protesta encore, il voulait savoir avant d'agir. On parlait tout de même de leur frère.
"Je commence à me demander si tu n'as pas peur de ce Tora, Daïki… après tout, il t'a battu. Et il
aurait pu te tuer. Ce serait compréhensible. Mais je ne te savais pas si lâche."
"QUI EST CE QUE TU TRAITES DE LÂCHE ?! Moi au moins j'étais au combat. Et toi, où étais-tu rappelles moi Seij' ? Ah oui ! Planqué dans un putain de BUNKER !"
"CE N'ÉTAIT PAS DE MON FAIT ! Si j'avais été là, sûrement qu'on en serait pas là !"
"Oï les gars, calmez-vous…"
"Mais oui le fils à papa il sait tout mieux faire que tout le monde ! Tu veux que j'te dise Seij' ? T'es qu'un pantin !"
Cette remarque était de trop, mais il le pensait. Son frère avait toujours eu tendance à suivre aveuglément les ordres sans se poser de questions. Akashi, de nouveau fou de rage, se jeta sur lui. Il encaissa le coup et voulu lui rendre mais Atsushi le saisit à bras le corps et le souleva de terre. Ryota et Shin retenaient Akashi et Satsu se plaça entre eux, bras écartés. Une fois la pression redescendue, ils convinrent de se séparer avant de dire ou faire des choses regrettables. Ils avaient tous besoin de sommeil. D'autant que leurs pères n'allaient sûrement pas tarder à les convoquer pour leur demander des comptes sur le fiasco de la mission. Autant profiter de tout le répit qu'ils pouvaient.
