- PDV EXTERNE -
Le Survivant prit son petit déjeuner, but son jus et s'allongea sur la canapé, espérant tout du long que les oiseaux s'en aillent. Il constata avec résignation que les oiseaux étaient butés – plus butés que lui, c'était dire.
Alors, après un soupir, résigné, Harry ouvrit une première fenêtre, et aussitôt un vacarme assourdissant retentit, alors que le nuage de volatiles fonçait sur Harry, des oiseaux hululant de toutes leur forces tandis que les autres déboulaient partout du salon au couloir. Un tourbillon de plumes et de cris aigus envahissait chaque centimètre carré, et les tableaux hurlaient de terreur, choqués.
Severus, secoué, s'accrocha à l'un des rebords de la table avant de la sentir défaillir, fauchée sous lui par le nuage d'oiseaux s'écrasant un peu partout sur les murs avant de se reprendre pour foncer sur le Survivant qui était, pour sa part, enseveli de lettres et de battements d'ailes autour de lui. Il était tombé au sol sous la force des volatiles, et en quelques minutes, tous les oiseaux eurent fini de laisser leur lettre pour s'en aller peu après.
De longues secondes s'écoulèrent alors, nécessaires à chacun pour reprendre ses esprits et se remettre de la vision d'un salon dévasté en moins de cinq minutes – pour la deuxième fois en moins d'une semaine. Ils devaient être maudits.
Un instant passa, puis Harry se mit à rire, sous la montagne de lettres le recouvrant des pieds à la tête. Le tas bougea, remua, puis une tête en sortit, riant aux éclats, tentant vainement de se raccrocher à quelque chose pour se lever, mais sans grand succès, les écrits lui retombant encore et toujours dessus, son corps agité de tremblements de l'aidant pas. Il était plié en deux, et à présent seul le son de sa voix hilare venait troubler le silence intégral.
Severus se mit alors à rire, lui aussi, d'abord doucement, timidement, puis de plus en plus fort. Il ne savait pas vraiment pourquoi. Peut-être était-ce l'incongruité de la situation. Peut-être était-ce encore la voix de Potter qui faisait des miracles. Il se rendit compte qu'il ne faisait pas que se détendre à l'entente de cette voix. En réalité, il ressentait toutes les sensations transmises de façon plus intense. Et là, en cet instant, la voix de Harry lui donnait envie de rire, et de rire encore !
Il se raccrocha tant bien que mal à un bord du canapé, épuisé alors que son hilarité continuait encore et toujours. Combien cela faisait-il de temps qu'il n'avait pas eu de fou-rire ? En cet instant, il n'avait plus de mauvaises pensées. Il ne pensait plus à rien, en fait. Plus à rien, à part à lui et Potter qui riaient ensemble, sans que cela n'ait aucun sens. Il ne savait même pas pourquoi il riait. Il était simplement heureux, simplement secoué par un désir tordant de rire à son tour, une fois avoir entendu Har-Potter ! Potter… éclater de rire. Il voulait le rejoindre, il voulait rigoler, lui aussi, sans plus penser à rien, si ce n'était la voix du garnement, qui envahissait son esprit. Il avait d'abord soupçonné un effet secondaire du lien magique, puis, à présent, se demandait si ce n'était pas simplement la voix qui, après avoir déclenché tant de sensations étranges à l'entente de son prénom, s'avérait être un lien vers toutes les sensations qu'il avait oublié. D'abord, la tendresse, le repos, la détente. Maintenant, le rire.
C'était bien trop philosophique et Albusien à son goût, mais peu importait, car à ce moment, tout le négatif était envoyé bouler sur Vénus. Il ne pensait même pas aux conséquences, ni à sa fierté ni à la peur de quoi que ce soit. Il riait simplement. Une éclaircie au milieu de toutes ces tempêtes.
- PDV EXTERNE -
Harry devait faire des efforts, il le savait. Si quelqu'un devait faire le premier pas, si quelqu'un devait engager les conversations, c'était lui. Snape avait commencé par déclencher la haine entre eux, puis il y avait mis fin, au moment de révéler ses souvenirs. Maintenant, il se rendait compte des conséquences, et il n'était sûrement pas prêt à changer, pas après trente-huit ans de masques, pas après trente-huit ans coincé dans toutes ces couches de souffrances, de protections et d'hypocrisie, pas après toutes ces années de secrets, d'efforts, d'erreurs et de rédemptions… ce serait renoncer à tout ce qu'il était, ou bien à tout ce qu'il croyait être.
Mais Harry, qui avait fini par se dire que de toute façon Snape serait trop borné pour qu'il y ait la moindre chance, venait d'avoir un fou-rire avec lui.
Un… fou-rire avec… Snape.
Le pire, c'est que sur le coup, ça lui avait semblé normal, naturel. Toutes les tensions entre eux avaient disparu le temps de quelques minutes. Maintenant, leur haine ancestrale était revenue, mais, à présent, ils savaient. Ils savaient qu'une brèche s'était ouverte, qu'elle s'était ouverte depuis ce moment à la fin de la bataille. Auparavant, c'était une brèche qu'ils pouvaient oublier, qu'ils pouvaient jeter au tréfonds de leur esprit, pour occulter sa présence. Mais maintenant, elle s'était imposée à leur vision. Maintenant, elle était devenue visible au point de ne plus pouvoir faire comme si elle n'existait plus. Maintenant, ils savaient qu'une rupture de leur haine viscérale était possible.
Et Harry comptait bien en profiter. Il allait reprendre les cours, en septembre, et maintenant que la nouvelle Directrice lui avait secrètement révélé que le Maître des Potions y enseignerait, il était bien décidé à pouvoir passer l'année au moins un peu plus sereinement. Hors de question d'avoir on ne savait combien de points enlevés simplement parce qu'il avait fait des ratures sur sa copie, ou bien de se faire humilier de nouveau. Surtout qu'à présent, il se l'avouait, les rares – ô combien rares – moments agréables passés avec l'homme lui tenaient à cœur. Trop à cœur… certains moments lui étaient incompréhensiblement précieux, il y tenait comme rarement il avait tenu à quelque chose, et il ne savait pas vraiment pourquoi. L'exclusivité de ces moments, leur rareté, leur donnait un aspect précieux, et l'espoir qui en résultait plus encore.
Il tenait au souvenir du moment où l'homme lui avait donné ses souvenirs, il tenait à la confiance qu'il avait, pour la première fois, placée en lui. Sans qu'il ne sache pourquoi, il voulait raviver cette confiance. Il tenait à ces provocations qui parfois viraient à la taquinerie qu'ils s'étaient échangés depuis la fin de la bataille, il tenait à ce fou-rire, il tenait aux instants où il avait pu apercevoir un Maître des Potions détendu, lors de son sommeil ou quelques instants plus tôt. Il tenait à tous les souvenirs que l'homme lui avait confié. Toutes ces choses personnelles lui avaient été destinées… oui, peut-être était-ce parce qu'il était le seul disponible à ce moment ? Mais l'homme aurait bien pu garder les objets de tant de honte de sa part enfouis avec lui dans la mort. Mais non, il avait pris le risque de les lui donner, et Harry sentait que pour la première fois, à cet instant là, l'homme en noir lui avait fait confiance. Il avait pris le risque de voir toute son image détruite, le symbole de toutes ses peurs, qu'il considérait comme des faiblesses, offert à Harry Potter. Offert à lui. Et il y tenait, par Merlin.
Et maintenant, il avait un espoir de voir leur relation s'arranger.
Il fixa le plafond avec un léger sourire niais, heureux que le professeur soit remonté, le préservant ainsi d'une remarque acide sur la taille de son organe cérébral qui l'aurait sorti de son petit nuage.
Il se rendit alors compte qu'il était encore empêtré dans sa montagne de lettres, sa tête dépassant tout juste, alors un nouveau rire lui échappa. Il se calma plus vite, cette fois, et sortit avec beaucoup de peine du gros tas d'enveloppes, trébuchant et retombant sans arrêt. C'est en environ cinq longues minutes que le Survivant, essoufflé de devoir se battre contre des morceaux de papier, le souffle haché, réussit à se dégager de l'immense pile.
Il se traîna jusqu'à son café, qui était froid à présent, et grimpa sur sa chaise en bougonnant. Il y aura encore des travaux à faire… En jaugeant d'un œil blasé les dégâts annonciateurs d'une bonne journée nettoyage, Harry constata alors avec rayonnement que bon nombres d'ornements glauques, diablement chers et irritants au possible s'étaient brisés, les morceaux de métaux précieux, de terre cuite et d'artefacts sombres plein d'ornements ridicules jonchant le sol. Il remarqua alors Kreattur, le souffle coupé, recroquevillé dans un coin, s'horrifier du sort de toutes les merveilles merveilleusement merveilleuses de la noble famille des Black. Harry de le rassurer maladroitement, amusé malgré lui, et lui promit que toutes les autres possessions des Black lui reviendraient à présent. Kreattur partit en remontant les escaliers tout en maugréant comme à son habitude que les sangs-mêlés qui occupaient à présent le Manoir – et même pas des Black, quel affront – n'étaient bons qu'à créer la putrescence et la destruction, preuve en était, et ce n'était même pas la première fois de la semaine…
Loin de le froisser, toutes ces paroles rageuses amusèrent Harry. Il se dirigea alors vers la cuisine pour se préparer des toasts – allez voir, même ça il peut le rater XD – quand il entendit des coups frappés à la porte.
Sa bonne humeur partit aussitôt, les souvenirs néfastes lui envahissant de nouveau l'esprit. Il pria intérieurement tous les dieux dont il avait de près ou de loin entendu parler, en une supplication sincère pour que les enfants s'en aillent. Il avait tenu une fois, il ne savait pas comment se déroulerait cette fois là…
Il se promit de ne pas leur ouvrir. Il leur souhaitait tout le bonheur du monde, mais là, il ne pouvait plus. Il était parti aux courses, il était parti aux courses, il était parti aux courses…
Les coups se firent plus violents et encore répétés, et Harry se pétrifia. Tout à coup, une voix surgit de l'étage du dessus.
« Potter ! Ne comptez pas sur moi pour être votre valet ! J'en ai déjà fait office la dernière fois, alors allez ouvrir cette fichue porte avant que ces Gryffondors écervelés de rouquin et de miss-je-sais-tout ne l'enfoncent ! »
Harry ne put alors empêcher un immense sourire d'illuminer son visage à l'annonce de la présence de ses amis. Un cri se fit entendre à travers la porte, qu'il identifia comme celui de Ron, et qui fit écho aux paroles du professeur de potions.
« Harry ! Si tu n'ouvres pas, je te jure que tu passeras un après-midi entier à ramasser les débris de la porte partout dans ta maison !
- Il va déjà devoir passer trois jours à réarranger le couloir, les vitres et le salon, alors une porte un plus ou en moins… ricana la voix de Snape à travers le palier.
- Oh ! Je vous signale que c'est vous qui avez envoyé tous ces hiboux ! s'indigna le Survivant.
- Qu'est-ce qu'il se passe, Harry ? demanda une voix de fille à travers la porte. S'il te plaît, ouvre-nous ! Et calme-toi, Ron ! Et que – NON RONALD WEASLEY TU N'UTILISES PAS LE SORTILÈGE DE CATAPULTAGE !
- Mais Mione !
- Rahhh… Supporter qu'un stupide Gryffondor vive dans la même demeure que moi est un exploit, MAIS TROIS !
- Il est encore là, lui ? Aïe ! Mione, arrête de m'écraser le pied !
- Respecte-le, Ron… c'est ton professeur, on va l'avoir l'année prochaine, souviens-toi – ET NON RON ON N'EXPLOSE PAS LES PORTES D'ENTRÉE DES GENS !
- Ah oui… j'avais oublié… rit Ron sans prendre en compte la dernière remarque. On ne pourrait pas donner du Polynectar à quelqu'un pour qu'il prenne sa place et…
- J'ENTENDS MONSIEUR WEASLEY !
- Roooh, vous ! Vous – Aïe, Mione ! Arrête, à la fin, mon pied ! ET HARRY OUVRE NOUS CETTE FOUTUE PORTE OU BIEN ON VA... »
La porte s'ouvrit sur un Sauveur, mi excédé mi amusé, et constata dans un petit rire que Hermione écrasait le pied de son ami et essayait de lui subtiliser sa baguette avant qu'il ne fasse réellement exploser la porte. Les deux amis levèrent les yeux dans un grand sourire qui aussitôt laissa place à une expression bouche-bée.
Le couloir était rempli de plumes, on pouvait apercevoir des hiboux inconnus cachés derrière l'escalier, toutes les vitres étaient brisées avec des morceaux de verres éparpillés au sol et le Sauveur en pyjama les accueillait avec des cheveux encore plus en pétard que de coutume, des lettres accrochées par endroits à ses vêtement, plusieurs morceaux de cire collés dans ses cheveux corbeau.
« Harry tu… tu… tu…
- Mais qu'est ce qu'il s'est passé ici ? »
Ils étaient tous les deux livides, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés, à regarder les déchirures sur les tableaux et les murs, les incalculables bibelots brisés répandus au sol.
« Eh bien il se trouve que notre cher vampire du premier étage a répandu exprès la rumeur dans la Gazette, et que les quelques milliers de piafs présents aux fenêtres ne devaient pas aimer la couleur des tapisseries.
- Alors c'était lui ! s'exclama Ron, ébahi.
- Il est impoli de parler de quelqu'un à la troisième personne quand celle-ci vous entend, monsieur Weasley, susurra dangereusement le monstre des cachots.
- Si vous voulez vous joindre à la discussion, descendez de votre trou !
- Le respect vous est décidément bien étranger, continua Snape d'un ton doucereux.
- Viens, coupa Harry en empêchant Ron de se jeter dans les escaliers, on va discuter dans le sal -
- NON MAIS TU AS VU L'ÉTAT DU SALON ? »
La voix d'Hermione avait claqué, choquée et aiguë, alors que Harry se précipitait pour essayer de la rassurer. Mais l'un des murs était en ruine, une montagne de lettres trônait en plein milieu de la pièce tandis que d'autres enveloppes jonchaient un peu partout le sol et les meubles, des cachets de cire collés par endroits. Tout cela sans compter les débris bien plus nombreux qu'au couloir éparpillés partout et les vitres, comme à l'autre pièce, brisées.
« Ne t'en fais pas, Mione. Quelques Reparo et…
- Non, Harry, fit-elle, encore sous le choc. Les Black avaient ensorcelé toute la maison pour qu'aucun sortilège ne puisse l'atteindre… c'est un très vieux sortilège, Harry, il s'est donc renforcé au fil des ans, et il n'existe à ma connaissance aucun sortilège capable de l'annuler…
- Oh, jour à marquer au feutre indélébile » commenta Ron en riant.
Hermione le foudroya du regard mais ne put contenir une étincelle d'amusement.
« Donc, je disais, avant qu'un imbécile ne me coupe – regard appuyé sur Ron XD – que les Black avaient à l'origine ensorcelé le Square pour le protéger, mais maintenant il est du coup impossible de le réparer avec des sortilèges. À moins de l'annuler… même si… » elle se pinça les lèvres, puis continua. « … je ne sais pas comment. Il faudrait peut-être créer un contre-sort, mais je ne connais personne qui…
- Ben ça alors, coupa Severus en maugréant de là-haut, ce n'est pas comme si dans la maison il y avait quelqu'un qui avait créé plusieurs sortilèges alors même qu'il était plus jeune que vous et qui par conséquent serait amplement capable de le refaire.
- Ça va, les chevilles ? lança Harry, mi irrité, mi amusé.
- Potter, la notion de -
- Roooh, j'en ai marre de l'entendre grogner, souffla Harry en souriant à ses deux amis.
- J'ENTENDS POTTER !
- Tiens, qu'est-ce que je vous disais…
- J'aimerais, si cela ne dérange pas notre Grand Sauveur, pouvoir lire tranquillement sans que mes oreilles soient envahies de cris et de geignements pitoyables d'imbéciles en pleine crise d'adolescence.
- Vous n'avez qu'à fermer votre porte ! s'indigna Harry. Elle est grande ouverte !
- Mme Pomfresh m'a défendu de faire le moindre effort, résonna la voix du Maître des Potions, cela pourrait froisser mes ligaments encore fragiles, vous comprenez… et, comme c'est dommage, il se trouve que – oh ! c'est étrange – je me sens justement dans l'incapacité d'aller la fermer moi-même. Mais que voulez-vous, Potter, votre grand cœur Gryffondorien m'a cloué ici, il ne devrait donc pas être difficile de continuer dans la voie de la cohabitation en allant fermer la porte d'un pauvre alité ? Ou bien est-ce trop demander au grand Sauveur du monde sorcier ? Peut-être que monter un escalier est au-delà de vos forces ? Peut-être voulez vous que vos serviteurs vous apportent un modeste Éclair de Feu afin de ne pas avoir à faire le moindre effort ?
- SALE CHAUVE SOURIS GRAISSEUSE VOUS ALLEZ VOUS LEVEZ VOUS MÊME ET -
- RON ! »
Harry éclata de rire. Ils étaient tous si… fidèles à eux-même !
« Mais Hermione ! Il provoque Harry et… »
La sorcière soupira. Le rouquin avait raison, mais elle n'était pas venue pour une énième dispute.
« Écoute, Ron, j'ai la flemme de vous voir vous entre-tuer. On va régler le problème ! Assurdiato.
- ET ÇA OSE UTILISER MES PROPRES SORTILÈGES !
- Il n'a pas la force de se lever de son lit, mais par contre se plaindre, là, ça y va… grommela le rouquin.
- Heureusement qu'il ne t'entend plus, rit Harry. On aurait fait de la confiture avec ce qu'il aurait resté de toi !
- Mélangé aux gravas d'ici, ça ne doit pas être mauvais ! s'exclama Ron en riant, suivit d'Hermione.
Les trois inséparables – oui, enfin on va pas chipoter, presque inséparables si vous insistez – continuèrent de parler de tout et de rien, et, en dégageant les morceaux de babioles éparpillés au sol, s'assirent chacun sur les chaises à peu près intactes qu'ils trouvèrent, autour de la moité de table de bois restante.
Ce fut la vue de la Gazette qui leur rappela la raison de leur venue.
« Ah, oui, ce torchon… grinça Harry.
- Au début, Ginny avait eu peur, commença Ron, elle était en pleurs. Elle ne t'en a jamais voulu, et on l'a rassuré. On savait bien que ce n'était encore qu'une autre de ces conneries que les journalistes s'arrachent… on savait bien que tu n'y étais pour rien.
- Alors on a voulu aller voir comment tu allais, parce qu'on se disait que tu aurais besoin d'aide pour trier tes dizaines de lettres, mais… » Hermione s'interrompit, jeta un regard à la pièce et rit doucement. « On en s'attendait pas à ce que tu reçoives cette montagne dès huit heures du matin, ni que la maison subirait un tel ouragan !
- Au moins, les hiboux retardataires ne sont plus bloqués par les vitres, puisqu'il n'y en a plus. » soupira Harry en souriant, vaincu.
Puis, les deux amis se tortillèrent sur leur chaise, mal à l'aise.
« Écoute, Harry… Ginny et toi, vous… vous ne vous parlez plus trop et… et ça lui fait du mal, tu sais, commença Hermione. Elle ne t'en veux pas, simplement, elle… elle aimerait éclaircir certains points avec toi.
- Oui, continua Ron, vous ne vous êtes pas vraiment vu depuis un an, vous vous êtes éloignés, alors tous les trois on s'est dit que vous devriez… parler, histoire de régler tout ça. Et puis… elle reçoit des lettres, tu sais. Des lettres de menace, juste parce qu'elle est avec toi. On sait bien que ce n'est pas de ta faute, Harry, personne ne t'en veut, et il n'y a pas d'embrouille entre vous, simplement… la communication, c'est primordial, quoi…
- Ouah, rigola Harry, ta capacité émotionnelle est passée de petite cuillère à louche, Ron, c'est bien, on progresse !
- Roooh, ça va, toi, hein ! répondit Ron en souriant, le tapant affectueusement dans le dos. Dis, la chauve-souris ne déteindrait-elle pas sur toi, par hasard ?
- Bah, quand on se la coltine vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jour sur sept…
- Oh non ! Une, c'est déjà trop de points en moins à Gryffondor, alors deux !
- Ron… soupira Hermione en souriant affectueusement. Donc, Harry, Ginny n'a pas pu venir aujourd'hui, elle devait aller à un mariage – oui, une semaine après la bataille, y en a qui ont le moral – mais… peut-être demain ? Tu sais… on t'a bien vu, Harry, et… je veux dire, je sais que vous vous aimez, mais, après un an séparés… je ne sais pas, quand je vous vois, j'ai plus l'impression que vous vous considérez comme des frères et sœurs que comme un couple, maintenant. Avant, non, mais là… Alors… enfin, je ne sais pas, mais…
- Et puis, enchaîna Ron, tu es toujours prit, et tu veux être libre, alors qu'elle a besoin d'attention, de tendresse… elle serait du genre à vraiment s'accrocher à son mec, à toujours vouloir être avec lui… je ne sais pas si vous serez heureux, en couple. En fait, je ne sais même pas si vous vous aimez encore comme… comme ça, quoi…
- Moi non plus, Ron, je ne sais plus… je l'aime, mais pas comme ça… je veux dire, ça fait trop longtemps, et puis… j'ai du mal à le dire mais… je pense que malgré nous, on s'est éloignés pendants la guerre et qu'on… qu'on est passé à autre chose, quoi. Ça fait trop longtemps… et je ne sais pas si je veux réessayer… j'ai le sentiment qu'on attend des choses différentes d'un couple…
- Et puis, tu sais, toutes ces lettres la détruisent, tous les matins, elle reçoit des beuglantes… elle a même eu des menaces de mort, par des fous-furieux complètement timbrés, et… ça l'atteint beaucoup, tu sais.
- Oui, vous vous êtes éloignés, alors peut-être que…
- Oui, confirma Harry, pas si sûr de lui. Je ne sais pas si on devrait rester en couple.
- Et puis, elle a peur de te le dire… elle s'est rapprochée de quelqu'un, et je sais qu'elle s'en veut de toutes ses forces et qu'elle ne se l'avoue pas, commença Hermione, mais je pense que… qu'elle ressent de l'amour pour lui. Elle ne nous l'a jamais dit et le refoule… mais ça se voit.
- Je me rends compte que… je ne sais pas, je ne suis pas… amoureux d'elle. Je veux dire… maintenant, je… je l'aime comme une sœur… »
Les trois amis se regardèrent, compréhensifs. Un moment passa, sans qu'aucun des trois de dise quelque chose avant que, comme précédemment, la Gazette les heurte.
« Mais tu ne va pas rester sans rien, faire, quand même, commença Ron, un regard vers l'article.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Eh bien, Snape t'a fait ça… tu ne veut pas te venger ? » Il redressa la tête vers le brun, un éclat malicieux au fond des yeux.
« Oh que si, répondit Harry dans un sourire.
- Oh, la la… soupira Hermione avec un sourire vaincu. Je ne sais même pas si vous me désespérez ou si vous me donnez envie de vous rejoindre…
- Les deux ! s'esclaffa Harry.
- Est-ce que tu sais ce que tu vas faire ? demanda Ron, espiègle. George a toujours de la qualité, dans le magasin…
- Non, fit Harry dans un sourire, je crois que je veux le battre à son propre jeu... »
Son regard venait de heurter une lettre au sommet de l'énorme pile, ornée d'une écriture fine, verte, et d'un cachet de la Gazette du Sorcier. Pour une fois qu'il irait de lui même vers ce fichu scarabée… un sourire étira ses lèvres et ses yeux s'illuminèrent.
