Pour les notes se référer au prologue.


Je dédie cette histoire à Julie et Nathanaël.


~Chapitre 9~

Séparations (2/2)

Se retournant, Gabrielle se retrouva face à Haldir qui s'était appuyé au chambranle du box et l'observait. Elle continua à caresser son cheval et répondit :

« Eh bien, il ne faut pas se fier aux apparences, elles peuvent être trompeuses ! »

Les bras croisés, Haldir hocha la tête avant de continuer :

« C'est ce que je constate… Savez-vous que vous avez été terriblement impolie avec le Seigneur Elrond ? »

Gabrielle leva son regard émeraude sur le visage impassible d'Haldir. Elle cessa de caresser son cheval, lui remit un peu d'eau avant de décider de le laisser. Le contournant, elle passa près du gardien et lui répondit :

« Impolie ou pas, je n'accepterai pas qu'on me redonne des ordres. J'ai déjà dû accepter sans rien dire certaines choses, et je ne vois pas en quoi voyager avec mon cheval poserait des problèmes au Seigneur Elrond ! Après tout ce n'est pas lui qui doit partir vers l'inconnu ! »

Elle allait partir mais Haldir la retint par le bras.

« Si le Seigneur Elrond vous demande de voyager sans votre monture, c'est qu'il a ses raisons ! Vous voyagerez donc sur la mienne, avec moi ! De plus, permettez-moi de vous signaler que vous avez accepté ces choses, comme vous dites, et qu'au stade où nous en sommes, refuser de continuer sous prétexte d'une absence de cheval, c'est tout simplement une bonne raison pour vous de fuir encore une fois ! »

Gabrielle se détacha brusquement de la poigne d'Haldir. Ses yeux verts exprimaient une certaine colère mais aussi une sorte de crainte que le fier gardien analysa sans peine. Pour lui, là n'était pas le problème du moment, il détestait le manque de politesse et n'accepterait pas cela et allait bien le lui faire comprendre.

« Qui êtes-vous pour me juger de la sorte ? Que connaissez-vous de moi pour vous permettre ce genre de remarque ? »

Il se planta devant elle et reprit :

« Je suis celui qui va vous escorter jusqu'en Lórien, et je connais de vous bien plus que ce que vous pensez ! »

Il s'inclina devant elle avant d'amorcer son départ des écuries.

« N'oubliez pas d'aller vous excuser, si il y a bien quelque chose que je ne supporte pas, c'est le manque de politesse envers des personnes qui donnent beaucoup. »

Il la laissa là, au milieu des écuries, seule avec sa mauvaise humeur. Gabrielle la sentait en elle comme un feu qui grandissait. Elle se retourna et mit un coup dans un des piliers du box.

« Ce n'est pas vrai… Mais pour qui se prend t-il ?»

Ce qui lui provoqua une brève douleur dans la main.

« Le pilier ne t'a rien fait, tu sais, inutile donc de t'en prendre à lui ! »

La voix de Linolen raisonna dans ses oreilles, elle se tourna vers lui en massant sa main. Il avait un sourire aux lèvres.

« Sais-tu que je ne t'avais jamais vue aussi en colère ? Je te préfère définitivement quand tu es de bonne humeur. »

Gabrielle le regarda avant de reporter son regard sur sa main qui la lançait.

« Arrête de sourire ainsi, ça en deviendrait vexant. »

Linolen s'approcha d'elle et posa sa main sur son épaule.

« Tu arrêtes de faire ta mauvaise tête, histoire que je profite de toi encore un peu ? Ou bien, décrètes-tu rester ainsi durant toute la soirée ? A tes risques et périls entre nous, je ne crois pas qu'Aragorn laissera la superbe partie de toi que tu montres actuellement prendre le dessus ce soir ! »

Elle hocha simplement les épaules, l'air boudeur. Linolen décida alors de la faire rire.

« Bon, première option, soit, tu me décoches un sourire ravageur, soit deuxième option, je me mets à te courir après afin de te faire prendre un bain forcé dans le Bruinen, afin que tu retrouves tes esprits ! »

Elle se détacha vivement de lui, le regarda et vit qu'il était très sérieux. Elle recula d'un pas, ses yeux devenant soudain pétillants.

« Alors là… Essaie simplement…

- C'est un défi ? Je te conseille de commencer à courir. »

Il amorça un pas vers elle, mais rapide, elle prit un pan de sa robe et sortit en courant des écuries, Linolen sur ses talons. Bientôt, c'est un cri suivi d'un éclat de rire qui retentit dans la cour de la Dernière Maison Simple.

oO§Oo

De son balcon où il avait assisté à cette course, Elrond se retourna vers Aragorn et Arwen encore avec lui.

« Je savais bien que sa colère ne durerait pas… Ce n'est pas dans son tempérament de rester aux prises à de tels sentiments bien qu'elle puisse se montrer têtue. »

Aragorn eut un sourire, quant à Arwen, elle alla s'asseoir.

« La cité va paraître triste d'un coup sans vous tous. »

Le rôdeur se tourna vers elle et Elrond reprit :

« Chacun doit suivre sa route. Ne m'avais-tu pas parlé d'aller, toi aussi, en Lorien ?

- Oui mais pas de suite, j'y rejoindrai Gabrielle plus tard. Pour le moment, je préfère la laisser seule affronter ce qu'elle doit y trouver. Enfin, pas si seule. »

Elle leva sur son père un regard énigmatique qui rendit perplexe Aragorn.

« Et toi Estel, rejoins-tu directement Mithrandir ou ta famille ? » Demanda Elrond en se retournant vers lui.

Ils restèrent là à parler pendant encore un bon moment.

oO§Oo

Après avoir évité une chute dans l'eau, Gabrielle avait laissé Linolen afin de se préparer pour le repas, car le soir avançait et les premières étoiles scintillaient dans le ciel sombre. Elle prit une douche qui lui fit un bien fou puis revêtit une robe beige aux reflets noirs. S'attachant les cheveux, elle soupira et s'assit à sa coiffeuse. Là, elle regarda son reflet.

*Courageuse, forte…*

Elle passa sa main sur son visage, essuyant une larme qui coulait le long de sa joue.

* Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? *

On frappa à sa porte. Elle ne se retourna pas, et la porte s'ouvrit sur Arwen qui pénétra dans la pièce juste éclairée par quelques bougies. L'Étoile du Soir s'approcha de Gabrielle et s'assit à ses côtés.

« Tout va bien ? »

Gabrielle leva sur elle un regard triste.

« Il va falloir que je m'y habitue …

- Mais tu n'es pas toute seule… »

Gabrielle leva ses iris verts sur Arwen qui lui offrit un doux sourire. Quelques minutes plus tard, elles pénétraient ensemble dans la grande salle sous les regards des elfes présents. La soirée passa tranquillement entre fous rires et danses, chansons et histoires. Gabrielle était silencieuse, regardant Linolen à qui elle offrit, cependant, un sourire serein. Quand l'heure du repos arriva, c'est ensemble qu'ils s'éloignèrent. Ce qu'ils se dirent, nul ne le sut, mais quand Linolen reconduisit Gabrielle devant sa porte et la laissa, on put voir sur le visage de cette dernière une larme couler.

La lune arrivait au milieu de sa course. Dans sa chambre, Gabrielle dormait, les couvertures lui offraient un lieu de réconfort. Dans ses appartements, Elrond ne dormait pas, le sommeil le fuyait, comme si une chose le maintenait éveillé. Il tressaillit en entendant un cri déchirer le silence de sa demeure, il se précipita hors de ses appartements en se dirigeant en courant vers la chambre de Gabrielle d'où venait le cri. Il ouvrit la porte et trouva l'elfine assise sur son lit, les genoux ramenés contre son torse, elle se balançait ainsi en gémissant. En un pas rapide, Elrond fut près d'elle s'asseyant sur le rebord du lit, il la prit doucement dans ses bras, elle tremblait mais semblait consciente.

«-Shtttt … Calme-toi… »

Gabrielle frissonna, il raffermit son étreinte.

« Désolée… Murmura-t-elle.

- Un cauchemar ? »

Mais il n'eut pas de réponse, Gabrielle avait posé sa tête sur son torse et semblait s'être rendormie, du moins c'est ce qu'il lui sembla. Cependant il fut surpris de l'entendre murmurer.

« Je sais qui c'est… Attention aux Orcs… »

Devant la porte de sa chambre, se tenaient deux elfes et un homme que les cris avaient réveillés. Linolen regarda Gabrielle avec regret alors qu'Aragorn quant à lui avait deviné le sens de ses paroles.

« Il va falloir surveiller ces étranges visions dont elle est victime. De plus, si elle les rejette, elles peuvent être encore plus violentes. »

Linolen hocha la tête.

« Je le sais que trop, mais en général elle en parle d'elle-même, il faut juste que la personne en face d'elle ait gagné sa confiance. »

Haldir observa Aragorn puis Linolen.

« Y a-t-il encore une chose que j'ignore et que je devrais savoir ? »

Linolen et Aragorn regardèrent Haldir alors que ce dernier se risquait de jeter un coup d'œil dans la chambre où le seigneur Elrond recouchait Gabrielle.

« Le Seigneur Elrond ne vous en a pas parlé ? » Questionna Linolen en se tournant vers lui.

Haldir secoua négativement la tête et eut pour réflexe, avant de continuer toute discussion, de refermer doucement la porte alors qu'Elrond s'installait sur un fauteuil non loin de Gabrielle.

« Les seules choses que je sache, concerne le fait qu'elle ait été élevée aux Havres à la suite de la mort de ses parents, qu'elle est fragile sous certaines apparences et qu'elle peut être visiblement têtue mais aussi très secrète. »

Haldir s'arrêta, il regarda ses vis-à-vis et c'est Aragorn qui prit la parole :

« Allons parler ailleurs qu'ici… »

Linolen hocha la tête, Haldir en fit de même et tous les trois s'éloignèrent de la chambre.

oO§Oo

Le reste de la nuit passa, les trois hommes avaient parlé tard et s'étaient finalement séparés au bout de quelques heures chacun devant se reposer pour le voyage du lendemain. Haldir prit le chemin de ses appartements et croisa le Seigneur Elrond qui sortait de ceux de Gabrielle. Il s'arrêta à sa hauteur, alors que le maître d'Imladris fermait doucement la porte.

« Comment est-elle ? »

Elrond se tourna vers lui.

« Elle s'est rendormie depuis longtemps mais j'ai préféré rester à ses côtés au cas où… Voilà une des autres raisons pour laquelle je désire qu'elle monte avec vous. »

Haldir regarda la porte close et murmura :

« Ne devrions-nous pas remettre le départ ? Ainsi elle sera en meilleure condition.

- Non Haldir, elle est en parfaite condition. Rassurez-vous. Simplement elle doit avoir le courage d'affronter et surtout de parler de certaines choses autres que celles déjà évoquées. Et pour ça elle doit partir. Et de toute façon, je ne préfère pas que vous remettiez votre départ, la situation est de moins en moins sûre et plus vite vous atteindrez les Bois Dorés, mieux cela vaudra. »

Elrond clôtura ainsi ce court entretien. Il s'éloigna laissant Haldir en faire de même, perdu dans ses pensées.

oO§Oo

Un léger bruit d'eau qui coule réveilla Gabrielle aux premières lueurs de l'aube. En face d'elle devant sa coiffeuse se tenait deux elfes. L'une remplissait une petite cuve d'eau et l'autre finissait de préparer le sac de l'elfine.

Quand elles virent Gabrielle se réveiller, elles s'inclinèrent et sortirent sans un mot de plus. Gabrielle se leva, s'étira et se frotta les yeux. Elle ne vit pas Elrond rentrer, elle réagit juste quand il s'assit en face d'elle.

« Bien reposée ? »

Elle hocha la tête.

« Gabrielle, avant ton départ j'ai plusieurs choses à te dire… »

Elle releva la tête et croisa les iris sombres du seigneur d'Imladris.

« Tout d'abord, tu es évidemment la bienvenue à Imladris à n'importe quel moment. Je serai plus que ravi de t'accueillir, tu le sais n'est-ce pas ? Ensuite, tu n'as pas l'air d'avoir pris au sérieux ma décision d'hier concernant ta monture.»

A ces mots Gabrielle se raidit et allait parler mais, il l'en empêcha.

« Avant que tu m'interrompes, je te le redis clairement, tu voyageras avec Haldir et ceci uniquement par sécurité. Je sais combien la forêt te rend vulnérable or, le voyage sera plus long que celui qui t'a menée ici et je sais qu'avec Haldir tu ne risques rien. Ne le prends pas comme une punition comprend le bien. »

Elle regarda Elrond avant de se lever et d'aller se positionner près de la fenêtre.

« Je ne m'en suis jamais séparée.

- Je le sais mais il sera bien ici, ne t'en fais pas. »

Il se leva et la rejoignit. Ils restèrent ainsi tous les deux jusqu'à ce qu'il la laisse se préparer.

oO§Oo

Dans la cour, Linolen finissait de charger son cheval tout en discutant avec Aragorn. Haldir, quant à lui, donnait ses instructions à ses archers. Non loin, Elladan et Elrohir étaient déjà en selle et attendaient. Arwen les regardait mais ses yeux allaient plus souvent vers Aragorn qui lui souriait à chaque fois tendrement. Ils furent rejoints par Elrond puis quelques minutes plus tard par Gabrielle vêtue de sa tenue de voyage, les cheveux nattés en une seule tresse qui descendait le long de sa poitrine. Elle salua d'un mouvement de la tête les personnes présentes avant de se diriger vers Linolen. Ce dernier se retourna et lui offrit un magnifique sourire.

« Et bien voici le départ. »

Elle opina avant de le prendre soudainement dans ses bras. Aragorn observa la scène et s'éloigna un peu en direction du Seigneur.

Dans les bras de Linolen, Gabrielle murmura :

« Je ferai en sorte que Cirdan et toi soyez fiers de moi. Je ne sais pas où tout ceci me mènera, je ne sais pas vers quelle route je me dirige mais s'il faut que j'en passe par-là alors… »

Linolen la serra de toutes ses forces.

« On est déjà fiers de toi Gabrielle. Reste toujours toi-même, essaie de faire de ton mieux et va à ton rythme. Cesse de douter de ce que tu es et va de l'avant. »

Ils restèrent ainsi un moment, ce fut Linolen qui se sépara d'elle alors qu'Aragorn, qui venait de faire ses adieux à Elrond et à Arwen, montait à cheval. Il regarda Gabrielle et lui adressa un sourire significatif de beaucoup de choses. Cette dernière tendit une enveloppe à Linolen.

« C'est pour Cirdan, peux-tu la lui transmettre ? »

Prenant l'enveloppe, Linolen la mit dans son sac et hocha la tête. Il l'embrassa affectueusement sur le front avant de grimper à cheval à son tour. Elle s'adressa alors aux deux cavaliers.

« Soyez prudents tous les deux. Faites attention, et à très vite. »

Linolen cligna des yeux. Il était surpris du self-control de Gabrielle. Il la regarda une dernière fois, et après un autre salut, il fit partir sa monture, suivi de près par Aragorn.

Elle resta là un moment, jusqu'à ce que Elrond en compagnie d'Arwen s'approchèrent d'elle.

« Il est temps Gabrielle. »

Tournant son regard vers eux, elle aperçut Haldir qui attendait au pied de son cheval.

« Je m'en doute. »

Elrond lui prit les mains et les serra. Puis d'un mouvement affectueux il l'embrassa sur le front.

« Souviens-toi de ce que je t'ai dit, continue d'avancer sur ton chemin, trace ta voie. Aie confiance en toi et ne laisse pas les ténèbres s'emparer de toi. »

Arwen posa une main sur l'épaule de l'elfine.

« Mon cœur me dit que nous nous reverrons très vite. Namarie Gabrielle. »

Elle les regarda tous les deux et cligna des yeux. Elrond la prit par la main et la mena vers Haldir qui monta à cheval. Devant ce tableau, Gabrielle fronça les sourcils. Elrond ébaucha un sourire alors qu'Arwen avait décidé de rester impassible. Elle offrit un autre sourire à Gabrielle. Elrond l'aida à monter au devant d'Haldir qui la prit par la taille. A ce contact, Gabrielle se raidit et fit sur un ton sans timbre :

« Gardez vos mains sur vos rênes je vous prie ! »

Haldir la regarda et répondit sur le même ton :

« Mais avec plaisir ! Donc un conseil, ne bougez pas trop ! »

- Du moment que je ne sens pas vos mains sur moi ça devrait être bon ! »

Elrond se détourna brusquement d'eux. Arwen lui faisait face et vit avec stupeur son père s'empêcher de sourire. Il réussit à reprendre le contrôle de lui-même et leur fit de nouveau face.

« Que les Valars vous protègent, tous. A très vite, et portez-vous bien. »

Gabrielle tourna son visage vers lui, elle put y lire de la confiance, ce qui l'apaisa un peu. Haldir fit un signe pour le départ et les chevaux partirent au pas. Gabrielle tourna la tête pour ne pas voir les visages d'Arwen et d'Elrond, ce qu'elle valait mieux pour elle d'ailleurs puisque quand ils furent suffisamment éloignés, le maître d'Imladris ne put se retenir d'avoir un regard amusé en direction de sa fille.

« Ada ? »

Ce dernier se reprit avant de lancer en se retournant pour rejoindre ses appartements :

« Ils vont passer un agréable voyage je le pressens ! J'ai grand hâte d'avoir le récit par la bouche de tes frères, Gabrielle va être loin même très loin de coopérer avec Haldir !

- Eh bien pourquoi alors l'avoir fait voyager avec lui et pas avec Elladan ou Elrohir ?

- Ma fille, tout simplement parce que seul Haldir pourra faire certaines choses. »

Il laissa sa fille et se dirigea vers sa maison. Arwen le regarda puis se tourna vers le chemin pris par les cavaliers.

Gabrielle devant Haldir, sentit un poids se poser sur son cœur. Mais elle devait être forte. Elle se crispa un peu alors que derrière elle Haldir put sentir les sentiments qui la traversaient. Le voyage risquait d'être des plus intéressants.