Loss means revenge


« In my grave, in my bones,
No more pain, lonely way. »
Kid Cudi ft. Skylar Grey


Byakuya ouvrit les yeux, hanté par les souvenirs de la veille. Il se massa les tempes. « C'est trop tard ». Il se souvenait parfaitement d'avoir prononcé ces mots en vrai professionnel. Un masque d'insensibilité plaqué sur son visage.

Pourtant, rien de tout cela ne l'avait laissé de marbre. La gifle. Le choc. Puis Yoruichi qui s'était jetée sur le corps de son ami, criant, hurlant alors que le vent mugissait toujours dans leurs oreilles, tentant un massage cardiaque, animée que par la force du désespoir. Les images défilaient sous ses yeux, encore et encore, tandis qu'il restait muet, incapable de prononcer un mot, comme à cet instant. Jamais il n'aurait pensé voir Sweet Darkness ainsi. Elle était provocatrice, sulfureuse, impulsive, folle à lier, déterminée, parfois même colérique.

Jamais anéantie.

Sa brève sieste ne l'avait pas débarrassé de sa lassitude. Pourtant, il était déjà temps de reprendre du service.

Et de mettre fin à toute cette histoire.


Accoudée sur ses genoux, lèvres pressées contre ses poings serrés, Yoruichi fixait le vide. L'éclat de ses prunelles dorées s'était estompé, terni par les larmes. Elle demeurait figée dans cette position, inconsciente de la complainte douloureuse de son propre corps malmené par le manque, l'immobilité soudaine et crispée, sans oublier son plongeon dans le port qui l'avait laissée transie. Indélébiles, les images de Kisuke se superposaient dans son esprit : son sourire, ses lèvres blafardes sous la pluie, son rire, son dernier souffle, l'éclat de son regard, la main pâle de Byakuya qui fermait ses paupières. Yoruichi était piégée dans ce carrousel incessant, mêlant vie et mort d'un pilier de son existence, alimentant à chaque rotation le désir de vengeance qui brûlait dans ses entrailles.

Une tasse de café apparut dans son champ de vision. Elle battit des cils pour échapper aux visions successives et se saisit du breuvage tendu par Byakuya. Ce dernier tira une chaise et s'installa en face d'elle. Au travers des parois vitrées de la salle de réunion où ils se trouvaient, on percevait le brouhaha incessant de la flicaille en pleine effervescence.

— Mayuri Kurotsuchi est toujours introuvable. Aucun indice n'a été trouvé sur le bateau. On espère que l'autopsie pourra nous révéler quelque chose.

Son ton neutre et factuel donna envie à Yoruichi de se jeter sur lui et de le secouer de toutes ses forces. Cet homme éprouvait-il la moindre chose sous sa carapace ? Le souvenir de leur dispute lui paraissait bien dérisoire, à présent. La voleuse ne parvenait même plus à s'exaspérer du comportement de Byakuya.

Il vaut mieux que je conserve mon énergie pour régler son compte à Mayuri, de toute façon.

Elle plongea le nez dans son café. La brûlure amère accompagnée de notes alcoolisée s'avéra bien agréable. Elle haussa un sourcil à l'adresse de son vis-à-vis.

— J'ai pensé que tu aurais probablement besoin d'un remontant.

Bien vu.

Kuchiki ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose, hésita. Pendant un frêle un instant, le silence se para de non-dits; des excuses, sûrement des platitudes, restaient suspendues dans l'atmosphère, sans trouver corps. La teneur des paroles qui auraient pu être échangées resterait un mystère incertain : Renji Abarai frappa à la porte et pénétra dans la pièce.

— Appel important pour vous, monsieur.

Et comme Byakuya n'esquissait pas le moindre geste, son subordonné insista :

— C'est l'hôpital, au sujet d'Hisana.

Ce nom raviva l'amertume que Yoruichi éprouvait à l'égard de Byakuya. Elle préféra l'ignorer.

— Garde un œil sur elle, Abarai.

L'homme aux cheveux rouges lança un regard torve à Yoruichi :

— Pas question que tu m'aies une deuxième fois.

Personne ne prit la peine de lui expliquer qu'il était vain d'espérer pouvoir retenir Sweet Darkness. Mais Byakuya, bien conscient que son subalterne ne pourrait pas grand-chose si la voleuse décidait de prendre la poudre d'escampette, ajouta :

— Attends-moi, s'il te plaît.

Elle croisa les bras sans répondre, si bien que, Kuchiki posa une main sur son épaule, se pencha vers elle et souffla :

— On les aura, je te le promets. Laisse-moi juste être à tes côtés.

Et sans rien ajouter, il quitta la pièce.


Un repas, une brève sieste la tête calée entre ses bras croisés sur la table, et une dose peu raisonnable de café plus tard, Yoruichi faisait les cents pas dans la salle sous le regard agacé d'Abarai.

— Tu veux pas t'asseoir une minute ? Tu m'donnes le tournis là.

Yoruichi darda ses prunelles dorées sur l'agent :

— Il en a encore pour longtemps, Kuchiki ?

Renji poussa un bref soupir, haussa les épaules pour indiquer son ignorance, mais révéla quand même :

— Hisana, elle… Elle n'a vraiment pas une bonne santé.

Cela, Yoruichi l'avait déjà compris.

— Je ne sais pas comment je pourrais supporter ça, voir la personne que j'aime peu à peu baisser les bras, savoir qu'elle n'a que quelques mois à vivre.

La voleuse ne savait pas quoi faire de cette information, de ce que cela signifiait pour elle. Rien, se reprocha-t-elle. Cela ne signifiait rien du tout. La direction de ses pensées l'écœura.

— Il ne voudrait certainement pas qu'on le prenne en pitié.

Renji s'ébroua, comme surpris de ses propres confidences. À croire qu'il avait oublié à qui il s'adressait – la garce qui l'avait ridiculisé quelques mois plus tôt. À moins qu'il ne démontrât une forme de gêne. Après tout, ce n'était pas très délicat de parler de la mort prochaine d'une personne à quelqu'un qui venait de perdre un ami cher.

Il cherchait encore les mots pour rattraper sa bourde quand le téléphone de Yoruichi sonna :

— Mais t'étais passé où, bordel ?

— Ah, Grimmjow, ravie d'avoir de tes nouvelles…

— Arrête de te foutre de ma gueule, putain !

Tant de vulgarité laissait Yoruichi de marbre. Elle concentrait toute son énergie sur la prochaine phrase qui devait franchir ses lèvres, des paroles qu'elle n'avait pas encore eu la force de prononcer à voix-haute. Elle priait pour que sa voix ne lui fît pas défaut :

— Ils ont tué Urahara.

Mais une petite voix dans sa tête murmurait encore et encore que c'était de sa faute à elle, qu'elle aurait dû le sauver, qu'elle…

— Fais chier.

Il marqua une courte pause, avant de reprendre :

— Dis-moi que tu connais l'identité de ce fils de pute et qu'il n'a pas la formule de la Hollow Soul ?

— Oui, non, mais c'est pire que tu le crois. Ceci étant, mon chien de garde va me tuer si je t'en parle au téléphone, fit Yoruichi en avisant le regard assassin dudit chien de garde.

— Fausse-lui compagnie et ramène ton cul.

Yoruichi raccrocha, hésita un bref instant.

Juste un très bref instant.


L'ambiance du Pantera donna la nausée à Yoruichi. Elle se figea, chancelante, main crispée sur son estomac, concentrée sur sa respiration. La foule, auparavant son terrain de jeu, n'était plus qu'un monde oppressant.

Un monde tentant.

Un spasme la secoua, un frisson glacé courut sur son échine, prémices d'une fièvre qu'elle n'avait que trop affrontée.

Il lui fallut une longue minute pour se redonner contenance, se camper résolument sur ses jambes et calmer les tremblements de son corps. Ce bref épisode difficilement contrôlé raviva sa haine envers Mayuri et ses sinistres associés.

Grimmjow l'attendait, seul.

— T'as une sale gueule.

— T'as pas l'air plus en forme, sale con. On peut passer à l'ordre du jour ?

En s'approchant pour s'asseoir sur la table, Yoruichi distingua dans la semi-obscurité des hématomes violacés sur le visage et le cou de l'homme aux cheveux bleus. Elle fronça les sourcils, mais se garda bien de demander comment il avait récolté ces blessures.

— Où sont les autres ?

— Chacun sur son territoire, sur le pied de guerre.

Dommage, songea la voleuse. Si Starrk avait pu assurer mes arrières, je n'aurais pas dit non.

Elle n'oubliait pas que le tireur d'élite lui avait sauvé la mise. Elle lui devait une fière chandelle.

— Bon, crâche le morceau, Darkness.

Yoruichi soupira, et ouvrit un dossier sur la table. Grimmjow s'approcha, prenant appui tout près d'elle. Les effluves musquées mêlées de sang qui émanaient de lui semblaient épouser son aura assoiffée de violence. En d'autres circonstances, Yoruichi aurait trouvé cela délectable.

— Là, dit-elle en désignant de l'index la première feuille, portrait de Mayuri. C'est ce fils de pute qui a tué Urahara et qui a développé notre nouveau cauchemar : la Hollow Soul 2.

— Et c'est…?

— Bien pire que la première version, tu peux me croire.

Grimmjow lui lança un long regard scrutateur. Ce fut à son tour de taire les questions qui devaient lui brûler les lèvres.

— Si on veut mettre fin à ce bordel, donc, il faut non seulement qu'on mette la main sur Grantz et qu'on démantèle son petit empire, mais également qu'on trouve Mayuri Kurotsuchi, résuma l'Espada.

Le regard de Yoruichi se durcit à la mention de ce nom :

— Celui-là, j'en fais mon affaire.

Le seul souci, c'est qu'elle ignorait comment.

Elle aurait bien voulu laisser Grantz à Kuchiki et son équipe, pour se concentrer uniquement sur son associé et ancien agent gouvernemental. Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir Byakuya et son inébranlable droiture dans les pattes si elle voulait mener sa vengeance à bien. Mais quelles étaient ses chances de trouver son ennemi seule ?

— T'as un plan ?

Yoruichi secoua la tête.

— Et toi ?

— Si on s'occupe de Grantz en premier, non seulement on endigue le réseau de distribution de la Hollow Soul, mais en plus on obtiendra peut-être des informations sur ton Kurotsuchi, là.

— Et bien sûr, toi tu te débarrasses de ton problème en premier.

Grimmjow réduisit la distance qui le séparait de son associée. Cette dernière demeura immobile, malgré la sensation aiguë de danger qui lui picotait la nuque. La réputation du patron du Pantera n'était plus à faire.

— J'pense pas que tu sois en position de chipoter sur les détails techniques, Darkness. Tu veux mon aide, ou pas ?

— Et en quoi va consister ton aide, Jaggerjack ? Et surtout, qu'est-ce que ça va me coûter, cette fois ?

Le sourire carnassier qu'elle obtint en guise de réponse ne lui disait rien qui vaille.


La porte de la voiture claqua.

— Alors ? s'enquit Renji, tout en démarrant le moteur. Attache ta ceinture, Shihōin.

Yoruichi attrapa une bouteille d'eau sous le siège passager et se désaltéra. Une fine pellicule de sueur sur sa peau la laissait frissonnante.

— Il faut que je parle à Byakuya.

— Kuchiki n'est pas encore revenu.

— Je me contenterai d'une sieste, alors.

Renji allait protester, s'indigner même. Il n'était pas le larbin d'une criminelle renommée qui éludait ses questions.

— Allez, fais pas cette tête, Abarai. Au moins, je ne t'ai pas faussé compagnie cette fois.

— Non, t'as fait de moi ton chauffeur. Je sais pas encore ce qui est le plus humiliant, marmonna-t-il, les dents serrées.

Sa réplique arracha un sourire à la passagère. Peut-être redevenait-elle un peu elle-même ? Yoruichi ferma les yeux et songea à ce qu'elle venait de sacrifier, en serrant contre elle un dossier épais.


Après le retour, il lui fut impossible de retrouver le sommeil.

Dès qu'elle fermait les yeux, le souvenir du corps froid et inerte de son ami la hantait. Le chagrin et la culpabilité lui cuisaient les entrailles, sensation amère et brûlante qui ravivait sa fièvre.

Alors Yoruichi quitta la salle de repos que Renji lui avait attribuée et, discrète comme une ombre, s'était réfugiée sur le toit de l'immeuble.

La nuit n'existait pas vraiment, en ville; la rumeur incessante ne se tarissait qu'à peine, ses lumières scintillantes repoussaient les ténèbres dans les recoins et les ruelles. La voleuse savait retrouver ses alliées, pourtant, pour mieux s'en draper dans un éternel jeu de cache-cache.

Elle inspira une grande goulée d'air froid, peut-être dans l'espoir que ce simple geste pourrait remplir à nouveau son âme vidée.

— Te voilà. Abarai est dans tous ses états, il pense que tu lui as refait ton numéro de grande évasion.

La voix de Byakuya se glissa jusqu'à elle avant qu'il ne la rejoignit pour s'accouder au parapet à ses côtés. Elle scruta son visage, trouva ses traits tirés, une fatigue toute différente dans ses prunelles anthracite. Elle n'osait pas lui demander comment il allait, si elle pouvait faire quelque chose. Toutes ces phrases paraissaient vaines. Alors ravala son élan de sollicitude et répondit simplement :

— Tu m'as dit de t'attendre.

— Je ne pensais pas que tu m'écouterais. Et tu ne m'as pas tout à fait attendu, d'après le rapport d'Abarai.

Elle lui adressa un sourire d'excuse.

— Qu'as-tu promis à l'Espada, en échange de la pile d'information monstrueuse qui m'attend sur mon bureau, Yoruichi ?

La liste de toutes les planques connues des organisations rivales à l'Espada. Si Grantz avait pu monter son affaire en douce avec Mayuri sans alerter ses associés, alors il devait forcément s'être allié avec un autre parti.

— Mon nom.

— Pardon ?

Il se décolla du parapet pour se tourner vers elle. Les lumières de la ville faisaient danser lueurs orangées sur son visage d'albâtre.

Sweet Darkness. Mon nom. Enfin, celui que Kisuke m'avait donné. Ça, et le fait que je quitte le pays.

Elle fut étonnée de la facilité avec laquelle cette phrase était sortie de sa bouche. Elle pensait que sa carrière de voleuse avait plus d'importance que cela. Que cette réputation qu'elle avait construite avec son meilleur ami lui tenait davantage à cœur. Le jeu avait-il perdu de sa saveur une fois qu'elle n'avait plus personne avec qui le partager.

« Je travaille solo », disait-elle toujours. Elle ne réalisait que maintenant que cela n'avait jamais été le cas.

La main de Byakuya sur son épaule la tira de ses pensées. Elle ne s'était pas rendu compte qu'il s'était rapproché un peu plus. Elle secoua la tête, afficha un sourire nonchalant sur ses lèvres, avant de répondre dans un automatisme bravache :

— Tu vas devoir trouver d'autres criminels à chasser, la bonne affaire, Kuchiki !

— Tu ne devrais pas tourner ce genre de choses en dérision.

Elle n'était pas d'accord. La dérision était une chose merveilleuse quand on se sentait aussi seule au monde.

— Je suis désolé, Yoruichi. Je n'approuve pas ton choix de carrière, mais je suis quand même désolé.

Et il l'attira dans ses bras. Pas comme cette nuit d'ivresse, pas avec passion. Non, avec une forme de désespoir qui les dépassait tous les deux, avec la confusion d'un cœur malmené, avec la raideur d'un homme égaré. Avec l'intensité d'un homme terriblement triste, et terriblement seul.

Leur étreinte s'éternisa sans devenir embarrassante. Elle prit fin, néanmoins. Ils se séparèrent comme on quittait un rêve agréable, à reculons, cherchant à s'emparer des dernières réminiscences. Les doigts froids de l'agent gouvernemental s'attardait encore sur le cou de la voleuse quand il déclara à mi-voix :

— Viens, allons nous mettre au travail.

Yoruichi acquiesça en lui emboîtant le pas :

— Il faut se ravitailler en café d'abord. S'il peut avoir la même recette que ce matin, ce serait pas de refus.

Sous le froncement de sourcils désapprobateur de Byakuya, elle nota une brève note d'amusement dans son regard tandis qu'il la laissait passer devant, lui tenant la porte comme son éducation lui dictait.

— Fais pas cette tête, il faut bien ça, pour ensuite récolter toute la gloire.

— Tu as trahi ton pays, je ne suis pas certain que la gloire fasse partie de tes revendications.

Il y avait de l'amertume dans sa voix. Elle médita cette phrase, longuement. Pourquoi avait-elle tout sacrifié, lâché son pays ? Abandonné Soi Fon, préféré la vie de traquée, de voleuse, de criminelle ? Pour un simple sentiment, pur et indispensable, pareil à l'air qu'on respirait. Non, elle ne méritait pas, n'obtiendrait jamais cette gloire qu'elle venait de mentionner à la légère, elle ne pourrait jamais se débarrasser du fiel de ses anciens compatriotes qui la maudissaient. Chaque chose avait un prix, l'indépendance aussi.

— Un jour, tu envieras ma liberté.

— C'est déjà le cas.

Yoruichi se retourna, contempla le profil de l'agent, la surprise fissurant son masque de moquerie.


— Les cibles 18 et 19 ont fait l'objet d'une descente du SWAT en début de semaine ! annonça Renji, le combiné du téléphone vissé à l'oreille.

Omaeda pianota rapidement sur son ordinateur et les planques soupçonnées listées par l'homme aux cheveux rouges se grisèrent sur l'écran mural.

Yoruichi ne lâchait plus des yeux la carte qui compilait les informations de Grimmjow. À chaque coup de téléphone, à chaque rapport des diverses unités et institutions mobilisées dans tout l'état, le nombre d'options diminuait. Les mailles du filet se resserraient autour de Grantz.

Cela n'en restait pas moins une course contre la montre; l'opération faisait du bruit et leurs ennemis avaient certainement des oreilles qui traînaient. S'ils avaient vent des recherches intensives qui venaient d'être lancées, alors ils risquaient de disparaître.

— Trop lent, marmonna Yoruichi.

Elle serrait les poings à s'en faire blanchir les articulations.

Trop lent.

Elle tremblait de rage et frustration.

Il va nous échapper.

— Shihōin ?

La voleuse (ou plutôt, l'ex-voleuse maintenant qu'elle avait dit adieu à sa carrière) se tourna vers Byakuya. À ses côtés, Soi Fon la toisait les bras croisés, visiblement contrariée.

— Soi Fon proposait d'aller sur le terrain. Quelques-unes de ces adresses sont tout près.

Oui ! Elle n'en pouvait plus de cette inactivité. Elle approuva du chef, s'approchant de son ancienne subordonnée.

— C'est une excellente initiative.

— Je n'ai pas besoin de ton approbation.

La remarque, cinglante, blessa Yoruichi, mais elle ne s'en formalisa pas. La colère de la jeune femme était toute justifiée.

Ils se penchèrent tous les trois sur la carte qui représentant un hangar qui, en apparence, appartenait à une société pharmaceutique.

— Pourquoi celui-ci ? demanda Kuchiki, dont les sourcils froncés rendaient son regard plus ombrageux qu'à l'ordinaire.

— Il m'a fallu un moment pour comprendre ce qu'il faisait dans la liste, admit Soi Fon.

Elle pianota rapidement sur l'écran, affichant deux plans, l'un ayant une pièce supplémentaire au sous-sol. Yoruichi opina du chef et désigna plusieurs accès :

— Souterrains, porte principale, immeuble attenant et probablement les égouts; j'aurais choisi cette planque pour moi-même.

Elle ignora le regard noir que lui lança Soi Fon et enchaîna :

— On y va ?

— Tu ne viens pas, rétorqua son ancienne apprentie.

Le cœur de Yoruichi plongea dans sa poitrine, son chagrin se transformant en sentiment d'injustice, et le sentiment d'injustice se muant en colère froide et meurtrière. Étonnamment, le ton de Byakuya était bien plus glacial :

— Il me semble que ce sont mes hommes, qui nous accompagnent sur le terrain, et qu'il s'agit donc de mon opération, Soi Fon.

L'ex-voleuse ne parvenait pas à détacher ses prunelles mordorées de son profil ciselé, exprimant un courroux à peine contenu. Et sa promesse lui revint en mémoire, d'une pureté effarante :

« Laisse-moi juste être à tes côtés. »

Elle se redressa, prête à partir. Son cœur battait fort dans sa poitrine. Peut-être que sa vengeance était à portée de main. Peut-être qu'ils avaient choisi le bon entrepôt. Elle l'espérait de toutes ses forces.