30 décembre

De bonnes odeurs réveillèrent Marinette en début d'avant-midi le lendemain matin.

La nuit avait été beaucoup moins calme que les précédentes. Entre un accident de voiture, un homme foudroyé par une crise cardiaque alors qu'il nettoyait son stationnement et une mêlée générale dans une boite de nuit, Ladybug avait reprit le chemin de son lit excédée. Par contre, ChatNoir lui avait dit n'avoir rien rencontré qui sorte de l'ordinaire de son côté.

Marinette ouvrit les yeux pour découvrir Adrien penché sur elle et caressant doucement ses mèches.

«Bonjour» salua-t-elle timidement.

«Bonjour belle endormie. Tu as faim? Je nous ai monté un plateau.» proposa-t-il.

«Je veux bien.» accepta-t-elle en souriant. Elle n'était pas du matin mais admettait facilement qu'il était agréable d'ouvrir les yeux pour tomber sur Adrien.

Elle s'assit contre ses oreillers alors qu'il lui passait une petite table pliante et deux verres de jus de fruits. Il vint ensuite s'installer face à elle.

«Qu'est-ce que tu voulais faire aujourd'hui?» demanda Marinette en étouffant un bâillement.

«Je n'ai rien prévu de spécial, juste relaxer.» répondit-il en haussant les épaules. «Toi?»

«J'en profiterais bien pour dessiner un peu... Tu peux rester avec moi si tu en as envie naturellement. Ou sinon, je peux nous trouver une idée d'activité plus intéressante, on peut aussi sortir.»

«Non, non. Le dessin c'est très bien. J'en profiterai pour faire un peu de chinois.» fit-il très surpris. Son père ne lui avait jamais permis de rester à ses côtés pendant qu'il travaillait.

Mais son plaisir à partager un moment paisible, si normal et presque familiale avec Marinette fut troublé par des souvenirs parasites encore trop frais en lui. Des phrases et des réflexions qu'il avait eu durant la nuit précédente.

Marinette releva le regard de son assiette pour observer Adrien. Il détournait le regard perdu dans le vague.

«Adrien, il se passe quelque chose?» s'enquit-elle pour son regard soucieux, ... ou hanté.

«Mais non, ne t'inquiète pas.» la rassura-t-il d'un sourire.

Il avait passé plus de deux heures la nuit précédente à dissuader un père de famille de sauter du haut d'un pont. Il n'en avait pas parlé à Ladybug par contre. Ce qui était normal durant la nuit, l'était moins le jour.

La nuit suivant serait moins ordinaire par contre. La veille du jour de l'an était une nuit plutôt sombre pour beaucoup de personnes.

«Vraiment, Adrien.» reprit de nouveau Marinette en le sortant une fois de plus de sa cogitation «S'il y a quelque chose qui t'ennuie ou te trouble...»

«Mais non, j'ai simplement mal dormit.» la rassura-t-il d'une caresse sur l'épaule.

Marinette démarra en fond musical la musique de Jagged Stone qu'Adrien lui avait dit apprécier lui aussi et elle enfila une tenue confortable tout comme Adrien l'avait choisit.

Il portait ce jour-là un pantalon cargo et un vieux t-shirt usé industriellement mais ça lui allait tout de même très bien. Tout lui allait. Il paraissait simplement plus jeune dans ces vêtements qu'avec le costume.

Marinette réalisa alors quelque chose. Adrien avait un don exceptionnel. Il était flexible. Qu'importe ce qu'il enfilait, il endossait aussi le personnage.

Ce n'était pas donné à tous. Elle ne pourrait pas imaginer Nino sans ses expressions et les couleurs de sa personnalité. Alya ne pourrait jamais passer pour une bourgeoise timide même avec l'aide d'une équipe de maquilleurs et de coiffeurs lui offrant un relooking extrême.

Mais Adrien était différent. Il était comme la vanille, le fromage doux ou la couleur blanche. Il avait sa propre personnalité mais se mélangeait bien et s'adaptait facilement à tout.

En terme de création de mode, il était une mine d'or d'inspiration. Pas étonnant que son père le fasse travailler autant! Marinette elle-même se rendait compte que les possibilités de design autour de lui étaient infinies.

Monsieur Agreste ne voudrait jamais laisser son fils arrêter le mannequinat sans une excellente raison.

Elle en était là dans ses réflexions lorsqu'elle remarqua qu'Adrien fronçait les sourcils et que sa feuille était couverte de rature. «Ça va toujours pas?» interrogea-t-elle très doucement, concernée par sa mélancolie et son anxiété.

«Oui, ça va...» soupira-t-il. «C'est seulement qu'il faut que je fasse une composition en sujet libre en chinois et que je n'arrive même à penser autrement qu'en français.»

Marinette sourit vaguement «Viens!» l'entraîna-t-elle en attrapant sa tablette et les feuilles d'Adrien.

Les adolescents s'installèrent dans la cuisine de la boulangerie. Pendant que Marinette dessinait en s'inspirant du grand sourire qu'il y avait maintenant sur le visage d'Adrien, Tom lui expliquait ce qu'il faisait pour lui fournir des idées de texte et Sabine conversait doucement avec lui en chinois entre deux clients.

Adrien se plongea complètement ans l'atmosphère de la boulangerie et de la famille qui y habitait. Il voulait, pour une fois, oublier que le monde extérieur et sa propre vie existaient simplement pour profiter pleinement du moment.

Tom prépara une pâte à pizza pour le midi et les deux adolescents remontèrent à l'appartement pour la garnir et la faire cuire.

La soirée s'annonçant plutôt chargée pour Adrien, il entraîna Marinette dans le lit du haut après le repas pour faire une sieste comme il en raffolait.

Marinette ne s'en plaignit pas. Elle se sentait toujours plus réveillée la nuit que le jour.

Succombant à sa curiosité, (et ses envies de fan de mode) Marinette proposa à Adrien de repasser chez lui pour lui composer une tenue fracassante pour se présenter au party.

Habillé d'un jean noir, de grosse baskets assorties et d'un chandail près du corps vert irlandais dont on ne voyait que les manches longues sortir de sous un chandail ample à manche courtes et capuchon noir également mais avec un peu de vert fluo, Adrien arriva à la fête de son ami accompagné de Marinette qui avait choisit un jean taille basse et une blouse marine avec un bijou de couleur vert jade. Le mouvement de ses vêtements dévoilant une note de peau à sa taille à chacun de ses pas.

Elle avait également laissé ses cheveux sans les couettes habituelles au profit d'un serre-tete jade.

Adrien avait siffloté pour la faire rire lorsqu'il l'avait aperçu. Mais, il ne l'en trouvait pas moins jolie à croquer.

Ils arrivèrent au party avec des sodas et tous des chocolats invendus de la boulangerie. Adrien se doutait que ce ne serait pas trop le style de party pour les friandises. Il s'attendait plutôt à de la bière coulant à flot, de la musique trop forte et les policiers qui débarquent mais quel adolescents n'aimait pas le chocolat?

Et même si l'ambiance était bonne, il était encore tôt alors ce n'était pas la jungle.

Adrien se réjouissait d'avoir Marinette avec lui. Ce nouveau look qu'elle lui avait choisit avait été un plus pour lui lorsqu'il avait commencé à aborder ces gens qui ne le remarquait même plus dans les corridors de l'école. Elle avait également un don pour relancer une conversation qui tombait à plat et ne connaissant pas son lycée privée, ses questions ne manquaient pas.

Lui était surtout embarrassé de voir combien ses camarades en savaient encore moins sur lui qu'il n'en connaissait sur eux. Cela créa un malaise en lui mais personne ne sembla le remarquer.

Leur départ fut plus sensible. Phillippe insista tellement pour qu'ils restent qu'il en devenait lourd.

«Désolé mais, Marinette doit aider ses parents à leur commerce toute la journée demain.» finit par mentir Adrien. Il devait aller commencer sa patrouille.

Il s'était permis de la débuter à onze heures plutôt qu'à dix parce qu'il y avait plus de présence policière dans les rues ce soir-là à cause de la proximité du nouvel an.

La soirée s'annonçait chargée mais magnifique. Les gens étaient à la fête sur les trottoir et une douce chute de neige donnait un aspect festif à la soirée. Il commença, comme toujours, sa ronde en se dirigeant vers la Tour Eiffel, ce qui, en partant de chez Marinette, le faisait passer au-dessus de sa propre résidence.

Mais ce qu'il vit sur place, lui fit descendre le cœur au fond de l'estomac.

La grille de l'entrée était ouverte et une fourgonnette était garée devant l'entrée.

Il y avait quelqu'un chez lui.

La porte de la façade était grande ouverte et il n'y avait aucune lumière.

Machinalement, il porta la main à son bâton pour envoyer à Ladybug le code signifiant qu'il allait entrer dans des lieux où il y avait un problème et qu'il avait besoin de renfort.

Il avait peur. Peur de ce qu'il trouverait à l'intérieur et peur de ne plus se contrôler.

Il alternait entre s'en vouloir et en vouloir à un ennemi invisible.

Il atterrie près du camion et vit des objets venant de la maison qui s'y entassait déjà. Il pouvait reconnaître le coffre dans lequel son père gardait ses montres de collection et ses boutons de manchettes, la machine à café du bureau de son père ainsi que l'une de ses propres consoles de jeu.

Ladybug arriva près de lui. Elle devait se trouver tout près. «C'est un cambriolage, on dirait.» annonça-t-il sans émotion. «Je passe par devant, tu te faufile par derrière pour le ficeler?» demanda-t-il machinalement.

«Tu as vérifié s'il y avait des otages?» l'arrêta-t-elle tout à coup avec inquiétude.

«Il n'y a personne d'autre que les cambrioleurs à l'intérieur. La maison était vide lorsqu'ils sont entrés.» statua-t-il avec entêtement.

«Tu as vérifié?» fit Ladybug septique face à son ton trop sûr. Peut-être Adrien n'était-il pas encore rentré?

Mais, un doute affreux glaça le cœur de ChatNoir. Et si Marinette était leur complice?

Et si toute cette histoire abracadabrante d'admiratrice obsédée n'était qu'un leurre? Peut-être Marinette était-elle entrée chez lui la première fois pour faire du repérage? Peut-être était-elle secrètement une experte pour désarmer les systèmes d'alarme?

Parce que franchement, cela faisait tout de même deux entrées par effraction dans ce manoir sécurisé en moins de deux semaines et toutes deux laissaient des questions sans réponse.

Comment ces cambrioleurs avaient-ils pu passer la sécurité la plus chère sur le marché sans une aide de l'intérieur?

ChatNoir savait que Marinette s'était déjà relevé pendant leurs siestes. Pour quelle raison si ce n'était pas pour repérer davantage?

Si elle-

Si elle l'avait trahi...

ChatNoir préféra ne pas terminer cette idée. Il se tourna plutôt vers Ladybug. «Oui, s'il-te-plaît. Va voir si tu trouves quelqu'un à l'intérieur. Je prends par l'avant et je m'occupes des criminels.»

À quoi Marinette avait-elle occupé son temps depuis qu'il l'avait déposé chez elle si elle était l'une des leurs? Les avait-elle prévenu de son retour? Arrivait-elle pour prendre sa part également?

Jusqu'où son obsession du travail de Gabriel pouvait-elle l'avoir poussé? Avait-elle menti sur ce sujet également? Si c'était le cas, son talent pour le mensonge était le meilleur qu'il n'avait jamais vu.

ChatNoir remarqua immédiatement deux cambrioleurs masqués dans la salle à dîner donnant sur le hall.

«Vite, vite. Il s'en vient.» eut le temps de dire l'un d'eux en attrapant le deuxième chandelier de cristal sur le manteau de la cheminée juste avant que ChatNoir ne l'attrape par le col.

À cause de la surprise, il en lâcha l'un des chandeliers que ChatNoir rattrapa avec sa botte. Le héros replaça rapidement l'objet à sa place et ordonna au deuxième voyou de déposer le coffre à bijoux de femme qu'il portait mais celui-ci le lança plutôt à la tête du héros qui l'attrapa à la dernière seconde en grognant.

Il dû par contre se résoudre à le lâcher au sol également en faveur du deuxième chandelier et d'un disque dur que le premier voyou avait échapper dans sa peur de recevoir lui-même le coffret.

ChatNoir déposa le tout sur le manteau de la cheminée ainsi qu'un coffret sécurisé resté dans les mains du type.

Il le traîna dans le placard de l'entrée et bloqua la porte avec une chaise sous la poignée. Il partie ensuite à la recherche du deuxième qui s'était enfui.

Il trouva rapidement le second type sous le camion. Il était facile à trouver, il avait laissé des traces dans la neige.

Des amateurs. Aucun vrai criminel parmi eux jusqu'à présent. Il enferma le deuxième avec le premier.

Il ressortait avec un troisième de la chambre de son père au moment où Ladybug en sortait un autre de sa chambre à lui. Ce qui lui tira un grognement. Celui qu'il tenait par le bras avait saccagé la chambre de son père en quête de plus d'objet de valeur.

Les deux suspects de plus enfermés dans le placard. ChatNoir demanda hâtivement à Ladybug de les surveiller pendant qu'il faisait le tour de la maison.

L'attitude étrange de ChatNoir, (Il était partie sans attendre sa réponse.) fit penser à Ladybug qu'il était troublé par quelque chose. Aussi accepta-t-elle sans poser de question mais resta en alerte pour tout son environnement.

Le manoir était très grand mais ne comptait que peu de pièce. Il comportait également peu de cachettes, du moins pour ceux qui n'en connaissait pas les secrets.

Ainsi, Adrien ne prit pas la peine de faire remonter son piano de sa base escamotable pour s'assurer que personne n'était caché entre les pattes.

Sa super-oreille lui permis aussi de s'assurer rapidement que les placards à vêtements étaient inoccupés.

Il trouva finalement un cinquième larron dans le sellier derrière la cuisine.

Lorsqu'il ramena celui-là dans le hall où Ladybug était toujours plantée gardant la penderie, ils entendirent une voiture avec gyrophare se garer près de la camionnette.

«Tu as appelé la police?» s'épouvanta-t-il.

«Bien sûr. Mais ils avaient déjà reçu un signalement de la compagnie de sécurité. Une patrouille était en route pour venir contrôler lorsque je les ai rejoint. Je leur ai simplement confirmer le cambriolage. On a dû déclencher quelque chose que ces types avaient évité lorsqu'on est entrés toi et moi.»

Bien sûr qu'elle avait appeler la police. C'était logique et la chose normale à faire. Mais dans ce cas précis, c'était une vraie cata pour lui.

«Je peux... te laisser gérer le reste?» demanda-t-il avec malaise. Il s'enfuit par les toits et revint sans sa transformation. Il n'y avait qu'Adrien pour démêler ce sac de nœud.

Lorsqu'il revint, Ladybug était toujours présente, elle était debout dans la neige sur la droite des marches de l'entrée.

L'un des policiers se tenait à gauche prenant notes de ce qu'une personne lui disait au téléphone et les cinq voleurs étaient assis sur les degrés.

Maintenant démasqués, Adrien les reconnus. C'étaient des amis de Phillippe. Certains n'allaient pas à leur école. Adrien comprenait tout à coup pourquoi ils n'étaient jamais revenus au party après avoir annoncé qu'ils partaient chercher de la bière.

Philippe aussi était probablement dans le coup, puisqu'il l'avait invité au départ et qu'il avait cherché à les retenir à la soirée lorsqu'il avait prévenu qu'ils partaient.

«Adrien!» appela Ladybug et le policier termina hâtivement sa conversation téléphonique pour ce tourner vers lui. «Monsieur Agreste? Nous nous demandions où vous étiez?»

«Je, euh. J'étais à un party chez l'un de mes camarades de lycée. J'ai raccompagné la fille qui y était avec moi et lorsque je suis arrivé ici, j'ai vu la camionnette mais aussi ChatNoir dans la cour. Je suis allé me cacher dans la ruelle là-bas pour attendre.» raconta-t-il d'une voix rendue incertaine par l'improvisation.

«Ces garçons disent que vous les connaissez?» demanda le policier.

«Certains sont des camarades d'école, oui.» avoua Adrien, honteux de devoir le reconnaître.

«Mais tu ne leur a tout de même pas donné la permission d'entrer au manoir lorsque tu n'y étais pas?» tenu à préciser l'héroïne.

«Non. Bien sûr que non!» Bon sang, il se comportait comme un débutant et un gosse, qu'est-ce que Ladybug allait penser de lui?

«Ils sont entrés en passant le mur du côté avec une échelle.» indiqua l'agent. «On a retrouvé un bloqueur de signal sur la porte d'entrée. C'est pour ça que l'alerte n'a pas été signalée à la centrale au départ. Mais il leur manquait toujours le code pour empêcher l'alarme locale d'alerter le voisinage. Leur avez-vous communiqué ce code à eux ou à l'une de vos connaissances communes Monsieur Agreste?» accusa le policier.

«Non, pas volontairement c'est certain!» répondit encore Adrien qui commençait à avoir froid dans le dos.

Marinette avait-elle réussit à trouver ce code? Avec un deuxième gadget aussi sophistiqué que le premier, elle aurait pu.

«Bon allez!» fit l'agent lorsque les trois collègues revinrent avec des appareils-photos et des kit d'analyse «Tout le monde au poste. Puis-je vous demander de nous rejoindre là-bas Monsieur Agreste? Nous aurons besoin de votre déposition pour l'inculpation.»

«Hey! Pourquoi faire? Ce n'était qu'une blague sans importance!» protesta l'un des garçons.

«En plus, tout est dans le camion.» protesta un autre.

«On a rien prit.»

«Et tous les dégâts que vous avez causés?» demanda Ladybug. «Vous avez mit la maison sans dessus-dessous!» s'indigna-t-elle.

«Et alors, les Agreste ont des serviteurs pour tout réparer!» lâcha négligemment l'un d'eux.

«Je préférerais ne pas porter plainte Monsieur l'agent.» intervint Adrien «Je vais tout faire nettoyer personnellement. Je préférerais que mon père n'apprenne pas cette histoire. Je n'avais pas exactement le droit de sortir de la maison.» avoua Adrien honteux et se passant frénétiquement la main derrière le col de son manteau.

«Il y en a pour au moins mille dollar d'électronique abîmé rien que dans ce camion. Si vous voulez effacer toutes les traces de leur passage, ce sera onéreux.» pressa le policier.

«Je paierai, ne vous en faites pas.» blanchie l'adolescent.

«Attends Adrien, tu n'y penses pas! Pourquoi ce serait à toi de tout assumer?» protesta Ladybug.

Elle se sentait vraiment très mal. La statue qu'elle avait brisée valait bien plus que ces objets. Et maintenant qu'elle savait à quel point Adrien aurait besoin de ses économies pour se bâtir seul un avenir décent après ses études, elle ne pouvait pas le laisser faire ça. Elle-même avait déjà décidé de travailler jusqu'à le rembourser mais ces garçons n'en avaient manifestement pas l'intention.

«Quelle différence ça fait?» demanda effrontément un grand brun tout mince et boutonneux. «Lui, il est riche!»

«Et toi? Tu travailles dis-moi pour gagner ta vie?» questionna Ladybug avec humeur.

«Euh non, je suis encore à l'école.» fit naïvement le garçon.

«Adrien est mannequin depuis plusieurs années.» expliqua Ladybug. «S'il dit qu'il va débourser la réparation avec son propre argent pour que son père ne porte pas de plainte au criminel contre vous, ça signifie qu'il paiera en heure de travail à se tenir immobile en plein soleil pour des séances photos.»

Loin de saisir ce que l'héroïne essayait de leur démontrer, ils ne firent que se moquer méchamment.

L'agent essaya de nouveau de convaincre Adrien de porter plainte considérant que les garçons étaient bel et bien des criminels et coupable de plusieurs chefs d'accusation.

Adrien hésitait parce qu'il avait l'impression que de les envoyer en prison ferait de ces adolescents gâtés de véritables délinquants.

Sur ces entre-faits, une dame habillée d'un manteau de suède passa la grille toujours ouverte et se présenta sur les lieux. Ladybug la reconnue, elle habitait le quartier et venait souvent à la boulangerie.

«Mike! C'est là que tu étais. Je t'ai cherché partout!» s'exclama-t-elle avec incrédulité et soulagement en s'adressant à celui qui était le plus à gauche et du type sportif comme Philippe.

«Bonsoir Madame. Agent Pargino.» se présenta le policier. «Votre fils et ses amis ont été découverts par Ladybug et ChatNoir en train de cambrioler le manoir Agreste. Nous en étions à décider si Monsieur Agreste porterait plainte.»

«Je suis pour.» vota Madame Leblanc. «Je sais que cela lui créera un dossier criminel mais depuis que Mike est enfant, j'essaie de lui apprendre que ses actions ont des conséquences. J'ai beau lui dire, il ne m'écoute pas. Il est vraiment temps qu'il soit plus responsable. Une accusation, même si ça me peine de le dire, c'est peut-être ce qu'il lui faut pour comprendre ce que signifie être responsable.»

«S'il-vous-plaît madame, j'aurais une suggestion.» intervint l'héroïne. «Si vous êtes en contact avec les autres parents, peut-être que les garçons pourraient travailler pour rembourser. Ils verraient ainsi le coût réel de la vie et du travail.»

«Si vous accepter d'oublier les accusations criminelles, je suis prête à vous payer la part de mon fils immédiatement et il trouvera un travail pour me rembourser. Et je me charge de convaincre les autres parents de faire de même. Ils ont suffisamment fait la fête. Il est temps qu'ils deviennent adulte.»

«Ça me va.» fit Adrien sortant de son mutisme avec un sourire courtois pour la dame. «Mais seulement s'ils acceptent d'avouer comment ils ont eu le code de l'alarme locale.»

La dame se tourna vers son fils avec un regard appuyé et insistant. «C'est Timoth qui a cloné son téléphone.» répondit facilement le garçon.

Timoth. Autrement dit Timothy, avec qui ils se tenaient parfois. Le garçon avec qui Marinette et Adrien avaient discuté au party.

L'affaire réglée et les délinquants repartis avec Madame Leblanc, l'agent se tourna vers Adrien : «Dites, jeune homme, il y avait de l'alcool à cette fête de mineurs?»

«Plusieurs avaient apportées leurs propres bouteilles, oui.» admit honnêtement Adrien étant redevable à cet homme pour les désagréments qu'il lui avait causé et le temps qu'il lui avait fait perdre.

«Mais, vous n'en avez pas prit? Par hasard?» chercha le policier en uniforme.

«Mon père me déshériterait si j'étais photographié une bière à la main!» expliqua honnêtement Adrien. «Déjà que j'ai prit le risque d'éventuellement réveiller sa colère avec mes sodas! Il tient beaucoup à mon image de mannequin modèle.» expliqua-t-il.

«Bon, j'ai bien envie de m'inviter à cette fête.» fit l'agent redevenant joyeux avec son air de mauvais garçon qui s'apprêtait à faire une mauvaise blague. «Qu'est ce que vous en dites les gars?» demanda-t-il en se tournant vers les trois autres policiers. «La nuit n'est pas finie, on y retourne.»

Adrien se tourna vers le camion pour le vider. En plus de sa console qui s'y trouvait, il y avait plusieurs de ses jeux et des manteaux de cuir. Il devait repartir pour sa patrouille mais voulait d'abord fermer le manoir convenablement.

«Adrien» le retint Ladybug doucement en plaçant une main réconfortante sur son avant-bras. «Est-ce que tu as quelqu'un chez qui tu peux aller pour la nuit? Tu ne peux pas rester ici.»

«Ça va tu sais, c'est ma maison.» expliqua-t-il sans en rajouter. Avec ses bons et ses mauvais côtés, ce manoir était l'endroit où il était sensé se sentir en sécurité et il en était responsable.

«Adrien, on est au milieu de la nuit. Il fait froid et ils ont laissé des traces de leur passage jusque dans ta chambre. Ce n'est pas bon pour le moral de dormir là ce soir. Tu pourrais aller chez un ami ou la fille qui était avec toi au party. Ils t'accueilleraient sûrement.»

«Oui, mais il est tard. Je ne veux pas déranger et il y a un autre endroit où je veux aller d'abord. Je suis trop nerveux pour dormir maintenant.»

«Ces garçons, est-ce que tu les considèrent comme des amis?» chercha-t-elle timidement.

«Non, bien sûr que non.» rejeta-t-il.

«Bien» approuva Ladybug «parce que je peux te dire qu'ils ne le sont pas. De vrais amis ne voudraient pas apprendre que tu as dû passer la nuit dans un maison saccagée simplement parce que tu ne voulais pas déranger. De vrais amis se préoccupent de tes sentiments.»

'Toujours aussi fine mouche!' remarqua-t-il intérieurement.

«Donne-moi simplement le code pour activer l'alarme et tu pourras aller te vider l'esprit.» reprit-elle. «Mais n'oublie pas d'envoyer un message à tes amis pour qu'ils ne s'inquiètent pas si par hasard ils apprennent pour le cambriolage.»

ChatNoir repartie à la course une fois la grille fermée.

Il était soulagé que Marinette n'ait rien à voir dans tout cela mais il était horriblement nerveux. Il fit sa ronde à toute vitesse sans se concentrer sur les indices et les signes de problèmes.

Il dû même revenir sur ses pas en entendant un cri de détresse qui provenait d'un endroit qu'il venait de quitter.

Pour compenser, il prolongea donc sa sortie d'une heure. Il se présenta finalement à la porte des Dupain-Cheng vers les quatre heures du matin.

Il avait déjà songé à aller chez Nino mais, il savait que Tom et Sabine le laisseraient dormir dans le lit de Marinette ou au moins dans sa chambre, sur son canapé. Tandis que chez Nino, il ne savait pas du tout à quoi s'attendre. Il ne voulait simplement pas prendre le risque de réveiller M. et Mme Lahiffe pour leur demander de sortir le matériel de camping en pleine nuit.

Chez Marinette, s'était plus simple et plus chaleureux. Les boulangers l'accueillir à bras ouverts et Adrien prit le temps de prendre une bonne douche chaude avant de monter.

Adrien avait l'habitude d'être plongé sans ce genre d'histoire mais il semblait que touché de si près, les sentiments négatifs lui collaient à la peau malgré sa fuite à travers la ville.

Il s'étendit doucement mais ne réussit pas à le faire sans réveiller Marinette.

«Je suis désolé. Il s'est passé quelque chose au manoir. Ça ne te dérange pas que je dorme avec toi?» chuchota-t-il.

«Mais non, bien sûr. Mais toi, tu vas bien?» demanda-t-elle en écartant les draps pour lui et en se serrant sur son cœur.

«Oui, ne t'en fait pas.» la rassura-t-il en souriant contre sa chevelure.

«Tu es encore habillé.» s'étonna-t-elle lorsque sa jambe nue frôla contre le jean.

Elle se releva du lit pour ramener une boite de carton sans emballage. «Joyeux Noël!» souhaita-t-elle en la lui remettant. «Je ne pensais pas te le donner comme ça... mais puisque ça peut te servir.»

Il éclata de rire en découvrant un pyjama une pièce extra grand en pilou rouge avec des flocons de neige blanc dessus. «Marinette. Tu es une fille formidable.» assura-t-il alors que l'émotion se faisait un chemin sur son visage.

«Oui. Mais je suis aussi une grosse paresseuse.» fit-elle en retombant endormie sans plus de cérémonie.