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Laurence avait l'impression d'avoir créé la fission de l'atome dans le cerveau d'Avril, à son corps défendant. Les mots étaient sortis tous seuls sans contrôle et avec quelques regrets. Dévoiler ses sentiments lui avait toujours sembler un aveu de faiblesse.
Laurence était couché depuis presqu'une heure dans son lit dans le noir et dans le silence de la nuit. Il imaginait que le silence d'Alice allait détruire la relation qu'ils avaient essayé de construire. Et par sa faute à lui, en plus !
- Tant pis pour moi, ça facilitera le retour à la normale, se dit il après s'être retourné une bonne vingtaine de fois sur lui-même pour trouver le sommeil. En vain.
Un bruit cependant attira son attention et la porte s'ouvrit. Il sentit une présence dans sa chambre, le clair de lune dessinait une silhouette se penchant vers son lit…
Alice s'approcha du lit et se glissa entre les draps. Ils se faisaient face sans oser bouger ou se parler.
- Le 2 mars 1962 dit finalement Avril.
- C'est quoi ? chuchota Swan, pour ne pas déranger le silence de la nuit et l'importance du moment.
- C'est le jour où j'ai su que tu étais l'homme le plus important de ma vie.
Laurence fit mine de rechercher la signification de cette date mais sans succès.
- Le 2 mars 1962 ? Je ne me rappelle pas.
- C'est le jour de la vraie fausse mort de Marlène. J'ai vu chez toi le même jour le chagrin d'avoir vu mourir notre amie sans pouvoir faire grand-chose et la haine et la colère qui te tenaient pour la venger.
- Ouh là sacrée journée, des vraies montagnes russes !
- Et sinon le 16 mai 1963.
- Le jour de notre mariage ?
- Ce jour-là tu es devenu l'homme de ma vie.
Laurence fit un mouvement de recul, surpris par les mots d'Alice.
- Tu t'es engagé à mes côtés pour m'aider coûte que coûte. En dépit de ce complexe de supériorité que tu me mettais au visage. Ce jour-là, ça a tout dépassé. C'est pas pour autant que ça efface tous tes défauts et mes préjugés sur toi. Mais ça compte de savoir que quelqu'un soit capable de tout bouleverser pour moi.
Alice venait de lui faire le plus beau des cadeaux en déclarant ses sentiments pour lui, Sans oser espérer qu'ils soient aussi intenses que les siens.
- Alice, je ne sais pas trop quoi te dire, , mais je sais que j'ai besoin de toi.
- Je comprends et moi-même je ne sais pas trop quoi dire mais ce que je sais c'est qu'avec toi c'est pas simple tous les jours mais que sans toi rien n'a d'intérêt.
Ils se regardèrent intensément, bouleversés.
Alice doucement, de peur d'effrayer le grand fauve, se rapprocha de Swan pour sentir la chaleur de son corps.
Swan entoura la taille d'Alice sous les draps pour se rapprocher d'elle. Les mains d'Alice se posèrent sur le torse de Laurence en le caressant pour finalement s'approcher de son visage et l'embrasser avec douceur et surtout en souhaitant qu'il prolonge ce baiser.
Swan lui répondit en l'embrassant doucement puis fougueusement. Ses mains ne trouvaient pas leur place et parcourait le corps d'Alice pour en découvrir tous ses contours et ses formes.
Alice retira le T-shirt qui la séparait de Swan pour sentir son odeur respirer cet homme comme son oxygène et ressentir sa force.
Les mains de Laurence libérèrent Alice de sa chemise de nuit pour que leurs corps s'épousent et se reconnaissent.
Swan s'arrêta d'embrasser Alice pour lui laisser le temps de choisir. Les yeux ardents de Laurence, traduisait son désir mais il lui laissait l'initiative.
- Viens lui dit-elle.
L'accord reçu, Swan libéra sa passion pour faire d'Alice l'être le plus aimé et désiré en ce jour sur cette planète. Alice découvrit Swan comme elle n'avait jamais connu personne, sa passion et sa tendresse mélangées pour lui donner un plaisir charnel jamais atteint auparavant.
Faire l'amour avec Alice donnait l'impression à Swan de voir le monde comme jamais, porté par cette femme sans compromis mais à jamais attachée à lui. Faire l'amour à Swan donnait l'impression à Alice, d'exister pour la première fois par le regard, par le contact de ce corps, par le désir de cet homme pour elle.
Les deux amants exprimaient tout : ne pouvant se détacher du regard de l'autre, ne pouvant s'empêcher de découvrir chaque parcelle du corps de l'autre et atteindre le plaisir ultime.
Ils reprenaient doucement leurs esprits ne pouvant se quitter des yeux.
Alice vit l'œil brillant de Laurence, et ne sut si c'était l'extase partagée ou l'émotion de se découvrir.
D'un geste léger, elle caressa d'un doigt le visage de Laurence comme pour mieux le connaître.
Laurence poussa un gros soupir.
- Le 2 mars 1963 dit Laurence.
- Quoi le 2 mars 1963 ?
- Le jour où je t'ai annoncé la vraie fausse mort de Marlène. Plus jamais je ne veux avoir à te faire souffrir et à trouver le chagrin dans tes yeux aussi bref soit-il. Je ne laisserai personne te faire souffrir.
Laurence prit son souffle et reprit.
- Tu sais, peut-être il y aura des jours difficiles où je te décevrai mais n'oublie jamais une chose, rien ne compte que toi…promets le moi ?
- Je te le promets, Swan,
- J'ai besoin de toi lui déclara Swan en l'embrassant aussitôt pour pouvoir toucher, sentir son corps, faire l'amour avec elle comme jamais, se dévoilant corps et âme à elle, pour être sûr qu'elle était vraiment dans ses bras et que ce n'était pas un rêve.
Pas de grand mots ou d'autres déclarations mais des actes d'amour que chacun reçut comme la naissance d'un nouveau chapitre de l'histoire.
Le lendemain, une drôle d'ambiance flottait autour d'eux. Pas de malaise mais l'impression d'avoir rêvé cette nuit à se regarder maladroitement comme des collégiens de peur de briser la magie créée.
Laurence se lança.
- Tu sais, j'aimerai que cela reste entre nous. Pour l'instant . Tout est neuf.
- Ne t'inquiète pas, ça ne regarde personne.
Alice se rapprocha de Swan. Ils allaient partir chacun de leur côté mais leur sourire ne trompait pas sur le bonheur qu'ils avaient vécu.
- Tu passes au bureau ? demanda Laurence.
- C'est pas l'envie qui m'en manque mais d'une, ya pas de raison en ce moment et de deux, je serai incapable de ne pas me jeter sur toi.
Laurence, flatté, souriait.
- Et oui, je suis irrésistible c'est bien normal !
- Eh garçon, mollo sur l'autosatisfaction ! Sans moi, tu ne serais rien !
Il l'a pris dans ses bras pour l'embrasser avec ardeur et une passion non dissimulée. A bout de souffle ils se séparèrent à regret, impatients que la journée passe rapidement.
- J'adore quand tu me souris, Alice lui déclara spontanément Laurence, rougissant de son audace.
Avant de se séparer, devant l'immeuble, Avril se retourna vers Laurence, pris par une inquiétude, l'attrapa pas sa cravate comme si elle voulait corriger sa tenue.
- Tu fais attention à toi ? dis-t-elle.
- Bien sûr comme d'habitude, … et toi regarde avant de traverser sinon je peux t'offrir un chien pour te guider.
- Oh très drôle ! Allez dégage !
Elle grimpa sur son scooter et lui rejoint sa voiture sans s'empêcher de se jeter des regards. Les gamins de 17 ans sont plus matures que moi se dit Laurence.
Les jours passèrent et une nouvelle routine s'installa, dissimulant difficilement que leur relation était passée à un autre niveau notamment auprès de Marlène qui trouvait le commissaire plutôt guilleret et la tête ailleurs, mais aussi plus calme plus serein.
Elle avait eu le fin mot de l'histoire à l'occasion d'un thé organisé par Alexina après un après-midi boutiques entre filles.
Les deux femmes avaient remarqué qu'Alice était à la recherche de vêtements plus féminins, délaissant de plus en plus le jean et la chemise à carreau. Elle se trahit, restant pantoise devant une vitrine de lingerie fine. Marlène et Alexina se jetèrent un regard de connivence au-dessus de la tête d'Alice, obnubilée par une nuisette rouge carmin qu'elle imaginait retirée par Swan.
Installées au salon de thé en attendant la commande ; Alice sentit les regards de son amie et belle-mère.
- Alors, Alice depuis quand ? demanda Alexina sans détour.
Un ange passa dans le regard d'Alice et tout en se tourna face à une Alexina, goguenarde et une Marlène rougissante. Alice ne savait pas comment répondre.
L'arrivée du serveur lui laissa une minute de répit pour donner une réponse qu'elle imaginait sensée.
- Depuis quand quoi ?
- Vous et Swan ?
Alice trouva une astuce pour esquiver la conversation.
- Ça va mieux oui, on commence à comprendre nos habitudes mais il est plutôt psychorigide votre fils ! dit-elle en secouant la tête et en regardant droit devant elle pour éviter les regards des deux femmes.
- Depuis quand êtes-vous ensemble, Alice ?
- Quoi !
- Allons Alice, tu peux tout nous dire, lui répliqua Marlène, on voit bien que ça va mieux entre vous, donc il s'est passé quelque chose…
- Oh oui , je te l'ai dit , ça va mieux, c'est l'autre jour, j'ai eu peur après la prise d'otage et je me suis rendue compte qu'il prenait des risques. Il a eu aussi le contrecoup, je l'ai réconforté.
- Et vous lui avez fait un gros câlin ? Alexina prenait un malin plaisir à torturer Alice mais avec une grand affection et le plaisir de savoir que son fils touchait un morceau de bonheur.
- Ben il m'a tenue dans ses bras et ça a permis de briser la glace.
- Ah c'est comme ça que vous dites !
- Mais quoi enfin on est amis vous savez !
- Et quoi d'autres ?
Alice n'arrivait pas à cacher la rougeur de ses joues, à devoir expliquer le tournant pris dans la relation avec Swan. De leurs côtés, les deux femmes connaissaient les sentiments de Swan et sa patience à ne rien montrer donc seule Alice avait pu faire le pas en avant nécessaire. Elle essaya la défense par l'attaque.
- Non mais d'abord pourquoi ça serait moi qui aurait fait le premier pas ?
- Ah ah ! Ca y est ! Vous avouez dit Alexina enjouée de l'avoir fait craquer.
- Mais quoi enfin, c'est vrai, Laurence il pourrait avoir tenté sa chance comme avec ses autres poules !
- Eh ne parlez pas de la femme de mon fils comme d'une poule ! Mon fils a bien des défauts, je vous le concède, mais question poule je le connais et je ne l'ai jamais vu aussi heureux que ces temps -ci donc ça vient de vous !
- C'est vrai Alice, confirma Marlène, le commissaire n'est pas le même, il est toujours aussi concentré sur le travail mais il y a des signes : par exemple il a arrêté de terroriser Carmouille me disant je cite « qu'elle ne savait pas se défendre, elle ! ».
- Mais ça veut rien dire, allons !
Les deux femmes ne lâchaient pas du regard Alice. Elle savait qu'elle était coincée par la faute de Laurence ! Et un peu de la sienne ne sachant pas cacher qu'elle nageait dans le bonheur.
- Bon peut-être qu'effectivement, nous avons des relations plus cordiales, …..et merde, ….même moi je trouve ça nulle, bon oui effectivement il y du neuf avec Laurence. J'ai commencé à le voir autrement qu'avec un balai dans le cul et il est attentionné, généreux, il fait bien la cuisine, je commence à aimer Sinatra, il apprécie les Beatles ….Oh merde !
- Quoi c'est chouette tout ça !
- Ben oui mais ça doit pas se passer comme ça, une fois que j'aurai rencontré mon père tout ça n'aura plus de sens…..
Marlène et surtout Alexina blêmirent à l'entendre parler de son père sachant tout ce que Swan avait à perdre dans l'histoire.
- Et vous allez le rencontrer quand cet arlésien ? demande Alexina à regret.
- Je ne sais pas, j'attends que le notaire me contacte mais je trouve que ça traine pour qu'il me donne le rendez-vous.
Alexina craignait pour le bonheur de son fils. Mais pas question de le trahir.
- Bon alors racontez-nous !
- Ah non pas à vous et pas à toi Marlène c'est trop glauque de vous parler de Swan. Mais…. Comment dire, je n'avais jamais vécu ça et j'aime bien cette connivence, et en parler je crois que ça me porterait malheur. Vous savez le plus important donc, vous me lâchez, d'accord ? Et ne dites pas à Swan que vous savez !
Alexina et Marlène acquiescèrent.
- Allez trinquons : au bonheur et au cercle ! clama Alexina.
Elles levèrent toutes les trois leur tasse de thé en pensant aux liens et au cercle qu'ils formaient.
Il est vrai que le temps semblait long à Alice pour enfin rencontrer son père. Elle trouvait que pas grand monde ne mettait grand entrain à organiser cette rencontre. Le notaire, mais aussi Swan, peu investi dans sa quête.
- Tu sais, il est particulier ce gars, il t'a dicté la conduite à suivre pour le rencontrer, il a un côté un peu sadique.
- Dis pas ça, dit Alice blessée, les hommes ça ne sait pas faire les choses simplement , regarde-toi, dit-elle en se tournant vers lui en le désignant par le menton.
Laurence se tut, ne voulant pas braquer Alice en expliquant tout le mal qu'il pensait de Colbert, il aurait été trop loin.
Boudeuse, Alice resta dans son coin. Laurence essaya de se faire pardonner.
- Excuse-moi, ne sachant trop que dire
- Aide-moi alors !
- Bien sûr, je vois ça demain au bureau, promis…
Le lendemain Alice se décida à prendre le taureau par les cornes et se rendit chez le notaire.
Celui-ci tarda à la recevoir.
- Que puis-je pour vous Mademoiselle Avril ?
- Voilà j'ai respecté les volontés de mon père pour le connaître, il est temps désormais de le rencontrer. Pourriez-vous me communiquer ses coordonnées ?
- Je suis désolée mais ça ne marche pas comme ça Madame, c'est votre père qui viendra vers vous quand je lui aurais transmis les justificatifs de votre mariage.
- Les voici tendant Le livret de famille et l'acte de mariage, originaux et copies certifiées. Vous pouvez prendre les copies.
- Bien d'accord, laissez-moi quelques instants je reviens.
Le notaire se retira quelques instants avant de revenir avec un dossier. Alice n'arrivait pas à lire si cela correspondant à son père. Il ouvrit le dossier devant lui.
- Voilà, selon les désirs de votre père, il décidera du moment de votre rencontre. D'après ce que je lis, votre mariage n'a été célébré que depuis 4 semaines.
- Mais vous allez bien lui envoyer ces documents ?
- Bien sûr, dans le respect de ses directives.
Alice essaya de plaider sa cause. De son côté, le notaire détestait cette affaire de reconnaissance de filiation dont les méthodes le révoltaient.
- S'il vous plait, maître, je souhaiterai également lui joindre un courrier pour lui expliquer qui je suis pour me présenter.
En tendant une enveloppe, Alice reprit espoir.
- Voici merci de m'aider.
Alors qu'il allait prendre la lettre, une des secrétaires appela le notaire pour une urgence et il quitta son bureau.
Le naturel revenant au galop, Alice se jeta sur l'occasion pour voir si elle pouvait récupérer des informations sur son père.
Elle tomba sur une feuille de renseignement André Colbert, 45 bis Boulevard Saint Michel. Paris
Entendant le notaire revenir vers son bureau, Alice remit rapidement le dossier en ordre et se rassit.
- Excusez-moi Madame, j'ai bien pris note de cette demande. Pouvez me communiquer des coordonnées pour vous joindre ?
Alice donna le numéro de téléphone et l'adresse de l'appartement de Laurence, enfin leur appartement !
Elle était abasourdie aussi d'avoir enfin un nom à mettre sur son. Tout cela l'émouvait profondément. Alice était folle de joie d'avoir pu récupérer des informations et sans l'aide de Laurence. Elle allait lui montrer ce que c'était que ses talents d'enquêtrice. Non je lui dirai après ….
Elle décida de s'organiser pour aller à Paris, toute seule comme une grande. Elle prit un billet de train pour le lendemain. Elle avait trop hâte d'en savoir plus, l'attente avait trop duré. Une pointe d'orgueil voulait montrer à Swan qu'elle savait arriver à ses fins, sans un homme pour l'aider en général et lui en particulier.
Cette nouvelle l'avait enjouée. Lorsque Laurence rentra ce soir-là, il fut ravi de la voir gaie et heureuse, son enquête avançait bien disait-elle. Elle pourrait lui en dire plus surement le lendemain soir.
- Je pars tôt demain matin pour arriver à bout de cette histoire.
- Tu tiens un scoop alors ?
Ils étaient en train de diner. Alice faisait des efforts méritoires pour améliorer ses compétences et l'omelette était une recette qu'elle maîtrisait parfaitement, son must disait-elle. Elle se sentait motivée ce soir-là à réaliser ce fameux must de la cuisine française. Elle se sentait irrésistible en toute chose ce soir-là !
- Ah, ça tu vas voir, tu vas être épaté. Tu seras fière de moi !
Laurence était ravi que cette enquête permette à Alice de parler d'autre chose que de son père. Il n'était pas au bout de ses surprises, malheureusement.
A suivre ...
