Chapitre 11:

Cela faisait bien dix minutes que Blaise était parti, et toujours aucun mot n'avait été prononcé. Les deux garçons se regardaient fixement, les lèvres closes, sans oser initier un geste ou une parole, comme si le moindre mouvement, le moindre son risquait de briser cette impression de proximité sereine entre eux. Harry avait les yeux et l'esprit tellement plein de Draco que sa tête commençait à tourner et sa vision à se brouiller. Il sentait une chaleur agréable mais dérangeante dans son ventre. N'en pouvant plus, il lança d'une voix trop forte quelques mots pressés :

« Concernant ton père, peut-être qu'on pourrait...

- Non. »

Le regard dur de Draco, plus encore que son ton cassant, fit mourir le reste de sa phrase dans la gorge du rouge et or. Il se sentit rougir et se morigéna intérieurement. Le vert et argent avait ce pouvoir agaçant de lui souffler son courage et de lui faire se sentir aussi maladroit, aussi pataud que Neville. Et puis Harry se rappela que Lucius Malfoy maltraitait son fils d'une façon encore plus ignoble que son propre oncle et sa tante. Le poing serré, il reprit d'une voix forte:

« C'est important Draco. J'ai lu quelques textes juridiques et...

- Je ne veux pas en parler, Harry.»

Cette fois, la voix et le regard étaient doux. Un peu mélancoliques, avec un fond de résignation, mais aussi un quelque chose d'aimable, peut-être de la reconnaissance. Pour la deuxième fois de la soirée, le Serpentard avait prononcé son prénom...

Le blond jeta son regard vers la lune, comme pour fuir celui trop intense du Gryffondor, et il croisa les bras sur sa poitrine en un geste défensif qui fit se serrer le coeur de Harry. Un élan d'affection pour ce jeune homme broyé par son nom lui fit s'avancer d'un pas et poser une main rassurante sur son épaule.

« Je voudrais t'aider, Draco.»

Ce dernier pivota lentement sa tête et offrit un sourire timide au Gryffondor.

« Mais tu l'as déjà fait. »

Les lèvres roses, délicates, s'écartèrent à nouveau pour murmurer :

« Merci. Merci d'être venu, et merci d'avoir accepté. »

Il sembla à Harry que son coeur essayait de jaillir hors de sa cage thoracique pour rejoindre ce garçon aux yeux si beaux, si tristes, et au sourire si délicieux. Sans s'en apercevoir, il avança encore d'un pas, réduisant la distance entre leurs deux corps à un filet de nuit. Sa main pressa doucement l'épaule frêle, et sous ses doigts, Draco frémit. Son corps tremblait légèrement, mais ses yeux ne cillaient pas. Il monta légèrement la tête, cambrant son cou, et son nez en trompette frôla les lèvres du rouge et or, et son souffle caressa son menton.

Cette fois, Harry aurait été incapable de dire qui initia le baiser. Tout ce qu'il savait, c'est que leurs lèvres se trouvèrent et qu'une danse nouvelle vit le jour entre elles. Elles se rejoignaient, se titillaient et se mordillaient avec tendresse, et soudain elles s'écartèrent et leurs souffles se mêlèrent, chauds dans la nuit froide, ivres dans cette tour minérale. La langue de Draco s'aventura dans l'intimité d'Harry, avec finesse et retenue, et celle du Gryffondor la rejoignit bientôt, plus avide, plus précipitée. Tandis que leurs bouches s'exploraient, leurs corps se mêlaient eux aussi. Les mains de Draco se perdirent dans les cheveux de Harry, frôlant ses oreilles avec langueur et massant son cou du bout de ses doigts tiède. Les bras de Harry s'enroulèrent autour de ce corps fin, agrippant épaules, dos et fesses avec une passion doublée d'une tendresse insoupçonnée.

Harry était plein de Draco, de son odeur, son goût, sa respiration, son visage; si bien que ses sens saturés ne perçurent les bruits de pas et le terrible miaulement qu'au dernier moment. Il lâcha le Serpentard et recula d'un bond en arrière, tandis que le blond se tournait vers la source de ces bruits, les yeux écarquillés et les joues roses.

« Qu'est ce que vous fichez ici, à cette heure de la nuit? Vous savez que cette tour est interdite d'accès hors cours d'astronomie, hein?»

Rusard se fendit d'un sourire torve qui creusa encore plus ses vieilles joues. Entre ses jambes, Miss Teigne émit un miaulement satisfait.

« Je sais pas ce que vous maniganciez, mais je le trouverai. Et vous venez d'écoper d'un mois de retenues chaque jeudi soir. Avec un peu de chance, la grande Inquisitrice m'autorisera à enchaîner vos têtes de fouinards dans les cachots.»


« Aujourd'hui va être une journée atroce du début à la fin. » marmonna Harry en coupant sauvagement son steak.

Ron lui donna une tape dans le dos et dit joyeusement, en crachant des petits morceaux de purée sur la Grande Table:

« Mais non. Fais pas ton pleurnichard, tu vas passer une aprem fantastique où tu vas emballer cette bombe de Cho Chang à Pré-au-Lard, sous la neige -ambiance romantique garantie. Bon, ensuite, ce soir tu vas surement te faire pendre par les pieds par Rusard dans les cachots, et avec un peu de malchance il te trifouillera même les entrailles avec un vieux tison rouillé dégueux. Mais ça vaudra le coup mec, tu auras pécho l'aprem, et puis la fouine va p'têtre se pisser dessus quand Rusard va approcher son tison rouillé de son ventre d'aristo. Alors comme t'es un bon pote, tu vas survivre à la retenue de l'autre taré pour pouvoir raconter tes exploits de coeur et la déchéance de Malfoy en direct. »

Harry foudroya son meilleur ami du regard et déchiqueta un peu plus son morceau de viande. Sans s'en formaliser, Ron se mit à rouler des yeux et à brandir une brochette de boulettes devant le nez de Neville, mimant Rusard en train de menacer Malfoy de l'éviscérer. Seamus et Dean éclatèrent de rire tandis que Neville souriait d'un air mal assuré. En se tournant vers Hermione, Harry fut scandalisé de lui voir un petit sourire sur les lèvres.

« Tu vas pas t'y mettre aussi! s'exclama t-il, vexé.

- Oh, c'est bon. Dumbledore n'autorisera jamais Rusard à te faire du mal. Ombrage a peut-être gagné en pouvoir avec son titre débile, mais il reste le directeur de cette école.

- C'est ça. Quand on me retrouvera pendu dans les cachots, vous vous mordrez les doigts. »

Le visage d'Hermione redevint sérieux. Harry espéra qu'elle allait s'excuser et compatir sur son sort sinistre, au lieu de quoi elle attisa son malaise en demandant:

« Tu ne nous as toujours pas dit ce que te voulait Malfoy l'autre soir.

- C'est pas important, grommela Harry.

- Je m'inquiète Harry. Je pense vraiment que ce serait mieux que tu te confies.

- Je te dis que c'est rien. Aie confiance, 'Mione.»

La sorcière transperça Harry de son regard intelligent, puis dit sur un ton crispé:

« Comment veux tu que j'aie confiance? Tu ne nous dis plus rien Harry. Si tu n'avais pas reçu une retenue, on aurait jamais su que tu étais allé au rendez-vous avec Malfoy. »

Mal à l'aise, Harry détourna les yeux.

« Tu nous avais dit que tu allais voir Cho Chang. Tu nous as menti. » ajouta Hermione, le ton accusateur.

Ron sauva involontairement son ami d'un gouffre de culpabilité et de remords en lançant:

« Ça parle de Cho Chang? Je veux pas rater ça moi! Tu penses que tu vas bientôt pouvoir fourrer ta langue entre ses lèvres? Genre, ses autres lèvres?»

Tel un para-tonerre fidèle, ses quelques mots redirigèrent la colère d'Hermione sur Ron. Mais pendant que la foudre s'abattait sur le rouquin, un orage sombre et tonitruant agitait les pensées d'Harry. Est ce qu'il était vraiment en train de trahir ses amis en taisant ses actions, et surtout ses attirances?