Adrian — Un mois plus tard

Le vent frais fouette mon visage alors que mes cheveux s'emmêlent dans tous les sens. Mon cœur bat à tout rompre tandis que je resserre ma poigne gauche autour de mon manche à balais. Les paysages autour de moi défilent à toute allure et je tends mon bras droit en direction de la balle dorée qui virevolte juste devant moi, à quelques centimètres de mes doigts. Aux alentours, j'entends les cris d'encouragements des Gryffondor provenant du terrain et des gradins. J'adore cette sensation. Le Quidditch m'avait manqué.

L'adrénaline monte en moi et je me sens aussi libre qu'un oiseau. Lorsque ma main se referme autour du Vif d'Or, la jeune capitaine des lions, Shea, fait rugir son sifflet et l'entraînement s'arrête aussitôt. Peu de temps après je regagne le sol et James me tombe dessus.

— Tu as été incroyable ! s'exclame-t-il des étoiles dans les yeux.

Je lui adresse un sourire mutin. Je le sais ça mon vieux, que j'ai été incroyable. Je suis incroyable.

— Je t'apprendrai un jour Potter, répliqué-je en lui renvoyant une tape dans le dos.

— Il faut définitivement qu'on s'entraîne plus souvent ensemble, m'indique le brun à lunettes.

— C'est hors de question, coupe une voix féminine.

Je tourne la tête en direction de la capitaine des Gryffondor. Ses mains sont posées sur ses hanches, son regard est noir et son pied tapote frénétiquement le sol d'impatience. Merde… Je crois que j'ai énervé la petite écossaise.

— Oh mais Shea, Adrian est super…

— Il ne fait pas partie de l'équipe, coupe-t-elle court. J'ai accepté aujourd'hui sa présence en signe de tolérance mais aussi et surtout parce que c'est exceptionnel. C'était la première et la dernière fois.

Je lève un sourcil, pas vraiment emballé par son spitch. Elle abuse un peu la rouxmoux. Je ne fais rien à part passer du bon temps sur un balais avec mon arrière grand-père ! Elle pourrait être un peu plus compatissante quand même !

— Franchement je pourrais vous apprendre plein de techniques ! protesté-je. Tu connais celle de l'abat jour ?

— Adrian, c'est toi ou moi le capitaine ? remballe la rouquine.

Voyant que je ne réponds rien, elle enchaîne :

— Maintenant que la question est réglée, je te laisse aller ranger ton balai aux casiers. N'hésites pas à revenir nous voir quand tu veux. Tes encouragements seront fort appréciables.

— Ouais c'est ça. Avoue que tu as peur que je te fasse de l'ombre surtout !

La rousse roule des yeux et me renvoie un air ennuyé.

— Non, je m'assure seulement que les points soient bien sur les i. D'autant plus que tu as plus d'une fois déconcentré mes joueurs durant cette séance donc je ne permettrais pas un autre dérapage du genre.

— Même pas vrai ! rugis-je. Je n'ai jamais déconcentré qui que ce soit...

— Si ! Tu parlais de la pluie et du beau temps avec James alors qu'il était sensé faire des passes aux autres poursuiveurs. Sans mentionner le fait que tu signais des "autographes" aux élèves dans les gradins lorsque tu n'étais pas à la poursuite du Vif d'Or ! Alors pour moi, c'est plutôt clair que tu n'es pas là pour t'investir sérieusement. Chose qui n'est pas notre cas ici. Donc c'est fini. C'était bien sympa, mais maintenant tu retournes corriger tes copies ! Au cas où tu l'aurais oublié, mais tu es prof et les profs n'ont pas le droit de faire partie des équipes de Quidditch !

Son ton impétueux me fait hausser les sourcils de stupeur. Peut-on être à ce point autoritaire aussi jeune ? Elle m'impressionne cette gonzesse ! Quoi qu'il en soit, je n'insiste pas. J'ai capté, je n'interferai plus sur ses plates-bandes.

— Bon très bien, j'ai compris. Tu ne veux pas que je vole la vedette, ce qui est bien normal…

Son regard noir et menaçant m'indique que c'est le bon moment pour me taire alors je ne poursuis pas. Bordel, je n'ai jamais vu une fille aussi intimidante. Elle doit mener son équipe à la baguette. Pauvre James...

— Je te raccompagne vieux ! m'indique justement le concerné.

Je ne me fais pas prier et nous prenons tous les deux le chemin de la sortie.

— Faut pas lui en vouloir mais Shea est très perfectionniste. Sans elle, on serait incapable de gagner la coupe, m'indique le brun sur le ton de la confidence.

— C'est bien pour vous. Juste dommage que je sois banni du terrain.

— Rien ne t'empêche de me rejoindre après mes entrainements. On peut s'entraîner ensemble tous les deux, si tu veux ?

— Ah ouais ? Rien que toi et moi ? provoqué-je. Ça ne te dérangerait pas ?

Il me renvoie ma risette et m'assaille d'une tape à l'épaule.

— Tant que tu me mate pas comme tu peux le faire avec certaines de tes élèves, ça me va, répond-t-il d'un air moqueur.

— Ça devrait le faire alors, t'es pas trop mon genre.

Je lui adresse un clin d'œil polisson et James pouffe de rire.

— Très bien, à la prochaine alors !

See ya bro !

Je le salue et disparaît du terrain de Quidditch. Cette petite séance matinale m'a fait le plus grand bien ! C'est la première fois que j'ai réellement l'occasion de me rapprocher de James et je dois avouer que c'était plutôt sympa. D'autant plus que mon activité d'attrapeur me manquait.

Je n'ai aucun ressentiment quant au fait de m'être fait jeter du terrain et c'est donc d'un pas léger que je rejoins mes appartements pour une douche rafraîchissante. Je dois me préparer car dans peu de temps, je reprends mes séances de légilimencie avec un arrière grand-père d'un tout autre genre : Regulus Black.

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— Attention, tu es prêt ?

En sueur et pâle, Regulus papillonne des cils. Ses ongles s'enfoncent dans le bois de la chaise et il peine à aligner deux mots, je crois que je l'ai mis à bout.

— Dernière fois, baragouine-t-il avec peine.

— Érige bien tes barrières et définis bien là où tu veux m'emmener car tu me connais ! Je ne te lâcherai pas tant que je ne saurais pas tout sur cette Lyssandra ! jubilé-je.

— Va te faire mettre, grogne-t-il, dans le vague.

Il passe sa manche sur son front et chasse la transpiration. Il se redresse sur son assise puis se concentre. Il fronce les sourcils, attendant une nouvelle violation de son esprit avec appréhension.

Voilà plus d'un mois que nous avons pour habitude de nous rejoindre les soirs dans mon bureau. Pendant de courtes séances, plutôt intensives, je lui apprends à bâtir des murs autour de ses pensées les plus précieuses afin qu'il sache les cacher de legilimens aux mauvaises intentions. C'est clairement un travail épuisant, aussi bien pour lui que pour moi. Bien que j'avoue qu'il morfle pas mal, le rejeton.

Ainsi pour la dernière fois de la soirée, je m'infiltre dans son esprit tel un serpent parti en chasse. Je sillonne dans les recoins de sa tête, à la recherche d'une histoire croustillante à me mettre sous la dent.

Lorsque j'ai aperçu, il y a une semaine des bribes d'images de mon cher Regulus en train de doigter une petite brune, mon intérêt s'est enflammé et depuis, je ne le lâche plus. Le gamin est coriace, je le lui accorde. Pour l'instant je n'en sais pas plus si ce n'est qu'elle s'appelle Lyssandra et qu'elle avait l'air d'être une gueularde. Objectif de la semaine : savoir ce qu'il a bien pu faire d'autre avec cette intrigante brunette. Après tout, c'est légitime. J'ai bien le droit de savoir comment mon arrière-grand père s'amusait du temps de sa jeunesse.

Je continue la séance de torture et accède à un souvenir entre lui et Juliet. Je ne sais pas ce qu'ils font ni ce qu'ils se disent mais ils sont hilares. Puis ça s'enchaîne, je le vois se promener dans l'Allée des Embrumes, ensuite il vole sur le terrain de Quidditch à la recherche du Vif d'Or. À nouveau les lèvres de la brune et ses gémissements qui taquinent mon oreille, Sirius qui lui met un pain dans la tronche puis deux yeux affreux qui me font dresser les poils.

Ok, stop, j'arrête là. Il est à bout le pauvre. Je vais devenir son journal intime si ça continue.

— Bon, on ne peut pas dire que c'était une réussite, avancé-je en levant un sourcil.

— Au contraire, tu n'en sais pas plus sur Lyssandra, provoque-t-il.

Je ricane et l'observe. Le Serpentard fait pâle figure. Il est en dans un état pitoyable. Mais bon, je n'ai pas d'autre choix que de le mettre en condition. Nous savons très bien que ce n'est qu'une question de temps avant que Voldemort ne revienne camper dans sa petite caboche. Non seulement il ne sera pas confortablement installé sur une chaise mais en plus, il risque d'être violé cérébralement de manière beaucoup brutale.

— Prochaine fois, je veux que tu m'apprennes à supporter le sortilège Endoloris, demande-t-il en se relevant avec difficulté.

— Attends bouge pas. Revigore !

À peine ai-je lancé mon enchantement que le jeune Black se remet sur pied. Ses cernes disparaissent et son teint, déjà bien blafard, reprend quelques couleurs. Ses traits se détendent et il ne titube plus sur place.

— Je te conseille d'aller dîner. On va se poser des questions sur ton absence, en plus.

— Je t'ai posé une question, revient-il à la charge en me foudroyant du regard.

Je souffle bruyamment et l'observe silencieusement.

— J'ai de mauvais souvenirs avec ce sortilège. Je ne vais pas te…

— C'est pas mon problème, coupe-t-il court. Tu as dit que tu m'aideras. Alors tu le feras.

— Je n'aurais pas assez de conviction pour que le sortilège fonctionne, contredis-je. Tu sentiras à peine une chatouille.

— Je peux être énervant quand je veux, tu sais, ricane-t-il. Il suffit que je trouve un motif valable pour te faire sortir de tes gonds et tu voudras me faire souffrir.

Il m'adresse un sourire en coin supérieur qui me fait aussitôt penser à moi. Je souffle, amusé. Je lui renvoie un air complice et lui envoi une tape à l'épaule.

— Bonne chance pour ça, lui chuchoté-je. Je suis la personne la plus détachée que tu connaisses.

— Je trouverai, personne n'est infaillible.

Je ne réponds pas, doutant fortement de sa capacité à me pousser à bout. Le dernier en date qui a réussi une telle chose, c'est ce cher Albus Dumbledore. Parce qu'il a justement essayé de me percer à jour. Hot News mon p'tit pote : je suis indéchiffrable.

Reg et moi quittons mon bureau et allons tout deux vers la Grande Salle. Je crève la dalle ! Je pourrais manger pour quinze je crois.

Alors que nous traversons les couloirs du deuxième étage, nous sommes interrompus par Peeves qui pleurniche en traversant les murs avec une expression de dégoût sur le visage. Je fronce les sourcils. Je n'ai jamais vu ce putain de fantôme être déstabilisé par quoi ce soit. Alors qu'il retourne se terrer dans son trou à rat, Merlin sait où, un gémissement s'échappe depuis les toilettes. Je m'arrête et oublie mon ventre qui grogne.

— Qu'est-ce qui t'arrive ? demande Reg.

— Ce sont bien les toilettes désaffectés, hein ? m'enquis-je soudainement.

— Ouais, ils sont habités par Mimi Geignarde, pourquoi ?

Parce qu'il fait noir, qu'il n'y a personne dans les parages à part nous qui enfreignons le règlement et qu'il y a clairement de l'activité derrière la porte. Une activité tellement louche que ça fait fuir un esprit frappeur ? Nan. J'y crois pas. Primo, Mimi Geignarde n'a jamais fait peur à Peeves. Deuxio, le râle était rauque et grave. Rien à voir avec la voix d'une jeune fille gueularde donc. Et puis je sais pas, mon instinct aussi, je crois, m'indique que rien de tout ça n'est normal.

Tout le monde est en train de dîner, c'est donc l'occasion idéale pour prévoir un coup foireux à l'abri des regards indiscrets, non ?

Vas-y, tiens-la bien.

Ok, c'est louche sa mère. Il ne m'en faut pas plus pour sortir ma baguette et avancer tête baissée vers la porte noire des toilettes des filles du deuxième étage. Dans l'incompréhension et intrigué à la fois, Reg me suit.

Sans que je ne sache pourquoi, comme si j'étais maintenant habitué à m'attendre au pire depuis que j'ai atterri à cette sombre époque, mon palpitant s'accélère. J'ouvre délicatement la porte à l'aide de ma baguette et pénètre la pièce avec mon étudiant à mes côtés.

La scène à laquelle j'assiste me hérisse le poil. Mon cœur explose dans ma cage thoracique, j'écarquille des yeux puis très vite, mon sang se révulse.

Leila Selwyn, Evan Rosier et Marcus Avery sont là, tous les trois, au fond des chiottes. Evan se fait sucer la queue par une Leila victime de l'emprise de l'Imperium de Marcus. Comment je le sais ? Pas compliqué, ses yeux sont révulsés et Avery maintient sa baguette au dessus de son crâne à mesure qu'elle fait des va-et-vient avec sa bouche.

Reg cherchait un sujet qui me mette hors de moi. Il va être servi.

— Putain ! Dégagez d'ici espèce de sales crevards ! hurlé-je en entrant en trombe dans la pièce.

Les deux Serpentard sursautent, le sort est rompu, Leila papillonne des yeux et lorsqu'elle prend conscience de ce qu'il lui a été imposé, elle pousse un cri déchirant et tombe à la renverse et éclate en sanglots.

— Règle-lui son compte, grogne Rosier tout en remballant sa bite.

En fidèle chien de garde, son pote lève sa baguette mais il n'a pas le temps de prononcer le moindre mot que je m'infiltre déjà dans sa petite caboche et compresse sa trachée.

— Vous n'êtes vraiment que de sales petites merdes…

— Endoloris ! attaque Evan.

Je ne cherche même pas m'en écarter, fulminant de rage. La douleur se répand très vite dans mes vaisseaux sanguins mais je m'empare de l'esprit de Regulus pour éviter de souffrir. Je le fais sortir sa baguette, pour le pousser au combat. Puis je reprends possession de mon corps et de mon esprit et continue mon avancée vers les deux malfrats.

Interloqués, un air terrifié apparaît sur leur visage alors que j'arrive pour eux.

— Je vais vous faire la peau, grogné-je.

Comme s'ils étaient accordés à moi, je lève les mains et les deux gars arrêtent de respirer et sont soulevés en l'air par une force invisible. Je tourne la tête et constate que mon élève m'est venu en aide. Leila se relève et saute dans les bras de Regulus, chamboulée.

— Je n'ai jamais compris l'idée de forcer les gens à avoir des relations sexuelles, dis-je en grinçant des dents.

Ma poigne se renforce et ils sont à bout de souffle. Avant de finir par les étrangler, je les relâche puis Reg fait de même. Ils tombent à terre comme des merdes tandis que je me penche au dessus de Rosier et l'attrape par le col. Mon poing s'étale sur sa gueule d'enflure. Je frappe une fois, deux fois, trois fois puis pousse un cri de rage.

— ESPÈCE DE GROSSE MERDE PUTAIN !

Je me tourne vers Avery et lui jette un puissant coup de pied dans l'abdomen. Le Serpentard se tord en deux et pousse un cri de douleur. Ils font moins les malins là, hein ?

— Adrian ! Contrôle-toi, ce sont des élèves, m'arrête Regulus en me retenant par l'épaule.

Je fais volte face et dévisage mon arrière grand-père avec un air de fou. Mon cœur pulse en moi d'une puissance monstrueuse, une colère noire et incontrôlable noue mon bide et la volonté de leur faire mal prend le dessus. Je veux qu'ils souffrent. Comment peut-on tirer profit de cette manière ? Le sexe est la meilleure activité sur Terre. Elle procure joie, plaisir et bien-être. Comment peut-on la salir comme ça ? Comment peut-on abuser de plus vulnérable que soit de la sorte ? Ça me répugne.

Avec mes pouvoirs, je pourrais abuser à longueur de journée des autres. Je ne le fais pas car je trouve ça abjecte de priver quelqu'un de sa propre volonté. C'est comme tricher.

— Ah ouais ? Des élèves tu dis ?! m'emporté-je.

J'agite ma baguette et relève les pans de robes de sorciers de Rosier et Avery. Sans surprise, la Marque des Ténèbres apparaît sur leur avant-bras gauche. Ma mâchoire se crispe alors que je suis pris d'un relent. Je ne tiens pas et leur crache dessus.

— Visiblement on est infesté par la pourriture ! dis-je en écartant les bras. Levez-vous !

Comme s'ils étaient à présent sous mon influence, ils se lèvent, devenus les victimes.

— Vous allez voir ce que ça fait de forcer quelqu'un, avancé-je d'un air mauvais.

— Adrian, qu'est-ce que t'en fais de ton message de paix et …

— Je retire ce que j'ai dit ! Ces connards vont payer.

Une nouvelle fois, je lève ma baguette et cette fois-ci, ce sont leurs frocs qui s'abaissent. Ils commencent à s'agiter et à pousser des cris paniqués. Je jubile. J'éclate de rire tout en lorgnant leur attribut.

— Bah alors, y'a que des p'tites bites chez Voldy ! provoqué-je en écartant les bras. Mais regardez-moi ça ! Ah ça bande plus là. Bizarrement on est moins excité dis donc ! Qu'est-ce qui vous arrive ? C'est moi qui vous intimide ?!

— Adrian ! me reprend Regulus. Abuse pas non plus.

Je reporte mon regard noir vers les deux criminels. Je remonte leur froc et enchaine :

— Allez, suivez-moi, on a un message de paix à annoncer à toute l'école.

Sans qu'ils ne le veuillent ni qu'ils aient le choix, ils me suivent sous l'impulsion de mes pouvoirs.

— Tu fais quoi au juste ?! demande Regulus en écarquillant des yeux.

— Tu verras, tu seras fier de moi Reg !

Il ne comprend pas ce qu'il se passe mais tant pis. Je sors des toilettes, traverse les couloirs et descends les escaliers quatre à quatre, suivi par mes deux acolytes de Serpentard. Voir leur têtes apeurées et suppliantes est trop jouissive pour que j'arrête.

Allez on se bouge le cul !

Lorsque j'arrive devant la Grande Salle, j'ouvre la porte avec fracas. Je m'y enfonce, déterminé, la mâchoire contractée et les doigts resserrant frénétiquement mon emprise autour de ma baguette. Mon regard est noir, il ne faut pas me toucher sinon j'explose. Je suis une putain de bombe à retardement.

Dès que je fais mon entrée, les élèves s'agitent, certains poussent des cris effrayés. Les profs en bout de tables se dressent sur leurs pieds et tendent la tête pour essayer de mieux comprendre ce qu'il se passe. Lorsque Avery et Rosier arrivent derrière moi en titubant, une vague de protestation émerge.

— Poudlard, bonsoir ! annoncé-je en rugissant dans la salle. Désolé d'interrompre votre repas mais j'ai quelques points à clarifier !

— Potterson ! Qu'est-ce que vous faites…

Chut Minerva. Laissez-moi faire je n'en ai pas pour longtemps.

Je sens la rage prendre le pas sur ma lucidité mais je n'en ai rien à foutre. Le monde doit savoir.

— Chers élèves, chers Professeurs, je vous présente deux violeurs ! présenté-je en désignant Marcus et Evan de la main. Je voulais donc faire une piqûre de rappel sur ce qu'est le sexe ! Visiblement il n'y pas de cours d'éducation sexuelle à Poudlard. C'est regrettable alors je vais me porter volontaire pour vous apprendre ce qu'est le respect de l'autre, de son corps et de sa volonté. Ah et scoop ! Le cul c'est mieux lorsque le plaisir est partagé !

Regulus et Leila sont postés à l'entrée de la salle et me dévisagent avec une expression d'horreur. Les autres élèves présents sont devenus aussi muets que des carpes, certainement choqués. Les autres profs, eux, sont tellement pris de cours qu'ils n'osent pas m'interrompre.

— Donc pratiquer le sortilège de l'Imperium sur une élève pour qu'elle suce son pote, n'est évidemment, pas la bonne marche à suivre, continué-je en étirant un sourire fou. C'est lâche, c'est petit, c'est écœurant. Je devrais leur arracher les couilles et les leur faire bouffer ! Qu'est-ce que vous en pensez mes jolis ?

Je caresse la joue transpirante de sueur de Marcus avec le bout de ma baguette et il agite frénétiquement la tête et commence à chouiner. Je me marre, prenant plaisir de son humiliation publique.

— Mais après tout, on ne pouvait pas en attendre moins d'eux, repris-je. C'est vrai, quand on connaît leur allégeance…

Je m'empare des deux poignets des Serpentard et exhibe bien fièrement leur tatouage, divulguant ouvertement leur affiliation. Aussitôt, une vague de cris de panique résonne dans la Grande Salle. Certains étudiants sont pris de peur et reculent de stupeur alors qu'ils réalisent que de tels individus peuplent leur école.

— Oh ne faites pas les étonnés ! Des Mangemorts eunuques pour rejoindre le mouvement lâche à couilles molles de Lord Voldemort est forcément le prérequis pour quiconque qui souhaite postuler ! beuglé-je, hors de moi.

— ADRIAN ! vocifère McGonagall en se dressant sur ses pieds.

— Eh bien quoi ?! Qu'est-ce que je dis de mal ? C'est pas la vérité ?!

— Assez ! Vous vous êtes assez donné en spectacle !

Je suis sur le point de répliquer lorsque le Directeur apparaît à l'encadrement de la porte, la paume posée sur l'épaule de Regulus. La balance ! Il a été tout raconter au vieux fou.

Derrière son allure de clown en robe de chambre et ses lunettes en demi-lune, je comprends qu'il ne déconne pas le vieillard. Il me foudroie du regard, ce qui me met encore plus sur les nerfs. D'où il se permet d'être énervé contre moi ?! C'est moi le Mangemort ? C'est moi le violeur ? Non, pas que je sache !

— Adrian, venez dans mon bureau, dit-il d'une voix calme.

C'est ça, fait le gentil devant tout le monde. Quel con !

— Minerva, chargez-vous de Monsieur Rosier et Avery je vous prie, continue-t-il.

Je serre les poings tellement fort que mes ongles rentrent dans ma peau. Mes narines fulminent et mon buste se soulève au rythme de ma respiration effrénée. Je vais partir en vrille. Je le sens.

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— Puis-je savoir, ce qui vous a pris d'agir de la sorte, Adrian ? me demande Dumbledore, les paumes aplaties sur son bureau et son regard bleu me percutant la rétine.

Affalé sur un siège en face de lui, j'allume ma cigarette avec des mains tremblantes. Je tire dessus longuement, irriguant mes poumons de fumée. La nicotine se répand dans mon cerveau et ma jambe qui s'agite frénétiquement se calme peu à peu.

— Non seulement c'était complètement stupide mais en plus, inutile.

Je me redresse sur mon fauteuil et le foudroie du regard.

— Comment ça « stupide et inutile » ? Un viol a eu lieu sous votre nez, dans votre école et vous ne faites rien ?

— Je n'ai jamais dit que je ne ferai rien, contredit l'homme. Mais il y avait bien d'autres façons de traiter cette affaire. Vous avez publiquement humilié des élèves…

— Oh c'est vrai ? Oh les pauvres choupi… Je suis trop désolé pour leur face de Mangemort à deux balles !

Je me dresse sur mes pieds et assassine le Dirlo du regard. Bordel ! Il vit dans un autre monde !

— Vous n'êtes pas neutre dans votre jugement, me reproche l'homme. Vous en avez fait une affaire personnelle…

— Il y a deux putain d'assassins sous vos yeux et c'est moi que vous emmerdez ?! C'est quoi votre problème ? Vous n'êtes pas stupide au point d'ignorer ce qu'est un Mangemort quand même ?

— Je vous remercie Monsieur Potter, je sais très bien ce qu'est un Mangemort, dit-il calmement.

— Alors qu'est-ce que vous attendez pour les envoyer à Azkaban ?!

— Je ne peux pas.

— Pourquoi ?

— À cause de vous.

Moment de silence. Je fronce les sourcils et le dévisage avec incompréhension. Je tire longuement sur ma cigarette, ce type va me rendre fou.

Ce dernier contourne le bureau et part se servir un verre. Il reste calme et silencieux, attendant très certainement que je perds patience. S'il veut que je le supplie, il est mal barré. Je ne risque pas de ramper pour ses beaux yeux.

— Un verre ? demande-t-il en me présentant une bouteille en cristal remplie de Whiskey.

— Non merci, grogné-je, pas d'humeur.

Dumbledore lève un sourcil étonné mais n'insiste pas. Il porte son verre à ses lèvres et revient s'asseoir à son fauteuil. Il semble épuisé.

— En interrompant Monsieur Rosier et Avery, vous avez modifié le cours du temps, reprend-il enfin. Vous n'étiez pas censé tomber sur eux, vous n'étiez pas censé les exposer publiquement. L'école toute entière n'était pas supposée apprendre leur affiliation.

— OK mais maintenant c'est fait ! Et je préfère ça, pour qu'ils soient interceptés et qu'ils ne nuisent plus…

— Le soucis Adrian, soupire Dumbledore en se frottant les sourcils gris, c'est qu'ils étaient sans doute amenés à faire des choses au sein de cette école. Afin de ne pas m'écarter de la ligne initiale du temps, je ne peux rien entreprendre à leur sujet.

J'avale ma salive de travers. Je le regarde avec effarement.

— Vous êtes en train de dire que leur geste restera impuni ?!

— Je suis en train de dire que je ne peux pas les expulser et encore moins les envoyer à Azkaban, comme vous dites. Ils seront consignés en retenus oui, mais je ne peux rien faire de plus.

— Mais ce sont des Mangemorts putain ! Ils peuvent comploter à n'importe quel instant…

— Monsieur Rosier et Avery sont surveillés de près.

— Pas jusqu'aux toilettes apparement ! taclé-je, amer.

Dumbledore esquisse un sourire.

— Votre dévouement envers votre élève est touchant…

— Mais je m'en fou de sa tronche ! Ce n'est pas une question d'élève, c'est une question de viol ! Mais apparement vous avez du mal à comprendre, ça. Ça ne semble pas vous déranger que ce genre de choses se produise dans votre école ! On ne vous a jamais menacé l'orifice visiblement.

Moment de silence. L'homme se passe de réaction, toujours aussi impassible.

— Puis-je vous demander ce que vous faisiez ce soir en compagnie de Monsieur Black ? enchaîne-t-il en me sondant du regard.

Eh merde. Grillé… Je peux toujours lui mentir mais il a certainement déjà dû lire dans les pensées de Regulus. J'opte alors pour la franchise.

— Je lui donne des cours particuliers.

— Vous vous rappelez pourtant de vous avoir demandé d'éviter tout contact avec les élèves ?

— C'est compliqué quand on est prof !

— Vous avez pourtant refusé la demande de Miss Thorn, relève-t-il. Pourquoi faire une exception pour Monsieur Black ?

— Comment vous savez ça…

— Elle est venue s'en plaindre auprès du Professeur McGonagall, expose-t-il en sirotant son verre.

— La garce !

— Adrian, pourquoi ? insiste-t-il en revenant à la charge.

Je grogne, exaspéré.

— Reg est legilimens. Je l'aide à faire face à ses pouvoirs. Rien de plus. Y'a pas de quoi en faire un fromage.

— Je vois… Je crois que vous ne réalisez pas les effets désastreux que peuvent provoquer les voyages dans le temps, déplore le vieillard. J'espère pour vous que vous n'avez rien changé. À cause de votre incident de ce soir, certains événements seront de toute évidence modifiés. Nul doute que Voldemort va s'intéresser à votre cas, maintenant que vous avez affiché ses partisans et que vous avez tenu des propos on ne peut plus offensants à son égard. Avery et Rosier chercheront sans doute à se venger de leur humiliation. Tout comme certains élèves qui entretiennent une certaine rancœur envers les Mangemorts vont très certainement chercher à leur nuir maintenant qu'ils sont révélés au grand jour. Miss Thorn pourrait faire partie de ces élèves.

— On se demande pourquoi !

— Il est plus qu'urgent que vous retourniez à votre époque, conclue-t-il. Vous avez causé trop de dommages. C'est pourquoi, je vous suspends immédiatement de vos fonctions.

— Quoi ?! Non ! C'est injuste ! J'ai empêché un viol et attrapé les responsables et c'est moi qu'on punit ?!

— Vous avez modifié le cours du temps. Ce n'est pas rien, argumente-t-il d'un ton toujours aussi maîtrisé. Et Merlin sait ce que vous pouvez encore défaire. Vous serez envoyé chez Arthur et Molly dès ce soir…

— Vous n'avez pas le droit de me déplacer comme un putain de pion comme bon vous semble ! explosé-je en le pointant du doigt. Je suis un homme libre, je fais ce que je veux quand je le veux ! Ce n'est pas un vieillard bigleux qui va commencer à me dicter mes faits et gestes !

Dumbledore et moi nous affrontons en chien de faïence. Je veux le faire sortir de ses gonds, je veux le pousser dans ses retranchements, ce taré. Il s'est pris pour le roi du monde, à tout mieux savoir que les autres.

— Adrian, vous ne comprenez pas que je fais ça pour vous ? Pour que vous retrouviez votre époque la moins bouleversée possible.

— Oh oui vous faites ça pour moi ! ricané-je avec amertume. Comme c'est aimable, Albus. Vous êtes toujours là, à vous faire passer pour le bon samaritain. Ça vous plaît hein qu'on vous suce les boules à longueur de journée comme si vous étiez un putain de demi-Dieu ! Mais vous connaissez la vérité vous concernant ? Vous êtes un maniaque du contrôle qui n'hésite pas à sacrifier des vies pour que ça se passe exactement comme vous l'aviez prévu. Vous êtes fourbe et calculateur. Vous œuvrez soit-disant pour l'intérêt commun mais en réalité, ce qui vous a toujours fait triper, ce sont vos propres intérêts ! Vous n'aviez pas prévu que je surgisse dans votre vie, hein ? Ah ça non ! Ça doit bien vous emmerder ! Je chamboule tous vos plans ! C'est d'ailleurs pour ça que vous voulez me renvoyer au trou ! Dommage que le crime ne soit pas autorisé…

— Adrian. Votre comportement peut vous coûter la vie, oui. De toute évidence vous ne comprenez pas encore l'époque dans laquelle vous êtes. Je ne prends donc que des précautions pour vous protéger vous et les autres. Et je suis vraiment navré que ma confiance, mon accueil et ma bienveillance n'aient pas suffit à obtenir votre sympathie.

Je me tends et observe le Directeur d'un regard noir. Toujours aussi calme, toujours aussi poli et souriant. Quel beau rôle. Il se l'est bien approprié ! Il lui va comme un gant. Est-ce que je suis le seul à le voir tel qu'il est ? Sans son masque ?

Alors que je m'apprête à prendre la parole, McGonagall arrive en trombe dans le bureau.

— Albus ! s'exclame-t-elle, essoufflée. Je suis désolée mais vous ne pouvez pas renvoyer Adrian.

Ah tiens ! Elle m'intéresse Minerva. Dumbledore affiche son faux sourire habituel alors qu'à l'intérieur je vois qu'elle le fait chier. Il se lève et nous scrute attentivement.

— Allons Minerva, pas d'inquiétude.

Tssss. Mais qu'on l'épingle !

— J'ai cru comprendre que vous souhaitiez destituer Monsieur Potterson de ses fonctions, continue-t-elle. Je m'y oppose.

— Vraiment ? s'étonne-t-il avec une lueur de malice.

— Oui ! dit-elle avec aplomb. Si Adrian part, alors moi aussi, je pars.

Oh vache ! Je ne m'y attendais pas ! Mais pourquoi Minerva ! Pourquoi autant de solidarité ?!

— Cela ne fait qu'un mois que les cours ont repris mais je sens un changement positif sur les élèves. Ils n'ont plus peur. Ils reprennent confiance et sont, plus que jamais motivés à apprendre, explique-t-elle. Je sais que les méthodes peu orthodoxes de Monsieur Potterson y sont pour quelque chose. De plus, je ne peux m'empêcher de noter l'évolution positive des élèves sur notre jeune professeur.

Euh oui… ? Mais encore ? Elle me perd un peu. Ok, ça fait un mois que je n'ai pas fait appel aux putes mais ça n'a rien à voir avec mes élèves. C'est une décision purement personnelle.

— Adrian est quelqu'un d'attachant. Il est grandement apprécié à la fois auprès du corps enseignant et auprès des élèves. Le perdre serait regrettable et risquerait de rendre nos étudiants confus. Je ne souhaite pas de grands bouleversements pour eux alors que nous traversons des temps agités.

McGonagall ou l'avocat du diable. Depuis quand me soutient-elle ? C'est aussi ahurissant qu'inattendu. Mais OK. Je prends. Toute opportunité est bonne à saisir ! Car pour rien au monde je ne retournerai pour un laps de temps non-défini au Terrier pour changer les couches de mes grands oncles !

— Oui, Minerva dit vrai, repris-je. Pour le bien-être des étudiants nous ne…

— Dois-je comprendre que vous vous êtes habitué à votre titre de Professeur, Adrian ? coupe Dumbledore en me transperçant de son air malicieux. Voir même, que vous l'appréciez ?

Je lève un sourcil. Est-ce que j'aime être prof ? Ça non ! Jamais de la vie ! Disons juste que ça permet de passer le temps.

— Allez emmerder quelqu'un d'autre avec vos questions à deux balles, grogné-je.

— Adrian ! souffle McGo, choquée.

Ah. Oui. Elle n'est pas habituée à nos petits échauffements, entre Albus et moi. Elle me fixe avec ses deux yeux verts ahuris tandis que je hausse les épaules.

— Bien, je vais réfléchir quant à la position d'Adrian, annonce finalement Dumbledore. Vous pouvez y aller. Tous les deux.

Je fronce les sourcils et lui renvoie un air mauvais. Puis sans attendre, je tourne les talons et quitte son maudit bureau.

C'est aberrant ! Il va réfléchir à mon sujet alors qu'il devrait être en train de le faire pour les deux monstres qui ont violé une élève. Le monde tourne à l'envers. J'en ai ma claque, sérieux !

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Regulus

Lorsque je pénètre la salle commune des Serpentard, une douloureuse boule d'angoisse se bloque dans ma gorge et il m'en est impossible de m'en défaire. Je respire avec difficulté et n'entends rien à part mes pulsations cardiaques qui martèlent inlassablement dans ma cage-thoracique. Ma poignée est fermement resserrée autour de ma baguette, prête à passer à l'attaque si l'occasion se présente.

Sans un regard, je monte directement à l'étage des dortoirs des sixième années. Mon état de stress et de panique est tel que je peine à rassembler les idées cohérentes. Je fixe mon lit à baldaquin d'un air vide puis, comme si un scroutt à pétard m'avait brûlé, je sors de ma torpeur et vais chercher directement ma valise en dessous de mon matelas. À la hâte, je fais venir les piles de vêtements rangées dans mon armoire et rassemble mes affaires.

Je dois partir d'ici. Je n'ai plus le choix. Je dois fuir.

Je me suis ouvertement affiché en compagnie de cet imbécile d'Adrian Potterson, ce n'est plus qu'une question de temps avant que Marcus et Evan aillent tout raconter au Seigneur des Ténèbres. Pire. Je n'ai même pas bougé ne serait-ce qu'un petit doigt pour leur venir en aide, s'en est donc fini de moi, de ma couverture et de mes convictions personnelles.

Alors que je regroupe une pile de chemises blanches dans ma malle, la porte du dortoir s'ouvre à la volée et je sursaute. Mon regard gris croise celui embrumé de larmes de Leila. Elle est là, figée à l'encadrement de la porte, la mine rougie et défaitiste. Je déglutis et l'observe, silencieux.

La Serpentard prend une grande inspiration, comme si elle cherchait à regrouper les vestiges de sa dignité. Elle remplie sa poitrine d'oxygène, lève son nez droit et fier et s'avance vers moi d'un pas qui se veut digne et maîtrisé. Mais à l'intérieur d'elle, je l'entends pleurer et crier. Je vois des fragments d'images sur toutes les atrocités que lui ont fait subir mes deux camarades Mangemorts. Je m'arrête là, ne voulant pas violer son intimité plus qu'il n'en est déjà. Elle subit assez, à être la poupée vivante de ces deux monstres, je n'ai pas envie d'être un poids de plus.

— Je, commencé-je.

— Tu t'en vas ? coupe-t-elle en se plantant devant moi.

Son regard brun et dédaigneux se pose sur mes affaires. Elle les détaille avec avidité puis revient vers moi, en plissant les yeux comme si c'était elle la legilimens et qu'elle cherchait à lire en moi.

Je passe une main embarrassée dans mes cheveux noirs. Je ne peux pas lui dire que je pars ni ce qui me motive à le faire.

— Ce n'est pas à toi de partir, déclare-t-elle alors.

Je fronce les sourcils et l'interroge du regard.

— Pardon ?

Elle inspire une nouvelle fois et m'affronte avec beaucoup de courage. Elle ne flanche ne serait-ce une seule seconde. Comment fait-elle ?

— Merci, décrète-t-elle finalement.

Elle me tend sa main droite et je l'observe avec consternation. Je cligne des paupières, dans l'incompréhension la plus totale.

— Je… Je ne comprends pas, baragouiné-je.

— Tu as pris mon parti. Je t'en remercie, ce n'est pas plus compliqué que ça, expose-t-elle avec froideur.

Je dévisage Leila avec incompréhension. Je n'ai pas fait grand chose à part calmer les ardeurs d'Adrian qui s'apprêtait à trucider mes deux camarades. C'est justement pour mon manque de réaction et de prise de position que je suis en faute. Mais d'un autre côté, aurais-je tout de même pris le parti de deux violeurs ?

— Je ne cautionne pas ce qu'ils ont fait, décrété-je alors en lui serrant finalement la main.

— Je sais. C'est pour ça que je t'en remercie.

— Ça durait depuis combien de temps ? m'enquis-je.

Ses lèvres restent scellées et j'aperçois une fine larmes perler au coin de sa pupille. Elle inspire une nouvelle fois et lisse les pans de sa robe.

— C'est fini à présent, déclare-t-elle avec détachement. C'est tout ce qui importe.

Sans plus de cérémonie, elle se retourne et me plante là.

— Attend ! Je ne comprends pas… Qu'est-ce qui va se passer maintenant ?

— Maintenant ? ricane-t-elle. Avery et Rosier vont être punis par le maître, bien évidemment. Ils ont été suffisamment stupides pour se faire prendre par un prof, tu penses bien qu'il va leur faire regretter amèrement.

— Et pour ce qu'ils t'ont fait ?

— Je doute que le Maître accorde de l'importance à genre de détails, réplique-t-elle avec froideur.

— Ce n'est pas un détail...

— Reg, tu as déjà été bien gentil de prendre mon parti alors arrête-toi là. J'ai plaidé en ta faveur alors défait ta valide et reprend ta place de gentil petit espion, tu veux bien ?

Je ne suis pas un espion. Je suis un lâche, un traître. Mais pas un espion… Tout ce que je fais c'est essayer de gagner du temps pour que le Seigneur des Ténèbres ne se rende pas compte que je ne compte pas lui livrer Juliet. Alors dire que je suis un gentil et bon petit soldat ne me semble pas le terme adéquat. Au contraire, ça me rappelle plus encore la situation dans laquelle je suis emprisonné. Ce qui m'énerve bien plus encore.

— Concentre-toi sur ta mission, reprend-elle. C'est important.

Elle prend le chemin de la sortie et avant qu'elle ne disparaisse, je sors de ma torpeur et la retient :

— Leila !

Je traverse le dortoir et me penche à l'embrasure de la porte. Je plante mon regard assuré dans le sien et lui accorde une mine déterminée.

— Si tu as besoin, je suis là, indiqué-je.

Nous nous observons l'espace de quelques secondes puis elle finit par acquiescer. Elle m'accorde un très discret sourire, si fugace qu'il me semble l'avoir rêvé puis descend les escaliers et m'abandonne.

Je reviens donc à la case départ. Une part de moi était pourtant réjouie de faire mes valises et de fuir. Partir et tout quitter. Abandonner cette vie et repartir de zéro. Mais il faudrait être un imbécile pour croire à une telle utopie. Personne n'échappe à Voldemort. Personne.

Instinctivement, ma cicatrice me démange et je la gratte aussitôt. Comme si elle avait deviné le fond de mes pensées. Comme si elle savait que je la haïssais de toute mon âme.

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Adrian

D'après ma mère, je suis quelqu'un d'angoissé. J'ignore si elle a raison mais tout ce que je sais, c'est que je n'arrête pas d'enchaîner les clopes. Je tire dessus comme si elles étaient la dose nécessaire à mon bien-être. Sans elles, je suis perdu. On peut parler d'addiction, je suis d'accord.

Alcoolique ? Non. Drogué ? Non plus. Tabagique ? Putain ouais.

Affalé le cul par terre, contre les barrières, je m'en grille une énième. Mes jambes pendent dans le vide tandis que j'observe au loin le paysage automnale de la Forêt Interdite plongée dans la nuit. Perché en haut de la Tour d'Astronomie avec une bonne cape de sorcier rembourrée sur les épaules, je prends l'air tout en intoxiquant mes poumons. J'en ai besoin.

Cette situation commence vraiment à me peser. Je pose ma tête contre une rambarde en fer et ferme les yeux. Cela fait deux mois que je suis ici et il n'y a aucun moyen pour retourner à mon époque. Honnêtement, je n'ai aucune envie de me mêler à cette guerre. Pourtant j'y suis obligé maintenant que j'aide Reg. Maintenant que je m'interpose dans des conflits entre élèves ou que je débusque des criminels. Maintenant que je suis là, coincé et embourbé dans tout ce merdier, je n'ai pas le choix que de continuer.

J'inspire profondément, gonfle ma poitrine puis expire. Au bout du rouleau, je me passe le crâne dans les mains et me tire les cheveux.

— Adrian ?

Je sursaute et relève la tête. Emmitouflés dans sa cape de sorcier couleur violette, deux petits yeux brillent dans le noir et me fixent avec intensité.

— Ça va ?

— À ton avis, grogné-je en détournant le regard.

Je dévie vers mes pieds d'un air vide. Je crois que je suis dépité.

— Qu'est-ce que tu fais là ? demandé-je finalement, en sentant toujours la présence de mon élève derrière moi.

— Je viens souvent ici. C'est toi qui a piqué ma place.

Je suis secoué d'un rire puis relève les yeux vers elle.

— Tu n'as qu'à me chasser alors.

— Je n'en ai pas envie.

Comme pour accompagner ses paroles, Juliet s'approche puis vient s'assoir à côté de moi. Elle cale sa tête contre le mur et contemple la nuit étoilée avec un sourire sur les lèvres.

— Qu'est-ce qui te fait marrer ? demandé-je, de mauvaise humeur.

— Est-ce que tu m'entends rire ?

— Tu souris, fis-je remarquer en pointant sa bouche avec mon index.

J'effleure sa lèvre de quelques millimètres et son regard chaud descend sur moi. Je lui renvoie aussitôt un air de défi alors que je remballe mon geste.

— Je n'ai pas le droit d'être heureuse ?

— Pourquoi tu le serais ?

Silence. Elle ne répond pas. Pourquoi j'ai dit ça, moi ? Je suis con, je ne voulais pas plomber l'ambiance.

— Pourquoi je ne le serais pas ? répond-elle finalement en haussant les épaules. Je suis en vie, en bonne santé, je me suis fait des amis, j'observe le ciel. La vie est belle. Ah et cerise sur le gâteau, j'ai trouvé des cobayes pour m'entrainer.

Parfait ça ! Tout ce que Dumbledore craignait. Jusqu'à ce qu'il ne le mentionne, je n'avais jamais réalisé qu'elle était habitée par la vengeance.

— Ça s'appelle relativiser ça, ma belle, dis-je. Et depuis quand tu as besoin de cobaye ? Tu t'es lassé de mes couilles ?

Elle pouffe de rire puis roule des yeux. Ma bouche se fend en un sourire alors que je l'observe dévoiler ses belles dents. Ses fossettes font palpiter mon cœur. Merde, reprends-toi mec ! C'est juste une nana parmi tant d'autres !

— Tu es heureux, toi ? demande-t-elle en évitant ma question.

Légèrement surpris, je remballe ma risette, papillonne des cils puis me triture les mains. Je hausse les épaules. Qu'est-ce que j'en sais moi ?

— Je ne pense pas que le bonheur soit quelque chose de fixe et constant. C'est par période.

— Es-tu dans cette période dans ce cas ?

Elle remonte la tête vers moi, me sondant du regard. Je me mords la lèvre inférieure puis expire bruyamment.

— Non. Je ne crois pas.

— Pourquoi ça ?

Je fronce les sourcils puis observe le paysage au loin. Une douleur se loge dans ma gorge, j'ai du mal à parler. Je me clarifie la voix puis me redresse contre le mur.

— Je ne sais pas, je crois que je culpabilise trop.

— Toi, culpabiliser ? Pourquoi ça ?

— C'est compliqué d'être moi, chuchoté-je, toujours le regard dans le vague. C'est compliqué pour mes proches. J'ai encore disparu, ils doivent s'imaginer tout et n'importe quoi. Encore une fois.

— Attends, t'es venu enseigner à Poudlard sans leur dire ? demande-t-elle, incrédule.

— Je n'ai pas eu le temps de leur dire et maintenant c'est trop tard, je ne peux plus les contacter.

Elle fronce les sourcils et m'interroge du regard.

— Ils sont en fuite, écourté-je pour qu'elle ne m'embête pas plus. Les contacter, c'est dangereux avec les temps qui courent.

Ma voix se meurt et elle hoche silencieusement la tête.

— Ça doit être dur pour toi. Mais si tu te noies sous la culpabilité, pourquoi tu continues d'agir comme ça ?

— Comment ça, « comme ça » ?

— Je sais pas… Toujours sans limite, sans filtre. Indifférent à tout et de tout.

— Parce que c'est comme ça que je suis, je ne peux pas le changer, soufflé-je, légèrement agacé. Pour autant, je vois que ça leur fait du mal et ça, ça m'emmerde. Mais je peux rien y faire alors je suis continuellement voué à culpabiliser d'être moi-même.

— Tu vois qu'au final, tu t'intéresses aux autres. Tu n'es pas aussi égoïste que tu cherches à le faire croire.

Je relève la tête et croise son air malicieux.

— Arrête chaton, tu vas te faire un nœud au cerveau, ricané-je en lui faisant une pichenette.

Elle a un mouvement de recul et pouffe de rire. Je l'accompagne puis reprends mon sérieux.

— Et toi ? Pourquoi tu veux te venger ?

— Pourquoi tu t'es pointé avec deux Mangemorts sur les bras dans la Grande Salle ?

— Euh… Parce que j'étais en colère ?

— Et bien voilà, tu as ta réponse.

Ok. C'est légitime. Je comprends. Mais honnêtement, je l'imagine mal s'en prendre à quelqu'un. Au contraire, j'ai plutôt peur qu'elle s'attire inutilement des ennuis.

Je sors une nouvelle clope de mon paquet et la glisse entre mes lèvres. J'en propose une à la jeune fille.

— Je n'ai jamais fumé, avoue-t-elle en tendant les doigts avec hésitation.

— Vraiment ?

— Non jamais.

— Alors ne fume pas, dis-je aussitôt en remballant mon matos. Je ne veux pas être celui qui t'initie.

— Pourquoi ? Tu vas encore culpabiliser ? provoque-t-elle en arrêtant ma main.

J'esquisse un sourire en coin, amusé. Cette petite vipère a toujours eu un sens de la répartie assez aiguisé. J'aime ça.

— Je ne pourrais décemment, en mon âme et conscience, cautionner à ta rebellion.

— Pour ta gouverne, j'ai dix-huit ans, indique-t-elle en sortant délicatement une cigarette de l'étui que je tiens fermement entre mes doigts. Ma crise d'ado, je l'ai déjà faite. Et ensuite… Fumer n'a rien de rebelle.

Elle coince le mégot entre ses lèvres pulpeuses que j'observe silencieusement. Elle veut vraiment que je l'initie ? Ok… Tu sembles savoir ce que tu veux. Pas de problème ma jolie, je vais t'apprendre les choses de la vie. Je sors ma baguette, allume sa cigarette puis la mienne. Son regard vert d'eau est plongé dans le mien.

— Tu sais comment faire au moins ? demandé-je, sceptique.

— Bah non, dit-elle en explosant de rire.

Je grogne puis roule des yeux tandis qu'elle se marre à mes côtés. Je tire longuement sur ma clope puis lui recrache toute ma fumée au visage.

— Vide tes poumons, dis-je alors. Puis tire aussitôt dessus et avale la fumée. Tu finiras par la recracher naturellement.

— Euh ok.

Miss Gryffondor se prête au jeu et presse ses lèvres roses sur la cigarette. La cendre rouge qui s'allume à l'extrémité éclaire faiblement l'obscurité dans laquelle nous sommes plongés et moi je l'observe attentivement. Ne sachant pourquoi, j'apprécie être son mentor.

Dès qu'elle inspire, elle se met à tousser et j'étire un grand sourire moqueur.

— Mais ça brûle la gorge ! s'offusque-t-elle en écarquillant les yeux.

— C'est parce que t'as pas l'habitude. Recommence.

Elle ne réfléchit pas, et s'exécute aussitôt. Heureusement pour elle que ce n'est que du tabac. J'aurais pu lui faire fumer un gros bédo sans qu'elle ne s'en rende compte.

— Tu serais pas un peu tête-brûlée, toi ? À tout hasard ? la questionné-je en me déridant.

— Oh si ! s'exclame-t-elle en hochant vigoureusement la tête. Ça me porte toujours préjudice d'ailleurs. Mais j'imagine que moi non plus, je ne peux pas lutter. Je suis comme je suis !

Je secoue la tête de gauche à droite, amusé. Elle tire une nouvelle fois alors qu'elle tousse de moins en moins et que sa fumée se fait de plus en plus épaisse à chaque inhalation. Elle a vite pris le pli !

— Ok donc explique-moi comment tu comptes t'y prendre avec tes Mangemorts ?

— Ah ! dit-elle en se dressant et ramenant ses genoux vers elle. Tout d'abord, je les intercepte. Ensuite je les ligote puis je les pends par les pieds. Après je…

— Mais tu vis dans un film ma jolie !

— C'est quoi un film ?

— Un truc moldu, je te montrerai un jour. Bref ! Tu ne peux pas opérer comme ça. Il te faut un plan solide. C'est trop facile de les « intercepter ». Je veux bien admettre que tu es douée mais déjà, tu ne maîtrises pas encore les sortilèges informulés et de deux, tu ne contrôles pas non plus tes mystérieux pouvoirs.

— Ah bon ? Ah tiens c'est marrant parce que c'est justement pour ça que j'ai demandé de l'aide auprès de mon Professeur, réagit-elle au quart de tour. Et devine quoi ? Il m'a envoyé bouler !

— Mais c'est parce que je n'ai pas le droit ! Je dois te le dire en quelle langue ?

— Mais bien sur, grogne-t-elle en tirant sur sa cigarette et en m'assassinant sur place. En quel honneur Monsieur Potterson n'a pas le droit de venir en aide envers son prochain ?

— En l'honneur que c'est ce bon vieux Albus Dumbledore qui me l'a interdit, révélé-je avec amertume. Je dois limiter tous mes contacts au maximum avec les élèves. Car je suis un peu trop dangereux…

Pour mimer mes paroles, j'avance tête baissée vers elle et cogne mon crâne contre le sien. Elle éclate de rire mais me repousse aussitôt en m'assaillant d'une gifle.

— Hé ! Mais ça va pas ?! T'es vraiment violente comme fille ! m'offusqué-je en me massant la joue.

Elle se bidonne à mes côtés puis me provoque du regard.

— C'était pour tester la rugosité de ta barbe, défend-elle. Il y a du laisser-aller en ce moment !

— Ohoh ma jolie, si tu voulais me toucher il fallait le dire tout de suite, dis-je en m'approchant à nouveau.

— Ne m'appelle pas « ma jolie », reprend-elle en posant sa main sur mon buste pour me faire reculer. Je ne t'appartiens pas. Je ne suis pas à toi.

— Ok, on en revient à ma proposition initiale alors. « Ma moche ».

— Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans les pronoms possessifs ?! s'énerve-t-elle.

— Tu ne me feras pas changer, lui appris-je. C'est moi et moi seul qui décide de t'appeler comme ça alors ce surnom m'appartient. Par conséquent, je t'appelle comme je veux. Compris, ma crotte ?

— Tu ne sais vraiment pas t'adresser aux femmes, déplore-t-elle en roulant des yeux.

— Oh crois-moi, elles m'adorent pourtant. Je suis leur sex-toy ambulant, elles me demandent nuits et jours…

— Hum… C'est pour ça que tu payes.

Et bim ! Prends-toi ça dans la face. Je ravale ma salive et affronte son regard avec aplomb.

— Il ne t'est jamais venu à l'esprit que c'est peut-être moi qu'on paye ?

Elle lève les sourcils, étonnée.

— Ok, donc je peux t'appeler « Ma pute » ? percute-t-elle. Ou « Pupute » ?

— Tu seras autorisée quand tu paieras pour mes services, ricané-je en lui ébouriffant le crâne.

Elle se débat comme elle peut puis me repousse une nouvelle fois. Elle me foudroie du regard, reprend son sérieux puis tire les dernières lattes de sa cigarette. Elle toussote, se racle la gorge puis envoie à plusieurs mètres un gros crachat qui retombe dans le vide.

Bordel ! Mais qui est cette fille ?!

— Qu'est-ce que tu viens de faire là ? demandé-je en clignant des paupières.

Elle hausse des épaules.

— J'ai désobstrué mon larynx, exprime-t-elle avec un air de défi.

— Non, non, tu viens littéralement d'envoyer un rat mort, là, dis-je en me penchant au dessus de la barrière de fer. Je suis sûre que les toits se sont affaissés lorsqu'il a atterri dessus.

Elle éclate de rire et me tape l'épaule.

— J'ai seulement craché ! se justifie-t-elle.

— Hin-hin, j'appelle pas ça cracher. Ça, c'est cracher !

Je lui fait une démonstration digne de ce nom et envoie mon mollard loin dans le vide. Comme si j'avais lancé un affront personnel, elle se dresse sur ses pieds, s'accroche à la barrière, prend son élan puis renvoie un énorme projectile de bave. Je me bidonne.

Bordel j'y crois pas qu'un truc aussi gros puisse sortir d'un si petit corps !

— C'est ça ce que ton papou t'apprenait au lieu d'aller à l'école ?! demandé-je, hilare en me levant à mon tour.

— Va te faire mettre, sinon je te crache dessus !

Mon sourire s'étire. Ma belle, tu ne me connais pas. Il ne faut pas me donner des idées comme ça…

À mesure que ma bouche s'étire de malice et de perfidie, Juliet se décompose. Elle fait un pas en arrière, craignant une attaque. Et elle a bien raison ! Car je suis en train de lui préparer un cadeau signé Adrian Potter.

— Non, Adrian. Gentil, dit-elle d'une voix peu confiante. Tout doux. Gentil. Je te donne un biscuit ?

Ahah elle m'a pris pour son clébard ! Elle me provoque ce qui veut dire qu'elle n'attend qu'une chose, que je lui saute dessus. Je la titille du regard, fait un pas brusque en avant et elle recule de trois, en sursaut. Nous nous toisons, le sourire aux lèvres. Alerte et vive, je sais qu'elle va riposter. Je dois penser stratégie.

— BAAAAH ! hurlé-je en passant à l'attaque.

Elle pousse un cri de stupeur mêlé à son éclat de rire et détale. Plutôt que de lui courir après, je pars dans le sens inverse. La terrasse est ronde, je vais forcément retomber sur elle. Je longe les murs alors que mon cœur commence à battre la chamade. Elle est joueuse, moi aussi. On va s'amuser.

— Bouh !

Elle sursaute, crie et se faufile je ne sais comment derrière moi et court à toute allure. Il ne m'en faut pas plus pour la courser. Son rire la trahit, je sais qu'elle n'est pas loin. Lorsque je la rattrape, je la retourne par l'épaule et je vois sa bouche préparer un futur crachat.

— Ah ça non !

Dans une synchronisation parfaite, nos projectiles se rencontrent et s'écrasent lamentablement sur le sol. Nous éclatons de rire comme des fous puis elle disparaît à nouveau.

— Viens par ici Thorn ! Que je te fasse une faciale mémorable ! ricané-je.

— Crains plutôt pour ta tronche !

Je rigole, galvanisé par cette petite partie de cache-cache-crachat. Je suis pris à son petit manège, tentaculaire. Je n'arrive pas à m'en défaire. Elle me fait marcher et comme un con, je cours. Mais j'adore ça. Elle veut me provoquer, je l'ai bien compris.

Ce qu'elle n'a pas prévu, c'est que comme ça, elle attise mes instincts primitifs de chasseur. Ouais, ma p'tite biche, plus tu te caches, plus tu m'échappes, plus ça m'excite. Une chaleur naît dans mon bas-ventre et je deviens un peu trop serré dans mon boxer. L'adrénaline, le jeu et l'excitation se mêlent peu à peu pour un cocktail explosif.

Je cours d'un côté, elle de l'autre puis comme c'était à prévoir, nous entrons en collision. Son petit corps percute le mien avec violence et aussitôt, je m'empare de ses poignets, la plaque contre le mur, moule mon corps au sien et place un genou entre ses cuisses pour la forcer à les garder entrouvertes. Ma respiration haletante se dépose sur son visage rouge et mes yeux perforent les siens.

Surprise, elle ne réagit pas tout de suite. Puis ses pupilles se dilatent, elle respire bruyamment, avec difficulté et son buste se soulève par intermittence régulier, au rythme de son cœur qui tape violemment dans sa poitrine. Je cale mon bassin contre le sien, ce qui me fait bander encore plus fort. Je maintiens la prise et m'enivre de son parfum gourmand. J'ai envie de la bouffer putain.

Fini les crachats et les attaques, elle entrouvre ses alléchantes petites lèvres roses, prête à être cueillie. Je m'approche, crevant d'envie de la faire mienne sur-le-champ. Je vais le faire. Je le sais. Ses habits vont voler, je vais m'emparer de sa bouche, de ses magnifiques seins. Je vais la mordre, la griffer, la faire gémir. J'imagine déjà ses petits cris franchir sa belle gorge. Je suis comme un attelage de sombrals lancé à mille à l'heure. Fougueux, intrépide et incontrôlable.

Sauf qu'une petite voix lointaine tire de toutes ses forces sur les rênes.

Tu as déjà suffisamment fait le con, me dit ma conscience. Le passé a déjà été altéré. Dumbledore t'a à l'œil. À la moindre entorse, tu peux dire adieu à tes libertés de prof à Poudlard. Le moindre faux-pas et c'est direction le Terrier ! Ah et sinon, autre détail mais pas des moindres : C'EST UNE ÉLÈVE PUTAIN !

Mes doigts caressent doucement ses petites mains, plaquées au dessus de sa tête, descendent le long de ses bras puis finissent dans son cou. Elle est traversée d'un frisson ce qui pourrait m'encourager à continuer mais je ne le fais pas. À regret, je romps le contact visuel puis me décolle de son corps bouillant. Je me racle la gorge et me passe une main gênée dans les cheveux.

— Euh… Je. Bonne nuit.

Le feu au cul et le rouge aux joues, je prends mes jambes à mon cou et disparaît aussi vite que tout cela est survenu. Je dévale les escaliers de la Tour d'Astronomie à toute allure et pars rejoindre mes appartements.

Bordel ! Mes couilles sont tellement lourdes ! Qu'est-ce qui m'a pris de partir ?! Pourquoi je ne l'ai pas baisée sur-le-champ ?

Tu sais pourquoi.

Oui. Je sais. Elle mérite mieux que moi.