Chapitre 9.
- Je vais sûrement baisser d'un niveau… s'apitoie notre ami alors que nous sortons de la salle de cours.
Un contrôle de maths dès la première heure pour nous mettre de bonne humeur pour la journée, que rêver de mieux ? Certes, notre professeure nous avait mis en garde et il était loin d'être terrible, mais il y a bien plus cool malgré tout.
- Ned, tu n'as jamais eu de notes catastrophiques en maths, lui rappelle Peter.
Ce dernier ne semble pas inquiet pour un sou pour son meilleur ami. Je n'ai aucune idée de leurs antécédents scolaires, mais Ned doit bien s'en sortir pour que Parker semble si confiant.
- Mais mec, tu comprends pas ! T'as toujours de bons résultats, tu resteras dans ce groupe, et moi j'ai absolument pas révisé parce qu'il y avait cette sculpture de Star Wars qui m'appelait, fallait que je la finisse. Et maintenant, si je passe dans le niveau du dessous, ce sera la première fois qu'on sera séparé, c'est horrible.
- Sculpture Star Wars ? je répète, dubitative.
- T'occupe, me suggère MJ. Leeds, on a capté que t'as une relation particulièrement fusionnelle avec Parker, mais je pense que quand bien même, tu survivras à une heure de maths par jour sans lui.
- Me rassure pas surtout ! réplique le concerné en mimant une mine déconfite.
Michelle hausse les épaules avec désinvolture, avant de reprendre.
- Perso ça a été. Je suppose que toi aussi Parker.
Depuis les quelques jours que je suis là, j'ai remarqué que MJ a toujours l'air légèrement blasée quand elle parle, mais cette fois j'ai l'impression que c'est au-delà. Comme s'il était impossible que Peter ait une mauvaise note. C'est une tronche à ce point ou quoi ?
Le garçon acquiesce tranquillement, comme si le contrôle n'avait été qu'une formalité. En un sens, c'était le cas ceci dit.
Je sors de mes pensées quand MJ me lance un regard inquisiteur. Peter et Ned m'observent à leur tour et je réalise qu'ils attendent probablement que je donne à mon tour mon ressenti sur cette interro.
- Je vais pas vous mentir, je bosse dessus depuis le début de la semaine, j'aurai une bonne note.
Nos deux camarades masculins hochent simplement la tête, mais MJ pouffe.
- Je savais que c'était une intello refoulée, marmonne-t-elle en regardant de nouveau devant elle pour éviter de rentrer dans des étudiants.
- Je dis la vérité plutôt que feindre la surprise quand je verrai la note, c'est déjà une belle preuve d'amitié ! je me justifie.
Pour toute réponse, la jeune fille me pousse de l'épaule en secouant la tête, un sourire aux lèvres. Puis, nous arrivons à notre nouvelle salle de cours et la journée s'enchaîne au rythme des matières qui se succèdent.
Je reste travailler au lycée à la fin des cours. Non pas que j'en ai particulièrement envie, mais j'avais la flemme de faire des allers-retours en rentrant chez moi pour repartir ensuite pour mon jour d'essai à la boutique de Monsieur Delmar. Alors, je reste en salle d'étude aujourd'hui. Mes trois amis m'ont lâchement abandonnée, Peter sur le fondement qu'il devait se dépêcher pour son stage, Ned en prétextant d'avoir des choses « fondamentalement importantes » à finir chez lui MJ en affirmant clairement qu'elle n'avait pas envie de rester une minute de plus ici, ce que je conçois totalement. Mais au final, je me retrouve seule.
Au moins, je bosse efficacement et j'ai finis plus tôt que prévu. Je passe le temps en échangeant des messages avec Laureen, qui a l'air d'aller toujours aussi bien. Elle n'a rien de particulier à me raconter, mais le simple fait d'avoir de ses nouvelles me donne l'impression d'être encore un peu avec elle.
Au bout d'un temps qui semble interminable, il est enfin l'heure pour moi de me diriger vers mon potentiel futur lieu de travail. Songer que je vais peut-être être embauchée à l'issue de cette journée m'enchante et me motive au plus haut point. Entre ça et la musique entraînante, j'ai l'impression d'arriver en une fraction de seconde à l'épicerie. J'arrive en fait en avance, visiblement j'ai marché plus vite que prévu en sortant du bus. J'espère que ça ne le dérangera pas.
- Bonjour Monsieur Delmar ! je lance gaiement en passant la porte.
- Bonjour petite ! Prête pour ton jour d'essai ?
Je manque de répliquer que j'ai dix-sept ans, contrairement à ce que ma taille un peu en-dessous de la moyenne pourrait laisser penser, mais me ravise et acquiesce avec un sourire. Après tout, je me doute que sa réflexion n'avait rien de rabaissant, et que c'était même éventuellement affectueux. Bien que je ne l'ai rencontré qu'hier, pour avoir longuement parlé avec cet homme, il ne m'inspire que de la gentillesse.
- Puisque t'as un peu d'avance, prends ma place et je te surveille pendant la demi-heure qui reste.
Ça pour le coup, c'est moins cool. Je déteste sentir qu'on épie le moindre de mes faits et gestes. Mais bon, pas le choix.
Et finalement, ça se passe plutôt bien. Parce que Monsieur Delmar ne me surveille pas comme un gardien de prison, mais est plutôt accoudé à mes côtés pour discuter tout en observant que je prends de bonnes habitudes. Il m'explique notamment qu'il est content que je le remplace ce soir, car son collègue était malade aujourd'hui, et donc qu'il a dû le remplacer. Je n'ose pas lui demander combien de temps d'affilé il a travaillé, mais suppose au vu de ses cernes que le quota n'est pas légal. Je suis presque contente lorsqu'il annonce qu'il part, et lui souhaite de bien se reposer pendant les quelques heures où je promets de gérer d'une main de maître. Et vu qu'il n'a pas l'air trop stressé de me laisser, j'en déduis qu'il est soit trop fatigué pour s'en faire, soit qu'il a à peu près confiance en moi.
Les heures qui suivent ne sont pas les plus intéressantes de ma vie et je suppose que ce sera toujours comme ça si je suis embauchée, mais c'est parfait. En un sens, je pense que je préfère que le magasin soit modérément visité plutôt qu'il y ait trop d'affluence au point où je n'arriverais pas à m'en sortir.
Monsieur Delmar arrive peu avant vingt-deux heures, pour que nous fassions le point. La boutique est déserte depuis une bonne vingtaine de minutes, j'ai eu le temps de remettre les rayons au carré, ce que remarque l'homme en rentrant dans son commerce. Il a l'air bien plus enjoué que lorsqu'il m'a quittée, alors que je commence pour ma part à fatiguer.
- Bon petite, je pense qu'on peut dire que t'es officiellement embauchée.
Je souris à pleines dents, heureuse de l'entendre le formuler formellement. Pourtant, son attitude ne laissait pas présager que mon essai serait infructueux, malgré tout c'est toujours rassurant, ce genre d'affirmations.
- Merci Monsieur Delmar, vous n'aurez aucun soucis à vous faire avec moi.
Il acquiesce et après m'avoir assuré que nous signerions les papiers lundi, il m'enjoint à rentrer rapidement chez moi ce que j'exécute sans rechigner en le saluant.
Un frisson m'échappe quand je sors de l'épicerie. Non pas qu'il fasse très froid, mais le changement de température était inattendu, il faisait presque trop chaud dans la boutique.
Je reprends les mêmes rues que la veille, pourtant le chemin me semble bien différent. De jour et de nuit, le trajet n'a rien à voir. Les ruelles désertes et mal éclairées sont plus que calmes, et ma foi apaisantes. Presque trop en fait, et quand je baille pour la quatrième fois à m'en décrocher la mâchoire, je décide de mettre mes écouteurs pour me réveiller sur la fin du retour. Le mode aléatoire de mon téléphone ne se moque d'ailleurs pas de moi, puisqu'il balance Believer d'Imagine Dragons et je sursaute à cause du contraste sonore.
Heureusement que personne ne m'a vu, j'ai dû avoir l'air bien stupide.
J'arrive tranquillement devant ma maison, dont les lumières sont éteintes. Néanmoins, la voiture de mes parents est là. Vu l'heure, ils doivent déjà dormir.
Mes doutes se confirment quand je trouve un mot sur le frigo : « Bonne journée demain, samedi on ira visiter New-York 😊 ». Je reconnais immédiatement l'écriture appliquée de ma mère, et souris face à cette promesse qui m'enchante. Cependant, mon estomac qui gargouille détourne bien vite mon attention et me fait ouvrir la porte pour trouver de quoi manger. Une belle assiette de restes du repas du soir m'attend bien sagement, et je la dépose dans le micro-ondes avant de manger en vitesse. Mon père grognerait en disant que je vais mal digérer, mais l'heure tourne, je suis fatiguée et je dois encore me doucher avant d'aller me coucher. Alors papa, je t'aime mais ce soir je n'appliquerai pas tes conseils.
Sans faire de bruit, je range mon assiette et mes couverts dans le lave-vaisselle, avant de monter me doucher vite fait. Quand je me couche et que je songe au contrôle de maths ce matin, il me semble bien loin.
...
Notre journée du samedi est plus que chargée, loin du week-end tranquille et reposant. Mais c'est terriblement cool. La flemme qui ma habitée la semaine dernière lors du déménagement a complètement disparue. Etrange, elle a tendance à n'apparaître que quand je ne veux pas faire quelque chose.
Il fait beau et déjà très bon quand le bus nous dépose en plein centre de New-York. Mes parents ont décidé de ne pas prendre la voiture, de peur de ne pas trouver où se garer, ce que je trouve totalement justifié.
Le programme aujourd'hui est plutôt simpliste : faire les touristes. Nous arrivons à Midtown, un arrêt avant mon lycée et avons pour but de lentement remonter Manhattan.
- On va vers Times Square ? je vérifie auprès de mes parents une fois descendus du bus.
Mon père acquiesce vivement, ma mère me fixe en souriant, accrochée au bras de son mari.
Ils sont mignons.
Je prends la tête de notre petit convoi puisque mes parents discutent entre eux, et enchaîne quelques rues pour finalement déboucher sur cet axe si connu. J'attends mes parents en observant les alentours, légèrement dubitative, ce que ma mère ne manque pas.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Ok c'est stylé comme coin, mais en soit, ce sont des immeubles partout, comme dans le reste de Manhattan, j'avoue.
Mon père ricane, mais puisqu'il ne réplique pas, j'en déduis qu'il est d'accord avec moi.
Malgré mon ressenti, je prends quelques photos pour Laureen, qui s'extasie immédiatement quant à la « beauté du quartier ».
Moi qui me plains depuis notre arrivée à New-York de notre rue mortellement vide, je pense que je la préfère presque au centre de Manhattan. Dans cette rue qui n'en finit pas, j'ai manqué de me noyer dans la population trois fois, et failli perdre mes parents à plusieurs reprises. Je n'ai jamais vécu à la campagne et je n'aime pas quand c'est trop mort, mais là, il y a vraiment trop de monde. Peut-être que c'est le manque d'habitude, mais je préfère le quartier moins fréquenté du Queens où je travaille.
A l'issue de cette rue qui ne semble pas finir, nous arrivons face à quelque chose qui, je le sais, ne peut que me plaire davantage.
- Je crois que je vais élire domicile ici ! je m'exclame alors que nous passons le portail de Central Park.
Mes parents rigolent face à ma soudaine bonne humeur, et je m'élance dans l'allée principale en prenant des photos pour Laureen. Le contraste entre la verdure luxuriante et les buildings juste derrière me rappelle un peu Miami. Certes, l'ambiance est différente, New-York manque de palmier et n'a pas le climat humide de la Floride, mais ça m'y fait penser quand même.
Nous nous promenons longuement dans le parc, en discutant de notre semaine écoulée, de celle à venir de futilités aussi. Un vrai bon moment en famille en somme. Mes parents m'interrogent sur mes amis, semblent heureux de voir que je me suis si rapidement faite à notre nouvelle vie. Eux ne me racontent pas précisément ce qu'ils fabriquent à leur travail. De toute manière, j'ai compris bien plus jeune que ça ne servait à rien de leur demander des détails, puisqu'ils ne peuvent pas me les fournir. Je sais simplement quelle profession ils exercent. Ma mère est anatomiste et mon père biotechnologiste, ou un truc dans le genre. Quand j'étais petite, ils m'expliquaient qu'ils travaillaient sur l'analyse du fonctionnement des organes et des tissus vivants, pour manipuler et modifier tout ça.
Un vrai boulot de scientifiques quoi, qui a l'air de leur plaire bien que tout ça ne doive rester que très théorique.
Hello hello !
J'ai réalisé il y a quelques jours ne même pas avoir souhaité de bonnes fêtes de fin d'année et une bonne année 2021 à la fin du précédent chapitre... C'est chose faite maintenant, en espérant que les vacances se sont bien passées pour ceux qui en ont eu !
Merci pour les abonnements et lectures sur cette fanfiction, ça me fait vraiment extrêmement plaisir et j'espère que la suite plaira !
A mercredi pour le chapitre 10 !
