Ce chapitre a été écrit dans le cadre du défi Facebook ''Sur Votre 31'' :
- Invite : ''Protéger''
- Nombre de mots : De 100 à 1000 mots.
Tout l'univers de Game of Thrones appartient à GRR Martin, DB & DW.
Bonne lecture !
Dès leur plus tendre enfance, Jaime promet à Cersei qu'il la protégera toujours.
Après tout, c'est comme ça que c'est censé se passer : Cersei est belle, la plus belle, suffisamment belle pour devenir reine, et si elle devient reine, alors, Jaime sera son chevalier en armure étincelante, toujours là, toujours prêt à la défendre.
C'est à ça qu'ils jouent dans les jardins de Castral Roc, sous les yeux attendris de leur mère : à chaque fois, Cersei est la reine, et Jaime, le chevalier qui la protège des monstres.
Ils pensent que tout sera toujours aussi simple que ça, qu'ils pourront vivre heureux, ensemble, et que rien ni personne ne pourra jamais les en empêcher, ni les arrêter.
Mais tout ça, ce ne sont que des rêves.
Le temps passe. Le temps est cruel. Il détruit les illusions des enfants, brise leurs rêves, leurs utopies, et leur révèle la brutalité du monde dans lequel ils vivent.
Et cette brutalité prouvera malheureusement à de trop nombreuses reprises que Jaime ne pourra pas toujours protéger Cersei, parce que c'est impossible.
La première fois qu'ils en font l'expérience, c'est quand Cersei se faufile dans les bois avec une de ses amies, ou de ce qui s'en rapproche le plus, et que Jaime n'est pas avec elle.
Jaime n'est pas avec elle, et ne peut pas la protéger des paroles d'une vieille sorcière, des paroles qui la rongeront tout au long de sa vie, sans même qu'elle en soit véritablement consciente. De toute manière, qu'aurait-il pu faire ?
La seconde fois, c'est quand leur père emmène Cersei de force à Port-Réal, pour être présentée à la cour, où elle va constamment défiler devant les yeux de seigneurs deux à trois fois plus vieux qu'elle, comme une jument à vendre au plus offrant, pour être mariée à celui qui payera le meilleur prix pour elle.
Les fois suivantes sont bien pires que ces deux-là.
Elles sont bien pires, parce que Jaime est là, juste là, à quelques mètres de Cersei, et que c'est bien la première fois qu'il se sent aussi impuissant.
Ils sont juste séparés par un mur, une porte, une porte devant laquelle Jaime est censé monter la garde et derrière laquelle Cersei se fait violer, non, pas violer, ce n'est pas le bon mot, les gens diraient, elle ne se fait pas violer, c'est son mari, son mari qui la chevauche violemment, il ne fait que faire valoir ses droits, ses privilèges en tant que mari et roi, privilèges qu'il réclame en réalisant presque une partie de la prophétie qui hante Cersei depuis ce jour fatidique, depuis Maggy la Grenouille et son histoire de couronnes, de linceuls, d'or, de reine, de valonqar, à la seule petite différence que ce n'est pas son petit frère qui manque de lui étouffer la vie à force de serrer sa gorge blanche tandis que ses larmes la noient.
Cersei se fait violer, ou, quelque soit le mot adapté, subit ce que personne ne devrait avoir à subir, et Jaime ne peut rien faire.
Il pourrait rentrer dans la pièce, faire irruption, tout interrompre, planter son épée dans le dos du roi, comme il l'a déjà fait avec le précédent, parce qu'après tout, s'il a bien pu tuer un roi pour sauver un royaume, qu'est-ce qu'il ne tuerait pas pour Cersei ?
Mais il ne le fait pas, parce que Cersei lui a explicitement demandé de ne pas le faire, parce qu'elle lui a demandé de ne pas tuer Robert, pas sans son accord, et qu'il lui a promis, une promesse qui a à ses yeux plus de valeur que tous les autres serments qu'il a bien pu faire réunis.
C'est à ce moment-là qu'il commence à penser qu'il ne pourra jamais protéger Cersei correctement, parce que rien ne pourra la protéger définitivement.
Quand, des années plus tard, ils courent pour sauver leurs vies, leurs vies et celle de leur enfant, Jaime repense à ces promesses d'enfance, ces promesses qu'il n'a plus jamais pu tenir, et auxquelles il va encore faillir.
Il n'a pas réussi à protéger Cersei. Pour réussir, il aurait fallu pouvoir la protéger d'elle-même, d'elle-même et des mots prononcés par Maggy la Grenouille, ces mots qui se sont infiltrés dans ses veines et qui l'ont détruite de l'intérieur comme du poison.
Il a beau avoir tout essayé, il a échoué.
Pour pouvoir la protéger de cette prophétie qui la dévorait, qui la consumait, il aurait dû commencer par protéger leurs enfants.
Mais Joffrey était mort, puis Myrcella, puis Tommen.
Ils étaient morts, et il n'avait rien pu faire.
Il n'avait rien pu faire pour protéger Cersei du Grand Moineau et de l'humiliation publique, de voir sa couronne lui être arrachée, parce que, même si les cheveux repoussent, la Marche d'Expiation avait pris à Cersei bien plus que ses cheveux, tout comme l'amputation de Jaime lui avait pris bien plus que sa main.
La seule chose qui lui avait donné de l'espoir dans la réussite de sa mission, du but de sa vie, était quand il était parvenu à l'ensemencer, quand il avait réussi à permettre à un nouveau petit lionceau de commencer à grandir en toute sécurité dans le ventre de son autre moitié.
Un autre enfant.
Un autre petit lionceau.
Un quatrième petit lionceau.
Un quatrième, quand la prophétie n'en avait annoncé que trois.
Ce bébé avait agi comme un antidote, un antidote au poison qui corrodait sa mère, un antidote qui aurait pu permettre de la sauver, de la protéger.
Mais cet antidote miracle ne verra jamais le jour.
Quand ils se rendent compte qu'ils vont mourir, pour Jaime, ce n'est qu'un échec de plus.
Il a échoué, il n'a pas réussi à protéger Cersei.
Quand, dans un dernier espoir que peut-être tout n'est pas perdu, il la couvre aussi bien qu'il peut de son propre corps pour empêcher les pierres de lui tomber directement dessus, pour empêcher la mort de lui tomber dessus.
Ce dernier espoir est une dernière tentative ratée.
Cersei meurt avec lui, comme elle l'avait si souvent prédit, mais trop tôt, beaucoup trop tôt.
Quand, des années plus tard, les gens liront dans le Blanc-Livre que Ser Jaime Lannister est mort en protégeant sa reine, ils ne pourront pas savoir que ce n'est pas vrai, que cette phrase honorable cache une vérité bien plus laide, qui prouve que finalement, Brienne de Torth ne connaissait pas aussi bien Jaime Lannister qu'elle le pensait.
Jaime Lannister n'est pas mort en protégeant Cersei Lannister, mais plutôt en tentant de la protéger et qu'il a échoué, sa sœur et amante décédant avec lui, parce que les illusions des enfants et les histoires des chansons deviennent rarement réalité, et que, malheureusement, beaucoup de chevaliers échouent à protéger leurs reines, dans ce monde qui n'épargne personne.
Mais, si Jaime n'est pas mort en protégeant Cersei, parce que rien ne nous protège, ou alors pas longtemps, il est mort en faisant ce qu'il avait fait de mieux dans sa vie : en l'aimant, en la tenant dans ses bras et en la rassurant.
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