Chapitre 21 : Mi-août
.
Deux semaines plus tard,
.
« Je suis enceinte. »
La phrase résonnait dans sa tête depuis au moins dix minutes lorsqu'il réussit enfin à lui répondre.
« Tu es enceinte ? Mais… mais de qui ? Et puis, tu n'es pas mariée et…
-Je t'en prie, Charlus, tu sais très bien que je n'ai pas besoin d'être mariée pour tomber enceinte, s'agaça Ambuela. »
Son regard se fixa sur le ventre de sa cousine. C'est vrai qu'elle avait un peu grossi, mais…
« Bon Dieu, Ambuela, explique-toi ! Ne reste pas les bras ballants devant moi après m'avoir annoncé une chose pareille ! s'exclama-t-il dans tous ses états. Depuis combien de temps ? Qui est le père ?
-Calme-toi Charlus, soupira-t-elle en s'asseyant sur le canapé pourpre de son salon. Tu aurais une tasse de thé à me proposer, s'il te plaît ? Ou faut-il que je m'en fasse moi-même ? »
Machinalement, Charlus se rendit dans sa cuisine, mit l'eau à bouillir, et revint au salon avec deux tasses, du thé et la bouilloire. Ambuela était enceinte ? Par Merlin, mais qu'avait-elle foutu ?
« Mais qu'est-ce que tu as foutu ? s'exclama-t-il en lui servant rageusement sa tasse de thé.
-Ne me dis pas que je dois t'expliquer comme on fait les bébés ? se moqua-t-elle de lui.
-Je ne plaisante pas, Ambuela ! reprit-il en l'assassinant du regard. »
Ils s'affrontèrent un long moment du regard.
« Ne me juge pas, siffla-t-elle entre ses dents.
-Que je ne te juge pas ? Mais enfin, tu n'es même pas fiancée ! explosa à nouveau Charlus. Dis-moi le nom du bouseux qui t'a engrossée que j'aille lui enfoncer ma baguette dans la gorge pour le… »
La gifle qu'elle lui administra le coupa dans sa lancée. Il revint aussitôt planter son regard sur elle, bien plus durement. Elle le fixait avec une colère noire du haut de son petit mètre cinquante-trois.
« Le bouseux qui m'a engrossée est mon fiancé depuis hier soir, alors cesse de te conduire comme un imbécile, siffla-t-elle sans baisser la tête.
-Ton fiancé ? Il a attendu de savoir si tu pouvais lui donner des enfants pour se déclarer ? »
La deuxième gifle le sonna un peu plus. Il attrapa son poignet.
« Je te rendrai la prochaine, je te préviens, dit-il froidement.
-Cesse de me crier dessus, et demande-moi plutôt si je suis heureuse, répliqua-t-elle sans tenir compte de sa mise en garde.
-Depuis combien de temps, préféra-t-il demander.
-Trois mois, lui apprit-elle.
-Et tu ne l'as pas vu plus tôt ? s'exclama-t-il.
-Que j'étais enceinte ? Si. Le père ? Non. Il devait revenir en Angleterre le mois prochain. Il est revenu en catastrophe le plus vite possible pour me demander en mariage dans les règles et se faire démonter la figure par mon père. Donc c'est bon, je n'ai pas besoin que toi aussi, tu te conduises de cette manière, cracha-t-elle. »
Revenir en Angleterre ? C'était un étranger ? Si Oncle Willem lui avait remis les pendules à l'heure, c'était déjà ça.
« Qui est-ce ? demanda-t-il. Je le connais ?
-Je ne pense pas que tu le connaisses. Il s'appelle Aristote Parkinson, c'est l'ambassadeur de Grande-Bretagne dans les Balkans.
-Eh bien, tu joues dans la cour des grands, commenta-t-il avec un sifflement admiratif. Un Ambassadeur ? Et tu l'as rencontré comment ?
-Tu t'y intéresses enfin, maintenant ? dit-elle avec mépris en se rasseyant sur le canapé en cuir. A un bal chez la sœur de Grand-mère Sionach, il y a quatre ans.
-QUOI ? s'écria Charlus en s'étranglant. Il y a quatre ans ? Tu le fréquentes depuis quatre ans ?
-Ce n'est pas le même temps que tu as fréquenté García ? cassa Ambuela.
-Mais ça n'a rien à voir ! protesta Charlus.
-Parce que tu es un homme et que je suis une femme ? Tu sais, on est deux dans un couple, fit-elle avec cynisme.
-Mais non, mais c'était différent ! Esméralda et moi… On était très libres !
-Tu ne peux pas plutôt te réjouir que je le connaisse, que je l'aime vraiment et que je ne sois pas coincée dans un mariage avec quelqu'un que je connais à peine ? s'exaspéra-t-elle. Aristote est sérieux, il a un bon poste et j'aime passer du temps avec lui. Pourquoi chercher plus loin ?
-Bon Dieu Ambuela tu… Vous… Il n'aurait pas pu faire attention ! explosa Charlus.
-Je suis presque rassurée que tu ne fasses pas comme ma mère, à me reprocher de ne pas être vierge pour ma nuit de noces, dit-elle nerveusement.
-Ambuela, je ne plaisante pas ! reprit-il d'un ton sec. »
Elle se contenta d'hausser les épaules.
« Ceci arrive au bout de plusieurs années. Nous avons joué de malchance, c'est tout, lui dit-elle.
-De malchance ? Bon Dieu, il ne pouvait pas s'arrêter juste à temps !
-Juste à temps ? Qu'est-ce que tu veux dire ? fit-elle nerveusement. »
Par Merlin, il allait écorcher vif cet imbécile d'Aristote Parkinson, Ambassadeur ou pas. Il avait embobiné sa cousine, c'était sûr, naïve comme elle l'était.
« Tu as vraiment besoin d'un dessin ? grimaça-t-il.
-Tu veux dire, ne pas… Ne pas finir… là, bafouilla-t-elle en posant ses mains à plat sur le bas de son ventre. »
Il hocha sèchement la tête.
« Je… Je n'ai pas pensé à le lui proposer, bafouilla-t-elle le rouge aux joues. »
Bon sang, pourquoi n'en avait-il pas parlé plus tôt avec elle ? Elle ne serait peut-être pas dans cette situation dans le cas contraire.
« Et lui, il n'aurait pas pu y penser ? s'agaça-t-il pour de bon. Je vais lui casser la figure.
-Ah ça suffit, répliqua-t-elle la voix un peu trop aigue. C'est trop tard maintenant.
-Quatre ans, Ambuela, quatre ans ! Comment as-tu pu patienter quatre ans ? s'exaspéra-t-il. »
Elle détourna le regard et resta comme ça, dans cette position, les lèvres pincées, une bonne minute.
« Je ne voulais pas qu'il se déclare tout de suite.
-Pardon ? s'étonna Charlus.
-Je… commença-t-elle avant de soupirer lourdement. Trois mois après notre rencontre, après une bonne vingtaine de lettres et plusieurs baisers, il m'a demandé si j'acceptais de l'épouser et de venir vivre avec lui à Sarajevo, avoua-t-elle sous le regard stupéfait de Charlus. Je trouvais que c'était un peu rapide. Il m'a dit qu'il ne serait pas souvent en Angleterre et que si nous voulions nous voir, c'était la solution sine qua non. Je lui ai dit que je voulais attendre au moins un an, que je n'avais même pas vingt ans, et que je ne me voyais pas quitter mes parents et l'Angleterre aussi vite. Il a compris. Et il a attendu un an, durant lequel nous nous sommes échangés beaucoup de lettres. Mais je… Je ne me sentais toujours pas prête, reconnut-elle en soupirant. Ne pas voir mes petits frères grandir me paraissait impossible. Mais… Mais je me suis arrangée pour partir en Croatie, tu te souviens ? Mon père devenait fou devant l'insistance de ma mère pour me laisser aller étudier la peinture là-bas. Et…
-Tu as vécu avec lui là-bas ? hallucina Charlus.
-Pas tout à fait je… si, un peu, reconnut-elle en grimaçant. Je suis restée six mois, puis je suis rentrée chez mes parents, décidée à leur parler d'Aristote mais… Tu te souviens, ma mère a perdu un bébé. C'était cette année-là, et elle était inconsolable, alors j'ai repoussé. Et puis finalement, Aristote m'a dit de lui dire quand je serais prête à quitter mes parents. Les mois ont passé et… et je m'étais à nouveau habituée à ma vie, mes amis, ma famille, toi surtout… et nous n'en avons plus reparlé. Jusqu'à la semaine dernière, conclut-elle. »
Charlus pinça les lèvres pour ne pas dire quelque chose d'un peu trop brusque. Par Merlin, il savait que sa cousine était compliquée, mais il ne pensait pas à ce point.
« Et tu vas réussir à vivre là-bas à présent ? lui demanda-t-il posément.
-Il faudra bien ! conclut Ambuela en se levant, tout sourire. Je suis contente que tu ne deviennes pas hystérique comme mes parents. Tu voudras bien m'accompagner chez les parents d'Aristote demain ? Mes parents me font la tête, reconnut-elle en faisant la moue.
-Quoi ? Mais je ne les connais pas ! protesta-t-il.
-Raison de plus. Il faut que je te présente Aristote. Et puis si j'arrive seule, j'aurai vraiment l'air d'une fille légère. Tu passes me chercher à midi chez mes parents ? Merci cousin, t'es le meilleur. »
Une bise plus tard, elle avait disparu.
Et lui, il s'était fait avoir.
.
Le lendemain,
Midi dix,
.
Il avait laissé Ambuela transplaner. Il n'était pas sûr que ce soit recommandé pour une femme enceinte, mais elle lui avait assuré que c'était sans risque jusqu'au cinquième mois. Il avait essayé de la croire en se jurant d'interdire le transplanage à la femme qu'il prendrait pour épouse dès que son ventre s'arrondirait.
« C'est cette maison, lui indiqua-t-elle en ouvrant les grilles.
-Tu restes à côté de moi tout du long, la prévint-il en posant sa main libre sur la main qu'elle avait logée dans le creux de son coude.
-Charlus… tenta-t-elle de protester.
-Tes parents me détestent moi aussi parce qu'ils sont persuadés que c'est mon attitude qui t'a poussée sur cette voie et parce qu'en plus je t'accompagne à ce dîner comme si je validais ta conduite, alors que je ne la cautionne absolument pas, marmonna-t-il.
-Oh ne commence pas à grogner comme Ignatius dès qu'on sort un peu des règles strictes du mariage, dit-elle en faisant la moue.
-Tiens-toi tranquille, et je commencerais à cautionner ton… Ne me dis pas que c'est lui, Aristote Parkinson ? s'exclama-t-il. »
Le sorcier qui attendait sur le perron de la maison portait une robe de sorcier d'un vert marais hideux même si elle était très bien coupée, une montre à gousset en argent, et une canne à pommeau – plus snob il n'y avait pas. Mais surtout, il devait avoir au moins quarante ans !
« Tu m'as dit quel âge il avait ? demanda-t-il en se sentant chauffer de colère.
-Je ne te l'ai pas dit, dit-elle avec légèreté.
-Bon Dieu, Ambuela, il pourrait être ton père ! chuchota-t-il furieusement en essayant de rester stoïque.
-Aristote a tout juste quatorze ans et deux mois de plus que moi, répliqua-t-elle.
-Quatorze ans ? Quatorze ans ? répéta-t-il.
-Tu crois qu'on est Ambassadeur à vingt ans, Charlus ? dit-elle en soupirant lourdement. Il a trente-huit ans. Allez, ne fais pas des manières. Aristote, tu es là, dit-elle, tout sourire à son fiancé. »
Charlus la regarda, impuissant, s'éloigner de lui pour laisser ses mains à cet Aristote Parkinson qui les lui embrassa avec dévotion.
« Ambuela, je t'attendais, souffla-t-il avec… passion. »
Charlus se retint de grimacer pour faire son regard le plus noir. Il montra son bras à Ambuela pour qu'elle le reprenne. Elle finit par céder après une longue bataille de regard. Il tendit la main à Parkinson avec méfiance.
« Tu es le cousin d'Ambuela, c'est cela ? Aristote Parkinson. Je suis ravi de te rencontrer, lui dit Parkinson en prenant sa main. »
Il s'appliqua à bien l'écraser. Ses petits doigts d'hommes de bureau se ramollir sous ses doigts avec une immense satisfaction et un petit craquement. Bien. Une bonne chose de faite. Il ne pourrait plus toucher Ambuela de sitôt.
« Charlus Potter, se présenta-t-il simplement. »
L'assurance de Parkinson se fissura un peu pour le plus grand bonheur de Charlus.
« Charlus Potter… L'Attrapeur de l'équipe d'Angleterre ? bafouilla-t-il.
-En personne. »
Pour une fois qu'il était content qu'on le reconnaisse pour son poste d'Attrapeur de l'équipe d'Angleterre, il n'allait pas s'en priver. Surtout que ceci ne provoquait pas l'habituel état d'hébétude admiratif mais une jolie crainte toute satisfaisante pour Charlus. On ne l'embobinait pas comme Ambuela, lui.
Puis quelque chose fit tilt dans sa tête. Il jeta un coup d'œil à Ambuela. Oh la Serpentarde manipulatrice. Elle avait tout orchestré. Elle n'avait pas prévenu son fiancé de la personne qui l'accompagnerait à ce dîner autrement que comme son cousin pour… lui faire peur ? l'impressionner ? Les Parkinson étaient au Département de la coopération magique internationale au Ministère depuis des générations. L'un d'eux avait même été le troisième ou quatrième ministre de la magie, lui semblait-il. Au contraire des Fortescue qui avaient toujours vécu à l'écart de la ville en cultivant leurs terres galloises. Oncle Willem produisait un très bon vin des Elfes et Oncle Richard de très bons coquillages, soit dit en passant.
« Euh… Vous avez fait bon voyage ? essaya vainement de se reprendre Parkinson.
-Nous avons transplané, répondit Ambuela en rosissant de plaisir. »
Qu'elle est cruche quand elle s'y met, pesta Charlus en levant les yeux au ciel.
« Transplané ? Ambuela, ce n'est pas recommandé dans ton état, s'inquiéta Aristote en voulant reprendre sa main. »
Charlus fit claquer sa langue dans sa bouche et reculer Ambuela d'un mouvement ferme. Il la vit ouvrir la bouche pour protester, mais il la coupa.
« Il aurait fallu y penser avant, dit-il sèchement en fixant Parkinson dans les yeux. »
Le coup de coude d'Ambuela le poussa à expirer et inspirer calmement pour se ressaisir.
« Nous rentrerons par le réseau de Cheminette, dit-il comme s'il avalait du Polynectar. Dis-moi, Parkinson, tes parents sont au courant de la raison de ton retour anticipé en Angleterre ? demanda-t-il sans détourner le regard. »
L'Ambassadeur eut la décence de rougir de gêne pour le plus grand plaisir de Charlus. Il se tassa un peu sur lui-même si bien que Charlus put baisser un peu plus le regard.
« Plus ou moins, éluda-t-il. »
Un vrai politicien.
« Mais encore ?
-Le mariage est fixé au mois prochain, répondit-il en fronçant les sourcils avec un agacement visible. Les gens vont vite comprendre ce qu'il en retourne. L'avantage est que nous serons à Sarajevo le lendemain. »
Bon, il ne semblait pas complètement à côté de la situation. Avec un peu de chance, toute cette après-midi se finirait rapidement.
« Mes parents sont dans les jardins, je vais vous conduire, reprit-il après un hochement de tête approbateur de Charlus. »
Parkinson voulut proposer son bras à Ambuela – et Ambuela était sur le point de l'accepter – mais un regard de Charlus le fit se raviser. Les petits soupirs agacés d'Ambuela servirent de musique d'ambiance à la traversée du long couloir de l'immense maison.
C'était une blague ? Il n'y avait pas deux personnes, ni même quatre ou cinq pour la fratrie que pouvait avoir Parkinson. Il y avait au moins une vingtaine de personnes, toutes avec un visage méprisant et hautain comme il en avait rarement vu. Il arrêta Ambelua sur le seuil de la porte menant au jardin, laissa Parkinson prendre de l'avance, et se tourna vers elle. Ses yeux brillants de larmes de panique étaient plutôt évocateurs.
« Je pensais que c'était un repas avec les parents de Parkinson ? souffla-t-il.
-Je ne t'ai pas dit qu'il y aurait aussi sa famille étendue ? dit-elle presque comme si elle allait expirer.
-Bon Dieu Ambuela, arrête de cacher les choses, et dis-moi tout une bonne fois pour toute, dit-il en essayant de maîtriser sa propre panique.
-Mes parents sont vraiment fâchés contre moi, et je pense que je vais devoir organiser mon mariage toute seule, dit-elle comme en apnée. Aristote est fou de joie à l'idée de ce bébé et qu'on se marie enfin, mais il ne se rend pas compte que je suis loin d'être habile en société, surtout face à ses cousines très intelligentes. Il ne se rend pas compte non plus que toute sa famille me prend pour une paysanne et une parvenue. Ils pensent aussi, j'en suis sûre, que je l'ai piégé pour accéder à cette place.
-Ambuela… soupira-t-il en prenant ses mains.
-Je t'ai demandé de venir avec moi pour les raisons que je t'ai dites, mais aussi parce que tu as assez d'assurance en société pour ne pas te laisser déstabiliser, parce que tu es mon cousin préféré, et parce que tu es assez connu pour me faire de l'ombre afin que je puisse passer inaperçue et m'aider à montrer que je ne fréquente pas que des personnes lambda. »
Quand il disait que sa cousine était compliquée et que c'était une foutue Serpentarde, il ne se trompait pas. Il préféra la rapprocher de lui pour lui embrasser le haut de la tête en un signe tout protecteur qu'il espéra que personne ne manqua.
« Tu es Ambuela Fortescue, tu as vingt-quatre ans, tu as de la conversation, tu as un magnifique sourire, tu es belle et surtout : tu es fiancée à un homme que tu aimes, souffla-t-il. Personne ne te dira quoi que ce soit de déplacé sans comprendre quel ver de terre il est, on est d'accord ? »
Elle acquiesça en reniflant discrètement.
« C'est aussi pour ça que je t'ai demandé à toi de venir et non à ton frère, avoua-t-elle. Darius n'aurait pas arrêté de me juger et de dire que je me conduisais comme une traînée. Tu… Tu es plus tolérant.
-Après deux gifles ? demanda-t-il avec un sourire de connivence.
-Après deux gifles, en convint-elle pendant qu'il essuyait ses yeux du bout de ses pouces. Merci.
-Oh, Ambuela Fortescue me remercie ? Mais où va le monde, se moqua-t-il ostensiblement. »
Il lui embrassa à nouveau le front avant de lui présenter son bras. Elle s'y accrocha comme à un sortilège de respiration.
« Et c'est parti pour la fosse aux lions, souffla-t-elle en plaquant un fabuleux sourire sur ses lèvres.
-C'est plus une fausse de serpents j'ai l'impression, mais passons, commenta-t-il pour la faire rire et la détendre. »
Ceci marcha plutôt bien, et ils rejoignirent Parkinson qui les attendait devant un couple de personnes au moins aussi âgées que ses propres parents. Cependant, ils ne semblaient pas du tout avenants. Là où Annabella Potter avait toujours un petit sourire sincèrement attendri et Robertus Potter un bon mot pour détendre tout un chacun, Mr et Mrs Parkinson gardaient un visage grave dont la lèvre se tordait étrangement, comme s'ils retenaient une grimace.
« Père, Mère, je vous présente Ambuela Fortescue, ma fiancée, annonça Aristote d'une voix vibrante d'émotions (amour ou peur ou même les deux, allez savoir). Ambuela, je vous présente mes parents.
-Je suis ravie de vous rencontrer, Mr et Mrs Parkinson, souffla sa cousine d'une voix faible pour toute réponse en effectuant une brève révérence.
-De même, se contenta de répondre Mr Parkinson d'une voix traînante. Et le sorcier qui l'accompagne ?
-Son cousin, Ch…
-Charlus Potter, se présenta Charlus lui-même avec arrogance en tendant la main devant lui pour s'emparer de celle de Mrs Parkinson. »
Il se baissa assez pour l'embrasser. Sa cousine lui revaudrait ça. Parce qu'embrasser la main de Mrs Parkinson ne faisait pas partie de ses projets pour la journée. Il se releva d'un mouvement vif pour attraper la main de Mr Parkinson et se contenta d'une poignée de main ferme. Le regard des deux sorciers s'était troublé, et Charlus était tout à fait conscient des murmures entre les membres de la famille de Parkinson. C'était tout fait exprès.
« Je suis ravi de rencontrer les futurs beaux-parents de ma cousine préférée, dit-il en insistant sur le préférée pour montrer qu'Ambuela était encore sous bonne garde.
-De même, répondit Mrs Parkinson sans cligner des yeux. »
Charlus lui fit un large sourire en coin très calculé et il la vit déglutir. Ma jolie Ambuela, je vais tous te les mater, tu vas voir.
« Cousin du côté paternel ou maternel ? lui demanda même Mrs Parkinson sous le regard réprobateur de son époux.
« Ma mère, la Guérisseuse Annabella Potter, est la petite sœur du père d'Ambuela. »
Oh il avait encore fait exprès de préciser qui était sa mère. Guérisseuse de l'année depuis dix ans, épouse d'un membre du Magenmagot. Ceci devrait redorer un peu l'image d'Ambuela chez les Parkinson et leur faire cesser leurs regards venimeux, avec un peu de chance. Il avait horreur de faire ça, mais Ambuela méritait bien un peu de paix, non ?
« Charlus est pour moi ce qui se rapproche le plus d'un grand frère, ajouta Ambuela avec une voix à peu près assurée.
-Il s'est donc dévoué pour vous accompagner, commenta aigrement Mr Parkinson.
-Dévoué ? Merlin, on pourrait croire que vous fréquenter est une corvée, Mr Parkinson, lui répondit Charlus avec un faux amusement.
-Charlus s'est empressé de me dire qu'il voulait être présent au repas de fiançailles pour rencontrer mon fiancé, mentit allègrement Ambuela sans en paraître troublée. Et heureusement, puisque mon père n'a pu quitter le lit ce matin, et ma mère a dû rester à son chevet pour surveiller son état.
-Espérons qu'il sera rétabli pour le mariage, intervint une autre voix traînante. »
C'était une belle sorcière, Charlus le reconnaissait volontiers. Mais elle avait un sourire savamment exécuté sur les lèvres, qui n'était de ce fait ni chaleureux, ni forcé, mais juste poli. C'était ce genre de sourire que Charlus détestait et qui détruisait tout le charme qu'une femme pouvait avoir. Autant ne pas sourire plutôt que détruire l'harmonie d'un visage.
« Ma petite sœur Frida Bulstrode, Ambuela. Frida, je te présente Ambuela Fortescue, ma fiancée.
-Je suis enchantée de faire votre connaissance, reprit aussitôt Ambuela avec une autre révérence très légère.
-Voyons, nous nous sommes seulement rencontrées, Miss Fortescue, ne trouva qu'à répliquer Frida Bulstrode.
-C'était un futur, bafouilla Ambuela mais une pression de la main de Charlus sur la sienne lui redonna une voix plus assurée. De pouvoir faire votre connaissance aujourd'hui et à l'avenir.
-Et son cousin, Charlus Potter. Potter, ma petite sœur. »
Charlus prit une profonde inspiration. Bon Dieu, ces présentations dureraient combien de temps ?
.
Il eut l'impression qu'une heure s'était déjà écoulée lorsqu'enfin ils eurent salué tout le monde. En réalité, il ne devait pas être plus de midi et demi puisqu'un autre sorcier des plus aristocratiques arriva et serra la main d'Aristote avec un sourire entendu. Charlus comprit seulement qu'il avait sa pause-déjeuner au Ministère, et que c'était la raison de son arrivée précipitée. Quelque chose l'embêta immédiatement dans ce sorcier. Il était grand et bâti, presque gros. Ses cheveux noirs tombaient en boucles un peu longues vers l'arrière de sa tête, et ses yeux gris semblaient voir à travers les murs. Il se dégageait de lui une de ces assurances qui irritaient Charlus parce qu'il les trouvait fausses. Mais comme depuis vingt bonnes minutes, il ne fit aucun commentaire déplacé, et grimaça un sourire tendre à la cousine de Parkinson – Renora Parkinson – qui louchait sur lui depuis tout à l'heure. Ambuela essayait de parler sans s'emmêler, et lui intervenait de temps à autre quand il sentait qu'elle paniquait à nouveau.
« Ambuela, ma chère…
Non mais franchement, vous avez déjà entendu un surnom plus snob ?
-… voici la dernière personne que je voulais vous présenter…
Et puis ce vouvoiement le mettait mal à l'aise. Ils se connaissaient depuis quatre ans, nom de nom. Quelle mascarade.
-… mon ami, Pollux Black. »
Tiens, un représentant de la Très Noble et Très Vieille Maison des Black ?
« Je suis charmé, Miss Fortescue, répondit Black en exécutant un baisemain des plus pataud à sa cousine.
-J'ai beaucoup entendu parler de vous, Mr Black, répondit fébrilement sa cousine. Je suis ravie de pouvoir enfin mettre un visage sur votre nom. Je vous présente mon cousin germain, Charlus Potter. »
Et après, Ambuela disait qu'elle n'était pas habile en société ? Bien sûr. En attendant, le haussement de sourcil surpris de Black annonçait une bonne remarque sarcastique comme son frère se plaisait à lui en faire.
« Charlus Potter ? Vous êtes l'Attrapeur de l'équipe d'Angleterre et de Flaquemare ?
-C'est moi, oui, se contenta-t-il de répondre avec méfiance en lui serrant la main.
-Nom de nom, je ne savais pas que c'était vous le cousin de Miss Fortescue, se contenta de commenter Black.
-Charlus est comme mon frère, répéta pour la millième fois Ambuela ce qui manqua de faire lever les yeux au ciel à Charlus. Nous avons un an de différence. »
Le silence se serait sûrement installé si Mrs Parkinson n'avait pas jugé qu'il fût temps de se mettre à table. Charlus suivit Parkinson et Black, qui devait donner ses premières impressions sur Ambuela à son ami. Il entendit distinctement Ambuela soupirer et se retint de faire le moindre commentaire susceptible de la faire paniquer à nouveau.
Mr Parkinson lui proposa de s'asseoir à la gauche d'Ambuela, qui elle était coincée entre lui et Parkinson. A côté de lui, il eut la cousine de Parkinson qui louchait, et en face de lui, la sœur de Parkinson. Bon Dieu, heureusement qu'il avait une assez bonne mémoire des noms et prénoms. Renora Parkinson fit son petit laïus sur l'encombrement de son service au Département de la coopération magique internationale. Apparemment, elle était au service de l'Amérique du Sud avec un cousin de Pollux Black qui faisait du très bon travail. Puis Frida Bulstrode prit à son tour la parole pour parler du Service de l'Asie. Mrs Parkinson précisa que l'URSS devenait ingérable, et qu'elle plaignait grandement son fils qui n'avait plus une minute à lui dans les Balkans. Et les quinze autres personnes parlaient entre elles.
Ce dîner était pire qu'une mascarade. Il était d'une hypocrisie phénoménale. Personne ne parlait directement à Ambuela mis à part son fiancé. Même à Aristote Parkinson, ses parents adressaient à peine la parole. C'est peut-être pour cela qu'il a invité Black, songea sarcastiquement Charlus.
« Et donc, vous avez gagné combien de matchs depuis le début de votre carrière, Mr Potter ? souffla Renora Parkinson d'une voix qu'elle espérait sans doute détachée. »
Mais, même si elle louchait naturellement – consanguinité, quand tu nous tiens ! – elle louchait aussi un peu trop sur Charlus depuis le départ.
« Combien de matchs gagnés ? s'étonna Charlus. »
Qu'en savait-il ? Il jouait à Flaquemare depuis plus de six ans !
« J'ai arrêté de compter, Miss Parkinson, mentit-il en lui faisant un sourire en coin. »
Ce n'est pas qu'il avait arrêté de compter, mais qu'il n'avait jamais compté, oui. Ou bien juste durant la première saison, à la rigueur. Il avait préféré compter le nombre de Vif qu'il avait attrapé. Et encore, il ne s'en souvenait plus. Enfin, la demoiselle baissa ses yeux loucheux en rougissant, c'était très bien comme ça.
« Je n'ai pas bien compris la filiation d'Ambuela, intervint Mr Parkinson avec un mépris à peine dissimulé.
-Avec mon cousin ? demanda craintivement sa cousine.
-Ses parents sont… ? continua Mr Parkinson sans tenir compte de la question d'Ambuela.
-Willem et Falbala Fortescue, souffla-t-elle. Ma mère…
-De quelle famille vient sa mère ? la coupa Mr Parkinson.
-Les parents de ma mère sont Antony et Gladys Greengrass.
-Antony Greengrass ? s'étonna Mr Parkinson. Je ne me souvenais pas qu'il eût marié sa fille à un Fortescue.
-Ma mère est sa deuxième fille, la benjamine, précisa Ambuela.
-Ah. Je vois, se contenta de répondre Mr Parkinson d'un ton clairement méprisant.
-Mon père, Willem Fortescue, est propriétaire de vignes au Pays de Galles, à une heure de balai de Cardiff. Le Château de Fortarôme.
-Ah ? s'étonna Mrs Parkinson avec un lueur d'intérêt.
-Les vignes sont dans la famille Fortescue depuis plusieurs générations, commenta mollement Charlus. Oncle Willem a réussi à améliorer la qualité du vin de façon magistrale en moins de trente ans. Il est même à la table de la Baguette Gourmande. Vous avez dû l'y voir, non ? »
Mentionner le restaurant sorcier le plus chic de Londres ne pouvait que faire bien. Bon Dieu, Charlus avait horreur de mener une discussion dans le but de bien paraître. C'était vraiment quelque chose qui l'horripilait. C'était bien trop manipulateur et bien peu digne d'un Potter honnête et loyal. Ambuela avait intérêt à se débrouiller toute seule à l'avenir. Et puis Oncle Willem et Tante Falbala l'entendraient tout à l'heure.
« Bien sûr. Alors c'est votre père le propriétaire du Château de Fortarôme ? s'étonna Mr Parkinson.
-C'est encore notre Grand-mère Sionach qui en est la propriétaire légitime et qui y habite, dit-elle en jetant un coup à Charlus. Mes parents ont une maison dans le même village. Mais mon père en héritera, oui.
-Et vous pensez célébrer le mariage au Château de Fortarôme ? insista Mr Parkinson. »
Ambuela jeta un coup d'œil nerveux à Aristote, puis à Charlus. Apparemment, soit la réponse était négative, soit rien n'avait été décidé. Charlus prit une inspiration pour intervenir.
« Grand-mère Sionach est centenaire, elle s'épuise rapidement, commença-t-il. Et si un mariage s'organise au Château de Fortarôme, elle voudra forcément s'impliquer dans les préparatifs. Il faut consulter son Médicomage avant de le lui demander. »
Ce n'était pas un mensonge. C'était même une mesure plutôt raisonnable.
« Je comprends, approuva Mr Parkinson. J'ai entendu tant de choses grandioses sur le Château de Fortarôme, ce serait sûrement un lieu splendide pour un mariage, renchérit-il néanmoins.
-Voyez d'abord la liste des invités en attendant, se permit de proposer Charlus pour couper court à la discussion. »
Beuh. C'était vraiment un genre de personne que Charlus ne supportait pas. D'abord ils étaient méprisants, puis ils étaient cupides en comprenant qui était vraiment Ambuela.
« J'imagine que vos parents se réjouissent d'un si beau mariage en perspective, Miss Fortescue, intervint le mari de Frida, Edmond Bulstrode.
-Plutôt, mentit-elle avec un sourire tout angoissé. »
Un bref éclat de rire de Pollux Black permit à la discussion de ne pas s'éteindre à nouveau.
« S'il vous plaît, Ambuela, donnez des idées à ma sœur, voulez-vous, commenta-t-il.
-A… à votre sœur ? bafouilla Ambuela, à nouveau déstabilisée.
-A mes sœurs, devrais-je même dire, s'auto-corrigea Pollux Black. Cassiopeia a vingt-huit ans, et elle répète continuellement qu'elle gardera le nom Black toute sa vie. Quant à Dorea, elle est soit le nez dans ses livres de vieille magie, soit la tête avec les Sombrals. Elle est de plus en plus rêveuse ces temps-ci, ma mère devient folle. Mon père… »
Attendez une seconde. Dorea ? Comme Dorea Black ? Oh putain. Pollux Black était le frère de Dorea Black ? Sa Dorea ? Le Glaçon ?
« Merlin, bafouilla Charlus en toussant après s'être étranglé avec sa salive. Excusez-moi.
-… devrait au moins marier Dorea avant que ce ne soit trop tard. Ce ne serait pas plus mal pour ses finances.
-Votre père est occupé par ses affaires en Europe de l'Est, Pollux, intervint Mrs Parkinson. C'est à votre mère de s'y atteler.
-Ma mère lui passe toutes les fantaisies les plus folles. Et dès que j'essaie de m'en mêler, ce sont mes oncles qui prennent sa défense, fit Pollux Black avec désappointement. J'ai un temps espéré qu'Aristote devienne mon frère, mais je suis forcé de reconnaître que ma sœur est un cas désespéré. Elle ne sait pas sourire, ce ne sera pas étonnant qu'elle finisse seule.
-Elle sait sourire, ne put s'empêcher d'intervenir Charlus. »
La vingtaine de paires d'yeux se tournèrent vers lui. Il se concentra pour rester aussi impassible que Dorea Black, mais ce fut une entreprise bien difficile. Il dut serrer très fort le couvert qu'il avait en main. Manque de chance, c'était un couteau, et il avait posé la main sur la lame. Au moins, il se concentra pour ne pas exprimer sa douleur à voix haute.
« Tu connais ma sœur, Potter ? s'étonna Pollux Black. »
Euh. Alors. Que faire ?
« Il parle bien de celle que tout le monde appelait le Glaçon à Poudlard, Ambuela ? dit-il et il vit sa cousine se décomposer.
-Charlus, bafouilla-t-elle.
-Eh bien, elle souriait sur ce tableau que tu m'as montré au vernissage, non ? se souvint-il au dernier moment.
-Exactement, souffla Ambuela en reprenant contenance.
-Ne l'appelle pas comme ça si un jour tu la croises. Elle connaît de vieux sortilèges dont on a perdu le contre-sort, répliqua Pollux Black avec une grimace.
-J'en prends bonne note, dit-il en espérant avoir un ton assez léger. »
Il n'aurait pas pu avoir ce conseil plus tôt ? Ceci lui aurait évité de finir emmailloté dans un amas de lianes.
Et je pense encore à elle. C'est pas vrai.
.
.
.
(Petite annonce : j'ai fait une courte fic voire OS sur... Arcturus Black (le vrai et gentil papa de Dorea dans ma fic) ! Je la fignole et puis je la mettrai en ligne pour la nouvelle année ou un peu après ;)
Merci de continuer à me lire, ça me fait super plaisir ! Et si on ne se revoit pas d'ici là... Joyeuses fêtes malgré le contexte!)
