Musique du jour : "I don't" de Koda, issu de l'album Odds & Ends (2015).
Chapitre 9 :
I don't
Une ambulance est arrivée une vingtaine de minutes plus tard, pour emmener John qui s'est cassé le bras. Des grands dans les gradins ont marmonné diverses choses, certains « Le pauvre », d'autres « Le chouineur, c'est rien, ça ». Si Sherlock a tout fait pour ne pas s'énerver, afin d'éviter de se disputer avec eux, sa camarade Capucine, n'a guère laissé ces paroles passer ainsi. Elle s'est levée, s'est mise à la hauteur des grands grâce aux marches, et à commencer à les traiter de toutes sortes de noms d'oiseaux qu'une enfant de huit ans peut connaître entre deux reproches. Finalement, Sherlock est intervenu pour la calmer, et l'éloigner, voyant les poings des adolescents légèrement se crisper. En partant, Capucine a tiré la langue en guise d'au revoir.
Une fois bien à l'écart, c'est-à-dire dans la cour de l'orphelinat où les pensionnaires commencent déjà à tous être au courant de la situation de John, Sherlock se pose pleins de questions, essayant de rester calme, alors qu'il est en panique total au fond de lui. Pourvu que John ne se soit pas fait plus mal que ça ! Le pauvre ne pourra plus faire du rugby pendant longtemps ! Est-ce qu'il pourra quand même jouer avec lui ? Ou plutôt voudra ? Cela inquiète le petit garçon qui n'entend pas tout de suite les protestations de Capucine.
- Hé, Sherlock ! Tu m'entends ?
- Quoi ? Désolé, je n'ai pas entendu.
- Je demandai si on pouvait voir John à l'hôpital. J'aimerai beaucoup lui rendre visite après l'opération.
- L'opération ? demande Sherlock la voix légèrement tremblante.
- Bah oui, les docteurs vont remettre comme il faut son bras et mettre un plâtre pour pas qu'il bouge le temps que ça guérisse. Je sais ça, je me suis déjà cassé le bras aussi, et je te promets que ça fait super mal !
- Pas moi, je ne me suis jamais rien cassé.
- La chance ! Mais, j'espère que ça va aller pour John, il avait l'air vraiment de souffrir. C'est vraiment des idiots ces grands ! Si je n'étais pas petite, je leur aurai cassé la figure !
Sherlock écarquille les yeux. Il ne connaît pas encore vraiment Capucine, mais il ne l'aurait jamais imaginé aussi rentre dedans. Quoi que, John lui avait dit une fois qu'elle aime bien regarder les combats de boxe à la télé, mais qu'elle s'était faîte gronder par Matthew. Sherlock est dans un sens amusé, et même rassuré de faire plus ou moins connaissance avec quelqu'un qui fait aussi des trucs « pas de son âge ». Les adultes peuvent être d'un ennui des fois. Cependant, il reste perplexe quant à cette colère qu'exprime Capucine.
- Tu t'es déjà bagarrée ? lui demande t-il.
- Juste une fois. C'était une fille qui avait coupé les jambes de mes poupées, la peste ! Mais madame Hudson était vite arrivée pour nous séparer et nous punir. Heureusement que cette fille n'est plus là, je n'aurai plus de poupées, sinon !
- Je n'aurai pas cru que tu étais si…
- Si quoi ?
- Vénère.
Sherlock a entendu plusieurs fois ce mot venant d'enfants plus ou moins grands, il trouve qu'il sonne bien.
- Ça, c'est mon grand frère qui m'a apprit ça. « Tu tapes, et après tu poses les questions. » Mais là, c'était des grands, alors j'avais un peu peur quand même…
- C'est qui ton grand frère ?
- Il est l'armée, il s'appelle Thomas. Il m'a laissée ici quand il est parti parce qu'il ne pouvait pas s'occuper de moi. C'est ce qu'il m'a dit en tout cas. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu, mais il m'envoie souvent des photos et des lettres.
Sherlock sourit, s'étonnant lui-même d'échanger aussi facilement avec quelqu'un d'autre que John. Surtout avec ce qu'il s'est passé. Il se sent d'ailleurs moins stressé grâce à sa camarade. Finalement, il commence à comprendre son ami quand il dit que Capucine est cool. Le brun reste quand même anxieux. S'il peut aller voir John à l'hôpital, il a peur de se perdre dans les couloirs. Mais en réfléchissant, il se dit qu'un adulte de l'orphelinat l'accompagnera sûrement. Ou plutôt les accompagnera, lui et Capucine. On dirait que cette dernière semble vraiment tenir elle aussi au blond.
- Je vais voir madame Hudson, dit Sherlock. Je vais lui demander si on peut aller le voir.
- Attends, je viens avec toi !
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Madame Hudson en a discuté avec son équipe après un entretien privé avec les pensionnaires Sherlock et Capucine, deux amis proches de John Watson. Et sans trop de surprise, les adultes n'y ont guère vu de problèmes, à condition de bien préparer les deux enfants, que ce soit au niveau de leur comportement, de ce qu'il y a l'hôpital afin qu'ils ne soient pas trop impressionné, et bien entendu, qu'un membre de l'équipe les cadre tout le long de la visite. La directrice ne peut guère s'en charger, devant d'une part rester toujours la journée à l'orphelinat, et elle doit s'occuper en priorité des prises en charge administratives quant à l'hospitalisation. Les femmes de ménages et l'infirmière de l'établissement ne peuvent suspendre leurs postes, et Matthew, l'animateur présent aujourd'hui a la phobie des hôpitaux. Il ne reste que William, qui est partant pour accompagner les deux phénomènes.
Plus tard, tandis que Sherlock et Capucine lisent chacun de leurs côtés, l'un une bande dessinée de Tintin, et l'autre un comics de Captain America, la directrice vient les voir. Les enfants abandonnent aussitôt leurs lectures, espérant avoir l'accord des adultes. Quand madame Hudson confirment, ils réagissent calmement, avec un grand sourire, ce qui étonne assez la vieille dame. Elle est en attendant soulagée en voyant la mine rassurée de Sherlock, qui semblait jusqu'ici se faire un sang d'encre.
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Sagement assis sur la banquette arrière de la voiture, Sherlock et Capucine regardent le paysage défiler sur la route tranquille et sans encombres. William jette de temps en temps un coup d'œil dans le rétroviseur interne, s'attendant à ce que ses passagers s'endorment tant le calme règne. Il se souvient de son entretien de tout à l'heure avec Sherlock comme si c'était il y a quelques minutes. Comme promis, il n'en a pas parler à ses collègues, du moins pour le moment. Il se souvient d'enfants qui se faisaient harceler pour d'autres « différences » (Dieu qu'il hait ce mot), que ce soit le handicap, le physique, ou tout simplement un caractère qui ne correspond pas aux autres. Il aime son métier, mais il lui rappelle quotidiennement que les enfants peuvent être à la fois de véritables anges comme source de tels traitements qu'il a un frisson dans la colonne verticale quand il y repense. Mais avec le temps, il s'y est habitué. En acceptant ce job de psychologue dans un orphelinat, son quotidien a bien changé, devant discuter et aider quant à des sujets plus délicats chez les enfants. Il ne ment pas quand il dit qu'il apprend tous les jours. Comme tout le monde en fait. Le cas de Sherlock l'intéresse beaucoup, n'ayant encore guère parlé du sujet de l'homosexualité avec un enfant.
Et si Sherlock n'est allé le voir qu'une fois, et aujourd'hui, ce n'est pas le cas de Capucine. Malgré quelques débordements encore d'actualité, elle s'est fortement assagie depuis son arrivé il y a un an et demi. Elle passait le plus clair de son temps à taper le premier venu qu'il la regardait bizarrement selon ses dires, de même qu'elle était parfois vulgaire pour une fillette de son âge. Mais à force de patience, de rééducation, et de séances avec le pédopsychologue, elle s'est calmée, du moins, en présence des adultes. Si un quelconque membre de l'équipe de l'orphelinat avait assisté à sa prise de becs avec les grands au stade, elle aurait encore eu droit à une sérieuse réprimande.
De son côté, Sherlock aime observer le panorama par la petite vitre de la voiture. L'orphelinat est situé dans une région assez calme du Royaume Uni, loin des métropoles surchargées et en constante activité. Les Hêtres dorés, ainsi que la petite ville où l'établissement est situé et les champs sont le quotidien du petit garçon. Quotidien duquel il s'est accommodé depuis longtemps. Il n'aime pas les changements, ayant beaucoup de repères temporels. À telle heure, il fait ceci, et à une autre, il fait cela. De même qu'il range à des endroits précis chacun de ses affaires, ne supportant pas le moindre désordre, sauf quand il souhaite qu'il y en ait, surtout pour embêter Johanna, une des femmes de ménage.
Toujours sans un mot, Sherlock regarde sa camarade qui semble aussi laisser ses pensées vagabonder avec le paysage défilant à toute vitesse. Il repense une fois encore aux mots de John quant au physique de Capucine. Et il se rend compte grâce aux rayons du soleil que, oui, la fille a des cheveux qui ressemble au feu, de même que ses semble t-il centaines de tâches de rousseur lui donne un air unique, ayant un visage plus marquant que ceux des autres filles. Sherlock se dit que s'il la dessine un jour, il la ferait ressembler à un phénix, ou bien en pompier. Il ne veut pas lui demander qu'est-ce qu'elle aimerait faire plus tard, car elle risque de lui poser la question en retour. Or, il ne sait guère choisir entre pirate, vétérinaire, scientifique ou détective. En attendant, il essaye d'étudier sur deux d'entre eux, et les autres, c'est plus pour le jeu.
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Le trajet n'a pas duré très longtemps. Au moment où ils arrivent, l'opération de John est terminée depuis au moins trois heures. Lorsque William explique d'où ils viennent et à qui ils rendent visite, l'infirmière qu'il les reçoit leur explique que le patient est très fatigué, mais qu'il va très bien. Si tout se passe comme il faut, John pourra retourner à l'orphelinat dès demain.
Malgré les explications données avec une voix douce, Sherlock ne se sent pas à l'aise. Entre les longs couloirs, tous les panneaux, les lits et autres matériels médicaux qui passent constamment, le garçon n'est pas rassuré. Il va pour le dire à William, mais Capucine doit sentir son malaise, prenant délicatement sa main dans la sienne. Sherlock regarde sa camarade qui lui sourit tendrement.
- T'inquiètes, dit-elle, je connais un peu l'hôpital, et les docteurs sont tous super gentils.
Sherlock hoche la tête pour la remercier. Il jette un œil à la petite main qui tient la sienne, essayant d'imaginer celle de John à la place. Puis il suit William avec Capucine, cette dernière ne lâchant guère sa main. Quelques minutes plus tard, après un couloir, un ascenseur, et un autre couloir, ils arrivent à la porte de la chambre de John. Sur le battant, il y a des dessins d'animaux, ainsi que le nombre écrit sur des traces de mains faites en peinture. 221. Sherlock dégage sa main, ne souhaitant pas que son ami voit la fille avec lui comme ça.
William toque, ouvre la porte, et laisse entrer les enfants. John est réveillé, mais est clairement dans les nuages, ses yeux papillonnant. Mais il sourit tout de même en voyant ses amis débarquer. Lui non plus n'aime pas l'hôpital, et la présence de Sherlock et Capucine le rassure, ainsi que celle de William. Il a déjà discuté avec lui, en parlant notamment de certains souvenirs antérieurs à l'orphelinat.
- Salut, John ! s'exclame Capucine.
Sherlock fait un petit signe de la main avec un sourire timide. L'adulte qui les accompagne se dit qu'ils ont besoin d'être seuls, alors il quitte la chambre, attendant juste à côté de la porte.
- On t'a apporté des trucs, dit la rousse en retirant son sac à dos de ses épaules. Elle ne le porte que depuis la fin du trajet, le sac étant resté dans le coffre durant le voyage.
John est heureux de retrouver Clochette. De même qu'il remercie son amie pour son prêt d'une de ses bande dessinées. Quant à Sherlock, il lui prête son walkman.
- Merci beaucoup, je suis tellement content de vous voir, répond John, sa phrase se perdant dans un bâillement.
- On pense toujours à toi ! J'espère que tu pourras revenir dès demain, j'ai trop hâte de faire des dessins sur ton plâtre !
- Moi aussi, ajoute Sherlock d'une petite voix. Je pense que je ferai…
- Oh non, ne dis pas, je veux garder la surprise, dit John.
Les enfants continuent de discuter joyeusement, le tout entrecoupé par des bâillements de plus en plus prononcés. Capucine finit par le saluer avec un coucou et un « À demain ! ». Sherlock reste un peu plus longtemps dans la pièce, voulant avoir quelques instants privés avec John. Il repense à ce que lui a dit William plus tôt dans la journée. Tout se bouscule très vite dans sa tête, ne sachant pas quoi faire. Le tout en continuant de discuter calmement de ce qu'ils feront une fois que John rentrera. Sherlock imagine déjà toute une fresque sur le bras désormais tout blanc de John. Mais les deux garçons échangent si tranquillement que le blond finit par s'endormir, le sourire aux lèvres. Clochette, la bande dessinée et le walkman glissent sur le côté du lit, seulement retenu par la barrière.
Sherlock reste une minute de plus, voyant pour la première fois John dormir. Il a les traits si apaisés. Il est content d'être entre autre responsable de ça, et même rassuré. John tient vraiment à lui. Est-ce que ça pourrait dire que… ? Il regarde derrière lui, ne voulant être vu par personne. Et non sans un léger nœud dans l'estomac, il s'approche de John et lui dépose un délicat bisou sur la joue, le plus doux possible pour ne pas le réveiller. Après quoi, Sherlock s'éloigne comme s'il venait de faire une bêtise, et rejoint William et Capucine. Lorsque le trio s'en va, une infirmière se rend dans la chambre du blond.
Sherlock espère de tout cœur qu'il ne rougit pas, ou du moins que ça ne se voit pas trop. Il réfléchit tellement qu'il ne fait pas attention à sa camarade qui reprend sans un mot sa main.
À suivre...
Merci aux personnes qui commentent :)
