Thème du jour : Champagne
Contexte : suite de Libre et Frisson
Ce n'est pas facile de voir le passé se superposer sans cesse au présent, de sentir des éclats de rancoeur et de reproches venir taillader une affection sincère et profonde, de se regarder dans les yeux et de contempler les fantômes de ce qu'ils ont été autrefois.
Ce n'est pas facile et pourtant Cersei et Tyrion essayent, ils essayent parce qu'ils ont convenu que ce qu'il s'est passé dans cette autre vie n'a pas à définir celle-ci, ils essayent parce qu'après tout, il n'y avait pas que de la haine qui brûlait entre leurs alters-ego passés, ils essayent parce qu'ils ont une deuxième chance et que pour rien au monde elle ne doit être gâchée.
(L'histoire n'est pas toujours destinée à se répéter.)
Les rêves continuent, tous les deux ressentent en permanence un vide dans leurs cœurs et ils en connaissent la raison, ils sont en quête du chevalier sans qui leur fratrie n'est pas complète, Jaime, leur soleil, celui qu'ils donneraient n'importe quoi pour retrouver.
(Sont-ils destinés à demeurer séparés à jamais dans cette nouvelle vie ?)
Pourtant, parfois, le hasard fait bien les choses.
C'est ce que Cersei et Tyrion apprennent un soir alors qu'ils dînent dans leur restaurant préféré. Il arrive qu'un silence douloureux se glisse dans leurs conversations, quand un mauvais souvenir refait surface, et il arrive qu'une pointe de ressentiment naisse en eux ou encore qu'ils se jettent un regard peu amical, mais tout ça ne dure jamais bien longtemps.
(C'est une deuxième chance, se répètent-ils sans cesse. Une nouvelle vie où la haine n'aura pas sa place.)
Tyrion est le premier à le voir et, à la manière dont ses yeux s'écarquillent, Cersei comprend immédiatement ce dont il s'agit.
Jaime est assis à quelques mètres d'eux en face d'un homme qui est visiblement son père et semble s'ennuyer fermement.
Incapables de réagir, Cersei et Tyrion se contentent de le regarder, fascinés, euphoriques et désespérément inquiets.
(Et s'il ne se souvient pas d'eux ? Est-il possible qu'aucun rêve ne soit venu le hanter ?)
Comme attiré par une force étrange et inexplicable, Jaime tourne lentement la tête. Son regard croise le leur.
Froncement de sourcils. Océan émeraude égaré.
Et, tout à coup, c'est comme si une vague le submergeait, la même vague qui a fait trembler Cersei et Tyrion de l'intérieur – la vague qui est sur le point de les réunir ?
Ignorant complètement son père et le reste du monde, Jaime se lève et ne prête nullement au serveur qu'il bouscule ni aux verres de champagne qui s'écrasent sur le sol.
Il se plante devant eux et soudainement, le trou dans leurs cœurs disparaît.
Il les regarde longuement, toujours perdu, et puis...
Sourire.
Larmes de joie.
« Cersei, » dit Jaime, les yeux brillants. « Tyrion. »
Ils se jettent dans ses bras en riant et en pleurant à la fois, ils se murmurent des paroles plus ou moins dénuées de sens et s'accrochent fermement les uns aux autres en se promettant de ne plus jamais laisser quoi que ce soit les séparer.
(On leur a donné une deuxième chance et ils se jurent de ne surtout pas la gâcher.)
