Chapitre 22

« A certain romance »

[song : Amour Plastique - Videoclub]

Un mois plus tard

L'inauguration du NEST aurait lieu le lendemain, aussi Shoichi était complètement dépassé par les événements et n'avait pas cessé d'être sujet à des maux de ventre toute la journée. Tout devait être impeccable pour le grand jour et il devait aussi finir son emménagement provisoire dans la maison de Spanner. Il était passé chez ses parents pour récupérer les affaires qu'il y avait stocké avant de partir rejoindre Byakuran en Italie.

Sa guitare faisait partie des choses qu'il avait laissé derrière lui. Peut-être inconsciemment pour éviter de se donner trop d'espoir inutile, ou d'avoir quelque chose pour lui rappeler sans arrêt tout ce qu'il avait perdu. Mais maintenant qu'il était sur la voie d'un futur bien plus encourageant, l'instrument pouvait peut-être au moins faire partie du décor ?

Il décida donc de prendre sa guitare avec lui après avoir longuement hésité, puisque ce qu'il ne prendrait pas aujourd'hui serait jeté. En effet, ses parents étaient en train de déménager dans un appartement plus petit maintenant que plus aucun de leur enfants n'habitait là. Et ils n'auraient pas la place de stocker les affaires de leurs deux progénitures désormais adultes - qui restaient toujours de vrais ados dans leur tête de parents.

Shoichi se disait que tant qu'il serait chez Spanner, il laisserait sa guitare dans la housse. Mais peut-être que dans son vrai chez lui, plus tard, il aurait envie de la mettre un peu plus en évidence.

Après avoir terminé de vider l'appartement de ses parents, s'était empressé de tout déposer chez l'anglais qui lui avait préparé la chambre d'ami avec grand soin.

« Merci Spanner, c'est vraiment généreux de ta part de me proposer cette solution.

- Ce n'est rien. Il y a de la place ici, autant que ça serve. »

Mais dans son for intérieur, le tatoué était absolument ravi de partager les lieux avec lui, même si ce n'était que pour quelques semaines – ou mois – tout au plus. Il espérait secrètement que la situation permettrait à Shoichi de se laisser aller suffisamment pour comprendre les sentiments qui animaient son cœur.

Cependant, il était assez perplexe quant à la suite des événements. Depuis quelques temps déjà, Shoichi évitait systématiquement de se retrouver seul avec lui. Cela était d'autant plus étonnant qu'il avait accepté la proposition de s'installer chez son grand-père. Mais apparemment, le rouquin n'avait pas envisagé à quel point ce serait difficile d'éviter Spanner sous son propre toit. Pourtant, cela semblait couler de source...

Aussi, quand la première soirée de colocation arriva, Shoichi prétexta de se sentir un peu faible à cause de toute la pression et décida d'aller se coucher immédiatement. Ce n'était pas foncièrement faux : il était réellement dans tous ses états à cause du discours qu'il devrait tenir le lendemain pendant l'inauguration.

Mais d'un autre côté, il prenait finalement conscience qu'il s'était lui-même piégé en décidant d'habiter sous le même toit que l'autre technicien.

La nuit fut particulièrement courte pour Shoichi dont les pensées s'étaient entremêlées jusqu'à une heure bien tardive. Le réveil fut brutal, mais il ne pouvait pas se rendormir vu la journée qui l'attendait. Il se leva péniblement et emprunta la salle de bain en espérant que la douche le secouerait un peu. Mais ce qui le tira vraiment de son état végétatif, ce fut de se projeter en train de parler devant une si grande assemblée. Il l'avait déjà fait... mais ça n'en restait pas moins horriblement stressant pour lui.

Spanner retrouva son ami plié en deux dans les escaliers, les mains sur le ventre pour essayer de faire passer la douleur qui le submergeait à cause de toute la pression qu'il ressentait pour diverses raisons. Mais alors qu'il s'approchait pour l'aider à se redresser, l'homme à lunettes recula d'une marche et lui fit signe que tout allait bien et qu'il n'avait pas besoin d'assistance.

Le blond resta donc en retrait, se contentant de fixer son ami d'un œil inquiet.


« Où est-ce que je les ai mises ? Où est-ce que je les ai mises ?! »

Râlait Shoichi en retournant toutes ses affaires. Spanner, alerté par cette agitation, entra dans la chambre qu'il prêtait à son ami pour lui demander ce qui lui arrivait.

« J'ai perdu les fiches que j'avais préparé pour le discours d'inauguration qui a lieu dans deux heures ! »

Le tatoué analysa la situation quelques instants puis répondit :

« Tu les a peut-être laissé à la base Vongola. C'est là-bas que tu avais travaillé dessus il me semble, non ? »

Shoichi se retourna vers lui, une lueur paniquée dans les yeux, puis hocha la tête.

« Oui, je vais faire un détour par là-bas avant d'aller au NEST.

- Je vais t'accompagner, ce sera plus rapide de les trouver si on est deux à chercher. »

Le rouquin remercia son ami et tous deux se mirent en route pour la base Vongola, après avoir averti de leur passage. On leur ouvrit l'accès par la porte B et ils se rendirent directement dans la salle de réunion où Shoichi avait travaillé sur son discours. Il jeta un regard d'ensemble sur la pièce mais rien n'attira son attention, hormis quelques piles de documents posées sur un des tableaux de bord mal rangés. Merci Giannini... Soupira-t-il intérieurement.

Il décida de commencer ses recherches par là et brassa les papiers nerveusement dans l'espoir de retrouver ses précieuses fiches. Spanner l'aida en s'attaquant à une autre pile de documents, d'un mouvement bien plus calme.

Mais à force d'agitation, Shoichi finit par faire tomber tout ce qui était devant lui, répandant une quantité incroyable de papiers sur le sol, ainsi que du matériel de communication. En se précipitant pour l'aider à éviter que tout ne finisse par terre, Spanner était entré violemment en contact avec l'ingénieur, tous deux terminant sur le sol de la salle de réunion.

Les yeux grands ouverts, Shoichi – qui s'était retrouvé sous le corps du tatoué – se décala brusquement en arrière à l'aide de ses mains, finissant assis avec les bras derrière lui, l'air complètement déboussolé.

« Tu ne t'es pas fait mal ? »

Demanda le blond d'un air désolé.

« N-Non... je... »

Il fixait son interlocuteur avec un regard presque terrifié. Ce dernier décida qu'il était temps de mettre un terme à tout ça. Il se releva et proposa sa main à Shoichi pour l'aider à se relever. Ce dernier, encore trop perturbé par le contact qu'il venait d'avoir avec le corps de l'autre, décida de plutôt s'appuyer contre le mur derrière lui pour se relever.

« Tu recommences encore. »

Déclara le blond en se rapprochant de lui alors que l'autre époussetait son pantalon de costume.

« Quoi ?

- Je veux comprendre. Pourquoi est-ce que tu me repousses ?

- Ce n'est pas le cas... »

Répondit le rouquin avec un air à la fois paniqué et contrarié, terminant sa course le dos contre le mur. Mais Spanner avait décidé de mettre les choses au clair une bonne fois pour toute, aussi il s'avança jusqu'à ce que Shoichi n'ait plus assez d'espace pour s'enfuir.

« Pourquoi est-ce que tu m'as demandé si je comptais rester au Japon ? Et pourquoi avoir accepté de venir vivre quelques temps chez moi alors que tu cherches à m'éviter ? Je veux la vraie raison.

- Je ne t'évite pas ! »

Le ton de Shoichi était monté d'un cran ; il était clairement sur la défensive. Mais Spanner était têtu. Pour ne pas dire incroyablement borné et incapable de laisser tomber une idée lorsqu'il en avait une en tête.

« Dis-moi pourquoi. »

Insista-t-il avec son calme habituel. Le rouquin s'emporta davantage :

« Il n'y a rien à expliquer, rien à dire de plus ! Les choses sont comme elles sont, il n'y a rien que tu puisses faire pour que je... »

- Dis le moi. »

La voix du tatoué l'avait coupé. Il n'était ni agressif, ni désagréable. Juste assez ferme pour que cela surprenne Shoichi qui n'avait pas l'habitude d'entendre son ami être aussi autoritaire.

« Parce que je me sens bien avec toi et ça me terrifie ! »

Avait hurlé le jeune homme à lunettes immédiatement après que l'autre l'ait interrompu. C'était sorti tout seul, d'un coup. Et ça n'avait aucun sens. Spanner en était même resté immobile, mis à part ses sourcils qui s'étaient relevés pour marquer une légère expression d'étonnement.

Shoichi s'empourpra davantage – si c'était possible – et s'apprêta à argumenter, mais à la place c'est un imperceptible gémissement de surprise qui s'étouffa dans sa bouche, au moment où le blond fondait sur ses lèvres pour y déposer un baiser à la fois profond et délicat.

Les yeux écarquillés, Shoichi se laissa complètement faire, s'appuyant encore plus contre le mur car il semblait que ses jambes menaçaient de l'abandonner d'un instant à l'autre. Spanner finit par relâcher ses lèvres mais il resta à une proximité suffisante pour que le rouquin puisse sentir son souffle tiède lui caresser le visage. Le jeune homme à lunettes voulut s'exprimer, mais visiblement les mots n'arrivaient pas jusqu'à sa bouche. De toute façon, ses pensées étaient si confuses qu'il aurait été incapable d'aligner plus de trois syllabes correctement.

Le tatoué glissa une main dans le bas de son dos pour le décoller du mur et l'attirer à lui afin de déposer un baiser chaste sur ses lèvres entrouvertes.

« Ça n'a aucun sens. »

Finit par dire Spanner très tranquillement, en réponse à la phrase que lui avait hurlé son ami précédemment. Les yeux de Shoichi étaient toujours grand ouverts et son cerveau ne parvenait pas à se reconnecter. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine et le corps de l'autre pressé contre le sien ne l'aidait absolument pas à réfléchir.

Mais fallait-il vraiment réfléchir ?

Le blond avait décidé que non, apparemment. Car maintenant que son ami avait admit les choses, à sa façon bien à lui ; incohérente et angoissée, il pouvait maintenant arrêter son petit jeu de tentation et faire ce qu'il avait envie de faire depuis bien trop longtemps déjà : tomber définitivement amoureux d'Irie Shoichi et faire de lui son amant.

Il l'embrassa de plus belle, laissant s'exprimer toute la tendresse et l'affection qu'il avait à son égard, jusqu'à ce que finalement le japonais se décide à lui rendre son baiser.

Au bout de plusieurs minutes d'échange langoureux, les deux hommes se fixèrent droit dans les yeux : l'un était encore totalement dans l'incompréhension, l'autre semblait particulièrement ravi par ce qui venait de se produire. Ce dernier glissa distraitement son regard vers le sol où tous les papiers s'étaient éparpillés, puis il déclara d'un ton monocorde :

« Elles sont là. »

Le regard de Shoichi suivit le sien jusqu'au sol où, effectivement, ses fiches pour le discours d'inauguration gisaient. Cela les ramena tous les deux à la réalité et le rouquin s'empressa de regarder l'heure sur son téléphone pour constater qu'il était plus que temps de se mettre en route vers le NEST s'il ne voulait pas être en retard pour l'inauguration – chose qu'il ne pouvait pas se permettre.

Sans rien ajouter, Spanner libéra son ami et lui emboîta pas jusqu'à la sortie de la base où la voiture qu'ils avaient pris pour venir les attendait. Ils montèrent dans le taxi pour se rendre immédiatement au nouveau centre qui allait officiellement ouvrir ses portes.


Dans son costume impeccable, Shoichi se racla la gorge alors qu'il prenait place devant le pupitre du hall principal. Il jeta un rapide regard en direction du blond qui se tenait en retrait derrière lui à côté des chefs de chantier. Ce dernier lui offrit un regard encourageant.

Les mots que Spanner lui avait glissé à l'oreille lorsqu'ils étaient descendus du taxi lui revenaient en tête. Des mots très simples, déclarés avec un ton absolument inexpressif, mais qui promettaient pourtant une soirée des plus intéressante... Cela fit monter des rougeurs sur les joues du nouveau commandant du NEST. Ce n'est vraiment pas le moment de penser à ça ! S'agaça Shoichi en son for intérieur.

Malgré un démarrage un peu timide et anxieux, le discours du japonais se déroula à merveille. Il avait rapidement réuni son sang froid et sa prestance pour présenter ce projet de pôle d'ingénierie, sciences et technologie affilié aux Vongola. Dans l'assemblée, on pouvait retrouver des membres de la famille Vongola, des conseillers externes, quelques familles alliées et surtout principalement les futurs employés du centre.

L'inauguration se poursuivit jusqu'à la fin de l'après-midi, après une visite assez générale des locaux et un bon nombre de poignées de main. C'était vraiment un truc d'européen ça, de se saluer en s'agrippant la paume comme ça... Mais Shoichi devait bien faire l'effort, au moins pour cette fois.

Lorsque la journée toucha à sa fin, il était particulièrement épuisé bien qu'extrêmement soulagé.

Spanner le rejoignit dans le grand hall, un toast dans la main.

« Tiens, tu n'as pas mangé de la journée. »

Dit-il en présentant l'aliment devant le visage de son ami. Ce dernier ouvrit légèrement la bouche et le blond profita du mouvement pour caresser sa lèvre inférieure avec son pouce. Les joues rosées de l'ingénieur lui donnèrent envie de l'embrasser, maintenant tout de suite. Mais il devait faire preuve de retenue, au moins jusqu'à ce qu'ils soient de retour chez lui.

Le trajet jusqu'à la maison fut particulièrement silencieux. Spanner tenta finalement de rapprocher sa main de celle du rouquin qui eut un léger mouvement de surprise avant d'accepter de nouer ses doigts à ceux du tatoué. Il n'osa cependant pas le regarder tout de suite, fixant plutôt le paysage qui défilait derrière ses lunettes. Ce n'est qu'un peu avant d'arriver chez lui que le japonais décida d'affronter les yeux de l'autre technicien, lui offrant un timide sourire.

Pourtant, dans sa poitrine, Shoichi sentait son cœur s'emballer avec une force incroyable. Il avait envie d'exploser en mille éclats de chaleur tant il sentait qu'à l'intérieur une émotion toute particulière se réveillait.


[song : Diamond Veins : French 79]

Une fois la porte d'entrée franchie, non sans une certaine impatience, les deux hommes se jaugèrent du regard pendant plusieurs minutes sans rien dire. Pourtant il y avait tellement, à dire. Mais probablement que pour ces deux-là, dans cette situation précise, il était plus évident de communiquer autrement que par la parole.

La tension était palpable dans l'entrée de la maison. Et au bout d'un moment, d'un même mouvement, les deux corps se retrouvèrent l'un contre l'autre à s'embrasser avec une ardeur sans précédent.

Mais Spanner voulait plus que ça. Il ne voulait pas brusquer Shoichi, mais il avait déjà tellement attendu... Et il sentait que son ami, désormais amant, le désirait autant que lui. Alors plus rien ne le retenait de faire ce dont il rêvait depuis déjà un moment.

Il prit le rouquin par la main pour l'attirer à l'étage jusque dans sa chambre. Il referma la porte contre laquelle il plaqua l'homme à lunettes qui sembla surpris par une telle fougue de la part de son homologue. C'était si étrange de voir le blond aussi entreprenant... Mais pas surprenant pour autant : il avait toujours remarqué que lorsque Spanner voulait quelque chose, il se donnait toujours les moyens de l'obtenir. Après tout, il avait déjà mis sa vie en danger juste pour aller au bout d'une idée...

Généralement, la détermination du tatoué concernait un projet ou une création qu'il voulait mener à terme.

Et ce soir-là, le projet, c'était Irie Shoichi.

L'anglais attira son amant jusqu'au lit où il entreprit de lui retirer le haut de son costume, s'impatientant sur les boutons de la chemise qui semblaient lui tenir tête. Le rouquin retira ses lunettes qu'il posa tant bien que mal sur la table de nuit alors que l'autre s'affairait à le déshabiller jusqu'au caleçon. A son tour, il retira les habits du blond, appréciant pour la première fois ce qu'il avait sous les yeux sans se sentir gêné d'avoir de telles pensées pour lui.

Les deux techniciens n'avaient de cesse de marquer des pauses dans leurs actions pour s'embrasser avec tendresse et désir. Leurs corps étaient brûlants et plus ils se touchaient mutuellement, plus la chaleur augmentait.

Ils restèrent un long moment en sous-vêtement avant que Spanner ne décide d'aller plus loin, après avoir vérifié que son amant se sentait suffisamment à l'aise pour passer à la prochaine étape.

Shoichi détourna le regard en s'empourprant lorsque le blond lui retira sa dernière pièce de tissu. C'était la première fois qu'il se retrouvait nu devant quelqu'un dans ces circonstances. L'autre dût le sentir puisqu'il s'appliqua à le rassurer par quelques caresses douces dans le creux de ses reins. Lorsqu'il fut à son tour en tenue d'Adam, Spanner commença à couvrir le corps de son amant de baisers brûlants qui provoquaient des vagues de frissons sur sa peau tendre.

Le rouquin s'accrocha à ses épaules lorsqu'il descendit sa bouche pour aller jouer de sa langue sur son intimité inviolée. Patiemment, il essaya de détendre le corps de l'autre avant d'insérer lentement un doigt à l'intérieur de lui. Cette intrusion fit grimacer d'inconfort le jeune homme aux cheveux roux et le tatoué attendit que les mains de son amant soient moins crispées sur le drap pour commencer doucement à bouger. Il continua son action tranquillement pendant de longues minutes avant de finalement insérer un deuxième doigt, toujours avec lenteur.

Shoichi respirait fortement, essayant de se détendre et de ne pas laisser la panique le submerger. De son côté, le blond cherchait minutieusement un point précis à l'intérieur du corps tremblant de son homologue. Il n'eut aucun doute sur la position exacte de cette fameuse zone lorsque le corps du rouquin se redressa brusquement dans le lit, à demi assis, les yeux écarquillés et le souffle court, après qu'un gémissement de surprise ait quitté ses lèvres. Un petit sourire satisfait se glissa sur le visage du tatoué qui continua de stimuler le point sensible de Shoichi pour lui arracher des plaintes de plaisir de plus en plus fortes.

Lorsque la tension fut à son comble, il retira ses phalanges avec précaution et attrapa les hanches de son partenaire pour l'installer au dessus de lui.

Pour franchir le dernier palier qui le séparait de la fusion complète de leurs deux corps, Spanner préférait laisser son amant y aller à son rythme. Et il ne regrettait pas son choix, car la vue qui s'offrait à lui était exquise : à califourchon sur son bassin, Irie Shoichi était là avec ses pommettes rougies, ses lèvres entrouvertes et son regard embué d'un désir immense qu'il n'aurait jamais cru possible de ressentir.

Tendrement, le blond passa ses doigts sur le torse fin de son partenaire qui frissonna sous la caresse. Ce dernier appréhendait, bien sûr, car il savait que ce qui l'attendait pouvait être douloureux. Mais la bienveillance et la patience qu'il lisait dans les yeux de Spanner achevèrent de le convaincre qu'il était prêt à se donner à lui.

Lentement, il se glissa sur la virilité turgescente de son amant qui ferma les paupières un instant pour savourer le moment. Mais il rouvrit bien vite les yeux car il ne voulait pas rater le spectacle qui se déroulait devant lui. Shoichi était magnifique. Même s'il n'aimait pas voir cette expression de douleur qui lui déformait les traits.

Il s'enquit alors de son sexe et entama de langoureux mouvements de va et vient pour lui donner du plaisir et l'aider à se détendre. Le visage du rouquin changea peu à peu pour une expression de contentement et bientôt les gémissements de délectation furent de retour. Désormais habitué à la présence – plus que raisonnable – de son amant à l'intérieur de lui, Shoichi commença à bouger un peu, ce qui ne manqua pas d'arracher un long soupir de ravissement au blond.

Il se déhanchait lentement sur le sexe du tatoué, appréciant de plus en plus la sensation qui s'étendait dans tout son abdomen. Quand il fut suffisamment détendu, Spanner entreprit de l'accompagner dans ses mouvements. Il se mit à bouger le bassin au même rythme que son partenaire, créant une danse sensuelle qui le faisait haleter en même temps que le rouquin gémissait sourdement.

Irie Shoichi n'aurait voulut être nulle part ailleurs qu'à cet endroit, à cet instant.

Le feu qui embrasait son bas ventre à mesure que les coups de reins s'accéléraient était d'une incomparable chaleur. Jamais il n'aurait cru qu'une telle extase était possible. Et en croisant le regard tendre de Spanner, cette sensation fut décuplée à un tel point que son corps se raidit car il était en train d'atteindre l'orgasme.

Il voulut immédiatement poser ses mains sur son sexe afin de ne pas se libérer sur le torse ou sur les doigts de son amant, mais ce dernier les lui retint au passage afin de nouer ses phalanges aux siennes, le fixant droit dans les yeux pour l'accompagner, gravant son esprit de ses iris vert-gris comme un memento à la jouissance incommensurable qui le faisait hurler de plaisir à cet instant.

Devant cette scène aussi splendide qu'excitante, Spanner ne tarda pas à se libérer à son tour à l'intérieur de l'intimité du rouquin qu'il attira ensuite contre lui afin de l'embrasser fougueusement, gémissant doucement dans sa bouche alors que sa virilité tressautait dans le corps de son amant.

Il se passa de longues minutes avant qu'ils ne décident de se mouvoir. C'était comme si leur deux enveloppes charnelles ne faisaient plus qu'un à cet instant. Et Shoichi se sentait aussi léger que l'air alors qu'il réalisait ce qui venait de se produire.

Ils reprirent tranquillement leur souffle, savourant les dernières limbes du plaisir, partageant un nouveau baiser – plus chaste cette fois-ci.

Mais la sensation désagréable et poisseuse de leurs semences respectives finit par les déloger de leur position, si bien qu'ils se rendirent rapidement sous la douche afin de se nettoyer. Aucun des deux ne disait mot : Shoichi rougissait à chaque fois qu'il croisait le regard de son amant et Spanner n'avait rien besoin d'ajouter. Il savonnait délicatement le corps du rouquin qui soupirait d'aise, laissant l'eau chaude les envelopper. Ce dernier avait posé ses mains et sa tête contre le torse du tatoué, fermant les yeux alors que la main de l'autre lui frottait doucement le dos.

Il profitèrent longuement du jet d'eau sur leurs corps, échangeant parfois un baiser mouillé, puis un sourire. Spanner était heureux.

Shoichi quant à lui était dans un autre monde.

Une fois la douche terminée, les deux hommes se séchèrent dans une serviette avant de regagner la chambre et de s'étendre sur le lit, se regardant intensément dans les yeux. L'un comme l'autre sentaient un désir s'emparer de leur esprit respectif. Mais la fatigue était en train de les rattraper.

Rien ne pressait, ils auraient maintenant tout le temps d'exploiter cette nouvelle sexualité.

Le tatoué attira son amant à moitié sur son torse et le laissa se caler tranquillement contre lui. Il était bien, là. Il était vraiment bien. Il remarqua que les paupières du rouquin commençaient à s'alourdir, tout comme les siennes, aussi il tendit le bras pour éteindre la lampe de chevet.

Pour la première fois de sa vie, Spanner ne s'endormit pas bien droit dans son lit avec son bonnet de nuit.

A la place, il serrait contre lui son amant qui s'était lové dans ses bras avec un soupir de contentement. Voilà une nouvelle habitude qu'il serait ravi d'adopter. Car c'était la promesse d'un avenir encore bien plus sucré que toutes les sucettes qu'il avait pu déguster durant son existence.

La promesse d'un amour sincère, aussi doux que passionné.