Et comme l'avait si bien prédit Noctis : Prompto adora le relais Chocobo dès que la Regalia descendit la butte pour y accéder à toute vitesse. Les étoiles dans les yeux du blondinet étaient comparables à celles présentes dans les pupilles des enfants en découvrant leurs cadeaux de Noël au petit matin, dès le réveil, et le Prince ne put s'empêcher de trouver ce scintillement éclatant et absolument adorable. Prompto avait tout de l'âme d'un enfant pur et innocent, et il arrivait parfois au brun de se dire que ce pauvre petit gars ne ferait pas long feu une fois lancé dans la vie active, car des gentils petits comme lui se faisaient bien souvent manger par les plus gros démons de la société, qui prenaient un malin plaisir à dévorer les âmes les plus sensibles. Mais Noctis se fit la curieuse réflexion que quoi qu'il puisse se passer, il serait toujours présent pour épauler son ami, car il n'existait de part le monde personne plus sincère que lui, et il voulait presque garder jalousement Prompto rien que pour lui, dans le but de le protéger du monde extérieur.
Noctis n'avait même pas eu le temps de stopper le moteur de la Regalia que Prompto enfila ses chaussures à la hâte, tout en prenant soin de ne pas perturber le bébé Chocobo blessé dans ses bras, et bondit presque par-dessus sa portière pour s'extirper du véhicule. Ses lèvres étaient étirées en un sourire plus que satisfait. Ses yeux toujours aussi pétillants, comme s'il n'allait pas tarder à craquer et pleurer de joie, parcouraient l'ensemble du Relais Chocobo qu'il voyait pour la toute première fois de sa vie avec une grande émotion.
— C'est merveilleux ici ! s'exclama-t-il, tout euphorique, avant qu'un cri de Chocobo au loin ne retentisse. C'est le paradis sur terre, tout simplement !
Prompto vacilla légèrement à cause de l'émotion et failli en perdre l'équilibre, mais heureusement pour lui, Noctis arriva à temps pour le camper à nouveau sur ses jambes.
— Eh bah ça alors, commenta le brun avec un sourire en coin qui voulait clairement dire qu'il se moquait ouvertement de son ami, si j'avais su qu'un simple ranch te refilerait autant d'émotion je t'aurais de suite emmené ici.
Le regard du Prince du Lucis se baissa alors sur le Chocobo qui sortait petit à petit de son état de comation comme si l'odeur et les cris de ses semblables l'avaient tiré de son lourd sommeil réparateur.
— Mais pour l'heure, on n'a pas vraiment le temps de visiter, on devrait peut-être commencer par confier le petit à Wiz.
— Wiz ? répéta le blondinet, sortant enfin de rêverie, adressant un regard étonné à son ami sur sa droite. C'est qui ?
— Le gérant. Viens, je le vois qui est là-bas, on n'aura pas eu à le chercher bien longtemps.
Noctis prit l'espace d'un instant le rôle de chef de fil, suivit de près par son ami, qui ne pouvait s'empêcher de continuer à regarder partout autour de lui, se faisant violence pour se souvenir du pourquoi ils étaient présents en ces lieux et ne pas courir directement voir l'étable à Chocobos, dont les cris se faisaient de plus en plus entendre au fur et à mesure qu'ils approchaient de Wiz. Ce dernier se trouvait assis sur une chaise en plastique à l'ombre d'un parasol orangé, qui rappelait très fortement les plumes d'un Chocobo. Une bouteille de bière à la main, le vieil homme – Prompto pensa qu'il devait avoir dans la cinquantaine d'années – avait tout le physique d'un éleveur ou bien d'un fermier, avec sa casquette rouge vissée sur la tête et sa salopette bleue sur un t-shirt à rayure, sans parler de ses bottes imperméables recouvertes de boues.
Le gérant du Relais Chocobo se tourna soudainement en direction des deux amis qui approchaient à grands pas, comme s'il les avait entendu arriver.
— Tiens donc, lança Wiz dont les yeux noirs parcourent précisément dans l'ordre Noctis, Prompto, puis la petite bête dans ses bras. Que me vaut l'honneur du Prince du Lucis ici ? Vous m'avez amené votre Chocobo, votre Altesse ?
— Eh bien, ce n'est pas réellement mon Chocobo, répondit Noctis tout en passant une main gênée dans ses cheveux, qui brillaient étrangement à la lumière produite par le soleil. On l'a surtout trouvé par hasard, près d'un point de pêche.
— Des Chocobos sauvages, ça arrive, expliqua Wiz sur un ton presque professoral mais doux. Vous n'étiez pas obligés de me le ramener.
— Mais, Monsieur, il est blessé ! intervint tout à coup Prompto en effectuant un pas en avant, les larmes aux yeux, comme prêt à pleurer.
— Il fallait me le dire plus tôt ! s'inquiéta le propriétaire en se redressant subitement, faisant tomber sa chaise dans son mouvement hâtif. Faites-moi donc voir ça…
Lançant un regard hésitant en direction de Noctis qui hocha simplement la tête pour lui donner son accord, le blondinet tendit le bébé Chocobo à Wiz, avec une pointe de tristesse cependant, car il avait fini par s'y attacher, à cette petite bestiole. Son cœur se serra dans sa poitrine lorsque le petit se mit à couiner de mécontentement, pas très heureux qu'on l'arrache des bras réconfortants du jeune photographe qu'il prenait indéniablement pour sa mère. A cette scène déchirante, Prompto ramena instinctivement ses deux mains jointes au niveau de son cœur, luttant de tout son être pour ne pas pleurer, tandis que Wiz commençait à s'éloigner en direction de la bicoque non-loin qui devait très certainement lui servir comme cabinet de vétérinaire.
— Je vous promets d'y faire très attention, leur lança le vieil homme en se détournant des deux garçons. Je reviens vers vous dès que possible, prenez vos aises en attendant.
Prompto ne quitta pas une seule seconde le Chocobo du regard, qui piaillait et s'agitait dans les bras puissants de Wiz qui le retenait fermement, car la petite bête voulait juste s'échapper pour retrouver le blondinet, qui se mordait par ailleurs fortement la lèvre inférieure pour ne pas craquer. Tout allait bien se passer pour lui, n'est-ce pas ? Ce n'était qu'une simple blessure à la patte, sa vie n'était pas en danger, il ne risquait rien de grave.
— Hey…, intervint tout à coup Noctis en lui posant une main chaleureuse sur l'épaule dans le but de le réconforter. Ca va aller, t'en fais pas.
— Je sais mais…, protesta son ami qui sentait une boule de tristesse se former dans sa gorge, et il eut peur de ne jamais parvenir à terminer sa phrase. … je peux pas m'empêcher de m'inquiéter pour lui.
Le brun eut un léger rire, tandis qu'il ramassa la chaise qu'avait fait tomber Wiz un peu plus tôt, et il invita Prompto à y prendre place. Ce dernier accepta et le gratifia d'un léger sourire crispé pour le remercier, tandis que le Prince s'assit en face de lui.
— C'est normal que tu t'inquiètes comme ça. T'es sa mère.
Prompto comprit immédiatement que Noctis essayait de faire de l'humour pour lui remonter le moral, et cela semblait plutôt bien marcher puisqu'il laissa s'échapper un petit rire gêné. Cependant, son petit sourire s'effaça bien vite, et celui du brun également, lorsqu'il comprit que quelque chose n'allait pas.
— Il va bien falloir qu'il apprenne à se passer de moi, expliqua de lui-même le blondinet sans que son ami n'ait besoin de lui réclamer davantage. Je peux pas le garder.
— Et pourquoi pas ? questionna Noctis en hochant la tête lorsqu'une serveuse vint à leur rencontre pour leur proposer des boissons ainsi qu'une petite assiettes de Chips Gyshal.
— Mes parents voudront jamais ! s'emporta le blondinet en se passant deux mains dans les cheveux. Ils ont déjà râlé l'autre fois quand j'ai ramené ce pauvre chien blessé à la maison, alors qu'il est même pas resté deux jours, et que je m'en suis occupé tout seul !
Prompto soupira de tristesse, avant d'accepter avec un petit sourire le verre d'un liquide étrangement vert mais frais que lui servait la serveuse. Puis, une fois celle-ci partie, laissant sur la table les deux boissons ainsi que les Chips, le jeune homme poussa un soupir à nouveau, tout en attrapant ses cheveux à deux mains, posant ses coudes sur sa table, ses yeux se perdant sur la surface émeraude de sa jolie boisson.
— Ils disent que la maison est trop petite, termina-t-il avant de porter la paille de son verre à ses lèvres pour ainsi en goûter le contenu.
Il n'avait pas remarqué à quel point il avait soif, en plus d'avoir une faim de loup ! Il fallait dire que Prompto n'avait rien avalé depuis son départ d'Insomnia.
— Mmmh, réfléchit Noctis en s'écrasant dans sa chaise, prenant son menton entre son pouce et l'index tout en mâchouillant le moins dignement du monde les Chips vertes mises à disposition. Je suis certain qu'il y a un moyen de régler ce problème…
Le brun balança son regard à divers endroits de l'espace qui l'entourait, se posant tout d'abord sur les enclos à Chocobos à proximité, puis sur les tas de gros sacs contenant la nourriture pour les volatiles, sur sa Regalia derrière Prompto, et enfin le regard bleu ciel suppliant de ce dernier. Un sourire en coin apparu sur ses lèvres, tandis qu'il lâcha, fier de lui :
— Moi, je pourrai le garder.
— Toi ? répéta le blondinet en arquant un sourcil, se moquant apparemment de cette décision. C'est moi sa mère, pas toi. Je doute qu'il soit d'accord.
— Je reste quand même son père, surenchérit le brun, visiblement vexé. J'ai le droit de le garder si je veux, avec ou sans ton accord.
— Depuis quand on est un couple ?
— Depuis que le Chocobo en a décidé ainsi, déclara, fier de lui, le Prince en croisant ses bras sur son torse, tout en relevant doucement le menton pour signe de supériorité.
Prompto et Noctis se dévisagèrent pendant quelques secondes, plus sérieux que jamais. Allaient-ils réellement laisser un animal, un petit bébé trouvé par hasard en plus de cela, dicter leur vie sentimentale ? Réalisant l'absurdité de la chose, les deux amis se mirent à rire de bon cœur, des larmes de joie se formant aux coins de leurs yeux respectifs, presque prêts à mourir de rire.
— Écoute Prompto, annonça le Prince, essayant de rester le plus neutre possible, mais sa bouche se tordait de rire toute seule en pensant à la suite de sa réplique, t'es très mignon, je suis sérieux, mais on se connaît à peine. Envisager un ménage maintenant, avec un enfant en plus de cela, ce serait folie.
Noctis s'était adressé à lui comme un comédien sur scène, de manière très théâtre mais très bien jouée ; il ferait un excellent acteur. Sur le coup, Prompto ne savait pas s'il devait se vexer sur la partie « t'es très mignon, je suis sérieux », parce qu'il n'arrivait pas très bien à savoir s'il était sincère ou non. Dans le doute, le jeune homme préféra en rire, se tordant le ventre à s'en faire mal. Mais ce n'était pas désagréable comme sensation, bien moins que les courbatures après une séance de sport en tout cas !
— Oh, mon Prince ! répliqua le jeune photographe après quelques secondes d'hésitation avant d'enfin se lancer. Ces paroles me bouleversent, moi qui croyais que nous filions le parfait amour !
Pris dans l'élan complètement théâtral et ridicule de cette petite comédie tragique improvisée, Prompto porta une main à son cœur en signe de faiblesse, tout en posant son avant-bras de dépit sur son front.
— Mon cœur est brisé à jamais ! Comment pourrais-je survivre après ça ? Ma vie n'a plus aucun sens !
A la fin de sa tirade à la fois tragique et comique, le blondinet mima un pistolet avec ses doigts qu'il pointa sur sa tempe, imita un semblant de détonation avec sa bouche, puis laissa sa tête tomber vers l'avant, se cognant violemment le haut du crâne au passage avec un « aïe » parfaitement ridicule.
En face de lui, Noctis riait aux éclats, visiblement amusé par toute cette petite scénette, se tenant le ventre pour éviter de basculer en avant comme Prompto venait de faire. Une fois la crise de rire passée, le jeune homme essuya ses yeux des deux paumes de sa main, tout en déclarant :
— Prompto, t'es incroyable, mec ! Sérieusement, t'as déjà essayé le théâtre ?
— Non, jamais, répondit celui-ci en se redressant à la hâte, comme s'il ne s'était jamais rien passé, ce qui fit rire le brun à nouveau. Pourquoi, je suis aussi bon que ça ?
— T'es surtout trop drôle.
En réalité, Prompto n'avait qu'à moitié plaisanté sa tirade. Enfin, il le croyait, mais préférait ne pas s'en persuader. Les mots lui étaient certes venus seuls, mais quelque chose en lui s'était véritablement brisé lorsque Noctis lui avait confirmé que « envisager un ménage, avec un enfant, ce serait folie ». Il ne comprenait juste pas pourquoi, ni même ce que cela signifiait. Ou plutôt, il avait trop peur de comprendre, et il avait masqué ses doutes et ses peines derrière un puissant masque comique.
— Oh la vache ! s'exclama tout à coup Noctis, ce qui fit sortir le jeune homme de sa rêverie.
Les yeux écarquillés par la surprise, Prompto découvrit, avec un mélange d'ahurissement et d'attendrissement qu'un Chocobo jaune s'était indéniablement invité à leur table. Ce dernier tentait de picoter dans leur assiette de Chips Gyshal, malgré les protestations du Prince, qui tâchait par tous les moyens de le faire partir.
— Mais va-t'en ! protesta de nouveau le brun en essayant de le pousser avec ses deux mains.
Malgré une plainte aiguë et contrariée, l'animal ne cilla pas d'une patte, et tenta même de mordre les doigts du Prince. Ce dernier les retira par ailleurs vivement, en souhaitant pas se retrouver avec des doigts en moins.
Prompto, de son côté, se contentait pour l'instant de rire de la scène insolite, indifférent au regard de glace désapprobateur de Noctis en face de lui, qui tentait toujours vainement de déplacer la tête du Chocobo ailleurs à l'aide de ses deux paumes.
— Je peux savoir ce qu'il y a de marrant ? demanda-t-il, visiblement vexé par les moqueries de son ami.
— C'est juste que t'y prends mal, expliqua Prompto en cessant de rire, un sourire amusé plaqué sur les lèvres cependant. Essaie plutôt la manière douce pour le faire partir.
— La manière douce ? fit le brun en fronçant les sourcils, mais regardant intensément le blondinet dans l'espoir d'en apprendre plus sur cette méthode qu'il n'avait visiblement pas envisagé.
— Oui. Essaie de lui caresser doucement les plumes entre son cou et la tête, les Chocobos adorent ça, tout en lui donnant ce qu'il veut. Puis, tu lui demandes de partir.
— Faut être naïf pour croire que ça va marcher, répliqua le Prince du Lucis avec une moue boudeuse, tandis qu'il se baissa à la dernière minute pour éviter que le volatile ne lui pince une mèche de cheveux.
— Faut être profondément défaitiste pour ne même pas tenter, répondit le photographe en herbe du tac au tac.
Noctis lui renvoya à cet instant précis un regard de braise, qui devait très certainement signifier : « arrête de te foutre de ma gueule, mais j'aime bien ton audace ». Cependant, devant l'intensité plus que sérieuse qu'il pouvait lire dans les yeux bleus azurés de son nouvel ami, le Prince finit par soupirer de résignation, mais peut-être aussi légèrement de honte, tandis que des petites tâches de rougeurs étaient apparues sur ses pommettes, juste en dessous de ses yeux. Là, il tendit alors une main peu confiante en direction de l'animal qui picorait encore dans leur assiette de chips, incertain, car le volatile pourrait prendre son geste pour une tentative d'agression et essayer une fois encore de lui dévorer la main tout entière. Un futur roi sans sa main directrice, quel pitoyable monarque il ferait !
Heureusement pour le brun, l'animal semblait bien trop concentré sur sa nourriture, et il ne vit pas la paume de Noctis se rapprocher tout doucement de ses plumes, au niveau de son col. Là, il passa ses doigts sur le plumage doré de l'animal, et ne put s'empêcher de trouver la matière incroyablement douce, qui lui donnait presque envie de ne jamais retirer sa main. Doucement, le Prince du Lucis laissa ses doigts se balader entre les plumes, et le Chocobo finit par lâcher une petite plainte de contentement, avant de venir frotter adorablement sa tête contre la joue de Noctis, qui ne put s'empêcher de rougir face à ce contact inattendu. Comment avait-il pu passer d'agressif à attachant ? Mais surtout, comment Prompto savait-il que le cou constituait le point faible de l'animal ?!
En parlant du blondinet, ce dernier regardait la scène avec une mine attendrie, ses lèvres tirées en une moue admiratrice et rêveuse, presque amoureuse, et des étoiles plein les yeux. S'il avait été possible de pleurer de bonheur juste pour ça, Prompto l'aurait sans aucun doute fait s'il avait été seul.
— Et maintenant, je fais quoi ?! le supplia presque Noctis, qui était forcé d'accepter les élans de tendresse soudain du Chocobo.
— Bah, euh, j'en sais trop rien, moi ! se défendit Prompto qui se sentit presque agressé par le ton employé par son ami, même s'il savait que ce n'était pas lui qui attirait son animosité, mais plutôt le gros volatile trop collant à ses côtés qui l'avait pris pour cible. Parle-lui gentiment.
— C'est-à-dire ? questionna le brun en renfermant malgré lui le cou du Chocobo dans ses bras pour limiter un maximum possible son champ d'action et ainsi l'immobiliser un temps.
— Bon, déjà pour la gestuelle tu t'y prends bien.
— Mais bon sang, aide-moi !
— OK, OK ! Commence par te calmer, sinon le Chocobo va finir par s'énerver à son tour, ils sentent ces choses-là. Ensuite, complimente-le comme si tu parlais à un chat ou chien, ou n'importe quel autre animal domestique.
Noctis aurait voulu lui répondre que parler à une poule géante comme il parlerait à un chat était clairement l'idée la plus stupide qu'il n'avait jamais entendue, mais son désir le plus cher était de se débarrasser du gros volatile le plus vite possible, aussi se résigna-t-il à mettre en vigueur les conseils de Prompto.
Tout en lui caressant affectueusement le haut de la tête, le Chocobo lâcha un cri qui voulait clairement dire qu'il était content. Le brun lui adressa ces quelques mots :
— Tu es beau toi, hein.
L'animal doré couina à nouveau et se frotta davantage contre la joue de Noctis, qui se retrouva bien attendrit malgré lui.
— Mais oui tu es beau ! affirma-t-il à nouveau tandis que le Chocobo piaillait toujours plus fort.
— Oooooh, c'est trop mimi, lâcha rêveusement Prompto sur la droite du Prince, qui lui renvoya un regard noir.
— Au lieu de te foutre de ma gueule, tu ne voudrais pas continuer à m'aider par hasard ?
— Oh, euh, oui oui !
Le blondinet avait profité de l'inattention du brun pour le prendre en photo dans les bras du Chocobo à son insu, et il avait à peine eu le temps de cacher son appareil que Noctis avait tourné la tête dans sa direction. S'il l'avait surpris quelques secondes plus tôt avec son objectif, il aurait été cuit, et le brun lui en aurait voulu pendant des jours, voire le restant de sa vie, et l'aurait harcelé pour qu'il efface le cliché sous ses yeux !
— Maintenant, essaie de lui donner une Chips Gyshal ! C'est sans doute le Légume Gyshal de la chips qui l'a amené jusqu'à nous, parce que les Chococos en raffolent, je vois pas d'autre solution…
Un sourire déformé prit subitement place sur son visage presque creusé par trop de maigreur, et Noctis ne put s'empêcher de lever un sourcil dédaigneux, lui demandant ainsi plus d'explication, tout en poursuivant ses caresses sur le haut de la tête de l'animal et attrapant une chips de sa main valide.
— Vu ta tête, je pense que si, t'en as une autre.
— Si ce Chocobo est une femelle, peut-être qu'elle s'est amourachée de toi…
Le brun manqua de s'étrangler avec sa propre salive. Déjà qu'un bébé Chocobo l'avait élu pour père, pourquoi avait-il fallu qu'une femelle tombe amoureuse de lui ?! N'avait-il donc si peu de chance à ce point ?
— Ah, je vois que vous vous êtes fait un ami, commenta Wiz en revenant, tout sourire, en direction des deux jeunes hommes attablés sous le parasol.
La première chose que remarqua Prompto lorsque le propriétaire du Relais s'approcha fut le petit bébé Chocobo dans ses bras. Ce dernier, à moitié assommé, sembla reprendre tout à coup un semblant de vitalité lorsqu'il vit le blondinet et commença à battre frénétiquement des ailes. Wiz tendit alors le petit bout au jeune photographe, qui le prit dans ses bras avec la plus grande des tendresses, tout en adressant un sourire éclatant et reconnaissant, avant de bercer doucement son petit bébé comme s'il s'était agi du sien.
— Pas de doute, ce petit vous considère comme sa mère ! commenta le vieil homme en posant ses mains sur ses hanches. Il m'a véritablement donné du fil à retordre pour une simple patte cassée ! Il braillait sans cesse et refusait que je le soigne au début. Je pense qu'il devait vous réclamer.
— Tu vois, commenta Noctis en jouant des coudes pour se débarrasser du Chocobo collant qui refusait indéniablement de le laisser partir. Je t'avais bien dit qu'il te prenait pour sa mère.
— Et on dirait bien que la petite Sora s'est complètement éprise de vous, mon Prince, plaisanta Wiz en rigolant grassement tout en désignant le Chocobo doré qui le suivait à la trace. Il faut dire qu'elle a du goût.
Prompto se mit à rire à son tour, prenant presque un malin plaisir à se moquer de la tête de trois mètres de long que tirait son ami, qui avait caché son visage rouge de honte dans le plumage du Chocobo doré. Heureusement pour lui, le gérant du Relais lui vint rapidement en aide et l'aida à se débarrasser du volatile amoureux. L'attrapant par la sangle, Wiz dirigea Sora jusqu'à son enclot, malgré les protestations de celle-ci, qui aurait préféré rester aux côtés de Noctis.
— Ben dis donc ! commenta le blondinet en donnant des coups de coude dans le torse du brun que l'avait rejoint. C'est que tu as la côte !
— On pourrait éviter de reparler de ça, s'il te plaît ? insista Noctis en se passant une main gênée dans la nuque.
Puis, son regard coula en direction du petit animal endormi dans les bras de Prompto, et il laissa échapper un soupir attendrit.
— Il faut vraiment qu'on s'occupe de son cas, fit remarquer le Prince en désignant l'animal du menton. Comme je t'ai dit, je peux le garder avec moi, soit dans l'appartement, soit à la Citadelle. Mais c'est toi qu'il semble vraiment vouloir le plus…
Prompto se mordit la lèvre inférieure, indécis, et les yeux scintillants, comme s'il n'allait pas tarder à fondre en larmes. Finalement, le jeune homme soupira longuement, et il parvint enfin à articuler :
— Mes parents ne le voudront jamais, ça, je peux te le garantir. Je préférerai que tu le gardes avec toi, si ça ne te dérange pas ? Mais je pourrai toujours passer lui rendre visite, hein ?
— Mais bien entendu ! Je t'accueillerai chez moi les bras ouverts. Le seul problème, ce sera que je saurai pas m'occuper du petit sans toi, et il va râler quand tu seras pas là…
— Tu voudrais pas m'adopter aussi par la même occasion ? plaisanta Prompto en rigolant de sa propre bêtise. Comme ça il y aura pas de problème, et le petit pourra grandir avec ses deux parents.
— Si je garde le Chocobo dans l'appartement, ça me fera déjà un gosse à m'occuper, alors deux, je vais craquer là, répliqua immédiatement Noctis sans même avoir eu besoin de penser sa phrase au préalable.
— Hé ! C'est pas très gentil, ça ! Je peux très bien m'occuper de moi tout seul !
Il y eut un léger moment de silence où le visage de Prompto s'assombrit subitement, tandis qu'il serra un peu plus son enfant Chocobo contre son torse, et que ses yeux dérivèrent au loin, comme s'il ne souhaitait pas que son ami ne remarque son changement d'humeur soudain. Et le Prince prit peur, car il était persuadé d'avoir dit une connerie.
— Je le fais très bien depuis longtemps…, marmonna le blondinet dans sa barbe.
Noctis ouvrit la bouche pour plus d'explications, mais son portable se mit soudainement à vibrer, et son teint devint immédiatement livide en lisant le nom inscrit sur l'écran de son téléphone.
— Oh, oh, commenta le brun en affichant un sourire crispé. Gladio. Il va pas être content…
Prompto quitta enfin son expression monotone, ce qui rassura un temps le Prince, mais son désarroi à lui commençait à peine. Il eut tout juste le temps de glisser son doigt sur le petit logo vert pour décrocher à son entraîneur, que celui-ci hurlait déjà à travers le combiné, et Noctis dû le tenir à une distance raisonnable de son oreille pour ne pas finir sourd !
— Enfin, tu me réponds ! hurla Gladiolus au téléphone, et Noctis l'imaginait bien, là, planté au beau milieu de la salle d'entraînement de la Citadelle, une main sur la hanche et l'autre serrant son portable qu'il devait porter au niveau de sa bouche, accentuant par ailleurs sa voix déjà fortement grave. Ça fait une heure que je te cherche, je peux savoir où tu es ?! L'entraînement aurait dû commencer y a une heure déjà ! Me dit pas que t'as encore oublié et que tu t'es endormi, sinon, je passerai dorénavant chez toi pour venir te chercher par la peau du cul s'il le faut pour te traîner jusqu'à la Citadelle ! »
Une fois la crise du plus âgé terminé, le brun ramena doucement son téléphone à son oreille, devant le regard surpris que lui lançait Prompto.
— C'est bon, t'es calmé ? vérifia Noctis sur un ton neutre, presque blasé. Je vais pas tarder, d'ici une heure je devrai être là, enfin, si l'humeur de la circulation d'Insomnia est clémente.
— Je peux savoir où tu es et ce que tu fous ?! reprit Gladiolus de plus belle, ayant un petit peu baissé le ton de sa voix.
Noctis lança un regard désespéré à Prompto qui ne trouva d'autre solution que de hausser les épaules. Le Prince roula alors les yeux au ciel, tout en soupirant de lassitude, et en termina enfin :
— Ça te regarde pas. Je suis assez grand pour me débrouiller tout seul. J'ai juste…
Son regard coula un instant sur le poussin Chocobo endormi.
— … fait une bonne action. En fait, compte plutôt une heure et demie avant mon arrivée.
Noctis entendit Gladiolus en rajouter, râler comme il en avait l'habitude, mais il lui raccrocha au nez bien avant, et il savait d'ores et déjà que son entraîneur allait le lui faire amèrement regretter.
Finalement, après des au revoir et des remerciements au vieux Wiz, les deux garçons entreprirent de monter à nouveau dans la Regalia, qui allait les mener tous trois en direction d'Insomnia à vitesse grand V. Les deux amis passeraient tous d'abord chez Prompto pour le déposer (le blondinet avait finalement accepté après de longues minutes de négociations avec le Prince du Lucis), puis Noctis irait faire un rapide saut à son appartement pour y déposer le Chocobo, en espérant y croiser Ignis pour lui demander de s'en occuper en son absence, et enfin, et il irait rejoindre Gladiolus dans la salle d'entraînement de la Citadelle, qui devait très certainement monter une série d'exercices tous plus tordus les uns que les autres pour lui faire amèrement regretter son retard.
