Petite précision : aujourd'hui inclus, il reste quatre jours (jusqu'au 25) soit quatre ans. Il peut s'en passer des choses, en quatre ans... *air angélique de l'auteure* Mais ils ont retrouvé (et vous avec) toute leur alacrité, célébrons les jours heureux... le temps que ça durera ! ^^
Bonne lecture !
Sherlock - 22 ans - Septembre 2002
– Watson ? Le général vous demande.
John, interrompu dans ses révisions, releva la tête en retenant le « hein ? » d'incompréhension qui aurait vraiment fait mauvais genre auprès de son supérieur.
– Je viens, affirma-t-il en se levant aussitôt.
Il ne pouvait cependant pas se départir de son inquiétude. Il attaquait sa dernière année théorique, sur ce campement. Dès la fin de l'année, s'il validait ses matières, il serait considéré comme interne. Dans le public, il aurait commencé les gardes interminables à l'hôpital en vue d'une spécialisation plus ou moins longue. Dans l'armée, il partirait sur le terrain, dans un quelconque pays en guerre dans laquelle la couronne d'Angleterre déciderait de le déployer.
À sa connaissance, il n'avait commis aucune erreur. Ses notes théoriques étaient excellentes, les médecins chevronnés qui assuraient leur formation ne tarissaient pas d'éloges à son propos, il s'entendait bien avec ses camarades de chambrée, il obéissait aux ordres sans sourciller, et même s'il avait eu un peu de mal au départ à suivre les consignes de tous les entraînements physiques, il pouvait enchaîner désormais les parcours, les pompes et les séries d'abdos sans aucun problème. Il était toujours petit et râblé, mais le peu de graisse qu'il avait eu dans sa vie avait été remplacé efficacement par du muscle.
Il suivait son lieutenant à travers les couloirs et les baraquements du campement en réfléchissant à plein régime. Il était peut-être arrivé quelque chose à sa mère ? Sa sœur ? Elles lui donnaient des nouvelles assez éparses, malgré tous leurs efforts. La famille Watson payait le prix de plusieurs années amochée.
– Monsieur ? Le première classe John Watson, monsieur, annonça le lieutenant en entrant dans la pièce.
Conformément à la hiérarchie militaire, John attendait d'être annoncé pour entrer à son tour. Par réflexe, en entrant dans la pièce à son tour, il salua militairement le général. Ce fut seulement quand celui-ci annonça « rompez », lui permettant de prendre une posture légèrement moins figée (mais toujours droite et respectueuse) que John fit attention à l'autre personne dans la pièce.
Seul tout son self-control militaire l'empêcha d'ouvrir la bouche en grand de surprise. Il était bien la dernière personne qu'il pensait voir ici, sur sa base d'entraînement, au fin fond du pays. L'idée qu'il soit arrivé quelque chose de grave lui glaça le sang, mais il savait qu'il n'avait pas le droit de parler tant qu'on ne lui en donnait pas l'autorisation.
– Vous avez un visiteur très spécial, première classe Watson, annonça le général en se levant.
De la main, il indiqua l'homme en costume trois-pièces, qui ne semblait pas du tout à sa place ici, tout en réussissant l'exploit de donner une impression de domination imperceptible.
– Monsieur Mycroft Holmes nous fait l'honneur d'une visite, et a demandé à vous rencontrer.
Dans le ton du général, il y avait clairement de la surprise et de la curiosité. Il savait sans doute à peine qui était John, au vu de son grade de bas de l'échelle, et de tous les hommes qu'il commandait. En revanche, il semblait parfaitement savoir qui était Mycroft Holmes et se demandait pourquoi il voulait voir John.
– Monsieur Holmes, salua maladroitement John en refaisant un salut militaire.
Il n'avait jamais appelé Mycroft autrement que Mycroft, et le geste lui parut bizarre, mais tout autant que s'il avait dû lui serrer la main.
– Sortez, répliqua Mycroft Holmes d'une voix tranchante, sans répondre vraiment à son salut.
Il y eut un instant de flottement. Le général, debout derrière son bureau. John, debout et toujours saluant devant. Près de la porte, en retrait, son lieutenant qui l'avait amené ici. Personne ne savait comment réagir.
– Sortez tous, répéta Mycroft, je dois m'entretenir seul avec le soldat Watson.
– Mais je... commença le général, profondément vexé de se faire sortir de son propre bureau.
– Sécurité nationale. Sortez.
Il était clair que la troisième répétition était le maximum que ferait Mycroft, et il y avait intérêt à lui obéir sur-le-champ. Sans un mot de plus, le général et le lieutenant sortirent, sous le regard abasourdi de John, et clairement satisfait de Mycroft. John n'avait pas bougé. Il laissa retomber sa main quand il entendit la porte claquer derrière lui, et qu'il fut alors seul avec l'aîné Holmes.
– Mycroft, que se passe-t-...
Il n'acheva pas sa phrase. Arrivant par derrière, un corps chaud venait de bondir sur lui, et l'enlacer de toutes ses forces. L'instinct de John était excellent, et tout inconnu aurait volé à terre, dans un réflexe de défense. Cette fois, il n'en fit rien, parce qu'il aurait reconnu ce corps entre mille les yeux fermés, son odeur, sa forme, la douceur de ses mains, sa grande taille bien supérieure à la sienne. Il le rêvait chaque nuit.
– Surprise, murmura la voix de Sherlock à son oreille.
Il le tenait si serré que John eut du mal à se retourner pour lui faire face. Le sourire victorieux de Sherlock était la plus belle chose qui lui avait été donné de voir. Parce que sous la façade de l'arrogance d'avoir réussi son coup, il y avait la fragilité et la douceur de son Sherlock, son Génie, qui était simplement heureux de le voir.
Il crevait d'envie de l'embrasser, mais la présence de Mycroft le gênait.
– Qu'est-ce que tu fais là ? souffla-t-il.
Sherlock haussa les épaules.
– Mycroft a dit que si j'étais clean pendant plus de six mois, il essayerait de trouver une faveur pour venir te voir. Je lui ai dit que je voulais venir pour ton anniversaire. Pour tes vingt-cinq ans.
– Ce n'est pas mon anniversaire...
Sherlock balaya l'argument de la main. Il savait qu'il avait deux semaines d'avance. Mais c'était le geste qui comptait, et Sherlock aimait les comptes ronds, alors la symbolique des vingt-cinq ans lui avait paru importante.
– Désolé, nous n'avions pas trop le choix à ce niveau-là, annonça Mycroft. C'était maintenant ou rien. Vous avez quelques heures libres ensemble. Nous repartons demain matin à dix heures. Tu connais les consignes, Sherlock.
Ce dernier hocha la tête. Il serait obéissant et repartirait quand on lui en donnerait l'ordre. C'était le prix à payer pour profiter de son John. Il était dix-neuf heures trente. C'était court, considérant qu'ils devraient dormir sur le temps alloué, mais c'était déjà merveilleux.
– Nous avons une chambre dans le bâtiment principal, indiqua Mycroft sur le ton de la conversation. Bien que, théoriquement, nous sommes libres de nous déplacer comme nous voulons, je ne saurais que vous conseiller la prudence. Bonne soirée.
Il sortit de la pièce sans un mot de plus, laissant les deux garçons enlacés seuls.
John n'attendait que cela pour embrasser furieusement son amant, l'enlaçant encore plus fort qu'auparavant si c'était possible. De toute évidence, Sherlock était aussi affamé que lui, ouvrant la bouche, mordant légèrement, se battant de sa langue pour la domination du baiser, qui les laissa le corps brûlant de désir, haletant, les pupilles écarquillées d'envie.
Seul tout le respect que John devait à sa hiérarchie l'empêchait de prendre son amant sur le bureau.
– Merde, j'ai envie de toi, Sherlock, du genre un peu trop pour que ça soit dissimulable.
Les joues de son compagnon s'enflammèrent, mais cela ne l'empêcha pas de répondre avec flegme :
– Je constate ça.
Sa main, joueuse, caressait la hanche de son amant, et glissait allégrement des fesses à la bosse qui parvenait à déformer le treillis militaire.
– Ne te moque pas, t'es dans le même état !
– Pas faux. Tu me veux maintenant ? ronronna-t-il, tentateur et séduisant.
Ses yeux assombris par le désir auraient pu faire oublier toute bienséance à John. Que ça soit de son corps ou ses mots, Sherlock savait exactement sur quels leviers appuyer pour le faire réagir. Il était très doué avec sa bouche. Dans tous les sens du terme.
– Mycroft a mentionné une chambre. Ce serait bien qu'on l'atteigne avec dignité, déglutit définitivement John. Je vis ici, moi. Déjà que le petit sketch de ton frère a attisé la curiosité de mon général, qui jusque-là ignorait mon nom, et je ne m'en portais pas plus mal, je ne voudrais pas qu'en plus tout le campement médise à mon...
Il s'interrompit en voyant les sourcils froncés de Sherlock, qui s'était reculé et ne le touchait plus assez.
– Je ne t'ai pas manqué assez, si tu es encore capable de faire des phrases aussi longues, asséna le génie.
John éclata de rire. Il parlait vainement pour essayer de faire retomber son excitation.
Il attrapa une des mains de Sherlock, et la posa sans aucune ambiguïté sur son érection, bien plus fermement que les effleurements précédents.
– Tu penses toujours ne pas m'avoir manqué ? murmura John en retenant un gémissement quand Sherlock appuya doucement la pulpe de ses doigts.
Sherlock sourit, de son sourire tentateur, gourmand, qui faisait perdre la tête à John. Celui qui disait qu'il avait une furieuse envie de se pencher, et dévorer — littéralement — son amant.
– Chambre, Sherlock, ordonna John. Tu sais où elle est ?
Il eut l'air déçu, mais obéit au regard noir. Il lâcha le sexe qu'il caressait toujours par-dessus le tissu rêche, lui prit la main et l'entraîna rapidement dans les couloirs. John n'avait aucune idée d'où ils allaient, et se contenta de suivre le mouvement. Il lui fallait de toute manière toute sa concentration pour mettre un pas devant l'autre alors qu'il suivait des yeux le corps parfait de son compagnon, et qu'il avait envie de le plaquer contre tous les murs. Heureusement, leur voyage fut rapide. Bien sûr, Mycroft était logé dans le bâtiment de commandement. De la chambre, John ne vit rien. Sherlock l'attira sur le matelas du grand lit qui garnissait la pièce, et recommença à l'embrasser éperdument, et John oublia tout le reste.
Leurs jambes étaient enlacées, nues sous les draps et les couvertures. Sherlock avait les yeux fermés, son visage posé sur le bras de John, proche de l'épaule. John avait posé son autre bras autour de sa taille, et Sherlock le tenait fermement également. Ils étaient épuisés, en sueur. Il y avait une salle d'eau, attenante à la chambre, mais la douche avait dérapé comme le reste, et ils étaient beaucoup trop bien, enlacés dans leur cocon.
John ne voulait plus jamais bouger de là. Pas à cause de la fatigue, mais simplement parce que tenir Sherlock dans ses bras étaient sa vision personnelle d'un miracle.
– Sherlock... souffla-t-il.
Il savait qu'il ne dormait pas, mais il aimait le regarder ainsi, ses mèches corbeaux collées par la sueur sur sa peau pâle.
– Mmh ?
– Clean depuis six mois, sans aucune rechute, vraiment ?
Ils n'avaient que quelques heures, et il y avait des choses importantes à discuter, que les multiples lettres ne pouvaient expliquer. Après la dernière overdose de Sherlock, quand ils s'étaient retrouvés, après de longues discussions, ayant conscience du besoin qu'ils avaient de l'autre, Sherlock avait accepté de pardonner. Et de reprendre leur relation à distance. Il restait alors plus d'un an et demi à John pour être médecin, formé en Angleterre, et avec des permissions éparses. Pour sa spécialisation, il serait déployé sur le terrain. Il devait dix ans de service à l'armée à compter de cette date. Il en avait pour six ans de spécialisation en chirurgie traumatique. Mais il serait pleinement intégré à l'armée, pas en formation, et aurait des permissions régulières, et la possibilité de faire valoir son statut.
C'était ces derniers mois qui avaient été durs. Sherlock avait promis de décrocher, mais la désintox n'avait pas été aisée, une fois John parti. Le jeune génie avait acheté un téléphone portable, pour que John, limité par le téléphone du camp, puisse l'appeler quand il voulait et qu'il soit toujours en mesure de répondre. Sa facture était exorbitante, mais il s'en fichait.
Ils écrivaient beaucoup, également. Sherlock plus que John. Il lui arrivait de recevoir cinq ou six lettres d'un coup, écrites en moins de deux jours, parce que Sherlock écrivait et postait immédiatement dès qu'il avait quelque chose à dire. Ça lui donnait l'impression de converser. Ses courriers n'étaient plus seulement datés, mais horodatés.
La dernière permission de John remontait à mai, et ils avaient pu passer deux jours ensemble. Sherlock était alors clean depuis un mois et demi.
Sauf qu'il l'avait déjà été, en février, et il avait replongé ensuite. Il avait ensuite été incapable de se priver de cocaïne plus de trois jours, avant de reprendre une cure de désintox volontaire en apprenant que John pourrait venir en mai. Il avait été infect avec le personnel, mais il avait tenu bon.
Si aujourd'hui, il était clean depuis plus de six mois, cela indiquait qu'il n'y avait eu aucune rechute. Depuis mi-mars environ.
– Oui, répondit fièrement le génie. Promis. Même plus envie. Enfin, pas trop. J'ai trouvé un nouveau truc.
– Un nouveau truc ? s'alarma John.
Sherlock leva les yeux au ciel.
– Rien d'illégal. C'est à cause de Eurus.
John se tendit. Sherlock avait indiqué avoir repris les visites à sa sœur, et l'idée lui déplaisait. Elle n'avait pas aimé l'absence de son frère quand il se défonçait trop pour connaître le jour de la semaine. Il lui revenait, et elle s'était assagie, mais on évitait sciemment de lui dire que Sherlock avait retrouvé son John. Ça lui aurait déplu, et il ne fallait pas contrarier Eurus.
– À force de me poser des énigmes et des devinettes, je suis devenu bon. Alors du coup, je résous les meurtres de la police, maintenant. C'est rigolo !
– Tu es flic ?
– Non ! répliqua Sherlock, insulté. Ils sont bien trop stupides. Je bosse en freelance !
John l'embrassa pour toute réponse. Les lubies de Sherlock passaient plus ou moins vites. Celle-là ne ferait pas exception. Ce qui comptait, c'était qu'il arrête la drogue. La seule lubie dont il n'avait jamais réussi à se défaire, c'était bien John.
– Faut qu'on dorme un peu... murmura John. Tu pars dans moins de dix heures, maintenant...
Ils ignoraient où était Mycroft et où il allait dormir, puisqu'ils occupaient le grand lit de la chambre. Un lit de camp avait été installé, mais l'aîné des Holmes n'avait pas daigné apparaître, à leur grand soulagement.
– Tu me réveilles pour me faire l'amour avant de partir, au réveil ? réclama Sherlock.
John acquiesça. Son rythme militaire le conditionnait à se réveiller à sept heures tous les matins. Et il savait exactement comment réveiller Sherlock de la plus plaisante des manières.
Son amant se blottit un peu plus contre lui. Et sombra dans le sommeil.
Reviews si le coeur vous en dit ? :) Prochain chapitre - août 2003
